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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:13
Des forêts et des âmes de Elena Piacentini (Au-delà du raisonnable)

Attention, Coup de cœur !

Je me demande bien comment j’ai pu ne pas décerner de coup de cœur au précédent roman d’Elena Piacentini, Le cimetière des chimères. Peut-être avais-je besoin d’une confirmation ? ou peut-être étais-je timoré ? ou peut-être étais-je prudent ? Pour cette nouvelle enquête du commissaire Leoni, je n’hésite pas : Coup de cœur ! Cela fait deux romans que je lis de cette auteure, et me voilà sous le charme. A tel point que j’envisage de lire ses autres romans … dans l’ordre. Car Des forêts et des âmes est en fait la sixième enquête de cet inspecteur corse expatrié à Lille.

Le roman s’ouvre sur trois chapitres présentant chacun le portrait de trois adolescents :

Mathieu, jeune adolescent effacé, est devant le cercueil de son père. Il se rappelle comment celui-ci a abusé de lui étant jeune. Refusant de s’alimenter, sa mère l’envoya dans un centre adapté pour jeunes adolescents en difficulté

Juliette était une jeune fille princesse qui, pour se faire de l’argent, accepta une proposition d’une de ses amies de se prostituer auprès de vieux hommes argentés. Quand elle arrive dans une somptueuse propriété, en pleine partouze, elle reconnait son père allongé près de la piscine avec une autre gamine.

Lucas fut toujours un jeune homme délicat. Ses parents refusaient de voir en lui un homosexuel, considérant cela comme une tare. Quand ils apprirent l’existence d’un centre pour adolescents, ils pensèrent que sa maladie pourrait être traitée par des médicaments.

Fée, qui s’appelle en réalité Aglaé Cimonard, est la spécialiste informatique de la brigade criminelle de Lille. Pendant son footing, elle est renversée par une voiture, qui prend aussitôt la fuite. Alors qu’elle est dans le coma, Pierre Arsène Leoni va mener l’enquête et s’apercevoir que Fée a changé de nom après la mort de sa mère et qu’elle venait de passer des vacances à Wissemberg dans les Hautes-Vosges où elle a rencontré Sophie Delaunay. Leoni et son amante Eliane Ducatel vont aller sur place pendant que Mémé Angèle va tenir compagnie à Fée.

Géniaux ! Les trois premiers chapitres sont des petits concentrés de pure littérature, parfaits dans leur description de la psychologie de trois adolescents et des aprioris de leurs parents. Le roman démarre très fort, très vite et suscite l’intérêt et l’envie d’en savoir plus.

Formidables ! Les personnages de ce roman le sont à plus d’un titre. On commence à connaitre les policiers de la brigade criminelle, leur psychologie, leurs habitudes, leurs hésitations, leurs qualités, leurs défauts et c’est avec un immense plaisir qu’on les retrouve ici. Mais que dire alors des personnages secondaires, tous formidablement décrits, tous formidablement vivants, tous formidablement inoubliables.

Extraordinaire ! L’intrigue est menée de main de maître, car même si les pièces du puzzle se mettent en place petit à petit, tout est remarquablement fait, avec plusieurs pistes, plusieurs personnages, plusieurs mystères. Et tout survient avec une logique qui ne heurte jamais le lecteur mais qui force le respect par un savoir faire rare.

Dénonciateur ! ce roman ne se contente pas d’être un formidable roman policier. Il montre aussi tout ce que l’industrie pharmaceutique est capable de faire, en terme de d’actions de lobby ou même de tests illégaux ou de financements de centres soi disant adaptés pour améliorer leur chiffre d’affaire et leur marge. D’ailleurs, Elena Piacentini nous explique dans un dernier chapitre le fond de l’histoire qui fait froid dans le dos, et comment la santé des gens devient un commerce.

Impressionnant ! Le roman l’est de A jusqu’à Z. Car ce roman, d’une subtilité rare, avec un style d’une finesse et d’une évidence éblouissantes démontre qu’Elena Piacentini se situe sur le dessus de la pile des auteurs de romans policiers. Cette auteure est d’ailleurs une de mes plus impressionnantes découvertes depuis Thomas H.Cook ou Megan Abbott. Elle est capable, au travers d’une intrigue policière minutieuse, d’aborder des sujets de société graves, tout en nous faisant partager le quotidien de personnages simples et formidables. Je ne peux pas faire autrement que de lui décerner un coup de cœur Black Novel !

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 17:37
Le zoo de Mengele de Gert Nygårdschaug (J’ai lu)

Voilà un roman dont j’ai pioché l’idée chez Bernard Poirette de RTL, et outre le fait que ce soit édité en grand format chez J’ai Lu, je dois dire qu’il n’y a aucune chance que j’ai eu la moindre envie de l’ouvrir. Et ce n’est pas le bandeau (qui affiche je cite : « le roman préféré des Norvégiens » ) qui m’aurait fait changer d’avis. Donc, je l’ai acheté. Et cette lecture s’avère fort bien écrite, bien menée et surtout fort dérangeante. Je m’explique :

Le roman se propose de suivre les premières années de Mino Aquiles Portoguesa, jeune indien vivant dans une tribu amazonienne, non encore impactée par l’Homme blanc. Mino se découvre la même passion que son père, à savoir la chasse aux papillons. Son rêve est de pouvoir détenir dans son filet un Morpho, superbe spécimen aux teintes bleues et rares.

Mais la jeunesse de Mino va guider son destin. A l’âge de 6 ans, des hommes armés vont tuer arbitrairement un homme du village, en lui éclatant la tête avec un bout de bois. A l’âge de 9 ans, c’est une femme qui est violée. A 13 ans, alors qu’il revient d’une chasse aux papillons, il retrouve son village incendié, détruit, et les habitants tous massacrés, assassinés, y compris les membres de sa famille.

Il se retrouve alors à errer et rejoindre la ville, quand il tombe sur Isidoro, un magicien qui va le prendre sous son aile et l’élever comme son fils. A nouveau, le drame va le frapper quand quelques années plus tard Isidoro va être brulé vif par des hommes blancs. Il va alors se faire d’autres amis, et former avec eux Mariposa, un groupe terroriste visant les responsables de sociétés occidentales mettant à mal les forêts et les populations amazoniennes.

Ce roman est remarquable, car son écriture s’avère envoutante. La narration est si logique, que l’on a l’impression de lire une biographie romancée. Seuls quelques détails par ci par là viennent nous rappeler que nous sommes dans un pays imaginaire d’Amazonie. Tout est fait pour que l’on prenne partie pour Mino, pour que l’on adhère à son idéologie. De l’atrocité perpétrée par les Américains (qui sont les premières cibles du roman, jusqu’au message d’introduction de l’auteur nous déclarant que les horreurs décrites ne sont rien comparées à la réalité du terrain, tout est fait pour que notre esprit humain se révolte et embrasse la cause de ces pauvres gens.

Quand Mino envisage puis embrasse des méthodes terroristes, la question sur la légitimité de son action se pose. Et nous, en tant que lecteurs, sommes face à un dilemme : peut-on justifier une action violente et terroriste ? Quand on lit la scène de torture sur Mino, qui comporte plusieurs pages, et l’assassinat d’un PDG (sur un paragraphe) qui massacre les forêts au profit de bananiers fort productifs mais dont la durée de vie est de 2 ans et dont la conséquence est de tuer à la fois les populations et la terre en la desséchant, l’opinion de l’auteur est claire et affirmée.

Pour le lecteur que je suis, par contre, la cause est plus compliquée. Parce qu’il n’est pas directement impliqué (quoique …) mais surtout parce qu’il a du mal à justifier toute action violente, aussi ciblée soit-elle. L’auteur a tendance à nous positionner devant nos responsabilités, même s’il prend parfois fait et cause pour les Indiens. Même quand Mino perd le contrôle sur son organisation et ses actes meurtriers quand d’autres se revendiquent de son mouvement, l’auteur montre un Mino désintéressé. Quand les journaux parlent des meurtres, ils parlent de terrorisme, et Mino pense que les media sont à la solde de ceux qui détruisent sa jungle, et là encore, l’auteur montre son parti pris par la façon de traiter ce passage.

En tout état de cause, c’est nous que l’auteur questionne au travers de cette histoire. Ce roman est bien plus insidieux qu’il n’y parait et s’avère bigrement intéressant par les interrogations qu’il soulève. Outre qu’il est remarquablement écrit et qu’il se termine par un « Fin de la première partie », c’est le genre de livre que l’on gardera en mémoire un certain temps, et dont on se rappellera quand on ira en supermarché acheter son bocal de Nutella … fait à base d’huile végétale. Ne ratez pas ce livre, dur et sans concession.

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 17:34
L’avocat, le nain et la princesse masquée de Paul Colize (La Manufacture de Livres)

Après le magnifique Un long moment de silence, Paul Colize nous revient un an après avec un polar plus classique. Ce roman nous propose donc une enquête plus classique, et joue dans la cour des romans de divertissement.

Hugues Tonnon est avocat à la barre de Bruxelles. Sa spécialité, ce sont les divorces, et c’est une activité bien lucrative. Quand le top model belge, la sublime Nolwenn Blackwell, débarque dans son bureau, tous ses sens sont en éveil. En effet, celle-ci veut se séparer d’Amaury Lapierre, un sexagénaire chef d’une grande entreprise, alors qu’ils allaient se marier. La cause de la dispute : une photographie dans un magazine où Lapierre apparait dans les bras d’une donzelle.

Pour bien cerner son sujet, Hugues emmène Nolwenn manger dans un excellent restaurant. Ils boivent, un peu, beaucoup, beaucoup trop et il décide de la raccompagner chez elle. Quand elle lui offre une vodka, la soirée se termine en trou noir et Hugues se réveille chez lui. C’est la police qui lui annonce que Nolwenn a été retrouvée assassinée chez elle, dans sa chambre, de deux balles de revolver. Et le principal suspect s’appelle … Hugues Tonnon.

Manque de chance : Le policier en charge de l’enquête a déjà eu affaire avec l’avocat … pour son malheur. Lors de son divorce, il a en effet perdu sa moto. Alors pourquoi chercher plus loin un coupable ? Hugues Tonnon va donc être obligé de mener sa propre enquête quitte à fuir la police et quitter son pays.

Après les formidables Back-up et Un long moment de silence, Paul Colize nous revient avec un polar plus classique. ET on va y retrouver tous les ingrédients qui font de tout polar un bon divertissement : Une enquête compliquée, des personnages truculents, un style simple, imagé et direct, des situations rocambolesques, des voyages dans différents pays, bref tout est là pour passer un bon moment.

Alors, Paul Colize va nous embarquer avec son personnage d’avocat à moitié snob, à moitié misogyne de la Belgique à la France, en passant par l’Afrique du sud, le Maroc ou l’Algérie, tout ça pour nous parler de plusieurs meurtres qui ont été perpétrés autour de la coupe de monde de football. Et Hugues Tonnon se retrouve affublé d’une journaliste aussi belle qu’énervante mais suffisamment mystérieuse pour que l’on ne croit pas à son histoire de biographie de Nolwenn.

Ce roman, on peut le voir aussi comme un hommage, un hommage à certains personnages (on y croise par exemple un Maxime Gillio) mais aussi un hommage aux plus grands films d’aventure dont chaque titre de chapitre reprend un titre de film. Ce sont aussi certaines allusions qui l’air de rien, sous un air de divertissement, nous rappelle que cette enquête n’est peut-être pas aussi innocente qu’il n’y parait au premier abord.

En tous cas, Paul Colize emporte l’adhésion haut la main, avec ce roman fort divertissant, aux péripéties nombreuses, avec de nombreuses fausses pistes et un humour toujours présent, à la limite du cynisme de bon aloi. Et puis, rien que pour des petites phrases du genre : « Le mariage est la principale cause de divorce. Sans le premier, le second n’aurait pas vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute. Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne serait que des cas isolés. » Excellent. !

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 18:05
Niceville de Carsten Stroud (Points)

Je continue mon exploration des titres sélectionnés pour le prix Meilleurpolar.com organisé par les éditions Points, avec ce titre de Carsten Stroud, premier roman d’une trilogie. Attendez-vous à un voyage bien particulier à Niceville. Je vous mets le résumé qu’avait concocté Seuil car je le trouve bien fait.

Quatrième de couverture :

Tout droit sortie de la tradition du Southern Gothic, Niceville incarne le Sud, avec ses propriétés somptueuses, ses chênes festonnés de mousse espagnole et sa moiteur soporifique. Le seul problème, c'est que le Mal y vit beaucoup plus longtemps que les hommes. Plusieurs disparitions inexpliquées entachent la réputation du lieu, à commencer par celle du jeune Rainey Teague, littéralement volatilisé en plein jour devant la vitrine d'un antiquaire de la rue principale. C’est aussi le territoire où sévissent des flics peu scrupuleux qui braquent des banques et descendent froidement leurs collègues au fusil à lunette...

Quand Nick Kavanaugh, policier hanté par ses combats en Irak, et son épouse Kate, élégante avocate issue d'une des vieilles familles de la ville, décident de tirer tout cela au clair, ils n'imaginent pas dans quel enfer ils ont mis le pied.

Niceville est un polar mutant qui donne la chair de poule, une saga toxique où la violence contemporaine alterne avec des scènes troublantes dont les acteurs ne sont pas forcément de chair et d’os.

Vous n’avez jamais rien lu de tel.

Mon avis :

Ce polar est étonnant, car il se situe à la frontière du polar, du roman policier et du roman fantastique. Il prend le parti pris de faire vivre une ville, et nous présente donc plus d’une dizaine de personnages qui vont interagir les uns avec les autres. Si cela peut faire peur a priori, ils sont suffisamment bien présentés pour que l’on arrive à suivre les intrigues sans problèmes.

En fait d’intrigues, il y en a plusieurs dont la disparition du jeune Rainey que l’on retrouve dans un cimetière ; il y a un hold-up qui tourne au massacre et l’on suit les truands qui veulent récupérer leur butin ; il y a un mystérieux miroir, sorte de passage entre un monde irréel et aujourd’hui ; il y a une étrange mare, la Fosse du Cratère, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est sans fond ; mais elles sont toutes suffisamment simples pour ne pas se perdre en route.

Et c’est d’ailleurs une des limites de ce roman. Je trouve que pour débuter une trilogie, l’auteur aurait du faire plus simple, plutôt que de faire un roman aussi touffu. Et comme le style m’a paru plat, j’ai parfois trouvé ce roman trop long, avec des chapitres inutiles. Pour autant, je l’aurais lu jusqu’au bout puisque je voulais connaitre le dénouement (quelque peu décevant lui aussi). En fait j’aurais préféré que l’auteur fouille plus l’aspect fantastique, car il a le don de créer des ambiances angoissantes. Quant à l’aspect polar, c’est beaucoup moins convaincant. Reste donc à lire le deuxième tome, Retour à Niceville, qui vient de sortir aux éditions Seuil.

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 17:59
L’expatriée de Elsa Marpeau (Gallimard-Série Noire)

Si j’ai lu ce roman sur les conseils insistants de mon ami Richard, mon avis va finalement être très proche de celui de Jean Marc. Car quoi de plus casse-gueule que de situer un polar au milieu d’expatriés français ? Elsa Marpeau nous donne donc à lire une intrigue simple, une sorte de huis clos, au milieu de femmes qui s’ennuient toute la journée, sans parfois voir leur mari pendant plusieurs jours.

Nous sommes à Singapour. Elsa est mariée à Alexandre, qui travaille (beaucoup) dans le domaine de l’informatique. Sa seule occupation est donc de passer ses journées avec ses semblables, des femmes d’expatriés, qui toute la journée flânent au bord de la piscine ou bien font du shopping dans des boutiques de luxe. Même l’entretien de l’immense appartement est confié à une maid (entendez femme de ménage ou bonne à tout faire), Fely, d’origine philippine.

Quand un homme beau comme Apollon débarque dans la résidence sécurisée, Elsa va fondre pour celui qu’elle appelle l’Arabe blond. Elle va avoir une aventure avec Nessim, qui se dit avoir travaillé dans les docks. Nessim joue au poker avec les hommes, gagne et fait du charme. Quand le corps de Nessim est retrouvé poignardé de deux coups de couteau, Elsa se retrouve aux premières loges. Mais dans ces relations étranges, qui peut bien avoir tué le bel Arabe blond ?

Je dois dire que le début du roman est surprenant, car comment décrire l’ennui de ces jeunes gens riches, ultra riches si on les compare aux autochtones, n’ayant rien à faire de leurs journées, à part bronzer et discuter ? Le début du roman n’est donc pas bien passionnant mais pour autant, il est nécessaire pour placer le décor et surtout les psychologies des personnages.

A partir du meurtre de Nessim, l’intérêt change. Car ce qui pouvait paraitre simple au premier abord s’avère vite plus compliqué. Elsa Marpeau sème de petits événements qui remettent sans arrêt nos certitudes en question, et son style, si subtil, si vicieux, nous enserre le cou dans ses serres, tant et si bien que l’on lit la dernière moitié du roman d’une traite.

Car c’est bien un roman vénéneux auquel on a affaire, empreint de mystères, avec parfois en fin de paragraphes, ces petites remarques que l’on peut interpréter de plusieurs façons, et qui donnent tout son charme au roman. On n’est tout à fait dans le registre d’une Megan Abbott qui excelle dans ces intrigues simples basées sur des personnes comme vous et moi et dont les petits gestes habituels semblent revêtir différentes interprétations.

Le lecteur que je suis a adoré se faire manipuler comme une boule de flipper, et alors que j’essayais de deviner ce qui s’était passé, tout était remis en cause dans la minute suivante. Ce n’est pas le genre de livre où on saute des phrases, que l’on lit en diagonale, car il faut bien déchiffrer les mots, les phrases pour suivre et trouver le chemin suivant. Dans ce roman subtil et mystérieux, le mystère est épais comme le brouillard, l’atmosphère est lourde et poisseuse, et en tournant la dernière page, on ne peut qu’être épaté par l’art de l’auteure de nous avoir tenu en haleine alors qu’il ne se passe rien, juste par la force des psychologies des personnages. Chapeau !

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 17:58
Arab jazz de karim Miské (Points)

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre, premier roman d’un auteur remarqué de documentaires. Publié initialement en mars 2012 chez Viviane Hamy, Arab Jazz a reçu en 2012 le grand prix de littérature policière et en 2013 par le Prix du Goéland Masqué. Cette année, il est sélectionné par les éditions Points dans le cadre du prix Meilleurpolar.com.

L’intrigue se déroule dans le 19ème arrondissement de Paris. Ahmed Taroudant est un arabe qui vit d’allocations pour handicapés pour des problèmes psychologiques, ayant des difficultés à supporter les gens et à vivre en société. Sa passion est de lire des polars, des tonnes de polars. Ce matin là, quand il se réveille, il va sur son balcon et des gouttes de sang lui tombent dessus. Sa voisine du dessus, Laura Vignola a été assassinée.

Deux inspecteurs vont s’occuper de cette enquête : Rachel Kupferstein d’origine juive et Jean Hamelot, un breton pure souche. Rachel et Ahmed se découvrent une même passion pour James Ellroy, mais pour autant, Ahmed ne leur dit rien. Il va lui-même mener l’enquête en parallèle des policiers car il trouvait Laura bien sympathique.

Le meurtre de Laura a une mise en scène étrange : des orchidées ont été placées dans les toilettes et elle a subi plusieurs coups de couteaux avant d’être recouverte de sang de porc. Quand les policiers découvrent que les parents de Laura sont adeptes des Témoins de Jehovah, leurs soupçons se tournent vers un mobile religieux.

Ce roman, sous ses dehors d’enquête policière, est plus rusé et profond qu’il n’en a l’air au premier abord. Outre que les personnages sont formidables, grâce à des réactions et des dialogues réalistes et bien décrits, l’auteur arrive à nous montrer l’ambiance des quartiers de Paris, en mettant en valeur les différentes communautés, surtout religieuses, qui vivent en commun. Et il ne se contente pas de dire que tout va bien, il détaille aussi les excités de tous bords, les extrémistes qui, par exemple, refusent la mixité entre différentes religions.

Et pourtant, il est bien difficile d’aborder ce genre de sujet, tant on peut tomber dans la provocation facile et inutile ou bien dans le ridicule. Karim Miské évite toutes les lacunes, se contentant de montrer un état de fait, ces gens différents qui vivent ensemble, sans jamais les juger, avec beaucoup de respect aussi pour leurs croyances.

On pourrait aussi se demander d’où vient le titre de ce roman. En fait, c’est une référence à White Jazz de James Ellroy, ce qui sous-entend pour le titre du maître que c’est encore un coup des blancs. Effectivement, dans ce roman, il est facile de dire a priori que c’est le coup des uns ou des autres. On va y trouver des pistes à droite, à gauche, et on n’aura la solution que dans les dernières dizaines de pages, avec un final que j’ai trouvé bien amer, cynique et peut-être bien réaliste.

Et puis, il y a le style Miské, très détaillé sans forcément être lourdingue, qui prend le temps de montrer les décors, les gens, avec beaucoup de simplicité, mais aussi beaucoup d’érudition. On ressent que Karim Miské a mis beaucoup de passion dans son roman, et il la transmet fort bien. A la fin, on se demande d’ailleurs quand ce jeune homme va se mettre à écrire son deuxième roman … car on l’attend avec impatience.

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 17:54
La nuit de l’accident de Elisa Vix (Rouergue noir)

Changement de décor dans l’œuvre de Elisa Vix, que j’avais découvert avec Rosa Mortalis, et son formidable personnage de flic Thierry Sauvage. Dans ce roman, l’auteure va fouiller les psychologies de personnages ruraux, du coté d’Aurillac. Epatant !

Dans un petit village du Cantal, Pierre est un agriculteur éleveur de vaches et autres animaux de basse cour. Son caractère taciturne et renfermé va tout de même plaire à Nat, une jeune stagiaire vétérinaire qui va l’aider à faire naitre un jeune veau. Le coté force tranquille et gentleman taiseux fait qu’ils vont rapidement faire l’amour et Nat va s’installer dans la ferme d’élevage de Pierre.

Quelque temps auparavant, un accident de voiture a bousculé la tranquillité de Pierre. La voiture s’est encastrée en bas, dans la Cèle une petite rivière qui basse en bas. Mais c’est une nuit dont il ne parle jamais. Pourtant des événements vont chambouler le rythme routinier de ce couple. Un étrange motard fonce sur les passants, le vétérinaire fait un chantage auprès de Nat pour obtenir ses faveurs en échange d’un contrat à durée indéterminée, et un mystérieux campeur fait son irruption dans un champ proche.

Alors que leur couple part à vau l’eau, Nat désirant un peu plus d’attention et Pierre étant obligé de suivre le rythme de ses vaches tout en restant toujours aussi mutique, la vie de la ferme va subir de nombreuses pressions en lien avec cet accident de voiture.

Ce roman est épatant, tant la forme et le fond s’allient parfaitement pour créer un roman noir qui est passionnant et qu’il est impossible de lâcher. Le scenario est indubitablement fort bien pensé et avance au rythme des pensées et des réactions des deux protagonistes principaux que sont Pierre et Nat. En effet, la narration avance au rythme des chapitres alternant la vision de Pierre puis celle de Nat. Cela permet de faire avancer doucement l’intrigue, de semer des pistes au long de l’histoire et surtout de cacher au lecteur le principal, c'est-à-dire le dénouement.

On a donc le droit à un chapitre de Pierre puis un chapitre de Nat en alternance comme si ils vivaient l’un à coté de l’autre sans vivre ensemble. Si le style est simple, c’est aussi parce que ces gens parlent peu et sont plutôt dans l’action, et c’est donc un bon point encore pour l’auteure. Et puis, il y a toute cette analyse psychologique, fouillée mais présentée de façon tellement subtile que l’on accroche et l’on a envie de savoir comment cela va se terminer.

Indéniablement Elisa Vix s’est fait plaisir à écrire cette histoire, mettant bout à bout ses petites briques, lentement, patiemment pour arriver à un résultat épatant, passionnant. On s’attachera forcément aux personnages, aux habitants de ce petits village, aux petites fêtes avec le bal du samedi soir, aux petits déjeuners taiseux, aux diners dans la petite cuisine alors que les yeux se ferment après une journée difficile à la ferme. Sans donner de détails sur les décors, c’est fou ce que Elisa Vix arrive à nous faire voir cette petite ferme.

Je vous le dis, un roman noir épatant, avec un sujet original, un décor original et de formidables personnages, ça ne se rate pas ! En prime, je vous donne quelques avis glanés sur la toile :

http://www.un-polar.com/article-la-nuit-de-l-accident-d-elisa-vix-104989212.html

http://www.polardeuse.com/article-la-nuit-de-l-accident-113199572.html

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 17:06
Oldies : La crève de Frédéric Dard (Fleuve Noir)

Ce billet est un hommage à Frédéric Dard, inoubliable auteur français. Outre qu’il fut le créateur de San Antonio, il écrivit aussi des romans noirs. La crève que je vous présente ici est une œuvre de jeunesse qui date de 1947 réédité par les éditions Fleuve Noir.

L’auteur :

Le père de Frédéric Dard, Francisque, d'abord ouvrier de la société de Dietrich, lance une entreprise de chauffage central à Bourgoin-Jallieu. Sa mère, Joséphine-Anna Cadet, est fille d'agriculteurs. Frédéric Dard nait avec un bras atrophié, inerte1. Ses parents, très occupés par l'affaire familiale, le font élever par sa grand-mère. Il en gardera un souvenir ému et le goût pour la lecture.

Le krach de 1929 précipite le déclin de l'entreprise familiale, qui est mise en faillite. Tous leurs biens sont saisis, sous les yeux du jeune Frédéric. La famille émigre alors à Lyon, dans un petit appartement du boulevard des Brotteaux. Frédéric suit sans grand intérêt des études commerciales à l'école La Martinière. Il est présenté en 1938 à Marcel E. Grancher, le fondateur des Éditions Lugdunum et du journal Le Mois à Lyon, par son oncle, ouvrier-mécanicien dans un garage automobile que Grancher fréquente. Engagé comme stagiaire, il assume peu après un rôle de secrétaire de rédaction (fonction qu'il assumera officiellement à la fin de l'été 1940), puis de courtier en publicité. Ses premiers articles, certainement encouragés par ses ainés comme le docteur Edmond Locard ou le romancier Max-André Dazergues sont publiés anonymement dans le journal dès 1939. Enfin journaliste, le métier qui l'attire depuis longtemps, il passe à l'écriture à proprement parler et publie fin octobre 1940 son premier livre La Peuchère (une nouvelle paysanne, ainsi que la qualifiera son éditeur Marcel Grancher), son premier vrai roman, Monsieur Joos, récompensé par le premier Prix Lugdunum décerné sur manuscrit lui apportant enfin en mars 1941 la notoriété.

Frédéric Dard se marie en novembre 1942 avec Odette Damaisin, dont il aura deux enfants, Patrice (né en 1944) et Élizabeth (1948 - 2011)2. Il s'installe avec sa femme à Lyon, dans le quartier de la la Croix-Rousse, au 4 rue Calas, où il réside entre juillet 1944 et mars 1949.

Frédéric Dard écrit des livres pour enfants et des romans populaires pour nourrir sa petite famille, rencontre des écrivains repliés à Lyon. Sa notoriété commence à dépasser les limites de la capitale rhodanienne. Très influencé par le roman noir américain (Faulkner, Steinbeck et surtout Peter Cheyney), il se lie avec Georges Simenon, qui lui rédige une préface pour son livre Au massacre mondain. Sous la houlette de Clément Jacquier, il écrit des romans avec ses premiers pseudonymes pittoresques : Maxell Beeting, Verne Goody, Wel Norton, Cornel Milk, etc.

Sur un coup de tête (il a pris ombrage d'un livre de Marcel E. Grancher, qui le cite dans ses souvenirs), il part en 1949 s'installer aux Mureaux avec sa famille, dans un pavillon de banlieue. Après quelques années de vache maigre, il connaît ses premiers succès d'écriture, au théâtre (notamment La neige était sale, adaptation du roman de Simenon, est montée par Raymond Rouleau au Théâtre de l'Œuvre en décembre 1950). C'est en 1949 que paraît Réglez-lui son compte !, roman policier signé San Antonio, et qui est un échec commercial. Il rejoint alors les éditions du Fleuve noir, où il va côtoyer Jean Bruce et Michel Audiard, et y publie deux romans : Dernière Mission, et le second San-Antonio, Laissez tomber la fille.

En 1954, Frédéric Dard et Robert Hossein montent au Grand-Guignol Les Salauds vont en enfer, première pièce d'une longue collaboration théâtrale.

La notoriété naissante du Commissaire San-Antonio engendre le succès, qui, dès lors, ne le quittera plus. Dard écrit vite et beaucoup, au rythme de quatre à cinq ouvrages par an : romans policiers, romans d'espionnage ou d'épouvante, scénarios, adaptation de roman pour le cinéma. En 1964 Frédéric Dard détient le record du nombre de livres vendus en France4.

Cependant, sa vie de couple avec Odette Damaisin n'est pas heureuse. Dans les mois précédant leur séparation, il tente de se pendre. Il se remarie le 14 juin 1968 avec Françoise de Caro, la fille d'Armand de Caro, le fondateur des éditions Fleuve noir.

En 1968, il prend la route de la Suisse avec sa nouvelle femme. Le couple se fait construire le « chalet San Antonio » à Gstaad.

Ils auront une fille, Joséphine, née en 1970 qui épousera Guy Carlier en 2006. Quelques semaines après sa naissance, le couple Dard adopte un jeune Tunisien, prénommé Abdel. En mars 1983, Joséphine, âgée de 13 ans à l'époque, est enlevée5 durant plus de cinquante heures de leur domicile de Vandœuvres par un cadreur de télévision6. Il la cache dans un appartement à Annemasse. Elle sera libérée contre le versement d'une rançon de 2 millions de francs suisses grâce au chalet de Gstaad qui venait d'être vendu. Le ravisseur sera arrêté et la rançon récupérée, mais l'épisode a longtemps traumatisé Frédéric Dard et sa fille7.

Il noue des liens très forts avec le R. P. Bruckberger (à qui il dédiera La Sexualité…) et avec Albert Cohen. Il se passionne pour la peinture, notamment les œuvres de Domenico Gnoli, peintre hyperréaliste, ou celles de René Magritte, peintre surréaliste. Il rend hommage à l'œuvre du poète belge Louis Scutenaire.

Avec le temps, il commence à prendre du recul, il accorde de longues interviews à la presse. En 1975, il fait paraître Je le jure, signé San-Antonio, un livre d'entretiens où il évoque son enfance, ses débuts, sa famille, ses idées. En 1978, il acquiert à Bonnefontaine une ferme du xviiie siècle qu'il restaure : c'est dans ce domaine de L'Eau vive qu'il poursuit son œuvre en composant une centaine de romans et de nombreuses peintures, sa vocation contrariée8.

Frédéric Dard meurt le 6 juin 2000, à son domicile de Bonnefontaine, en Suisse. Il est inhumé suivant ses volontés au cimetière de Saint-Chef en Dauphiné, village où il a vécu, enfant, en 1930, dans une maison appartenant à la famille de sa mère. L'ancienne école de Saint-Chef qu'il a fréquentée, porte une plaque commémorative rappelant ce fait.

Depuis la mort de son père, son fils Patrice poursuit l'écriture des San-Antonio.

(Source Wikipedia)

Oldies : La crève de Frédéric Dard (Fleuve Noir)

Mon avis :

Le roman débute comme un huis clos et se situe à la fin de la deuxième guerre mondiale. Une famille de quatre personnes et autant de caractères se réfugient dans la petite maison d’un village français. Le père Albert est un honnête travailleur, un peu dépassé par les événements et la mère Constance est le genre de femme un peu effacée qui fait tourner le ménage sans faire de bruit.

Hélène, la fille de la famille, est très belle mais a eu l’erreur de succomber au charme d’un officier allemand M.Otto. Quant à Petit Louis, le cadet de la famille, il a été un peu plus que « collabo » puisqu’il a aidé les nazis à tuer des Français. Tout ce petit monde sait bien qu’une nouvelle ère arrive et qu’ils ont intérêt à se cacher. Mais on ne peut pas échapper très longtemps à son destin de salaud.

Moi qui connais (un peu) les romans de San Antonio, j’ai été très surpris par ce roman. En fait, j’y ai découvert un formidable auteur de roman noir, avec une acuité et une finesse dans la description des personnages et de leur psychologie qui annonçait le talent d’un grand auteur. Si le roman commence comme un huis-clos, cela permet de voir de sacrés personnages que l’on déteste se retrouver traqués, obligés de se confronter à leur passé.

Frédéric Dard fait preuve de cynisme et de beaucoup d’humour, mais aussi de poésie dans la description de certaines scènes et c’est dans ces phrases simples que j’ai redécouvert cet auteur. On y trouve aussi des réparties dans les dialogues qui font mouche, qui mériteraient de figurer dans un dictionnaire de citations. En cela, les deux premiers tiers du roman sont hautement jouissifs.

Dans le dernier tiers, quand la famille sort de sa maison, j’ai trouvé l’intrigue moins maitrisée, voire même une fin un peu précipitée. Mais comme ce roman est édité en format poche à un faible prix (6,80€), je ne peux que vous encourager à redécouvrir un de nos meilleurs et prolifiques auteurs de polars.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 17:47
Reflex de Maud Mayeras (Anne Carrière)

Attention, coup de cœur ! Je comprends mieux l’engouement qu’a engendré ce roman, qualifié sur la couverture de thriller. Thriller, certes, surtout dans la deuxième partie du roman, mais aussi formidable roman noir psychologique, dur, âpre, presque cruel.

Cela se passe de nos jours. La narratrice Iris Baudry est photographe pour la police scientifique. Elle est appelée sur les scènes de crimes, pour prendre minutieusement les images qui aideront par la suite les enquêteurs dans la quête du coupable d’un crime. Sauf que le coup de téléphone de ce matin-là, elle aurait préféré ne jamais le recevoir : elle va être obligée de retourner dans son village d’enfance, qu’elle a quitté il y a plus de 11 ans, suite à la perte de son enfant, Swan, assassiné par un serial killer.

Pour ne rien arranger à l’affaire, c’est le corps d’un gamin, abandonné près de voies ferrées qu’elle va être obligée de photographier. Ian Reisse, le policier en charge de l’enquête, la connait bien : c’est lui qui l’a repérée quand elle faisait ses études ; c’est lui qui l’a formée. Par contre, il n’est pas heureux de l’accueillir là, car il a peur que le gamin retrouvé mort rappelle à Iris la disparition de son propre fils.

Iris va aussi retrouver son village, les gens qui l’habitent, et aller voir sa mère. Celle-ci est devenue sénile et est enfermée dans une chambre d’asile, attendant sa fin toute proche. Cette femme, dure et intraitable, a tellement fait subir de souffrances à Iris, que celle-ci ne souhaite qu’une chose : sa mort.

SILENCE. Entre deux chapitres, se glisse une autre histoire, toute aussi dramatique : Cette histoire familiale commence en 1919. Julie est une adolescente comme les autres, qui rentre chez elle. Sur le chemin, deux hommes l’entrainent et la violent. Elle tombera enceinte, et ses parents poussés par les rumeurs des voisins, de la bonne société, vont se débarrasser d’elle en l’envoyant chez les bonnes sœurs, où elle va subir bien des sévices.

Je vous préviens, ce roman est d’une dureté rare, tant les faits qui y sont racontés touchent au plus près de nos sentiments. Alors, on ne va pas y trouver de scènes sanguinolentes, pas de scènes gores et gratuites. Tout se passe ici au niveau des ressentis, de ce que la narratrice éprouve devant des événements qu’elle va subir, mais aussi des réactions des gens qui, bousculés dans leurs croyances, leur moralité ou leurs valeurs vont avoir des avis et des façons de réagir disproportionnées, mais oh ! Combien réalistes.

Car on pourrait penser que ce que nous narre Maud Mayeras est exagéré. Mais n’avez-vous jamais connu dans certains villages, deux familles qui se détestaient parce que deux de leurs aïeux avaient eu une altercation plusieurs dizaines d’années auparavant ? Ne connaissez vous pas de gens qui médisent sur d’autres, parce qu’ils sont juste différents ? N’avez pas entendu parler d’une jeune fille mère qui a déshonoré telle ou telle famille ? Et ce qui est terrible dans ce roman, c’est que tout le talent de Maud Mayeras est de nous montrer tout cela de façon tellement naturelle, que c’en est d’autant plus violent pour le lecteur !

Ce roman est une véritable claque dans la gueule. Et si on regarde l’étiquette que l’on colle à son roman, on peut y lire : Thriller. Alors oui, on a droit à une histoire de serial killer. Mais c’est pour mieux nous amener à un final époustouflant. C’est autant pour respecter certains codes, que pour raconter une véritable histoire dramatique, de vrais portraits fouillés de nos semblables, un regard terriblement neutre sur notre société, sur notre façon d’être mais aussi sur notre façon de regarder les autres et de les juger. Car le scenario est implacable, aussi implacable que ce qui arrivé à Iris et Julie … et les autres.

Fichtre ! je m’attendais à un roman fort, et j’en ressors avec un roman extraordinaire, qui pêche parfois un peu dans l’excès mais qui au bout du compte, laisse derrière mes rétines des scènes incroyablement vraies, et surtout des sentiments très forts, trop forts, tellement forts qu’à l’écriture de ce billet, j’en ai encore le rythme du cœur qui s’accélère. Rares sont les thrillers qui reçoivent un coup de cœur sur Black Novel, mais je ne peux pas faire autrement. Que d’émotions !

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 18:01
Seuls les vautours de Nicolas Zeimet (Toucan)

Vous aimez Stephen King ? Pas quand il fait des livres d’épouvante, mais quand il prend le temps de regarder, de décrire la vie des gens normaux. Eh bien, ce roman est pour vous, car ce roman est tout simplement époustouflant.

Cela se passe en 1985, dans une petite ville américaine Duncan’s Creek. La petite Shawna Twitchell agée de 5 ans a disparu sans laisser de traces, pendant cette soirée du 18 juin. Sa mère Mandy était en train de s’occuper de la maison, et quand elle est revenue dans le jardin, elle n’était plus là. Comme dans toute petite ville, tout le monde va se sentir concerné. De nombreuses battues vont être organisées pour la retrouver, et tous les habitants du village vont y participer.

La police va aussi enquêter. En effet, il y a 6 mois, son mari Rory a disparu sans laisser de traces. Mandy est-elle coupable ? Ses beaux parents l’ont-ils enlevée ? A-t-elle été victime des indiens dont certains membres collectionnent des pierres magiques ? Ou bien le vieux fou Arlin l’a-t-il tuée et enterrée ? Ou bien, La faille du Diable fait-il peser une malédiction sur Duncan’s creek ?

Nicolas Zeimet va semer les pistes, en nous présentant la vie des petites villes américaines au travers de la réaction de ses habitants. Il va prendre le temps de passer en revue plus d’une dizaine de personnages, tous formidablement dessinés. Il va prendre le temps de nous montrer ce qu’était la vie avant les portables, les analyses ADN et le culte de l’argent à tout prix. L’histoire est simple, le dénouement aussi, mais on sera passé par différentes émotions pour y arriver, de l’angoisse pure à la tristesse, de la tristesse à la tendresse quand le groupe d’enfants s’amuse à se raconter des histoires d’horreur qu’ils ont eux même créées.

Pour autant, on ne pourrait y voir qu’une pâle copie du maître. Et pourtant, Nicolas Zeimet se lance dans son défi, à corps perdu et nous plonge au milieu de cette communauté, et on a vraiment l’impression de passer quelques jours en leur compagnie. Et puis, comme chez Stephen King, au détour d’une scène, il a cette faculté rare de nous sortir LA phrase qui va faire monter la pression, créer une sourde angoisse et nous bousculer dans nos certitudes.

Alors bien sur, il y a bien quelques scènes que j’ai trouvées bateau, trop faciles, mais elles ne sont pas plus de quatre ou cinq sur 470 pages. Alors, je lui pardonne ces quelques facilités et surtout, j’ai envie de tirer mon chapeau à un auteur qui a un talent fou, qui est capable de nous plonger dans les années 80, à 10 000 lieues de chez nous, et de nous donner envie de ne pas lâcher son livre, grâce à son style hypnotique.

Les éditions du Toucan ont dégotté là un auteur fantastique et je ne peux que vous encourager à le découvrir tant son roman est passionnant tant pour la psychologie des personnages que pour l’ambiance qu’il a su créer. C’est du grand art, c’est son deuxième roman, et je m’incline devant le talent de monsieur Zeimet. Merci !

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