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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 18:51
Terminus Belz de Emmanuel Grand (Liana Levi)

Premier roman d’Emmanuel Grand, Terminus Belz nous propose de faire un tour sur une île bretonne, dans le monde difficile et apre des pêcheurs, sous fond de polar. Outre que c’est un roman remarquablement écrit, plusieurs des thèmes abordés font de ce roman une curiosité à coté de laquelle il serait dommage de passer.

Ils sont quatre Ukrainiens, trois hommes et une femme. Si Marko Voronine est le personnage central de ce roman, ses trois compagnons d’infortune que sont Anatoli Litovchenko, Vasili Buryak et Iryna Belanov vont assouvir leur rêve, passer en France de façon illégale. Ils s’adressent à des Roumains dont l’une des activités est l’immigration clandestine. En plein voyage, Iryna se fait violer par les passeurs et les Ukrainiens arrivent à tuer leurs agresseurs sur une aire d’autoroute. Ils récupèrent leur argent (25 000 euros) dans la boite à gants et décident de rejoindre la France en se séparant.

Marko décide d’aller le plus loin possible et se dirige donc vers la Bretagne, à Lorient puis sur l’île de Belz où il trouve dans un journal local un offre d’emploi de pêcheur. Après un coup de fil, il est embauché et atterrit dans le seul bar de l’île, où l’accueil est froid pour un étranger qui débarque dans un endroit miné par le chômage. Après une altercation avec les clients du bar, c’est Caradec qui le sort de cette mauvaise passe, ce qui tombe bien puisque c’est lui qui l’a embauché.

Mais Marko va être tenaillé entre l’agressivité des gens du cru, la peur d’être pris en situation irrégulière par la police, la mafia roumaine en la personne de Dragos qui fait la chasse aux Ukrainiens, et sa sœur et sa mère avec qui il arrive à communiquer par mail et qui veulent aussi rejoindre la France. Quand un corps est retrouvé décapité, la situation déjà peu brillante devient pour Marko carrément inextricable.

La première chose que je retiendrai de ce roman, c’est son style, que je qualifierai de littéraire. C’est extrêmement bien écrit, sans être bavard, l’auteur trouvant toujours les bonnes expressions pour nous faire ressentir l’ambiance de cette ile, balayée par le vent, qui rend la vie de ses habitants aussi difficile. Emmanuel Grand en profite aussi pour rendre un hommage prononcé aux pêcheurs, dont le labeur est réellement synonyme de pénibilité, avec au bout du compte, l’obligation de vendre le résultat de leur pêche au supermarché du coin.

Si le roman ne veut pas ouvertement dénoncer cette situation, il se veut en tous cas, un excellent documentaire sur la vie quotidienne de ces gens-là. De même, le fait qu’un étranger débarque et trouve rapidement un travail dans un endroit miné par le chômage va déclencher des bagarres, des engueulades et des remarques qui sont bien l’image de ce que l’on peut entendre dans certains bars. Tout cela est extrêmement bien fait. Et comme c’est très bien écrit, c’est un roman très vivant, où tous les gens se connaissent et se parlent, savent tout sur tout.

Et l’intrigue me direz vous ? Si le début m’a vraiment emballé, parce qu’il m’a semblé très maitrisé, petit à petit l’intrigue passe au second plan. Le meurtre mystérieux va aussi déclencher chez les habitants le retour de leurs peurs ancestrales, et le monstre mystérieux que l’on appelle là-bas l’Ankou, et le roman oscille entre roman social, roman policier avec l’intervention d’un commissaire qui vient d’être muté de la région parisienne, et roman fantastique avec les légendes diaboliques qui assombrissent le moral des gens. Et j’ai eu l’impression que l’auteur oubliait un peu le stress constant que devait ressentir Marko.

Ceci dit, c’est un premier roman très bien écrit, de ceux que je classe dans les polars littéraires, qui prend le temps de regarder les gens, de leur parler, de montrer le quotidien de leur vie, car elle est si éloignée de tout ce que l’on peut imaginer. Tout au long de ces 360 pages, on ne s’ennuie pas, suivant le rythme lancinant et incessant des vagues venant s’abimer sur les falaises, et on passe un sacré moment en compagnie de ces pêcheurs. C’est un roman à découvrir, à savourer, pour le plaisir du beau verbe.

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 18:06
Mais je fais quoi du corps ? de Olivier Gay (Editions du Masque)

Olivier Gay a commencé à se faire un nom il y a deux ans, avec Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, son premier roman qui a remporté le prix de Beaune 2012. Son roman mettait en scène John Fitzgerald Dumont dit Fitz, jeune dealer aux prises avec des problèmes plus grands que ce qu’il était capable de gérer avec son attitude de jeune irresponsable. Mais le style, humoristique et ironique en faisait un très bon roman drôle à lire et à suivre.

L’année dernière, Olivier Gay remettait le couvert, avec Les mannequins ne sont pas des filles modèles. De la traque au serial killer de sa première aventure, Fitz se retrouvait plongé dans le monde peu reluisant et sans pitié des mannequins. Pour donner un coup de main à son ami Moussah, il résolvait une affaire de kidnapping à travers une enquête haute en rebondissements.

Dans cette troisième aventure, Fitz, affublé de Moussah et Deborah se retrouve au centre de l’intrigue. Il se réveille après une soirée arrosée dans le lit d’une jeune femme dont il n’a aucun souvenir (ni la soirée, ni la jeune femme). En plus, après les présentations d’usage, il découvre qu’il est en présence d’une avocate, Daniela. Ce n’est pas trop le genre de la maison, pour un dealer.

Dans l’art de se fourrer dans des ennuis incroyables, il cède enfin devant l’insistance de ses parents pour venir manger avec sa dulcinée. Sauf que, en guise de dulcinée, il décide d’y aller avec Deborah, qui fait merveille. Et voilà que, en plein repas, il reçoit un message d’un de ses clients, le député Georges Venard, pour un besoin express de soleil, c'est-à-dire de coke. Quand Fitz se pointe chez le député, personne ne répond. Le lendemain, c’est par les journaux qu’il apprend le suicide du député, et son ami hacker lui apprend sur son portable qu’un homme est entré par effraction chez lui, vraisemblablement pour le tuer. Les ennuis de Fitz ne font alors que commencer …

Que l’on se rassure, cette troisième aventure peut se lire sans avoir lu les autres. Par contre, ceux qui ont succombé aux deux précédentes enquêtes vont se jeter sur ce Mais je fais quoi du corps ? avec avidité. Et outre le fait qu’ils vont retrouver leurs personnages favoris, toujours aussi bien brossés et formidablement attachants, ils vont noter une certaine évolution dans le cycle Fitz, voire une évolution certaine.

Si Moussah est toujours prêt à se jeter dans la gueule du loup, par besoin d’action mais aussi avec une naïveté d’aveugle, faisant confiance à Fitz, on sent Deborah en attente d’un geste de Fitz pour qu’il lui déclare sa flamme. C’est aussi elle qui a des doutes quant à la maturité de Fitz, et elle est presque prête à le laisser tomber, tant il va loin dans cette aventure rocambolesque. Par contre, en ce qui concerne Fitz, on découvre un personnage, qui, si on le connaissait comme un jeune homme immature et inconscient, se montre foncièrement égoïste, ne pensant qu’à lui, quitte à mettre ses proches en danger (sauf ses parents). La sympathie que l’on pouvait éprouver envers lui se transforme petit à petit en doute, voire par moments en dégout. Il faut dire que c’est sa vie qui est en jeu, même si il ne comprend rien aux règles de ce jeu qui est trop grand et trop compliqué pour lui.

C’est donc un roman plus sombre, sans être noir, un roman d’aventures avec beaucoup de péripéties, où l’enquête avance grâce aux merveilles de la technologie qui permettent de vous pister, de savoir qui sont vos contacts, de savoir où vous habitez, sans que vous en soyez conscients. D’ailleurs, je suis bien content de ne pas voir de portable ! On sent aussi une grande évolution chez Olivier Gay dans la façon d’aborder ce roman : le style s’est affirmé, est plus direct même si cet épisode m’a paru moins drôle. L’intrigue est plus contruite, plus rigoureuse, et les questionnements de Fitz permettent d’alterner les moments de course poursuite avec les temps calmes.

Mais je fais quoi du corps ? s’annonce comme un roman plus mature, de la même façon qu’on sent que Fitz se dirige vers un comportement plus adulte. C’est un épisode qui, s’il n’est pas une conclusion d’un cycle, ou du moins je n’en ai pas l’impression, me fait me poser la question de ce qu’il va y avoir après … en tous cas, je serai fidèle au prochain roman, tant j’ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir.

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 19:00
Rouge est le sang de Sam Millar (Points)

Attention, Coup de cœur !

« Paul Goodman se sentait comme un condamné, tandis qu’il s’avançait vers l’abattoir à travers l’herbe détrempée. Un rosaire de nœuds s’accrochait à son estomac et le serrait un peu plus à chaque pas. La pluie et un froid vicieux lui pinçaient la peau. Un frisson involontaire lui parcourut l’échine et les boyaux à l’idée que, dans moins d’une minute, il serait à l’intérieur du bâtiment, à l’intérieur de l’énorme ventre de la bête. »

Paul Goodman est au chômage depuis un an. Le seul espoir qu’il lui reste est d’être embauché à l’abattoir. Quand il va passer les portes de ce gigantesque et inquiétant bâtiment, il ne sait pas qu’il va mettre les pieds dans son plus atroce cauchemar … et le lecteur avec lui.

Car Rouge est le sang (ou Redemption Factory édité en 2010 aux éditions Fayard) est avant tout une histoire de personnages, tous plus horribles et horrifiques les uns que les autres :

Il y a Shank le propriétaire de l’abattoir, le maitre des lieux, qui attire et emmène derrière lui toute une troupe de monstres, tout droit sortis de l’imagination délirante de l’auteur, un homme étrange, violent, sans état d’âme. Il a engendré deux filles, Violet, une psychopathe aussi belle qu’elle est dangereuse, et Geordie, une infirme affublée de prothèses pour ses jambes qui est aussi horrible de l’extérieur qu’elle est pure à l’intérieur.

Il y a Taps, l’homme de main de Shank, un pur tueur à gages, un homme de main à la fidélité à toute épreuve, un boucher qui aime la viande bien découpée, qu’elle provienne d’un animal ou d’un être humain.

Même Philip Kennedy, qui tient une boutique d’objets anciens et qui est le seul à ressembler à un être humain normal, est affublé d’une femme monstrueuse, sorte de bibendum couché sur son lit, recluse dans sa chambre en haut des escaliers poussiéreux, avec un esprit cynique et méchamment mortel.

Paul Goodman (Homme bon) est comme un extraterrestre dans ce monde d’horreurs, le seul à paraitre normal, à se faire un ami comme Lucky Short, un jeune homme malchanceux, qui porte son nom comme on porte son fardeau, car il ne sert à rien d’avoir de la chance pour se sortir d’un monde d’horreurs. Son seul rêve est de devenir un champion de snooker, son pire cauchemar est de proter le poids de son passé et de sa destinée.

La plume de Sam Millar est magnifique dans son épouvantable réalité, montrant des lieux aussi inquiétants qu’effrayants, nous plongeant dans une atmosphère lourde et poisseuse, nous faisant renifler des odeurs à base de fer et de sang, nous jetant à la figure des tableaux rouge sang dans des scènes hallucinantes et hallucinées.

Le choix des adjectifs sont effroyablement évocateurs, aussi bien avec les images que les odeurs ou les sons. Pour preuve ce nouvel extrait pioché au milieu du roman : « L’odeur lourde des bouses se mêlait à celle, enivrante, du foin et du grain moisi, et flottait dans l’air, presque visible, ponctuée par la puanteur âcre du sang frais ». Et on ne peut que rendre hommage à Patrick Raynal pour avoir rendu cette œuvre si monstrueusement belle.

Ce roman n’est pas seulement un roman fantastique (dans tous les sens du terme), surfant entre le roman noir, le roman d’horreur ou le fantastique. Il ressemble à un cauchemar que Sam Millar a longtemps porté en lui, une sorte de vision qu’il a de son pays, après une absence longue. Il pose la question de la rédemption, celle que Paul Goodman recherche après la disparition inexpliquée de son père, celle de Geordie envers son père, celle de Kennedy envers sa propre vie, celle que Sam Millar voudrait donner à son pays, celle que l’on ne veut pas lui accorder.

D’un roman très personnel, et pour autant très positif, car Sam Millar trouve dans chaque monstre peuplant ses scènes, des raisons d’y croire, de trouver la beauté, la pureté, il en a fait un tableau fait de plusieurs scènes marquantes, et a construit une œuvre au-delà de tout genre, au-delà de toute classification, unique, incroyable, d’une lecture presque biblique. Tous les ingrédients pour faire de ce roman un coup de cœur, un formidable coup de cœur.

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 18:15
Chronique virtuelle : On ne joue plus depuis longtemps de Karine Gehin (Storylab)

Décidément, Storylab fait un travail de qualité, en dénichant des auteurs qui savent nous fournir un divertissement de qualité, en format numérique. Ce roman encore une fois est une vraie réussite.

Quatrième de couverture :

Dans une rue cossue de la banlieue parisienne, un riche industriel est retrouvé mort devant son bureau, une balle en pleine tête. En charge de l'enquête, la dingue et le breton – comprenez Valentine Dulac, physique de mannequin et gouaille de camionneur, et Yann Kervalec, gueule de catcheur et cœur de midinette. Le duo découvre que, la veille, une jeune femme à la beauté troublante a rendu visite à la victime. Impossible, pourtant, de mettre la main sur elle… L'enquête les conduira au cœur d'une affaire sordide.

L’auteur :

Si elle était née dans le sud de la France, elle aurait passé tout son temps libre au bord de la plage, aurait entretenu son magnifique bronzage et n’aurait peut-être jamais commencé à écrire. Mais elle est née en Lorraine. Et en Lorraine, trois cents jours par an, ça caille.

C’est donc bien au chaud chez elle qu’armée de sa seule imagination, elle a commencé petite fille à écrire des poèmes sur son papier à lettres violet puis, adulte, des histoires dramatiques, drôles, érotiques sur son ordinateur, violet aussi.

Elle écrit à l’instinct, dans différents styles, car elle aime la diversité. Vous la lirez ici dans un style, ailleurs dans un autre. Et ça, ça lui plait !

Mon avis :

Si vous cherchez un roman policier à lire en une heure environ sur votre liseuse, ne cherchez plus. Vous allez trouver dans ce roman un couple de policier bien campé, entre Valentine qui n’a pas la langue dans sa poche et qui va nous narrer cette enquête avec une gouaille bienvenue, et Yann son équipier homosexuel de son état et qui réfléchit la tête sur son bureau comme s’il dormait.

Vous n’y trouverez pas de descriptions à n’en plus finir, juste quelques lignes pour présenter le contexte, le décor ou même la psychologie des personnages. En termes d’efficacité, c’est redoutablement bien fait. En plus, la franchise de Valentine fait que l’on sourit souvent et que, quand on a finit la dernière ligne, on apprend qu’il y aura une suite. Et la première chose que je me suis dite, c’est : chouette !

Vous trouverez tous les détails pour vous procurer ce roman ici : http://www.storylab.fr/Collections/One-Shot/On-ne-joue-plus-depuis-longtemps

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 18:37
L’ile des hommes déchus de Guillaume Audru (Editions du Caïman)

Il semblerait que les mois de janvier soient, en ce qui me concerne, le mois des découvertes, des premiers romans emballants. L’année dernière, j’avais été emporté par C’est dans la boite de Fréderic Ernotte, cette année, c’est le roman de Guillaume Audru qui m’a énormément plu.

Eddie Grist revient sur son île natale, l’île de Stroma, située au nord de l’écosse, après en être parti pendant treize années. Ancien flic d’Inverness, il a répondu à la proposition de son père, maire du village, pour reprendre la boutique de souvenirs. Au milieu des gouttes de pluie et de la grisaille, il reprend connaissance avec ses anciens amis et ses connaissances, dont les habitués du pub local, le Puff Inn.

Un soir, alors qu’il rentre d’une visite chez Samuel, des ouvriers découvrent sur un chantier des os de squelette. Tout le microcosme de l’île est rapidement au courant, et Eddie, de par son expérience, dirige les premières investigations, et appelle le médecin de l’île. Puis, il confie l’enquête à la police de Wick. C’est l’inspecteur Moira Holm qui va être chargée de résoudre le mystère, l’ancien amour de jeunesse d’Eddie. Finalement, les gens qu’il croyait connaitre ont beaucoup de lourds secrets à cacher.

Pour un premier roman, c’est une sacrée réussite, un polar comme je les aime, avec des personnages forts, une ambiance très bien rendue et un suspense qui tient jusqu’à la fin. En fait, la première chose qui m’est venue à l’esprit est le style très brut, très efficace aussi, comme peuvent l’être les gens du Nord. On a vraiment l’impression de les côtoyer, d’entendre leur accent si particulier et guttural. On les imagine fort bien, tous des hommes forts, taillés dans la masse, se déplaçant comme des armoires.

Et puis il y a les femmes, avec deux générations, celles qui ont la cinquantaine, légèrement effacées, s’occupant de leur foyer et de leurs enfants, et les femmes modernes, tenant tête aux plus durs des mâles. Et puis, il y ces dialogues formidables de bout en bout, disant juste ce qu’il faut pour faire avancer l’intrigue. Fichtre ! Un premier roman, ça ? Non, mais vous voulez rire !

On sent bien que l’auteur a voulu ce livre exactement dans la forme qu’il nous arrive, qu’il a mis sa passion pour les gens du bord de mer du Nord, ceux qui sont habitués à affronter les vents violents, qui subissent de la bruine et vivent sous un ciel gris. Il a voulu ces événements tragiques, dégoutants qui nous montrent que l’homme n’a pas évolué et qu’il est finalement resté un animal.

Et puis, il y a la forme du roman. J’insiste mais pour un premier roman, Guillaume Audru l’a voulu choral, faisant parler à la première personne six personnages qui se donnent le la pour faire avancer l’enquête. Si ce n’est pas nouveau, quand c’est bien fait, cela donne un roman extraordinaire, et il l’est. Il faut être sacrément gonflé pour oser cela dans un premier roman, et je vous le dis : Guillaume Audru a des couilles … énormes.

Quand on tourne la dernière page, on a le sentiment d’avoir lu un roman fort, poignant, avec de formidables personnages avec suffisamment de zones d’ombres pour envisager une suite. Ou pas. En fait, on a surtout l’impression que Guillaume Audru a parfaitement capté l’esprit écossais, grand breton du nord, qu’il nous a concocté un roman écrit comme seuls savent le faire les Irlandais et qu’après ça, il est capable de tout faire. Impressionnant !

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 18:41
Voilà l’aurore de Damien Ruzé (Rouge Sang éditions)

J’avais énormément aimé son premier roman Fin d’Amérique pour son écriture et la maitrise de son intrigue. Changement de registre et de ton avec ce roman, portrait d’un voleur de voiture, trajectoire et chute d’un raté.

4ème de couverture :

Après dix-huit mois derrière les barreaux, Stan retrouve simultanément la liberté et la capacité de lâcher la bride à son ambition démesurée. Objectif : prendre du galon, tracer son chemin dans le cercle très fermé des truands patentés, grimper dans la hiérarchie de l’illégalité. Seulement gaffe, hors de question de retomber. Fini l’amateurisme et les comparses branquignollés. Terminé. Durant son séjour au frais, Stan a accouché d’une pure idée, lumineuse, imparable, un truc à breveter. Il va l’appliquer. Seul contre tous. Déterminé. Et tandis qu’au plus profond des bois de la Sologne se déploient les joutes de la folie et de la cruauté, le destin – cet insatiable joueur de dés – va exaucer le fraîchement relaxé, plaçant sur son chemin un cartel d’individus à l’abyssale dangerosité.

Mon avis :

Stan est un jeune qui vient de faire dix huit mois de prison. Il ne veut plus y retourner, mais pour cela, il lui faut réaliser LE gros coup. Voleur de voiture, il a un truc infaillible. Cibler la boite ou le restaurant de luxe qui a un parking plein ou pas de parking. Le voiturier est alors obligé de garer la voiture dans la rue, à trois ou quatre minutes de là. C’est amplement suffisant pour prendre sa place et s’approprier une voiture comme il en a toujours rêvé ! Ce jour là, c’est une BMW qu’il emprunte. Même le bébé sur le siège arrière ne le désarçonne pas, il le laisse à l’abribus suivant. Son fourgue va alors le mettre sur le coup dont il rêvait.

Ecrit à la troisième personne du singulier, avec des bouts de phrases, ce roman dopé à l’adrénaline … voire plus, nous fait galoper de Paris à la Sologne pour suivre le parcours d’un jeune délinquant dont la destinée est déjà écrite. On n’a pas le temps de respirer, on suit ces morceaux de mots au rythme de sa course effrénée vers son rêve, qui pourrait bien devenir un cauchemar.

A peine a-t-on le temps de respirer quand apparait au milieu du livre le commissaire Bohr, obsédé de films pornographiques en tous genres, ou Sawn, le boss qui va leur dégotter une bagnole à quatre cent mille euros à sortir d’un garage protégé par une combinaison, le lecteur cout, de rues en rues, à en perdre haleine.

Et même si parfois Damien Ruzé prend de l’avance, pas beaucoup, juste quelques dizaines de mètres, avec son style haché dans des paragraphes un peu trop long, il nous rattrape, nous prend par le col de la veste pour nous pousser à poursuivre l’aventure. Vous avez intérêt à avoir du souffle avant d’entamer cette course poursuite après nulle part, ce bon roman sait où il vous emmène et ça va vite !

Vous pouvez trouver tous les renseignements concernant le livre et son achat sur le site des éditions Rouge-sang : http://www.rouge-sang-editions.com/livres/voila-laurore/

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 18:30
Les chiens de brouillard de Stéphane Gravier

Stéphane Gravier, j’ai fait sa connaissance littérairement parlant avec Bloody Valeria, un excellent polar qui donnait un ton ironique bienvenu à une histoire glauque et cruelle. Puis, je l’ai à nouveau rencontré lors du Maitre des fils, un texte plus court mais bigrement passionnant, une histoire vue à travers les yeux d’un enfant cruel. Nous retrouvons ici les personnages de Bloody Valeria, Victor et Valeria pour un roman à l’allure de page-turner.

Valeria est retournée en Bielorussie, à coté de Minsk, dans leur ferme familiale. Victor, fou amoureux d’elle l’a suivie et vit une vie paisible, jusqu’à ce que Sergueï, le frère de Valeria lui demande un coup de main : il doit transporter des bidons et a besoin d’aide. Victor ayant été cariste dans une autre vie, accepte.

Alors qu’ils ont chargé les bidons, ils sont attaqués par plusieurs hommes et leur chauffeur est abattu. Bizarrement, Victor est enlevé, et enfermé dans le coffre d’une voiture. Il est persuadé qu’ils vont l’abattre ailleurs. Mais deux agents de la DGSE, M.Ti et M.Da (dans les services secrets, on ne choisit pas ses noms de code !) le récupèrent et lui permettent de se laver et reposer (il s’est fait dessus de trouille). Mais il est obligé de prendre la fuite quand il reconnait la voix d’un des assassins …

Il faut que je vous raconte l’histoire de ce livre. Stéphane Gravier me donne des nouvelles de ses romans par mail, et celui-ci devait être édité chez un éditeur qui finalement n’a pas donné suite. Le seul intéressé voulait vendre le livre 22 euros. Mais Stéphane a jugé que c’était beaucoup trop cher pour un roman de divertissement, alors il l’a édité lui-même. Au lieu de 22 euros, il vous en coutera environ 16 euros frais d’envoi inclus sur Amazon. Et si vous ne voulez pas passer par Amazon, vous pouvez me contacter par mail et je vous donnerai les coordonnées personnelles de Stéphane. Quand il m’a informé de ses déboires (ou sa chance), je n’ai pas hésité et je lui ai acheté son roman.

Divertissement, c’est bien le maitre mot de Stéphane Gravier. Ce roman, c’est l’exemple type du roman dont les pages se tournent vite, trop vite. Victor, je le connais bien, il veut vivre une vie peinarde auprès de la femme qu’il aime, et il tombe toujours dans des embrouilles pas possibles … et sur des personnages pas possibles. Les méchants ont des gueules de méchants, les espions ont des noms rigolos, et Victor a plusieurs petites voix dans sa tête qui font des réflexions rigolotes. Vous l’aurez compris, on rit beaucoup comme pour soulager la tension qui s’instaure tout au long de la lecture.

Divertissement ? Pas totalement, car le sujet est bel et bien sérieux. On y parle de Tchernobyl et des gens qui se sont sacrifiés pour leur pays, les liquidateurs, chargés de tuer tout animal radioactif. On y parle des pays civilisés et en particulier de la France qui stocke ses déchets nucléaires chez les autres car ça fait moins sale que chez nous ! On y parle de gens simples qui subissent les décisions de dirigeants inconscients.

Voilà exactement pourquoi j’aime ce qu’écrit Stéphane Gravier : Il a cet amour pour ses personnages qui me fait fondre, cette faculté à accélérer le rythme quand il le faut, cette humanité dans la façon de décrire les sentiments. Et puis, l’écriture est fluide, évocatrice, simple et tellement plaisante. Bref, encore une fois, Stéphane Gravier nous concocte une histoire grave, qu’il nous fait avaler avec des pilules de dérision pour que le message passe mieux. Et ça fait du bien !

Le roman se veut aussi une maison à plusieurs portes, et Stéphane Gravier est un grand joueur. On peut lire la première partie avant la deuxième, ou la deuxième avant la première. Ou bien lire le premier chapitre de la première partie puis le premier chapitre de la deuxième partie puis le deuxième chapitre de la première partie … Un roman en forme de puzzle que l’on peut relire plusieurs fois.

L’avis des copines de Bookenstock est là : http://bookenstock.blogspot.fr/2012/05/les-chiens-de-brouillard-de-stephane.html

Pour commander le livre sur Amazon :

L’édition papier est là : http://www.amazon.fr/Les-chiens-brouillard-St%C3%A9phane-Gravier/dp/1481972448

L’édition ebook à 4,58€ est là : http://www.amazon.fr/Les-chiens-brouillard-St%C3%A9phane-Gravier-ebook/dp/B00B7O184U

Si vous boycottez Amazon, contactez moi par email

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