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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 18:11
Le sang des maudits de Leighton Gage (Points Seuil)

Retenu dans la sélection de Meilleurpolar.com des éditions Points Seuil, ce roman est à la fois l’occasion de découvrir un nouvel auteur et le Brésil des villes, pas celui des grandes villes mais des moyennes villes. Partout, le crime a gangréné la vie mais le sujet de ce roman n’est pas là.

Cascatas do Pontal, Brésil. L’évêque Dom Felipe débarque en hélicoptère pour l’inauguration d’une nouvelle église. Lui qui déteste ce moyen de transport doit se plier à l’organisation de son secrétaire. Balayé par le vent, le tarmac l’attend, encombré de journalistes. Alors qu’il pose pour les photographies, il est abattu de plusieurs balles par un tireur d’élite.

Mario Silva est inspecteur dans la police fédérale. Alors qu’il se destinait à une carrière d’avocat, l’assassinat de son père et le viol de sa mère l’ont motivé à s’engager dans la police pour retrouver les meurtriers de ses parents. Son neveu Hector a connu le même drame. Mario Silva l’a élevé et naturellement pris sous son aile dans la police. L’assassinat de l’évêque va constituer leur priorité, sous la pression de leur hiérarchie et du gouvernement.

Le début de ce roman est génial. Car il y a dans les cent premières pages tout ce que j’attends d’un polar. On y a affaire en effet à l’enquête policière, du moins son début, en alternance avec une partie de la biographie de Mario Silva. Et dans ces premières pages, Leighton Gage nous montre sa façon de faire : des chapitres courts, des phrases ciselées et des dialogues efficaces.

Car cela va vite, très vite. L’auteur ne perd pas de temps dans des descriptions sans fin, il a opté pour un style direct, franc ; c’est un homme pressé. Il n’est pas utile de chercher des traits psychologiques appuyés, tout est dans les actions ou les dialogues des personnages. Après 100 pages, alternant entre présent et passé, Leighton Gage a non seulement situé ses personnages mais aussi le contexte. Et si on peut penser que quelques considérations sur le Brésil en général manquent, vous les trouverez en fin de roman.

Bref, tout est là pour passionner le lecteur. Et en l’occurrence, après avoir fait connaissance avec Mario et Hector, nous apprenons le contexte du roman. Après la dictature, l’état a décidé de redonner ses terres au peuple, ou du moins de lui vendre. Sauf que, avec quelques malversations, ce sont des hommes ultra riches qui ont récupéré toutes les terres, laissant aux plus pauvres leur rêve d’une terre à eux. Le conflit s’engage donc entre le mouvement des Sans Terre et la ligue des propriétaires terriens brésiliens. Là où Leighton Gage va plus loin, c’est qu’il inclut la religion catholique dans ce conflit, avec leur position un peu du coté des pauvres mais beaucoup du coté des riches.

Ce conflit va nourrir le roman, que ce soit ouvertement au travers de conflits armés entre eux ou avec la police, ou plus sournoisement au travers de dialogues avec les différents protagonistes. Car n’oublions pas que c’est tout de même un roman policier, et que l’intrigue avance essentiellement grâce aux différents interrogatoires.

Ce qui est remarquable aussi au travers de ce roman, c’est la violence sous jacente que les gens vivent au quotidien. Si nos policiers ne la ressentent pas trop, ou n’en parlent pas trop, ce qui arrive aux personnages périphériques est bien souvent terrible et le lecteur que je suis s’est souvent senti abattu devant tant d’animalité et d’amoralité envers des pauvres gens qui n’ont rien demandé.

Finalement, ce roman s’avère un très bon roman policier, parfois un peu long, mais qui aura l’audace et le courage de nous montrer la vie des Brésiliens lambda comme vous et moi, et de suffisamment vous plonger dans le contexte pour vous faire sentir toute l’horreur de vivre là bas. Si l’auteur a longtemps vécu là bas, c’est remarquable d’avoir réussi à nous plonger dans leur quotidien et de nous avoir informés, alertés sur la situation de ce pays. Voilà une excellente découverte.

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 18:13
Les chiens de Belfast de Sam Millar (Seuil Policiers)

Je ne dirai jamais assez tout le bien que je pense de Sam Millar, de l’univers qu’il créé, de son style si imagé, de ses scènes si violentes et frappantes. Les chiens de Belfast va nous permettre de faire connaissance avec son nouveau personnage qui, une fois n’est pas coutume, est un personnage récurrent. Les chiens de Belfast est en effet la première enquête d’une trilogie.

Karl Kane, voilà un nom qui frappe, deux syllabes qui cognent comme deux balles de revolver. Karl Kane est détective privé à Belfast, le meilleur, celui vers qui se tourne car il est doué pour résoudre des affaires inextricables, mais aussi parce qu’il est discret. C’est un personnage qui, de prime abord, n’est pas torturé, mais il a quelques petits problèmes de santé, essentiellement d’hémorroïdes. Il est aussi divorcé, a une fille qui lui demande tout le temps de l’argent, a un père qui perd la tête et a une liaison avec sa jeune et belle secrétaire Naomi.

Un matin, un client débarque dans son bureau alors qu’il est en train de se passer de la pommade pour calmer ses douleurs de fondation. Bill Munday lui demande de se renseigner sur un cadavre retrouvé au jardin botanique. Karl Kane va voir son ex-beau frère Mark qui travaille en tant qu’inspecteur de la police. L’homme, Wesley Milligan, a été abattu de trois balles dans la tête. Sa nature violente fait qu’il pourrait avoir beaucoup d’ennemis. Quand un deuxième meurtre apparait, Bill Munday lui demande de lui donner les noms des prostituées travaillant dans le coin et qui auraient pu rencontrer le deuxième défunt. Karl Kane va avoir affaire à une enquête particulièrement tortueuse, dont les causes pourraient bien se trouver dans le passé des victimes.

Si ce roman apparait comme une introduction pour cette trilogie, l’intrigue est particulièrement bien faite. Sam Millar sème par ci par là des indices, qui ne seront assemblés qu’en fin de roman grace aux incroyables qualités de déduction et à une certaine faculté à bluffer de Karl Kane, mais je ne vous en dit pas plus.

On retrouve dans ce court roman toute la puissance évocatrice de Sam Millar, capable de créer des scènes ultra violentes et parfaitement visuelles. Encore une fois, on ne peut que louer le travail du traducteur qui a su rendre hommage à ce style à la fois direct et visuel de l’auteur. On est aussi toujours ébahi par l’humour qui transparait dans les dialogues, même dans les scènes les plus tendues, ddans les moments les plus difficiles, de l’humour froid, noir qui vous arrache un sourire jaune … ou noir.

Quant à l’histoire, elle est à la fois complexe et simple, mais la conclusion pleine de menaces et d’amoralité comme on les aime dans les meilleurs romans noirs. Les fans de romans policiers y trouveront leur compte, les fans de romans noirs y trouveront leur compte, les amateurs de polars irlandais seront confirmés dans leur idée que Sam Millar est un grand, et que même si l’histoire est moins imprégnée de l’Histoire de l’Irlande ou de celle de l’auteur lui-même, ce roman s’avère un excellent polar à placer sur le haut de la pile. Vivement que l’on puisse lire la deuxième enquête de Karl Kane.

Vous trouverez mes avis sur les romans de Sam Millar : Poussière tu seras, On the brinks et Rouge est le sang.

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 18:56
Ressacs de David James Kennedy (Fleuve Noir)

Premier roman d’un jeune auteur, édité qui plus est dans une maison d’édition renommée, auréolé de premiers avis positifs, c’était plus que suffisant pour me lancer dans sa lecture. Si le roman est bourré de qualités, il n’en reste pas moins que je suis resté un peu sur ma faim.

Au pays basque, au bord des cotes escarpées, trône un hôpital militaire, qui ressemble à une bâtisse inquiétante. Jean Christophe D’Orgeix est un interne qui est appelé pour soigner une victime d’un accident de la route. Malgré sa volonté de le sauver, le patient va mourir et Jean Christophe disparaitre sans laisser de traces. Même le gardien posté à l’entrée ne verra personne ni entrer ni sortir.

Son collègue et ami Tom Castille ne comprend où Jean Christophe peut être ni son acharnement à sauver l’accidenté de la route. En fouillant sa chambre, il découvre un vêtement avec des taches de sang et une grosse somme d’argent. Et si son ami était pourri, mystérieux et moins honnête qu’il le pensait.

Les gendarmes débarquent car quelqu’un les a prévenus. Le lieutenant Marc Bost, bâti comme un pilier de rugby va essayer de tirer au clair ces événements, d’autant plus que des sms étranges vont apparaitre, que la voiture de Jean Christophe est retrouvée avec trois pneus crevés, et que les cadavres vont s’amonceler.

On se lance dans ce roman avec plein d’espoirs, Franck Thilliez en dit même : « Un maitre du suspense est né », et la première chose qui vous arrive, dans les 50 premières pages, ce sont des uppercuts, des événements sans liens apparents, aussi bizarres qu’étranges. Et je dois dire que si on n’est pas concentré, on s’y perd un peu. Tous les ingrédients sont là pour accrocher le lecteur, si on est persévérant. Par contre, après avoir fini le livre, on est ébouriffé par le scenario élaboré au millimètre, très rigoureux, très scientifique dans sa démarche.

Puis le héros principal s’impose, il s’appellera Tom Castille. Et là, les événements bizarres continuent à arriver mais au moins, le lecteur est accroché. Il y a dans ces premières pages toutes les qualités qui font que d’un coté on est admiratif, et de l’autre sceptique. D’un coté, on reste baba (excusez moi de l’expression, mais je n’en trouve pas d’autre) devant la classe de l’auteur à décrire les paysages, la force des vagues destructrices de l’océan atlantique du coté du pays basque, le bruit incessant des gouttes de pluies des orages violents du coin, la surprise de sursauter en entendant le tonnerre frapper cette terre rocheuse. On est ébahi par sa faculté à peindre des scènes d’action nous obligeant à voir littéralement ce qui se passe, à retenir son souffle. Je me suis même surpris à sursauter, comme cela arrive devant un film d’horreur ou de suspense, tellement la force d’évocation est impressionnante.

Et puis, il y a l’entredeux, ces moments qui m’ont fait relever la tête et poser le livre. Il y a ces passages où le héros fait la synthèse de ce qui lui arrive, alors que le lecteur (c'est-à-dire moi) se rappelle parfaitement ce qui s’est passé vingt pages plus tôt. Il y a les autres personnages, qui m’ont semblé trop peu consistants pour faire partie intégrante de l’histoire (alors qu’il y avait à faire avec un mec tel que l’inspecteur bâti comme un pilier de rugby).

C’est donc pour moi un livre en dents de scie, avec des passages incroyables, extraordinaires et d’autres plus convenus. Il n’empêche que la fin est fort bien trouvée, très bien amenée et que, pour un premier roman, l’ensemble est impressionnant. Il est indéniable que Fleuve Noir détient un auteur en devenir et qu’avec Ressacs, on est en droit d’attendre énormément pour son prochain roman.

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 19:09
Un doigt de politique de Ben Orton (Les éditions létales)

Planquez vous ! Dari Valko, ancien légionnaire reconverti en garde du corps débarque dans les étals des librairies et pourrait bien investir vos sacs quand vous prenez les transports, fussent-ils en commun. On a affaire ici à de la littérature populaire, dont le seul but est de divertir. Pari gagné, c’est drôle, ça va vite et ça passe le temps. Et à moins de 5 euros l’aventure en question, il ne faut même pas hésiter.

4ème de couverture :

Je m'appelle Dari Valko, Russe par mon père, franchouillard par ma mère. Après une carrière bien remplie dans la Légion étrangère, je me suis installé garde du corps en free-lance, et je vais t'avouer un truc : le jour où je me suis lancé dans la protection rapprochée, j'aurais mieux fait d'ouvrir un kébab en banlieue ! Parce que pour tout te dire : depuis que je suis à mon compte, je passe mon temps à me friter, à rencontrer des gens bien pourris, et à patauger gaiement dans la merde et le sang mêlés ! J'en suis à regretter l'armée, tu juges un peu ?! Heureusement, qu'il y a mon oncle Piotr, l'ours de Sibérie, qui me file un coup de patte de temps à autre et surtout la toute belle Zoïa, ma pote commissaire, qui me tire du four quand ça devient trop chaud... Enfin bref, je vais pas te saouler avec mes histoires, surtout que si tu veux les connaître bien à fond, t'as qu'à lire mes bouquins ! Mais je te donne quand même un petit conseil : si t'es fragile du cœur ou que t'es du genre pantoufles et mots croisés, passe ton chemin ma louloute. Je t'aurai prévenu !

D.Valko

Mon avis :

Comme je le disais ci-dessus, ce roman est avant tout là pour nous distraire. Alors si l’intrigue est simple (le roman fait 150 pages), tout est tenu par le personnage de Dari. C’est lui qui parle, le langage n’est pas littéraire, on est face à cet ancien légionnaire qui nous raconte ses mésaventures. Evidemment, pour que cela tienne la route, il faut de l’humour et il y en a beaucoup, de petites remarques dans les dialogues aux phrases imparables telles que celle-ci : « Parfois, j’ai l’impression que le monde est sens dessus dessous et que je suis le seul dans le bon sens. Moi, je suis à l’endroit et l’envers c’est les autres ! »

L’intrigue est simple, certes, puisque l’on plonge dans les affres des prétendants à de hautes fonctions politiques, mais pour autant, on n’y relève pas d’incohérences même si Dari trouve toujours un ustensile pour se sortir de l’embarras. On pense à un MacGiver du genre sans pitié, qui ne fait pas dans la dentelle. Mais bon, c’est un ancien légionnaire donc il doit survivre avec les moyens du bord !

Pour un premier roman, c’est très bien fait, ça se lit vite, c’est agréable, on sourit souvent et le seul petit reproche que je ferai, ce sont les répétitions que Dari nous fait, du style : Que je te montre, que je t’explique … vous avouerez que c’est bien peu. Et puis, passer deux bonnes heures de lectures pour moins de cinq euros, c’est suffisamment rare pour être signalé. A noter qu'un deuxième épisode est sorti sous le titre Fais pas ta star ! Il se pourrait bien que l'on en parle bientôt ici même.

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 18:15
Apnée noire de Claire Favan (Toucan Noir)

Après Le tueur intime et sa suite Le tueur de l’ombre, Claire Favan nous revient avec de nouveaux personnages pour une histoire de tueur en série. On y retrouve toutes ses qualités avec aussi une nouvelle maturité dans le style. Ce roman est un must pour les amateurs de thrillers.

8 juin 2009. Vernon Chester est dans la dernière ligne droite. Il est face aux spectateurs venus assister à sa mort. Il est accusé d’une trentaine de meurtres de jeunes femmes. Il fixe Megan Halliwell dans les yeux, l’agente du FBI qui l’a arrêté. Il mime la phrase : « Tu me reverras ».

8 juin 2009. Vince Sandino rentre de sa journée harassante au poste de police de Columbia. Ils doivent aller manger dans sa belle famille, et Janice sa femme finit d’habiller Laura. Il a oublié d’acheter une bouteille de vin, et la scène de ménage menace. Alors en partant, ils vont à l’épicerie en face. Ils débarquent en plein braquage et cela se termine en carnage. Vince prend plusieurs balles et tombe dans le coma.

8 mai 2010. Vince s’en est sorti mais il est devenu une épave, une barrique d’alcool à lui tout seul. Il se juge seul coupable du drame survenu à sa famille. Un meurtre vient d’être signalé : une jeune femme noyée dans sa baignoire, les mains attachées dans le dos. Sur le robinet, un pendentif de couleur bleue. La recherche dans le fichier des criminels fait ressortir le cas de Vernon Chester mort un an plus tôt. Vince va mener l’enquête avec une enquêtrice du FBI fort impliquée, Megan Halliwell.

S’il est estampillé Thriller, ce roman est bien un roman policier, un sacré roman policier. Certes, on y trouve bien un serial killer, l’action se passe aux Etats Unis, mais l’essentiel de l’intrigue est bien une enquête policière à la recherche d’un tueur en série … mort dix ans plus tôt. Et c’est un roman dans lequel il n’y a pas la moindre goutte de sang ! Il a toutes les qualités pour plaire aux amateurs de thriller comme de romans policiers. Un roman qui ratisse large mais avec réussite.

La créativité du scenario est bluffante. A partir d’une idée complètement folle, Claire Favan en tire une conclusion qui vous laisse pantois. Avec un style incroyablement fluide, et des dialogues très bien montés, Claire Favan nous emmène où elle veut avec tout le talent des grands auteurs. On dit souvent que le deuxième ou le troisième roman sont des étapes difficiles à franchir. Claire Favan a franchi ces marches quatre par quatre, et ce roman est celui que je préfère de l’auteur, car il me semble être à la fois une étape mais aussi une démonstration de la maturité dans la maitrise de l’auteure.

L’autre grande qualité de Claire Favan, c’est sa faculté à construire des personnages forts. Vince, un flic démoli par les difficultés de sa vie, n’est certes pas nouveau, mais sa personnalité est là pour servir l »histoire. Le « couple » qu’il forme avec Megan est excellent tant la danse qu’ils jouent ensemble faite d’amour-haine, guerre-paix est prenante. Si Megan est la personne forte du roman, avec sa façon d’être froide, distante, cinglante presque inhumaine, on y découvre des cicatrices et elle parait d’autant plus humaine.

Ce couple là n’est pas prêt de quitter ma mémoire, comme la fin du roman, d’ailleurs. Car même si on comprend qui est l’auteur de ces nouveaux meurtres une petite centaine avant la fin, c’est oublier un peu vite le talent de Claire Favan. Car dans les quatre dernières pages, non contente de nous avoir baladé pendant 380 pages, elle nous assène une scène finale toute en retenue mais fortement chargée d’émotions lors de laquelle les plus sensible verseront leur petite larme. Voilà un excellent roman, une vraie réussite à tous points de vue vendue à un prix très attractif (13,90€) ce qui en fait un excellent divertissement … voire un peu plus. Merci Mme Favan.

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 18:10
Oldies : Les enquêtes du commissaire Léon 3 / 4 de Nadine Monfils (Belfond)

Les éditions Belfond ont l’heureuse initiative de rééditer les enquêtes du commissaire Léon et j’avais eu l’occasion de chroniquer le premier tome. Voici la suite des enquêtes de ce commissaire hors du commun, qui tricote sur son lieu de travail depuis qu’il a arrêté de fumer, et qui est affublé d’un chien qui ressemble plus à une pantoufle endormie qu’à un représentant de l’espèce canine. Bien avant les aventures de Mémé Cornemuse, Nadine Monfils écrivait de somptueux polars drôlissimes.

L’auteur :

Mariée, mère de deux enfants, Nadine Monfils a enseigné la morale et consacre la plus grande partie de son temps à l'écriture. Elle s'est essayée à tous les genres : poésie (douze prix), théâtre, bande dessinée (un projet de scénario Chloé avec Malik), roman, nouvelle... Le théâtre fait beaucoup appel à elle puisqu'elle a elle-même joué dans des pièces en wallon brabançon au Cercle d'Effort d'Ottignies. Parmi ses amitiés littéraires, il faut notamment citer Thomas Owen avec qui elle partage un goût certain pour le fantastique.

Donnant des cours d'écriture au Parallax (école de comédiens) en compagnie de Georges Thinès et Pascal Vrebos, à l'U.E.E. (Université européenne d'écriture créative et audiovisuelle), elle rédige également les chroniques littéraires dans Père Ubu, journal satirique belge, pendant dix ans.

Elle a dirigé une galerie d’art, pendant 7 ans, à Bruxelles et a été comédienne. Elle a travaillé avec le cinéaste Walerian Borowczyk. Elle fut également critique de cinéma dans Tels Quels (revue homosexuelle). Elle a également animé des ateliers d’écriture dans les prisons (notamment à Rouen). (Source Wikipedia)

Il neige en enfer

Arnaud Rastignac, richissime industriel, meurt dans un accident de voiture, laissant derrière lui une famille de fêlés... Sa femme Jacqueline passe sa vie à coudre des paillettes partout, le pépé dans son fauteuil roulant ne pense qu'à se taper la bonne Paula, la belle-fille ressemble à Miss Piggy ; Alice l'aînée, fait de la magie noire et Momo, complètement zinzin, promène son lapin empaillé... Lou, la seule qui ait bien tourné, est hôtesse dans un bar à Pigalle. Elle a pour fidèle client le commissaire Léon. S'il avait su dans quel panier de vipères il mettait les pieds, il serait resté chez sa maman à tricoter un paletot pour son chien !

Le silence des canaux

le commissaire Léon est parti en vacances. Oh pas loin ! Il a loué un bateau, pris son tricot, ses pelotes de laine, ses aiguilles et son chien Babelutte et il navigue au fil de l'eau sur le canal de l'Ourcq. Et voici le premier mort... suivi de bien d'autres. Comme si le criminel s'amusait à suivre le commissaire Léon à la trace et à semer des cadavres sous ses pieds. Et quels cadavres ! Chacun a le visage proprement découpé au bistouri et arraché. Et puis il y a cette petite fille qui vit dans une cabane avec sa grand-mère ; cette péniche abandonnée remplie d'instruments de torture ; la maison du Diable avec ses chats de pierre... On se croirait dans un conte de fées. Mais un conte de fées noir, noir !

Mon avis :

Dans Il neige en enfer, l’anniversaire de Arnaud Rastignac va déclencher toutes sortes de meurtres et surtout mettre à jour les obsessions les plus viles et basses d’une bande de cinglés. Nadine Monfils, avec la verve qu’on lui connait va peaufiner ses dialogues et ses situations abracadabrantesques pour nous offrir un très bon moment de comédie noire, à base de rebondissements et de dialogues savoureux. A la limite, Momo, le fils attardé qui promène son lapin empaillé pour lui faire faire ses besoins, parait le plus sain d’esprit et le moins dangereux. Vous l’aurez compris, tout cela n’est pas bien sérieux, mais c’est fou ce qu’on est surpris par la créativité de l’auteure à nous surprendre et à dégotter des idées toutes plus drôles les unes que les autres. De l’excellent divertissement en somme.

Les enquêtes du commissaire Léon se suivent et ne se ressemblent pas. C’est ce qui me vient à l’esprit avec Le silence des canaux. Au flingage en règle de la précédente histoire, Nadine Monfils nous concocte une histoire policière plus classique avec ce Silence des canaux. Le scenario est bien blindé, notre commissaire Leon se retrouve en vacances sur une péniche, arpentant le canal de l’Ourcq et a affaire à une histoire de meurtres en série. Il va se retrouver confronté à un assassin en fuite de Fleury Mérogis et à une petite fille muette.

Les pistes vont être nombreuses, et l’auteure va nous amener petit à petit vers un dénouement imprévisible. Evidemment, on y retrouve le décalage des dialogues savoureusement humoristiques, cet humour noir politiquement incorrect, avec des passages hilarants. Rien que le personnage de Ginette, la mère du commissaire, qui achète des gadgets inutiles sur L’Homme Moderne, le catalogue qu’elle a trouvé dans son Télé 7 jours, vaut le détour pour une franche rigolade. Quand Nadine fait du Monfils, cela donne un excellent épisode des enquêtes du commissaire Léon.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 18:46
L’information du mardi : Meilleurpolar.com de Points 2014

Le gagnant du prix du polar Meilleurpolar.com organisé par les éditions Points est donc Thomas H.Cook pour son excellent roman Au lieu-dit Noir Etang.

Quatrième de couverture :

Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, en 1926, le jeune Henry découvre la relation adultérine qu’entretiennent deux de ses professeurs. La solitude de M. Reed, marié et père de famille, l’intrigue ; tout comme le fascinent la beauté et le caractère passionné de Mlle Channing. Henry va être le témoin complice et muet de la tragédie qui se noue au lieu maudit appelé Noir-Étang.

Thomas H. Cook, né en 1947, a été professeur d’histoire et secrétaire de rédaction avant de se consacrer à l’écriture. Auteur d’une vingtaine de romans, il est salué comme l’un des plus grands de sa génération.

« Un somptueux roman noir, romantique et échevelé. » Le Figaro

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

Prix Edgar Allan Poe 1996

Edgar Award du Meilleur Roman policier

Ce roman est un coup de cœur Black Novel

L’information du mardi : Meilleurpolar.com de Points 2014

A noter que les éditions Points sortent en ce mois de janvier un autre roman de ce formidable auteur, Mémoire assassine :

Quatrième de couverture :

L’équilibre apparent de la vie de Steve Farris se brise le jour où il rencontre Rebecca, qui enquête sur les tueries familiales inexpliquées. Les souvenirs refont surface : il n’avait que sept ans quand il trouva sa mère, sa sœur et son grand frère sauvagement assassinés. Son père avait, quant à lui, disparu. Qu’est-il devenu ? Comment accepter l’inacceptable ? Et comment échapper à son propre passé ?

Né en 1947 aux États-Unis, Thomas H. Cook est salué comme l’un des plus grands auteurs de sa génération. Au lieu-dit Noir-Étang (prix Edgar Allan Poe 1996), Les Leçons du mal et Du sang sur l’autel sont disponibles en Points.

« Bien plus qu’un polar. Atmosphères poignantes, mystères troublants… Un régal. » ELLE

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

A noter que ce roman a aussi bénéficié d’un coup de cœur Black Novel

L’information du mardi : Meilleurpolar.com de Points 2014

Le prix pour 2014 de Meilleurpolar.com est d’hors et déjà lancé. N’hésitez pas à aller jeter un œil sur la page du site ici : http://www.lecerclepoints.com

Vous rêvez de devenir juré d’un prix littéraire consacré au polar ?

C’est l’aventure que vous proposent les éditions Points avec le Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points !

De janvier à octobre 2014, un jury composé de 40 lecteurs et de 20 professionnels recevra à domicile 9 romans policiers, thrillers et romans noirs récemment publiés par les éditions Points et votera pour élire le meilleur d’entre eux.

Pour rejoindre le jury, déposez votre candidature ici. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 10 mars 2014. (http://www.lecerclepoints.com/page-173.htm#page)

Le Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points, c’est un prix littéraire dont vous, lectrices et lecteurs, désignez le lauréat en toute liberté.

Alors n’hésitez plus, inscrivez vous

Deux romans sont déjà connus pour la sélection 2014 :

L’information du mardi : Meilleurpolar.com de Points 2014

Brunetti et le mauvais augure de Donna Leon :

Venise baigne dans la torpeur d’un été caniculaire et Brunetti s’ennuie. Sa seule mission : la filature d’une vieille dame escroquée par un pseudo-voyant. La bourrasque d’un scandale de corruption sans précédent réveille le commissariat assoupi de chaleur. Meurtre d’un greffier, trafic d’influence, Brunetti ne sait plus où donner de la tête. Son horoscope lui prédisait un été calme pourtant.

Née dans le New Jersey, Donna Leon vit depuis plus de vingt ans à Venise. Les enquêtes du commissaire Brunetti, traduites dans vingt-cinq langues, ont séduit des millions de lecteurs. Toutes sont disponibles en Points.

« La nouvelle enquête du commissaire Brunetti est un succès de plus pour la plus vénitienne des romancières américaines. » Le Figaro

Traduit de l’anglais par William Olivier Desmond

L’information du mardi : Meilleurpolar.com de Points 2014

Le sang des maudits de Leighton Gage

Fauché par une balle à sa descente d’avion, l’évêque Dom Felipe s’écroule dans la foule. Saõ Paulo s’embrase. Gangs des favelas et cartels de propriétaires terriens se livrent une lutte sans merci au nom de leur seul dieu, le dollar. Cette guérilla urbaine a déjà fait de nombreuses victimes. Les parents de l’inspecteur Mario Silva en étaient. Sa revanche s’annonce impitoyable…

Leighton Gage (1942-2013) a travaillé dans la publicité avant de devenir écrivain. Il a vécu plus de vingt ans au Brésil, pays où se déroulent les enquêtes du célèbre inspecteur Mario Silva, sorte de Wallender sud-américain.

« Le sang des maudits n’a que des qualités : écriture vive et très dialoguée, personnages puissants, intrigue ultra-réaliste qui nous fait découvrir un Brésil fort différent de la carte postale balnéaire. » RTL - C’est à lire

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 18:42
La Madone de Notre-Dame de Alexis Ragougneau (Viviane Hamy)

Si je ne peux que vous conseiller qu’une chose, c’est de vous précipiter sur ce petit roman, le premier de son auteur qui regorge de qualités. Cela s’appelle La madone de Notre-Dame, c’est écrit par Alexis Ragougneau. Un auteur à suivre, sans aucun doute.

Au lendemain des processions des cérémonies de l’assomption, une touriste anglaise vient allumer des cierges devant l’autel réservé à Notre-Dame des Sept Douleurs, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elle demande l’aide d’une jeune femme, assise là sans bouger, qui semble prier sans bruit. N’obtenant pas de réponse, l’Anglaise s’approche, et en la touchant, fait tomber le corps. La jeune femme, habillée de blanc en mini jupe est morte.

La jeune magistrate Claire Kaufman n’a pas beaucoup d’expérience, mais c’est à elle qu’échoit cette affaire bien difficile. Elle va être épaulée par le commandant de police Landard, qui est réputé pour ne pas être une flèche, malgré sa vingtaine d’années de service. Rapidement, le légiste leur annonce que le vagin de la victime a été scellé avec de la cire d’un cierge.

Les témoins se souviennent de cette jeune femme, habillée de façon inconvenante voire provocante dans un tel lieu de culte. Elle a d’ailleurs été prise à partie par un jeune homme la veille, pour cette même raison. Ce jeune homme, Thibault, est bien vite arrêté et fait un coupable idéal. Mais l’affaire ne va pas être si simple …

Quand on lit un premier roman, on est forcément attentif à la fois au style et à la façon dont est menée l’intrigue. Que l’on se rassure, le style est très fluide, et j’ai pris un énorme plaisir à lire ce roman. Ce qui m’a époustouflé, c’est la force des images, la capacité à nous faire ressentir l’atmosphère feutrée de la cathédrale Notre-Dame. S’il y a eu un énorme travail en ce sens, cela ne se sent pas au travers de la lecture tant cela semble naturel. J’avais même l’impression d’avoir les statues devant moi, la magnificence des sculptures autour de moi.

Et puis, il y a l’intrigue, que l’auteur a voulue simple. Si c’est la première impression qui en ressort, c’est aussi et surtout parce que, vers la moitié du roman, l’auteur s’amuse à la déstructurer pour changer de personnage principal et faire diriger l’enquête par un prêtre, le père Kern, qui est affublé d’une petite taille due à un problème de croissance dans sa jeunesse. Et le livre se retrouve donc comme un puzzle dont l’auteur se serait amusé à mélanger les pièces une fois que nous l’aurions presque terminé. Pour un habitué aux romans policiers, c’est peu commun, pour le lecteur c’est bigrement intéressant et passionnant à suivre, d’autant plus que la solution va nous être dévoilée dans les toutes dernières pages.

Enfin, on trouve dans ce roman de formidables personnages, des gens que l’on aimerait côtoyer, pour discuter avec eux. Ce roman, empli de spiritualité, se montre surtout comme un hymne au respect. L’auteur aime ses personnages, il ne les juge jamais, mais se veut explicite pour montrer leur position vis-à-vis de la religion. Il n’y a pas à proprement parler de bons ou de méchants, tout n’est pas blanc ou noir, mais tous les personnages sont humains avec leurs qualités et leurs faiblesses. Et croyez moi, c’est un des grands points forts de ce roman.

Vous l’aurez compris, avec cette ambiance impeccablement rendue, avec son intrigue originale et surprenante, avec ses personnages formidablement attachants, ce premier roman est une grande réussite qu’il vous faut découvrir. Retenez bien ce nom, Alexis Ragougneau, car vous pourriez bien en entendre parler bientôt.

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 19:01
Chronique virtuelle : Concarn’noir de Marek Corbel (A verba futuroruM)

Marek Corbel, je l’ai « rencontré » sur FB, et de fil en aiguille, de discussions en digressions, il en est venu à me proposer un de ses romans. Evidemment, quand on a des points communs, on ne lit pas un roman de la même façon. Et le but est rempli avec ce roman, me remémorer ma jeunesse et faire souffler un vent de nostalgie …

Quatrième de couverture :

Concarneau automne 2013. Dans un port de pêche, victime de la crise, les manouvres politiciennes en vue des échéances municipales du mois de mars débutent. L'ancien maire Le Gall est déterminé à reprendre les clés de la ville bleue à son rival. Pour mener à bien cette reconquête, il entend s'appuyer sur sa splendide maîtresse, l'écologiste Nadia Amat, une ancienne figure de la vie culturelle branchée.

C'est sans compter sur l'apparition d'un mystérieux corbeau qui inonde, de son quartier de La Boissière, presse locale, ennemis et amis politiques, d'informations compromettantes sur le passé sulfureux de la nouvelle diva. Pourquoi cette dernière s'est-elle tue sur ses activités, durant les années 80, au sein du rock underground ? Le commissaire Verbeke et le lieutenant Flao vont sortir brutalement de leur torpeur cornouaillaise pour naviguer entre les ultimes règlements de comptes au sein d'un courant musical emblématique et l'enquête sur le meurtre d'un photographe concarnois, deux ans plus tôt.

L’auteur :

Marek Corbel, auteur de trois romans, est un lecteur assidu du genre noir. Admirateur des incontournables anglo-saxons tels qu'Ellroy, R. J. Ellory, il a eu un véritable coup de foudre pour « Un pays à l'aube » ou « The given day », en version originale, de Dennis Lehane, déterminant dans son envie d'écrire. Pour autant, son intérêt pour ce genre littéraire l'a amené, également, depuis des années, à redécouvrir l'école pour le moins hétéroclite du « néo polar ».

Ses inclinaisons se portent vers un genre noir assis sur des réalités sociales, historiques en perpétuelle gestation. Avec pour étendards hexagonaux Frédéric Fajardie pour notamment « Après la pluie » et Dominique Manotti. À ses yeux, l'histoire contemporaine française regorge de suffisamment de ressources afin de matérialiser un genre à part. Si cela commence à se vérifier sur un plan cinématographique ou télévisuel, Marek Corbel considère qu'en matière de polar proprement dit, le phénomène en est à ses balbutiements.

Loin d'une structure policière souvent trop circonstanciée ou manichéenne. Ainsi, donc, un genre forcément perfectible.

(Source Decitre.fr)

Mon avis :

Marek Corbel, au travers de son roman, nous montre les dessous de la campagne en vue des élections municipales dans la ville de Concarneau. Les deux favoris sont indéniablement Coulliou et Le Gall. Tous les coups sont permis pour gagner la municipalité. C’est alors que débarque la lettre d’un corbeau, mettant en cause la n°2 de la liste de Le Gall, Nadia Amat. La police va donc enquêter sur cette affaire, mettant à jour des vengeances qui remontent à plusieurs années auparavant.

Si j’ai été surpris par le début, au sens où l’auteur rentre directement dans le vif du sujet, en nous présentant pléthore de personnages, une fois que l’enquête démarre, on est vite pris dans le rythme et les mystères des différents protagonistes. Si l’intrigue est somme toute assez classique et simple, les personnages sont bien décrits et les dialogues très bons. J’ai été très agréablement surpris par la qualité de narration de l’auteur.

Mais l’aspect qui tient à cœur à l’auteur et qui devient finalement le centre du roman, c’est une description de la scène musicale alternative française de la fin des années 80 et des années 90. Si les noms des groupes ont été changés (l’un d’eux s’appelle Black Novel, ça fait plaisir !), on arrive à reconnaître pour peu que l’on s’y soit intéressé à l’époque les Béruriers noirs, la Mano Negra et toute l’écurie de Boucherie Productions (Wampas, Stella … ).

Et en cela, pour avoir vécu personnellement cette période faste musicalement (si, si, rappelez vous, le petit gars avec ses cheveux longs juste devant la scène, c’est moi), je garde une place spéciale pour ce roman, qui est empreint d’une certaine nostalgie personnelle. Pour les jeunes de cette époque, nous avons connu une période de liberté, empreinte de naïveté avant d’être rattrapés par les réalités du business. Ces groupes de musique, très engagés politiquement, avaient été présentés comme anarchiques, alors qu’ils étaient surtout contre le Front National et voulaient exprimer leur parole. L’objectif était de redonner des couleurs à la culture populaire, par exemple en faisant des concerts à 10 francs l’entrée. Mais ce furent aussi de sacrés musiciens, à l’image du succès qu’ils eurent quand certains de ces groupes signèrent dans des majors. Certains refusèrent l’appât du gain. Mais je m’égare … vous l’aurez compris, c’est un roman aux accents de nostalgie que personnellement j’ai beaucoup aimé !

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 19:03
Dernier désir de Olivier Bordaçarre (Fayard)

J’ai découvert Olivier Bordaçarre avec La France Tranquille, que j’ai beaucoup aimé. Il y avait un ton, un style et une verve pour décrire la vie d’une petite ville provinciale que l’on lit trop peu souvent. Son dernier roman est plus intimiste et parait d’ailleurs en littérature, probablement parce que le sujet peut paraitre de prime abord moins étiqueté polar, ce que je ne pense pas du tout. Il n’en reste pas moins que c’est un roman formidable.

Mina et Jonathan Martin est un ancien couple de Parisiens qui, ont commencé par déménager de Paris en banlieue parisienne avant de se rendre compte que leur vie serait plus confortable s’ils allaient vivre en province. Evidemment, ils vivraient plus chichement, Jonathan s’occupant de son jardin, d’ébénisterie et de bricolage tandis que Mina se contenterait de son poste de guide dans un château local. Ils ont donc choisi de s’installer au fin fond du Berry, proche de l’écluse de Neuilly-en-Dun avec leur fils Romain âgé de dix ans.

Un nouveau voisin débarque à quelques centaines de mètres de chez eux. Son prénom est Vladimir et son nom est le même que le leur, Martin. Si la coïncidence peut s’avérer amusante au début, celui-ci s’avère vite énigmatique, toujours aimable, légèrement distant, mais surtout extrêmement riche. Vladimir n’arrête pas de leur faire des cadeaux, entame la rénovation complète de sa maison en faisant appel aux artisans du coin, et commande les derniers équipements nec plus ultra pour améliorer son confort.

Mais certains petits détails vont transformer la vision qu’ont Jonathan et Mina de Vladimir. Il s’achète le dernier modèle de chez Volvo, de couleur rouge, le même que Jonathan et Mina, mais en véhicule neuf. Puis il fait repeindre les murs de la même couleur qu’eux, aménage sa cuisine exactement de la même façon. Quand Vladimir commence à offrir des cadeaux à Romain et qu’il devient de plus en plus intrusif, le couple commence à chanceler sur ses fondations.

Formidable ! D’une situation d’une simplicité extrême, Olivier Bordaçarre construit un petit joyau de roman noir, en distillant de petits détails par ci par là, mais sans en dire trop de façon à faire monter la pression. Sa façon de ne pas donner trop de détails laisse la place à l’imagination du lecteur, ce qui fait que l’on est pris dans la tenaille dès les premières pages sans pouvoir en sortir. On a vraiment l’impression qu’Olivier Bordaçarre tient notre cou entre ses mains, en serrant petit à petit, tout en relâchant la pression avant de resserrer vicieusement et sans prévenir dans la scène suivante.

Et quand je parle de pression, je dois dire que la sensation qui prédomine au fur et à mesure de la lecture est aussi et surtout le malaise. Car quoi de plus normal que d’avoir un nouveau voisin, charmant qui plus est ? Quoi de plus normal que de l’accueillir quand l’alimentation en eau de sa maison est coupée pour trois jours ? Certes, mais quand il se lève la nuit, fouille la maison, quoi de plus inquiétant ? Et puis, quand Vladimir sort de sa maison pour aller en ville, il s’avère un personnage autoritaire, étrange et sans pitié.

En disséquant le couple, Olivier Bordaçarre montre combien le contexte peut jouer sur notre vie quotidienne, tout en balançant le véritable sujet de son livre : Jonathan et Mina sont deux personnes ayant choisi de vivre loin du monde de l’ultra-consommation. Mais combien de temps peut-on résister à la facilité de l’argent, au confort de l’argent, même quand tout ce à quoi l’on croit semblait former des fondations à l épreuve de tous les obstacles. Olivier Bordaçarre nous offre une formidable démonstration de la fragilité du couple, de l’illusion des rêves, de la naïveté des principes de vie.

Je ne peux vous dire qu’une chose : en 275 pages, vous allez vous sentir mal, reconnaissant des situations que vous pourriez rencontrer, parce que vous allez forcément vous identifier à ce couple comme les autres. Et puis, vous ferez comme moi, vous relirez deux, trois, quatre fois ce passage des pages 263 à 265 car le sujet est bien là : la surconsommation n’est qu’une futilité qui ne fait avancer personne. Ce roman est une démonstration à la fois subtile et dure d’un sujet social important dans le fond, avec une forme d’huis-clos formidable. Un des romans incontournables de ce début d’année 2014, selon moi.

Ne ratez pas l'avis entre autres de l'ami Claude ici.

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