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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 16:57
Imagine le reste de Hervé Commère (Fleuve éditions)

Hervé Commère n’est pas un inconnu dans le monde du polar. Car, avec un style simple et imagé, il créé des intrigues qui se révèlent étonnantes et pleines de créativité. Ce roman, si vous vous baladez dans le petit monde des blogueurs est tout simplement encensé par tous ceux qui l’ont chroniqué. D’ailleurs, le bandeau du livre est explicite : « Conquis ou remboursé ».

Le livre s’ouvre sur l’itinéraire de deux copains, deux amis inséparables, Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Originaires de Calais, ils vivent de petits délits, mais surtout, ils ont été livreurs de mystérieux paquets pour un caïd du coin, Cimard. Fred s’est fait serrer, a fait quelques mois de prison, et retrouve son pote, qui l’attend dans la voiture de sa mère. Sur le siège arrière, il y a une sacoche. Et dans la sacoche, il y a deux millions d’euros.

Ils envisagent de prendre l’autoroute qui les mènerait en Aquitaine. Ils vont rejoindre la fille de leur rêve, Carole. Elle habitait aussi à Calais, et tous les deux étaient amoureux d’elle. %ais elle est partie à Bordeaux quelques années auparavant. Karl explique comment il a volé l’argent à Cimard, l’emmène au Touquet pour lui faire visiter la demeure du mafieux, qui est parti en vacances en Thaïlande.

Puis ils se dirigent vers le sud, rejoindre leur rêve inaccessible. C’est là-bas que va se dérouler le drame …

Le roman va se poursuivre en nous présentant un chanteur doué mais qui n’a pas encore rencontré le succès … jusqu’à ce qu’il rencontre un producteur octogénaire. Le livre de Hervé Commère est composé de quatre chapitres, qui se nomment Karl, puis Nino, puis Serge puis All together … comme la chanson des Beatles. D’ailleurs, il sera beaucoup question de musique dans ce roman.

La première partie du roman est tout simplement géniale. Il y a dans ce début tout ce que j’adore dans les romans de Hervé Commère. Des chapitres courts, une innovation à chaque chapitre, des rebondissements, des retournements de situation, et un réel talent pour peindre des personnages simples et attachants. Franchement, quand il écrit comme ça, je pourrais lire des centaines de pages sans même m’en rendre compte, tant je me laisse emporter.

Puis vient la deuxième partie avec un énorme retournement de situation. Et là, je me dis : « Chouette, ça repart sur de bonnes bases, je vais m’éclater ». Evidemment, on y parle de Nino, chanteur doué, dont le rêve est de devenir connu, ou du moins d’être reconnu à sa juste valeur. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis détaché du roman. Je n’ai plus été intéressé, pris par la trajectoire de Nino. En gros, ce qui pouvait arriver à Nino m’indifférait. Il y avait bien quelques rebondissements avec lesquels je me retrouvais, mais j’ai trouvé cette partie … longue.

Puis viennent les deux autres parties où à nouveau, je suis emballé par ce que Hervé Commère a écrit. Si vous cherchez des avis sur Internet, vous ne trouverez, sauf erreur de ma part, que des avis élogieux, voire des coups de cœur. Tout ça pour vous dire que j’adore Hervé Commère, que j’ai adoré son livre, sauf la deuxième partie, où je suis passé à coté. Ça doit surement être ça, une rencontre ratée.

Il ne vous reste plus qu’à aller voir du coté de Yvan, Claude, Unwalkers, Cannibaleslecteurs, Foumette, entre autres.

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 16:55
L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran (Jigal)

Voici le dernier roman en date de Maurice Gouiran, et avez-vous vu le bandeau ? Je suis fier, oui, mais aussi heureux qu les éditions Jigal mettent en avant les blogs de passionnés de polar. Alors, un grand merc monsieur Gallier pour cette couverture et un grand merci Monsieur Gouiran pour ce roman

Clovis est un journaliste free-lance à la retraite. Quand il voit arriver Samia, il sait qu’il ne pourra rien lui refuser. Il l’a rencontrée il y a plus de trente ans. A l’époque, il était jeune, et avait François pour ami. Clovis et François se sont rencontrés pendant les massacres de Sabra et Chatilla. C’est là-bas qu’ils ont recueilli Samia, dont la famille a été exterminée. Elle venait de subir plusieurs viols. Entre pitié, compassion et amour, les deux hommes l’ont aidée à se reconstruire. Evidemment, ils étaient tous les deux amoureux d’elle, et elle a choisi François. Aujourd’hui, ils vivent près de Niort.

Quand Samia frappe à sa porte, Clovis sait que quelque chose est arrivé. François est parti enquêter sur la disparition de deux personnes qui, de près ou de loin, se renseignaient sur la béatification d’une religieuse, Sœur Encarnation. Clovis va donc s’embarquer pour Barcelone, avec les notes de François, que celui-ci a stocké sur un site internet. Il débarque donc à Barcelone et commence par des gens qui ont découvert sur le tard qu’ils ont été adoptés.

Et voilà Maurice Gouiran qui nous présente le scandale des bébés vendus du franquisme. Il faut savoir que l’église espagnole a commencé par vendre des orphelins aux Franquistes avant d’organiser un véritable commerce de nouveaux nés, et ce jusque dans les années 80, soit bien après la mort de Franco. Sur internet, on parle de 300 000 bébés volés et revendus pour des sommes indécentes. Cette affaire, bien qu’elle soit peu connue de ce coté ci des Pyrénées, rappelle aussi ce que firent les nazis avec les lebensborn.

Rien que pour ça, le roman de Maurice Gouiran vaut sa lecture, car cet auteur a à cœur de remuer des seaux de merde, où il ne fait pas bon mettre le nez. Chacun de ses romans vaut de l’or à une époque où on veut oublier et faire oublier, où on veut éviter que les gens pensent, où on veut que les gens fassent là où on leur dit de faire, où on nous met sur les têtes de linéaire les livres que l’on doit lire. Mais je m’égare ...

Je vais vous dire pourquoi j’aime Maurice Gouiran : Il ne se formalise pas de détails, ses romans vont droit au but (c’est normal, il est de Marseille), ça va vite, on n’a pas le temps de s’apitoyer. Par contre, les intrigues sont toujours tirées au cordeau, les personnages sont formidables, et les sujets toujours aussi dérangeants. Les romans de Maurice Gouiran sont là pour nous rappeler des événements que l’on veut faire oublier.

Et ce roman va encore un peu plus loin. Car à faire des allers-retours entre l’enquête de Clovis, le journal écrit par François ou les anecdotes du passé de nos trois protagonistes, l’ensemble donne une impression d’improvisation. En fait, tout est fait pour que l’on s’attache à eux, pour qu’on les comprenne, qu’on adopte leur position. Et c’est quand on a tranquillement tourné les pages, que Maurice Gouiran nous assène sa dernière page. Nom de Dieu ! Les trois dernières lignes font mal !

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 17:57
Le jour des morts de Nicolas Lebel (Marabout)

Je ne connaissais pas Nicolas Lebel, et mal m’en a pris. Ce roman, c’est du pur plaisir de lecture, un vrai polar dense avec de succulents personnages. Bref, voilà un roman avec lequel on passe un excellent moment de divertissement. A déguster !

Le commandant Mehrlicht visite son ami Jacques, à l’hôpital Saint Antoine, où ce dernier suit une chimiothérapie. On ne va pas se laisser abattre, alors les deux compères profitent de la vie, dans la chambre, en buvant du vin et en fumant des cigarettes. Certes, les infirmières gueulent, mais on n’a qu’une vie, après tout ! C’est d’ailleurs à l’hôpital Saint Antoine qu’un patient, Malauron, vient d’être empoisonné. Un voisin de chambre indique qu’il a vu une jeune femme, habillé de blanc, sortir de la chambre de Malauron … elle ressemble à la faucheuse ! Mehrlicht, appuyé par son équipe de lieutenants Sophie Latour et Mickael Dossantos, vont être chargés de l’enquête. Quand d’autres meurtres apparaissent par empoisonnement, et que la suspecte est toujours une jeune femme brune, les media s’emparent de l’affaire, la pression s’intensifie, et la peur envahit la France. Tout le monde a peur de « l’empoisonneuse ».

Car après l’autopsie, il s’avère que le poison utilisé est issu d’un champignon que l’on trouve dans les montagnes françaises. La dose utilisée aurait pu terrasser un éléphant. L’affaire va s’avérer bien complexe, impliquer certaines personnes haut placées à la tête de l’état et trouver ses racines dans un passé lointain.

Dans ce résumé sommaire des premières pages, je me dois d’ajouter que Mehrlicht va être affublé d’un stagiaire (alors qu’il n’en veut pas), que celui-ci est le fils d’un haut dignitaire de l’état et qu’il a une attitude détestable.

Car c’est un polar franchement réussi que nous a concocté Nicolas Lebel. Outre qu’il regorge de péripéties, et que son style, rapide et direct, donne un rythme soutenu au roman, on ressort de ce roman emballé, avec l’envie de déplacer des montagnes. Voilà, c’est ça ! ce roman donne envie de sourire à la vie, donne du moral aussi surement qu’une dizaine de boites de médicaments et c’est rudement bon !

Et la difficile alchimie, celle qui fait que l’on adhère ou non à un roman, c’est grace à ses personnages qu’on la doit. Car ils sont tous truculents, hilarant ou détestables, mais toujours justes. Avec Sophie Latour, amoureuse d’un sans papier et qui désespère de voir son amoureux rester, Avec Dossantos qui est capable de vous débiter les articles de loi par cœur et qui a une foi sans borne en son métier, toujours prêt à aider les autres, avec le stagiaire Lagnac qui est une vraie tête à claques, avec Matiblout, le commissaire qui subit une pression d’enfer et cherche à faire pour le mieux. Avec Mehrlicht, aussi et surtout, personnage central et formidable héraut du bien vivre, excessif en tout, aussi bien pour ses consommations d’alcool ou de cigarettes que capable de descendre en flammes un patron de restaurant qui sert de la merde à manger. Rarement, j’aurais été aussi proche d’un personnage, défenseur du mieux vivre, réfractaire à la vie moderne avec laquelle on passe au travers de trop de bonnes choses.

Dans ce roman, aux péripéties multiples, aux scènes hilarantes, on n’a pas affaire à des enquêteurs surdoués, mais à des bosseurs, des besogneux de la déduction, qui avancent petit à petit avec les éléments qu’ils récupèrent sur leur chemin. Mais je peux vous dire que c’est un vrai plaisir à lire, du pur divertissement qui se permet de pointer les conneries que l’on voit (ou pas) tous les jours comme cette scène où Latour vient régulariser la situation de son amant, en vain. Si on peut éventuellement reprocher à ce roman une intrigue linéaire, on en ressort avec une pêche d’enfer, et on se dit que l’on tient là un excellent roman de divertissement, idéal pour une lecture d’été.

En un mot, lisez ce livre. Quant à moi, je vais acheter son premier roman (L’heure des fous), car c’est le seul regret que j’ai eu en tournant la dernière page.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 17:53
Le mémorial des anges de Fabrice Pichon (Editions du citron bleu)

Après Vengeance sans visage et Le complexe du prisme, voici donc le troisième roman de Fabrice Pichon, qui démontre une nouvelle fois qu’il faut aller chercher du coté des petits éditeurs pour trouver d’excellents romans policiers.

Dans Vengeance sans visage, nous avions fait la connaissance de Nicole Desvignes. Dans Le complexe du prisme, nous avions suivi Marianne Bracq. Dans ce troisième roman, il fallait une intrigue complexe et passionnante pour se faire rencontrer ces deux personnages féminins au caractère bien trempé.

5 mai. Scène d’enterrement, tout le monde est là, triste. Mais que s’est-il passé ?

14 avril, soit trois semaines plus tôt. Un des hommes de Marianne Bracq, Magnin, est retrouvé dans un bois, proche de Dijon, victime d’une agression : on lui a tiré deux fois dessus. Son état est critique, il est plongé dans le coma. Le bois en question est bien connu pour abriter des rencontres homosexuelles ou échangistes.

La première idée est évidemment de s’intéresser à la vie privée d’un de ses hommes, ce qui n’est jamais facile. D’autant plus que sa vie privée à elle est loin d’être simple : Mère de deux filles issues de deux pères différents qui sont tous les deux partis, elle doit gérer à la fois sa vie personnelle mouvementée et sa vie professionnelle chargée. Son supérieur lui demande mettre en suspens ses deux affaires en cours (une affaire de viol et le meurtre d’un psychologue) pour se mettre à 100% sur l’agression de Magnin.

Si le premier roman est une découverte, le deuxième une confirmation, dans le cas de Fabrice Pichon, le troisième roman est celui de la consécration. Pour avoir lu ses deux premiers romans, j’ai bien vu (enfin, surtout lu) la progression dans l’écriture de cet auteur. Et si la façon de conduire son intrigue était déjà en progrès dans le Complexe du prisme, cette fois ci, Fabrice Pichon nous a écrit un roman passionnant.

L’intrigue tout d’abord est complexe sans être compliquée pour le lecteur. Ce qui est incroyable, c’est cette faculté d’avancer par petites scènes, par petits rebondissements, de rajouter des questions, de construire un labyrinthe dans lequel le lecteur ne trouvera la sortie qu’à la fin du roman. Ce que j’ai adoré, c’est cette logique limpide qui fait que les scènes se suivent comme si on vivait au milieu de cette brigade de police, c’est cette construction qui fait que l’on n’est jamais largué. Dans cette façon de mener son enquête, j’y ai trouvé les qualités que je trouve chez un Indridason.

Car Fabrice Pichon s’intéresse autant à l’enquête qu’à la vie privée de ses personnages. Là encore, pas besoin d’esbroufe, pas besoin de jeter de la poudre aux yeux, tout est fait dans une simplicité extrême, mais finalement, c’est bien ce qui me touche le plus. Il n’y a pas de personnages extraordinaires, de super-héros, juste des gens normaux face à un problème épineux et complexe.

Et puis il y a aussi cette faculté à écrire simplement ce qui s’énonce simplement. On n’a jamais l’impression que c’est écrit, Fabrice Pichon écrit simplement la vie des autres. Chaque phrase, chaque expression est d’une logique implacable. On n’a jamais envie de laisser tomber le livre, tant on est emporté par ce qui y est raconté. J’espère vous avoir donné envie de lire, de découvrir cet auteur car pour tout vous dire, la France détient un auteur de romans policiers de premier choix. Découvrez donc Fabrice Pichon !

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 17:33
L'assassinat d'Hicabi Bey de Alper Canigüz (Mirobole Éditions)

Comme je le dis souvent, il faut être curieux dans le choix de ses lectures. Cela permet de trouver parfois de formidables romans, de découvrir de formidables auteurs. Ce roman est le deuxième de son auteur et c’est surtout le sujet qui m’a attiré, puisque l’enquête est menée par un jeune garçon de 5 ans.

Istambul, de nos jours. Alper Kamu est un jeune garçon de 5 ans remarquablement intelligent. Il sait lire, et vit heureux dans son quartier, au milieu de ses parents qui n’ont aucune idée des capacités de leur enfant. Alors qu’il est en train de jouer avec ses copains, il trouve la porte d’un appartement ouvert dans un immeuble proche. Quand il rentre, il trouve un homme, mort égorgé dans son salon. Ertan le Timbré, un jeune garçon attardé, est présent dans le salon, et un match de football se déroule sur l’écran de télévision.

La victime s’appelle Hicabi Bey. C’est un ancien commissaire de police qui a perdu sa femme depuis que celle-ci s’est suicidée. Il s’avère qu’Hicabi faisait beaucoup pour aider les enfants du quartier. La police, quant à elle, trouve que Ertan fait un très bon coupable. Mais c’est sans compter sur les autres suspects potentiels tels quelques petits délinquants de quartier (ne ratez pas John et Lennon !). Alper va avoir bien du mal à démêler cette intrigue bien compliquée pour un enfant de 5 ans.

S’il est un qualificatif qui va comme un gant à ce roman, c’est bien « original ». En effet, il est rare de trouver des détectives aussi jeunes. Il faut dire qu’Alper est certes jeune mais il est surtout très intelligent. Imaginez un gamin capable de lire Dostoïevski, capable de tenir des conversations avec des adultes, capable de tenir des discours philosophiques. D’ailleurs, c’est le seul reproche que je ferai à ce roman, celui de pousser le bouchon un peu trop loin, car par moment, on a du mal à croire qu’Alper a 5 ans.

Passé ce petit reproche, une fois qu’on a accepté cette hypothèse de base, le roman en devient naturellement comique, surtout quand après avoir fait une déduction ou une description, il sort une remarque qui montre qu’il est tout de même un enfant. Le décalage est si grand que cela prête à sourire. Et comme c’est très bien fait, ça ne tourne pas au ridicule, mais on se prend vite d’affection pour Alper.

L’autre grosse qualité de ce roman, c’est son intrigue. J’aurais d’ailleurs tendance à dire, que même si c’est écrit à la première personne du singulier, la psychologie des personnages et l’intrigue ont toutes les qualités d’une Agatha Christie. Du début à la fin, c’est remarquablement construit, et cela fait de ce roman un roman policier de grande classe, qui se permet même de montrer les travers de la corruption dans la société turque à travers la mutation du père de Alper.

Comme je vous le disais, ce roman est une bien belle surprise, c’est même la belle découverte d’un auteur qu’il faudra suivre à l’avenir. C’est aussi ma première lecture turque, preuve supplémentaire s’il en fallait, que le polar n’a pas de frontière et que le talent est partout. Je ne souhaite qu’une chose maintenant, c’est de retrouver Alper pour une prochaine enquête.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 17:04
Une terre si froide de Adrian McKinty (Stock-La cosmopolite)

Voici une belle découverte que je dois à l’insistance d’un lecteur assidu du blog, Norbert, confirmé dans mes choix par Claude, Jean Marc ou bien Yan. Bref, voilà beaucoup de raisons pour se pencher sur le cas Adrian McKinty.

1981, quartier de Carrickfergus, près de Belfast. Bobby Sands vient de mourir après une soixantaine de jours de grève de la fin. Le pays est au bord de l’explosion, la guerre civile est sur le point de se déclencher. Sean Duffy débarque au RUC, la police d’Irlande du Nord. Et il n’est pas facile de se faire accepter quand on est le seul catholique au milieu de collègues protestants chargés de gérer les attentats imputés aux catholiques.

On retrouve le corps d’un homme assassiné dans une voiture, la main sectionnée. A ses pieds, on retrouve une main. Vraisemblablement, le corps a été abandonné là pour qu’il soit retrouvé. Le médecin légiste indique rapidement que la main retrouvée n’appartient pas au corps, donc il faut s’attendre à l’apparition d’un autre corps. Ce qui arrive évidemment quelques jours plus tard, quand on découvre le meurtre d’un homosexuel notoire.

Quand l’assassin prend contact avec les media, revendiquant ses crimes homophobes, Sean Duffy, aidé par deux policiers se retrouve avec une enquête qui ne passionne pas les foules mais qui pourrait bien faire beaucoup de bruit. D’autant plus que ses relations avec la médecin légiste vont compliquer ses affaires …

Voilà un polar impeccable, et j’aurais tendance à dire, comme savent si bien les faire les auteurs irlandais. Et d’ailleurs, je commence par rendre hommage à la traductrice Florence Vuarnesson qui a si bien su rendre le style direct et l’humour omniprésent, froid et cynique à souhait, qui semble être une marque de fabrique typique des auteurs de ce pays. Alors que le contexte est foncièrement dramatique, les dialogues sont toujours là pour nous arracher un sourire, un éclat de rire, ce qui montre bien la prise de recul des personnages.

Car le contexte est effectivement difficile, et c’est la grande qualité de ce roman. La guerre civile éclate, suite à la mort de Bobby Sands, et les attentats aussi bien que les agressions envers les forces de police pleuvent. Adrian McKinty ne s’attarde pas lourdement sur cela, mais parsème tout au long de son roman de petites remarques, des descriptions qui rendent le climat à la fois oppressant et bigrement réaliste. Il n’y a qu’à se rendre compte qu’à chaque fois qu’un flic prend une voiture de service, sa hantise est, quand il tourne la clé s’il n’y a pas un mécanisme caché qui va déclencher une bombe. Ou bien, ces agressions ou ces jets de pierre quand la police débarque dans un quartier catholique. Ou encore, ces extraits d’informations radiophoniques parlant d’incidents violents et mortels.

Au-delà de ça, l’enquête est extrêmement rigoureuse, comme savent si bien le faire nos amis britanniques, avec plusieurs pistes, et forcément un contexte politique important mais je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler l’intrigue. C’est aussi et surtout l’occasion de faire la connaissance avec un nouveau personnage que l’on aura plaisir à retrouver, puisque Une terre si froide est le premier tome d’une trilogie. Et après avoir refermé ce roman, réellement prenant, on ne peut qu’être ravi de savoir à l’avance que l’on retrouvera Sean Duffy.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 17:33
Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry (Editions Lajouanie)

Jeanne Desaubry est bien connue des spécialistes du polar, pour avoir écrit trois romans noirs (Hosto, Le passé attendra et Dunes froides) et deux romans pour la jeunesse (Hacking et L’incendie d'Halloween) mais aussi et surtout pour avoir fait partie de la maison d’éditions Krakoen et aujourd’hui Ska. Car outre le fait qu’elle soit une auteure de talent, elle fait beaucoup pour la découverte de nouveaux talents. Et si vous parcourez les allées de quelques salons, ou les librairies proposant des dédicaces, vous la rencontrerez et pourrez discuter avec elle des polars.

Elisabeth est une femme séparée de son mari, qui élève seule son jeune fils adolescent Mathis. Au chômage, elle est obligée de se rendre dans une agence de Pôle Emploi pour répondre aux exigences du système et être comptabilisée parmi les chômeuses. Elle y rencontre une autre femme, dans le même cas qu’elle, mais physiquement différente puisque celle-ci est petite et grosse. Elles se lient d’amitié et Elisabeth, qui vit de quelques heures de ménage au noir, a une idée : loger Paloma dans la caravane d’un vieil homme, Monsieur Armand, chez qui elle faisait le ménage et qui est maintenant en maison de retraite.

A l’autre bout de la ville, Blanche est juriste et mariée à Pierre, avocat de renom. Elle ne supporte plus sa vie, ni son mari, qui est tout le temps absent et qui la trompe sans même s’en cacher. Alors, elle se dit que si elle s’en débarrassait, sa vie serait meilleure, sans contraintes. Alors elle se met à lire des polars et à réfléchir à des solutions criminelles.

Elisabeth et Paloma ont aménagé la caravane. Elles s’imaginent que M.Armand était un truand et qu’il avait caché une fortune dans sa caravane. Quand elles trouvent des billets en francs, cette fortune ne leur sert à rien mais leur donne une idée : et si elles faisaient à leur tour des casses pour avoir un peu d’argent et ainsi survivre ?

D’un coté, on a le couple Élisabeth et Paloma ; de l’autre, nous avons Blanche et Pierre. Ces deux couples vont suivre leur itinéraire, jusqu’à se rencontrer. Vous l’avez compris, cette histoire est dramatique, humaine, bien ancrée dans notre actualité de tous les jours. Et ces deux personnages pourraient inspirer de la pitié ou bien du rejet, leurs malheurs pourraient inspirer de la peine ou de l’indifférence. Et que dire de Blanche, à l’opposé de nos deux comparses, qui fait indéniablement partie des privilégiés et qui s’épanche sur ses petits malheurs égoïstes.

Le talent de Jeanne Desaubry est justement de faire vivre ce tableau social sans émotions, sans jugement, mais en laissant ses personnages vivre devant nos yeux. En aucune façon, elle ne va donner un avis sur les uns ou les autres, juste les accompagner sur leur chemin, avec son style si clair, si précis, si imagé. Et si parfois, on lit une remarque bien cinglante sur la société ou bien sur nos petits travers, ils portent d’autant plus qu’ils ressortent de façon étincelante du reste de l’histoire, sans la dénaturer.

Car c’est bien une fable moderne et humaniste que Jeanne Desaubry nous a concocté. Elle n’est pas là pour donner des solutions, juste pour nous décrire la trajectoire de ces êtres humains, malmenés, poussés à bout, obligés de se débrouiller pour s’en sortir, pour survivre. Et on se demande si la société n’a pas oublié l’humain, si le modernisme n’a pas oublié l’essentiel, l’Homme. Évidemment, j’ai ressenti de la sympathie pour ces deux femmes que sont Elisabeth et Paloma, j’ai été plus froid avec Blanche, mais c’est là où Jeanne Desaubry réussit son pari : nous faire prendre position dans une histoire commune, réelle et contemporaine. Ce roman dramatique, à la plume à la fois efficace et humoristique, s’avère aussi dérangeant, émouvant et parfois cynique.

La société se plaint des criminels, les chasse et les enferme mais ne les engendre-t-elle pas quand elle appauvrit et affame ses citoyens ? De ce roman, je garderai de formidables portraits, de formidables personnages et une histoire qui, outre sa force, possède une fin très bien trouvée, témoin du drame quotidien. Après avoir lu ce roman, vous regarderez différemment les gens que vous rencontrerez dans la rue, ou vous les regarderez, tout simplement.

Vous pouvez aller voir l'avis de l'oncle Paul ici.

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 18:13
Un mort de trop de Alexandra Appers (Ring)

Un mort de trop est un premier roman, mais ne vous y trompez pas, c’est un premier roman extraordinaire. Il nous plonge dans le monde des tatoueurs, ou du moins nous montre un garçon qui, un jour, se rêve tatoueur dans un petit village français paumé sur la carte.

A Saint Amand La Givray, il n’y a rien à faire. On se fait chier. Otis est un jeune garçon, flanqué de son ami de toujours Marvin, un peu demeuré. Il vit chez sa mère, Nina depuis que son père est parti. D’ailleurs, il ne l’a jamais connu. Sa mère tient un bar, L’Indiana, où tous les paumés du coin viennent noyer leur ennui dans l’alcool. Otis a une sœur aussi, Patti, enceinte jusqu’au cou d’un loubard du coin, et si elle veut garder le bébé, il n’est pas sur que le père reste …

Otis a un rêve de grandeur dans ce paysage si petit qu’il tiendrait dans une bouteille. Il veut devenir tatoueur. Il est doué pour faire des dessins, et à l’idée de reproduire cela sur une peau humaine devient son obsession. Alors il décide avec son pote Marvin de s’entrainer … sur les animaux du voisinage. Que ce soient des chats ou des chiens, il les endort puis les rase et enfin leur fait des tatouages magnifiques. Jusqu’au jour où un des propriétaires s’en aperçoit alors que son chien devait concourir pour un concours de beauté.

Alors, Marvin accepte de se faire tatouer, puis en fait de la publicité. Et tout le monde du coin débarque chez la mère d’Otis pour se faire tatouer. Si sa réputation ne dépasse pas le département, il a quand même droit à un sujet sur la télé locale. Un soir de beuverie, un homme ivre l’énerve, et dans un geste brusque, il bouscule sa petite amie, l’amour de toujours, Ella, qui part à la renverse et se fracasse la tête. Quand il se réveille, il ne se souvient plus des détails mais doit vivre avec un corps enterré dans la cave par sa mère.

Pour un premier roman, pour un coup d’essai, c’est un sacré coup. Alexandra Appers doit être le genre de femme à avoir des couilles (excusez moi l’expression). Car quoi de plus ennuyeux que la vie dans un petit village paumé dans lequel il ne se passe rien. Eh bien, croyez-moi, ce roman psychologique est passionnant. D’ailleurs, ne vous arrêtez pas à ce qui est écrit sur la couverture, ce n’est absolument un thriller mais un vrai roman psychologique.

Le principe du roman, c’est de faire la narration à la place de Otis, un jeune sans grand avenir et qui vit avec une certaine rage. De l’extérieur, c’est un jeune qui ne montre aucune émotion, mais qui laisse transparaitre une rage froide. C’est peut-être la seule mise en garde que je peux faire à ce roman : il faut rentrer dedans, se mettre à la place d’Otis, se laisser entrainer par ses mots froids, ses phrases froides, son style chirurgical qui ne laisse rien transparaitre.

Otis est un jeune qui rêve, qui se rêve le meilleur tatoueur que la Terre ait portée. De ces dessins sur des bouts de peau, malgré qu’ils soient l’image de la personnalité de ses clients, il arrive à sortir de son cauchemar quotidien, de son enfermement. Et c’est redoutablement bien vu de montrer ce jeune homme qui a peur à chaque fois qu’il doit tatouer quelqu’un. Et puis survint ce drame, cette mort involontaire de la seule personne qui aurait pu le sortir de lui-même, de sa prison.

Dès la deuxième partie, le ton change. Si Otis ne se rappelle que difficilement ce qui s’est passé, sa mère prend une place prépondérante dans l’histoire. On voit apparaitre son vrai visage de dominatrice, de mère castratrice. Des pans du passé viennent faire leur apparition, on se demande pourquoi elle a élevé seule ses enfants. La personnalité de Otis évolue aussi avec plus de rage, plus de frustration, et même si le style est toujours aussi froid, la tension monte, monte …

La troisième partie voit apparaitre la grand-mère, ce qui ne peut que dégrader la situation, jusqu’au bouquet final qui est plus subtil qu’il n’y parait. Si on ajoute à cela des titres de chapitres qui font appel à ce qui se fait de mieux en terme de rock ou de blues, je peux vous dire que ce roman là, il vous faut le lire absolument, pour peu que vous appréciiez les romans stylisés.

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 17:08
Les nuits de San Francisco de Caryl Ferey (Arthaud)

Les romans courts, que les Américains appellent novellas, déferlent sur notre pays. Cela devient une habitude de proposer des romans courts (une centaine de pages) à des prix attractifs. Ce genre de roman est aussi l’occasion de proposer une lecture rapide, qui peut combler quelques heures de transport, fussent ils en commun. Pour l’auteur, c’est plus difficile de créer des personnages, un univers, une intrigue avec aussi peu de pages à sa disposition.

Ce roman raconte la trajectoire de deux êtres, et leur rencontre en forme de déflagration. Deux êtres comme deux étoiles, qui viendraient créer un Big Bang. Ils sont deux et ont droit chacun à une partie, dans ce livre qui en comporte deux.

Sam est un indien Lakota. Sa tribu a battu le général Custer avant d’être proprement exterminée à Wounded Knee. Sam aurait pu être un bon gars, selon les critères de la bonne société, mais il boit trop. Quand sa petite amie Liza est enceinte, il décide de partir, de vivre de petits travaux, surtout dans le batiment. La crise économique le jette brutalement à la rue, où il rencontre Jane à San Francisco.

Jane est une belle fille. Ancienne mannequin, elle va vivre avec Jefferson, membre d’un groupe de rock, avec lequel elle va avoir un enfant. Elle aussi va subir des drames qui vont la jeter à la rue.

Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir le nombre de gens qui font la manche augmenter. Et derrière ces faces marquées, il y a des hommes et des femmes. Caryl Ferey s’est toujours intéressé à l’Homme. Ici, il nous brosse le portrait de deux êtres abimés, chacun ayant eu sa trajectoire, sa vie, chacun ayant subi des drames à propos desquels ils ne pouvaient rien. La faute à pas de chance, comme on dit. Reste que ce roman, montre que l’on n’a plus le droit à l’erreur dans cette société.

Deux êtres, comme deux arbres isolés en plein désert, qui se rencontrent. Les Chinois disent que seules les montagnes ne se rencontrent pas. Ces deux jeunes gens vont se rencontrer et fusionner; ces deux jeunes gens délaissés, marginalisés, à qui il ne reste rien vont essayer de s’en sortir, de s’évader.

Même si j’ai trouvé que le style était par moments plat, par moments démonstratif, surtout au début du roman, on finit par se laisser porter par ce drame dont le but est de centrer le débat sur l’homme. Sans atteindre la poésie et la force de combat d’un Larry Fondation, Caryl Ferey nous offre là une bien belle histoire avec une fin étoilée. Ne passez pas à coté.

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 18:04
La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti (Jigal)

Les éditions Jigal, après avoir trouvé Janis Otsiemi, nous ont dégotté un autre auteur africain. Et je peux vous dire qu’il n’y a pas à hésiter, La traque de la musaraigne, c’est du bon, du tout bon, du très bon. Il nous propose de suivre l’itinéraire de deux personnages : Stephane Néguirec et Jesus Light à Porto Novo au Benin.

Stéphane Néguirec est Breton qui a émigré en Afrique sans réel but dans la vie. Il erre de bar en bar, profitant de la compagnie des prostituées. Dans l’un d’eux, il sort avec l’une d’elles quand il se fait agresser dans la rue. Une autre jeune femme lui propose de l’aider, lui offrant même de le guider et de le payer pour rester avec lui. De fait, elle sort une liasse de billets dans une peluche. Son attitude parait bien étrange, jusqu’à ce qu’elle lui propose un mariage blanc en l’échange d’argent. Mais leur aventure est loin d’être terminée.

Jesus Light s’appelle en réalité Ansah Ossey. Il est plutôt un petit bandit ghanéen à la petite semaine, sauf qu’il vient de faire un gros braquage et qu’il est le seul survivant de cette affaire. Et comble de malchance, sa petite amie Pamela est partie avec ce qui reste du butin. Il part donc à sa recherche et rejoint le Benin. A peine arrivé, un commissaire de police lui prend ce qui lui reste d’argent pour éviter une arrestation. La course poursuite commence.

Florent Couao-Zotti nous concocte là un super polar, très maitrisé, avec de superbes personnages, et surtout une ambiance poussiéreuse à souhait. Il nous montre, à travers les périgrinations de ces deux personnages, la vie des pauvres gens, au gré des différentes rencontres, qui sont parsemées d’humour au second degré. Ces deux personnages vont donc avoir chacun à leur tour à un chapitre, principe classique mais redoutablement efficace quand il s’agit de décrire deux trajectoires qui sont destinées à se croiser.

Car c’est bien dans le dernier chapitre que tout va se dénouer, la rencontre tant attendue va avoir lieu dans le dernier chapitre et je peux vous dire que cela vaut largement le détour. L’ensemble du roman est maitrisé, de bout en bout, et je dois dire qu’en ce qui concerne le style, on ne fait pas mieux que les auteurs africains. Leur façon d’utiliser des expressions du cru, ajoutée à des mots, verbes ou phrases imagées sont redoutablement efficaces et surtout un formidable plaisir de lecture.

Contrairement à son collègue Janis Otsiemi, Florent Couao-Zotti ne va pas faire l’autopsie de sa société ou de son pays. Il utilise ses personnages pour nous montrer leur vie, pour nous immerger dans un nouveau contexte sans pour autant pointer ouvertement certains travers. Par contre, l’intrigue est parfaitement construite, et ce roman se savoure comme un repas beninois de luxe, tant le plaisir est au rendez vous. Et puis, en terme de style imagé, on fait difficilement mieux que les auteurs africains, tant ils semblent être les nouveaux créateurs de la langue française.

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