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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 17:00
Un mensonge explosif de Christophe Reydi-Gramond (Liana Levi)

Sorti chez Liana Levi, ce presque premier roman, puisque l’auteur a écrit deux romans pour la jeunesse auparavant, nous ramène en septembre 2001 et évoque l’explosion de l’usine AZF.

21 Septembre 2001. Le jeune Hugo est passionné par les oiseaux, alors il va souvent faite des tours sur la petite colline pour les observer. Alors qu’il cherche une grue, un grandement s’élève et l’endroit où se trouvait l’usine est remplacé par un gigantesque cratère. Un accident industriel à 99%.

13 février 2002, Brésil. Juan Mügler, sa femme Clara et son fils Esteban vivent à l’Hôtel. En fait, ils vivent de faux noms, de faux papiers et changent de pays tous les mois. Ils fuient pour rester en vie un peu plus. Quelques heures plus tard, les corps tombent dans le vide, la tête la première. Un suicide ? C’est ce que cherche le commissaire Raul Marotta.

Clovis Lenoir est agent à la DST. Il est contacté par la police brésilienne car un couple vient de se suicider dans un hôtel. Ils voyageaient avec de faux papiers mais étaient français. Il va devoir faire avec sa hiérarchie, la presse et la belle sœur de Stephane Dexieu, journaliste, pour démêler cette intrigue.

Et si l’accident AZF n’était pas un accident industriel ? Je me rappelle l’état de catastrophe, l’hébétude que nous avons ressenties dix jours après l’attentat du World Trade Center. Cet accident a tout de même fait 31 morts et 2500 blessés. Ce roman fait donc partie de ces livres qui partent d’une hypothèse et construisent une intrigue pour essayer de trouver une explication à ce drame.

Dès le début, cela va vite, très vite. Les personnages fleurissent et l’auteur décide de nous faire plonger dans les arcanes du pouvoir. On passe d’un personnage à l’autre très facilement, de la DST à la police, d’un pays à l’autre, avec une facilité qui force le respect. Cela va vite et on se laisse mener par le bout du nez par la narration de Christophe Reydi-Gramond. Il est assez étonnant de rencontrer un premier roman aussi bien fait, aussi bien construit. L’intrigue est redoutablement montée, le style est très visuel.

Les seuls petits reproches que je ferai à ce roman est que j’ai l’impression que l’auteur a voulu mettre trop de choses dans son roman, ce qui entraine par moments des passages longs, mais les amateurs de romans de complots y trouveront leur compte, sans aucun doute. Et puis, ce que l’on demande à ce genre de roman, c’est bien de rendre crédible une hypothèse farfelue, et la rigueur de l’intrigue et les deux personnages principaux sont pour beaucoup dans l’intérêt que l’on porte à ce roman.

Assurément, Christophe Reydi-Gramont démontre avec ce roman beaucoup de qualités, et suscite beaucoup d’envies pour son prochain roman. Il se pourrait bien qu’on le retrouve dans la petite liste des écrivains de romans d’espionnage qui comptent.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 17:29
Chronique virtuelle : Un petit coup d’œil chez SkA

Ska, c’est une maison d’édition exclusivement dédiée au numérique. Cette maison d’édition édite aussi bien des romans que des nouvelles, soit de littérature blanche, soit de la littérature érotique soit des polars.

Par contre, on retrouve chez Ska de grands nooms du polar, et je citerai parmi les plus connus : Antoine Blocier, Claude Soloy, Damien Ruzé, Didier Daeninckx, Dominique Sylvain, Elena Piacentini, Elisa Vix, Francis Zamponi, Frank Thlliez, Gilles Vidal, Hafed Benotman, Zolma, Jan Thirion, Jeanne Desaubry, Jerome Leroy, Joseph Incardona, Laurence Biberfeld, Marc Villard, Marie Vindy, Max Obione, Maxime Gillio, Michel Bussi, Olivier Bordaçarre, Paul Colize, Rachid Santaki …

Au mois d’avril, ils ont édité des romans et nouvelles sur le thème de la boxe, et je vous en présente quelques lectures, dont certaines sont tout bonnement géniales. Comme je l’ai lu ailleurs, essayer ska, c’est l’adopter. Tous les titres de Ska sont disponibles ici : http://ska-librairie.net/index.php

Chronique virtuelle : Un petit coup d’œil chez SkA

A piece of steak de Jack London :

Tom King est un boxeur professionnel vieillissant. Oh, pas le genre star de la boxe. C’est un boxeur qui combat pour survivre, pour acheter quelque chose à manger pour sa famille. Ce matin, en se levant, il a rêvé qu’il mangeait un steak. Toute la journée, cette envie lui a tenaillé le ventre. Ce soir, c’est le grand soir, il rencontre Sandel, et s’il gagne, il pourra rembourser toutes ses dettes.

Vous ne rêvez pas, c’est bien l’auteur de L’appel de la forêt et de Martin Eden qui a écrit cette nouvelle. Et tout y est, de l’ambiance à la noirceur du propos, Jack London est génial quand il s’agit de montrer ce qu’endurent les pauvres gens. Et quoi de mieux que de prendre l’exemple de la boxe. Il y a dans cette nouvelle tout le génie que l’on peut trouver dans un film tel que Nous avons gagné ce soir. Une nouvelle géniale. Un pur morceau d’anthologie !

Cette version de ce texte est proposée en fin de volume en version originale. Cela s’appelle une version complète et respectueuse de l’auteur. Chapeau !

Chronique virtuelle : Un petit coup d’œil chez SkA

Adrénaline de Joseph Incardona :

Cette nouvelle raconte le combat de Max Chavez contre Paul Norman, vu du coté de Norman. Nomran est un boxeur vieillissant dont cela pourrait bien être le dernier combat. Chavez, plus jeune, est en route pour le championnat du monde. Norman n’a rien à perdre sinon montrer qu’il est encore capable de faire quelque chose de sa vie, qu’il a raté.

On a affaire là à un combat entre deux générations, entre deux hommes que tout oppose. Si cette nouvelle fait la part belle au match, avec des passages hallucinants qui sentent la sueur, le sang et la mort, c’est aussi une excellente façon de fouiller la psychologie d’un homme qui est au pied du mur, qui se bat non pas pour lui-même mais contre l’image que les autres ont de lui. C’est un combat coup de poing qui se déroule devant nos yeux effarés, violent et humain, qui montre toute la beauté de ce sport et dont on ressort groggy. Un bel exercice de style qui vous laissera KO.

Chronique virtuelle : Un petit coup d’œil chez SkA

Ring à putes de Rachid Santaki :

« Les choses ne se passent jamais comme prévu. Alors Georges préfère prévenir que punir.

— Elle doit se coucher avant la fin. On a mis un paquet de fric, alors tu gères ! Chuchote le caillera.

— Mais on peut parier sur elle. On peut miser, tu vois bien qu’elle va gagner ! lui répond Claude.

— On ne change pas les plans. Ta putain se couche et tu fermes ta gueule ! lui lâche le man. Il regagne sa place, s’adresse à son voisin. Les deux crapules scrutent le combat avec inquiétude. Y a un paquet de cash en jeu. Une certitude : tirer dans le tas en cas de perte. »

Une nouvelle fois, c’est un combat entre une paumée et une championne que Rachid Santaki nous convie. Car la boxe entre hommes ou entre femmes n’a pas tant de différences, il s’agit d’opposer deux caractères et il n’y aura au bout du compte qu’une gagnante : la meilleure. Rachid Santaki n’a pas son pareil pour nous décrire les jeunes qui vivent à la marge de la société, ceux ou celles qui sont nés perdants et finiront perdants. On espère, on espère, car on veut que Marie gagne ce match mais la réalité est plus cruelle que la vie. Quels beaux portraits, quelles émotions, quels espoirs nous fait vivre cette nouvelle noire.

Chronique virtuelle : Un petit coup d’œil chez SkA

Amin’s blues de Max Obione :

3 rounds, c’est ce que Amin Lodge doit tenir, avant de se coucher. Effectivement, il se prend un direct en pleine face et pourrait bien simuler la chute et la fin du combat. Mais les insultes de son adversaire lui insufflent la rage. Le quatrième round démarre, ses jambes flageollent, il s’accroche à son adversaire. Il sait qu’en sortie d’accrochage, il y a une possibilité alors il l’exploite à fond et envoie un uppercut, tellement bien fait que l’autre en meurt.

En parallèle, un journaliste du Blues Monthly Stars, Nad Burnsteen enquête que cet étrange personnage.

Une sorte de Road book, à mi chemin entre histoires parallèles et course poursuite se déroule. Tout l’art de Max Obione à construire une histoire parallèle entre plusieurs personnages avec un style redoutablement efficace fait de ce roman un pur plaisir noir.

Avec Max Obione, le divertissement noir est forcément au rendez vous, et si je dois vous convaincre, lisez donc Scarelife.

Chronique virtuelle : Un petit coup d’œil chez SkA

No limit de Jeremy Bouquin :

Le Girl fight, c’est un combat sans règles entre deux jeunes filles dévêtues, organisé clandestinement dans un hangar. Il n’y a pas de ring, les spectateurs sont en cercle et les deux combattantes sont au milieu de la foule en rut, se battant jusqu’à la mort. Le narrateur est entraineur et croit dans les chances de Jane. Mais l’issue du combat va réserver quelques surprises bien noires.

Je ne connaissais pas Jeremy Bouquin, mais je peux vous dire que cet auteur m’a tout simplement impressionné. Dans cette nouvelle (comptez une heure de lecture), le décor est planté, les personnages sont vivants, la violence est crue. On a vraiment l’impression de vivre le combat de l’intérieur, on sue, on a peur, on s’accroche et on se prend des coups. Et quand, après nous avoir mis KO, Jeremy Bouquin nous assène sa fin, c’est bien parce que le lecteur est déjà à terre et qu’il peut prendre un coup de pied en plus, la bouche ouverte. Une excellente découverte et un auteur à suivre.

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 17:09
Deux kadors en lice pour Meilleurpolar.com

Chaque année, les éditions Points organisent un concours visant à élire le meilleur polar édité chez Points. Le jury est formé à la fois de jurés professionnels comme de lecteurs, choisis parmi les inscriptions reçues. Je vous avais déjà parlé de Le sang des maudits de Leighton Gage, et on y trouve aussi dans cette sélection Guerre sale de Dominique Sylvain, ainsi que Etranges rivages de Arnaldur Indridason. Cette année, on y trouve aussi deux grands noms du polar, à savoir Donna Leon et Robert Littell.

Deux kadors en lice pour Meilleurpolar.com

Brunetti et le mauvais augure de Donna Leon :

Venise est écrasé par la chaleur en cet été. Et comme les affaires ne se bousculent pas, Brunetti s’intéresse à la tante de Vianello, son second, qui retire beaucoup d’argent en liquide chaque semaine, sans qu’il n’y ait une explication. Rapidement, il pense qu’elle a affaire avec un charlatan qui lui vend la bonne aventure. A cela, va s’ajouter une affaire de meurtre d’un greffier qui va intervenir juste quand il envisageait de prendre quelques vacances.

A la lecture de ce roman, le premier de Donna Leon pour moi, je comprends mieux pourquoi cette auteure a du succès. Le style est fluide, le rythme est lent, presque nonchalant, avançant au rythme des gens du sud écrasé par la chaleur de l’été. Et puis, Donna Leon fait la part belle à la vie de ses personnages, créant avec le lecteur une intimité que j’ai rarement retrouvé à part chez Indridason ou Mankell.

Ce roman m’a paru étrange dans sa construction, l’affaire de meurtre arrivant à la moitié du roman. Et comme sa résolution est d’une simplicité extrème, je me demande si cette affaire ne faisait pas un peu du remplissage car dans la première moitié du roman, Donna Leon, au travers de l’affaire de la tante de Vianello, se permet de montrer la corruption généralisée de la société italienne. A tel point que lors d’une discussion lors d’un diner avec sa femme, celle-ci démontre à Brunetti que leur ami restaurateur leur fait payer leur repas en liquide pour éviter de faire une facture. De nombreux exemples de ce genre, du plus petit à de plus graves montrent bien que, quand on n’a plus d’honnêteté, la société va mal. Cela peut paraitre simplet, mais c’est remarquablement bien fait.

Deux kadors en lice pour Meilleurpolar.com

Une belle saloperie de Robert Littell :

Lemuel Gunn est un détective privé, ancien agent de la Cia, qui est revenu marqué de sa participation à la guerre en Afghanistan à cause des exactions perpétrées par l’armée américaine. L »homme est qui est revenu est plus cynique mais surtout, comme il le dit lui-même, c’est un homme en colère contre son pays et ses mensonges.

Une jeune femme belle à crever débarque dans son bureau pour lui proposer une affaire qui parait au premier abord extrêmement simple. Emilio Gava s’est fait arrêté dans un bar pour trafic de drogue et la société qui emploie Ornella Neppi a payé la caution du Monsieur 125 000 dollars. Emilio ayany disparu, ils ont peur de perdre les 125 000 dollars. L’affaire se complique quand les photos prises par la presse disparaissent et quand le dossier que la police détient s’avère vide.

Si vous cherchez un polar comme en faisait Raymond Chandler, ne cherchez plus, courez acheter Une belle saloperie. Car vous y trouverez une enquête minutieuse, un personnage agréable à suivre, des flics gentils, des mafieux méchants, des affaires troubles, le FBI, la CIA, et tous les autres services américains qui manipulent les marionettes, des interrogatoires, quelques bagarres mais pas beaucoup, des décors époustouflants, de l’humour, de l’amour et une femme fatale.

Si la recette peut paraitre éculée, démodée, n’en croyez rien. Robert Littell n’a pas pour but d’écrire un chef d’œuvre mais vraisemblablement de s’amuser. Et quand un grand auteur décide de s’amuser, il y a de fortes chances que le lecteur suive. C’est le cas pour ce roman, en ce qui me concerne et même si j’ai deviné la fin un peu tôt, j’ai passé un bon moment avec ce roman que j’aurais lu en deux jours, preuve que c’est bien fait.

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 18:12
Le dernier tigre rouge de Jérémie Guez (10/18)

Jérémie Guez, nous sommes quelques uns à le suivre depuis ses débuts, depuis Paris la nuit, tant ce roman était une évidence, tant il nous promettait la découverte d’un nouveau talent du polar français. Puis ce fut Balancé dans les cordes, un roman extraordinaire (et coup de cœur Black Novel), et Du vide plein les yeux qui cloturait la trilogie consacrée à Paris. C’est à un changement de décor que Jérémie Guez nous convie avec ce Dernier tigre rouge, dans la jungle indochinoise.

Le père de Charles Bareuil était légionnaire, lui aussi l’est devenu, mais pas pour faire comme lui. Pendant la deuxième guerre mondiale, la position trouble des communistes envers les nazis font qu’il a préféré immigrer en Yougoslavie pour combattre les Allemands. A la mort de sa femme Elena en Croatie, il décida de s’engager dans la légion étrangère. Et comme il est excellent tireur, il est devenu tireur d’élite, l’un des meilleurs d’ailleurs.

Il débarque en Indochine, dans une compagnie qui comporte des énergumènes de toute nationalité, et sa troupe est dirigée par un ancien nazi. Mais dans la légion, on laisse son pays au vestiaire. Bareuil découvre un pays où les gens sont passifs mais les ennemis partout. Entre les villageois et la jungle, il est difficile de savoir ce qui est le plus dangereux. Les légionnaires sont envoyés sur les fronts, là où on a besoin d’eux.

Alors qu’ils peuvent passer plusieurs jours sans altercations, les embuscades sont soudaines et très meurtrières. C’est lors de l’une d’elles que sa compagnie est décimée dans la jungle. Il rencontre alors un homme blanc qui combat aux cotés des Viet-Minh et lui laisse la vie sauve. Il va alors chercher à savoir qui est cet homme blanc qui combat aux cotés des Vietnamiens.

Il y a à la fois des changements et des similitudes entre ce roman et les précédents. Les changements, ce sont évidemment le décor, cette guerre dans un pays inconnu, ce danger permanent dans un paysage inconnu, cette impression que tous les habitants sont des ennemis. Et puis, il y a la guerre, ces moments d’attente, de stress dans l’attente d’une attaque, car même si les légionnaires sont les « envahisseurs », ils sont plus en situation de défense face à un danger qu’ils ne voient pas mais qu’ils redoutent.

Les similitudes, ce sont surtout dans les portraits d’hommes, dont Charles Bareuil, cette façon qu’a Jérémie Guez de détailler sans lourdeur la psychologie humaine. Il y a un excellent équilibre entre les scènes de bataille et les moments plus calmes et ils sont tous aussi réussis les uns que les autres. C’est un roman qui m’a beaucoup fait penser à des films tant le style est visuel, plus direct, moins poétique.

Vous ne pouvez pas vous imaginer ma joie de lire ce roman, de me dire que je dois continuer à vanter les talents de cet auteur. Car ce roman est une franche réussite avec ses personnages formidables, ses scènes de bataille fulgurantes et ses moments de calme stressants. Un inédit au format poche, quand, en plus, c’est signé Jérémie Guez, ça ne se rate pas !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude :

http://action-suspense.over-blog.com/2014/03/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-10-18-ed-2014.html

http://action-suspense.over-blog.com/2014/02/j%C3%A9r%C3%A9mie-guez-publie-chez-10-18-%E2%80%9Cle-dernier-tigre-rouge%E2%80%9D-avril-2014.html

Ainsi que celui de Velda : http://leblogdupolar.blogspot.fr/2014/06/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-la.html

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 18:02
La chronique de Loley : Les ailes arrachées des anges de Gilles Caillot (Editions les 7 péchés capitaux)

Voilà une excellente surprise avec le retour de Loley sur Black Novel. Elle a décidé de venir nous parler d’un roman de Gilles Caillot dont je viens de chroniquer Lignes de sang. Je lui laisse la parole :

L'auteur a choisi un titre long, c'est assez rare mais sur ce coup c'est carrément réussi, il est aussi beau qu'horrible et laisse présager une noirceur à la Caillot.

Replonger avec les personnages d'"Immondanités" est un régal, Massimo Zanetti le Franco-Italien est appelé en renfort sur un meurtre violent et peu commun, pour aider Aymeric Garche lieutenant de police, nouvellement affecté sur le terrain. Ces deux hommes à vifs, aussi blessés l'un que l'autre par ce que la vie peut apporter de pire, vont devoir cohabiter sur cette enquête difficile et douloureuse. Le sujet de la pédophilie me freine toujours et bien je suis très satisfaite de la façon dont il est traité, je ne peux en dire plus mais les victimes n'étant pas celles que l'on croit, j'ai clairement jubilé pendant certains passages, vive la justice ou pas ...

L'écriture révèle une maîtrise parfaite, pour moi la patte de l'auteur est déposée depuis ses débuts, donnez-moi plusieurs textes et je suis sûre de retrouver le sien. Le résultat de ce livre est particulièrement bon, la violence de certaines scènes est brute mais concentrée, ça s'arrête très vite et elles ne sont pas omniprésente, c'est très carré et ordonné. La maîtrise des scènes de crime est stupéfiante, la criminologie n'a aucuns secrets pour l'auteur, les grimaces de dégoûts ont été au rendez-vous et ce pour mon plus grand plaisir. Le lecteur à l'impression d'y assister grâce à la qualité des descriptions. J'aime ses livres qui vous font bouger votre petit postérieur pour fermer la porte d'entrée à clés quand vous avez la frousse, très peu d'auteur sont capables de créer des ambiances aussi fortes et Gilles Caillot en fait parti.

Les meurtres sont originaux ça change de se qu'on peut lire habituellement, si j'osais je dirais presque ingénieux, pas de doutes on peut faire confiance à ce pro de la souffrance, très belle imagination !! Le dénouement tombe avec une logique implacable et joli calcul provenant de l'auteur ça sent la réflexion et le travail. Le final est extrêmement prenant j'ai arrêté de respirer pendant un petit moment, action, douleur ressentie, tout y est pour faire un excellent thriller.

Bref les pages se sont succédées en un rien de temps, sans que je m'en rende compte, on peut appeler ça engloutir un livre avec avidité. Je me répète mais j'aime sentir l'évolution de l'écriture au fur et à mesure des années, je me dis que notre maître du noir va tout exploser avec son prochain livre en continuant comme ça. Belle lancée Gilles j'en veux encore !!!

La chronique de Loley : Les ailes arrachées des anges de Gilles Caillot (Editions les 7 péchés capitaux)

Quatrième de couverture :

Aymeric Garche, lieutenant de police à la Criminelle, est un homme meurtri par la vie. Suite à une surcharge du service, il se voit confié une nouvelle affaire particulièrement délicate. Un homme, ex footballeur est retrouvé pendu par ses propres intestins. Rapidement, les victimes s’accumulent et un lien est établi. Aidé de Massimo Zanetti, qui revient de convalescence, le binôme va mener l'investigation tambour battant, à la recherche de la vérité. Un réseau de pédophile. Des crimes abominables, ponctués de mises en scène invraisemblables. Une enquête qui les renverra dans un passé douloureux. L'enfer n'est pas si éloigné...

L’auteur :

Né en 1967 à Lyon il a toujours été un grand passionné de littérature fantastique et de romans noirs. Il a connu mes premiers émois littéraires en lisant des auteurs tels que Stephen King, Jack Vance, Jean-Christophe Grangé et plus récemment Maxime Chattam. Consultant dans les technologies de l'information, rien ne le destinait à devenir un auteur de romans policiers.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 17:30
Le dernier message de Sandrine Madison de Thomas H.Cook (Seuil)

Depuis Les feuilles mortes, je suis un adorateur inconditionnel de cet auteur, car j’y trouve une subtilité rare dans l’art de fouiller la psychologie de gens simples, qui se retrouvent en général confrontés à un passé douloureux. Thomas H.Cook écrit des histoires simples, avec un suspense latent, et nous pose en face de grandes questions. Ce roman, qui nous narre le procès de Samuel Madison, nous pose la question : Avez-vous réussi votre vie ? Et une nouvelle fois, c’est un roman fort, très fort.

Samuel Madison, professeur à l’université de Coburn, une petite ville du sud des Etats Unis, se retrouve assis à la table du tribunal, accusé du meurtre de sa femme, Sandrine. Comment en est-il arrivé là ? Il est vrai que le corps de sa femme a été retrouvé dans sa chambre, allongé sur le lit. Elle avait avalé trop de calmant, du Demerol, contre ses douleurs de dos. C’est lui, d’ailleurs, qui a appelé les services d’urgence, d’une voix atone, sans vie, sans peine, bizarrement détachée.

La policière qui débarque pour constater la mort de Sandrine, est choquée par le désordre qui règne dans la maison. De la même façon, elle trouve dans la chambre un mot, que Samuel dit ne pas avoir lu et qui parle de Cléopâtre. Et que dire de cette bougie qui trone sur la tablette à coté du lit, souvenir d’un voyage à Albi que les Madison ont fait dans leur jeunesse, souvenirs heureux si vite évanouis et oubliés.

L’inspecteur Ray Alabrandi décide d’ouvrir une enquête pour meurtre, sur la base de ces petits détails, qui lui semblent à lui aussi trop bizarres. Samuel se rappelle, lors de son procès, les petits moments qui ont construit sa vie, les paroles de sa femme, les scènes de disputes pour essayer de comprendre … ou pour mieux cacher son crime ?

Ce roman va raconter le procès de Sam, raconté par lui-même et donner l’occasion au lecteur de suivre toute la psychologie de ce personnage complexe. A chaque interrogatoire, Sam va se rappeler les scènes du passé, les petits détails, ses réactions et surtout la façon dont elles sont interprétées par les autres. Cela va lui donner l’occasion de subir l’image qu’il donne de lui-même, de s’apercevoir qu’il est vu comme un personnage taciturne, froid, sans émotions, et donc suspect. D’ailleurs, pour ne pas faire d’ombre à l’université qui l’emploie, celle-ci va lui demander de démissionner.

Il va donc essayer de recoller les pièces du puzzle de sa vie, essayer d’analyser pourquoi et comment sa vie de couple avec Sandrine est passée d’amour à lassitude, de tendresse à indifférence. Et il se rend compte que, s’il ne se comprend pas, il ne comprend pas plus les autres. D’ailleurs, les scènes avec sa fille sont tout simplement impressionnantes tant même la personne la plus proche de lui se pose des questions sur son propre père. D’ailleurs, Sam a-t-il tué sa femme ? Thomas H.Cook, grâce à toute sa subtilité, arrive à faire douter tout le monde, même le lecteur qui suit ses pensées et ses petites remarques qui sans cesse sèment le doute.

Thomas H.Cook montre aussi la réaction des habitants de cette petite ville, qui ne veulent surtout pas de vague, et qui, dès qu’il se passe quelque chose d’anormal préfèrent tourner le dos plutôt que de voir la réalité en face. C’est aussi un procès sur la justice américaine et du jeu des procès où le plus important est de montrer un visage sympathique, avenant, parfois attristé pour mieux toucher les jurés.

Vous l’aurez compris, c’est un roman lent, un voyage dans la complexité de la psychologie humaine, un portrait d’un homme comme vous et moi et sur la façon dont on voit et on juge les gens. Mais c’est aussi une formidable réflexion sur la vie et l’affection que l’on porte aux gens, et sur cette volonté de laisser une trace de son passage, de réussir sa vie. Et vous, avez-vous réussi votre vie ? C’est bien la question que vous vous poserez à la fin de ce roman remarquable.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 17:20
Oldies : Mr Paradise de Elmore Leonard (Rivages)

Ce mois, j’ai decide de rendre un hommage à Elmore Leonard, ce grand monsieur du polar, avec une lecture qui date de 10 ans, car sa première publication eut lieu en 2004.

L’auteur :

Elmore John Leonard Jr., né le 11 octobre 1925 à La Nouvelle-Orléans en Louisiane et mort le 20 août 2013 (à 87 ans) à Detroit au Michigan, est un romancier et scénariste américain.

Son père travaille pour General Motors où il était chargé de trouver des sites où General Motors pourrait implanter des usines, ce qui provoque de nombreux déménagements de la famille Leonard. Même si Elmore Leonard est né à La Nouvelle-Orléans, il n'y vécut pas très longtemps. En 1934, sa famille s'installe à Détroit dans le Michigan.

À cette époque deux évènements importants ont lieu, qui influencent beaucoup Leonard dans ses écrits. Les gangsters comme Bonnie et Clyde font la une des journaux du pays, tout comme l'équipe de baseball des Detroit Tigers. Au début des années 1930, Bonnie et Clyde sont connus pour leur folie meurtrière, et sont abattus le 23 mai 1934. Les Detroit Tigers se qualifient pour les World Series de baseball en 1934. Ces évènements marquent Leonard, qui en conçoit une fascination pour les sports et les armes.

Leonard est diplômé de la University of Detroit Jesuit High School en 1943.

Elmore Leonard vit ses dernières années dans le comté d'Oakland (Michigan), avec sa famille. En 2012, il est lauréat du National Book Award pour l'ensemble de son œuvre.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Richissime avocat à la retraite, Mr Paradise, don son vrai nom Tony Paradiso, apprécie certains petits plaisirs dispendieux. Par exemple, des numéros de majorettes un peu particuliers exécutés par des jeunes filles que lui ramène Montez Taylor, son homme de confiance très cool, lorsqu'il a envie de voir un match de son éqpuie préférée. Pas de quoi fouetter un chat. Non, mais de quoi tuer un homme, car le soir où Chloe, une habituée des soirées de Mr Paradise, arrive avec son amie Kelly, les choses tournent mal. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Mr Paradise et l'une des deux filles ont été abattus. Quand l'inspecteur Frank Delsa débarque sur les lieux, il ne croit guère à l'hypothèse d'un cambriolage avorté, que Montez essaie de lui vendre. Il comprend qu'on se moque de lui. Il ne soupçonne pas encore à quel point.

"Depuis un demi-siècle, Elmore Leonard réjouit les amateurs de western et de polar." (Le Figaro)

"Le roi de l'humour noir." (Télérama)

"Une comédie magistrale sur l'avidité humaine." (Les Inrockuptibles)

Mon avis :

On se disait ça, l’autre jour, avec mon dealer de livres, alors que je réfléchissais au roman que j’allais choisir pour la rubrique Oldies de ce mois : « Le problème avec Elmore Leonard, c’est que c’est toujours bien ». En effet, quelque soit le roman que vous allez ouvrir, vous allez trouver une intrigue qui tient la route, des personnages troubles, des décors à peine brossés et de formidables dialogues.

Dans ce roman, vous y trouverez un bon polar, dont le suspense ne réside pas dans le nom du meurtrier, mais plutôt dans la façon dont Frank Delsa va pouvoir le coincer. Alors Elmore Leonard s’amuse à complexifier son intrigue en introduisant des personnages tous plus louches les uns que les autres, de petits dealers à des avocats véreux.

On y retrouvera par contre, ce qui fait la marque de fabrique de Elmore Leonard, à savoir un décor dessiné en une phrase, imageant un petit détail, ce qui laisse au lecteur le soin d’imaginer le reste de la pièce et surtout d’extraordinaires dialogues. Je trouve que ce polar, sans atteindre les sommets de La loi de la cité, la brava ou Beyrouth-Miami, s’avère à nouveau un bon polar, agréable à suivre.

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 17:21
Le duel de Arnaldur Indridason (Métaillié Noir)

Depuis quelque temps, Arnaldur Indridason s’accorde le droit de délaisser son personnage principal récurrent pour fouiller la psychologie de ceux qui entourent Erlendur. Cette fois-ci, c’est au tour de Marion Briem d’être la vedette de ce roman qui nous fait revenir en 1972. Et à la lecture de ce roman, je ne me suis dit qu’une seule chose : « Qu’il est fort, Arnaldur Indridason ! »

Prenez un contexte. 1972, le duel dans le championnat du monde des échecs entre Bobby Fischer et Boris Spassky. C’est une partie d’échecs dépassée par l’ambiance de guerre froide qui régit le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Or, le domaine des échecs est, depuis de nombreuses années, réservé aux Russes. L’arrivée de Fischer ressemble à un cheveu dans la soupe. D’un naturel arrogant, irrespectueux au possible, il dénote dans un paysage plutôt paisible. Un exemple : il refuse de prendre l’avion qu’on lui a affrété pour rejoindre l’Islande, sans s’excuser et sans donner la date à laquelle il envisage d’arriver. A cet égard, lisez donc l’article de Wikipedia consacré à ce combat ici.

Prenez un meurtre : Ici, le corps d’un jeune homme est découvert dans un cinéma, poignardé par deux fois, en plein cœur. Dans une salle obscure, il est impossible de savoir qui a perpétré le crime. Marion Briem se retrouve en charge de l’enquête et s’aperçoit que le jeune homme en question, Ragnar, est passionné de cinéma et utilisait un enregistreur à cassettes pour conserver une trace des films qu’il admirait. Quand Marion aperçoit un paquet de cigarettes russe à l’extérieur du cinéma, la piste se dirige vers des mobiles politiques qui vont vite la dépasser. En parallèle, ce roman montre la jeunesse de Marion, et ses difficultés de santé, en particulier quand elle a été atteinte de tuberculose, et qu’elle a été internée dans un hôpital du Danemark. Ce sont lors de ces passages que marion va lier connaissance avec une jeune fille de son âge Katryn.

Ce roman nous montre la grandeur d’Arnaldur Indridason. Avec un contexte lourd et une enquête des plus simples (du moins au début), il arrive à nous bâtir une intrigue passionnante. Son savoir faire n’est plus à démontrer. D’ailleurs, tous ceux qui ont lu une enquête de Erlendur le considèrent presque comme un voisin, tant Indridason arrive à créer une proximité, une intimité entre ses personnages et ses lecteurs.

Alors, comme pour tous les précédents romans, le rythme est lent … mais cela prend du temps de regarder les gens et de les comprendre. Comme d’habitude, l’enquête est très bien menée, la fin est fort bien amenée et encore une fois surprenante, le contexte sans être envahissant est formidablement reproduit, et c’est une nouvelle fois un sans-faute. J’ai même trouvé ce roman plus passionnant que ceux qu’il avait consacré aux collègues d’Erlendur, tant ce personnage de Marion est torturé et n’a confiance en personne. Il est par conséquent peu étonnant de voir cette femme solitaire se trouver des points communs avec un jeune policier qui débarque en fin de roman et qui s’appelle … Erlendur.

Ce qui est extraordinaire avec Indridason, c’est qu’on a l’impression qu’il peut écrire n’importe quoi et que, nous, lecteurs, sommes prêts à le suivre les yeux fermés (enfin, un peu ouverts quand même pour pouvoir lire). Car encore une fois, les personnages sont placés au premier plan ; il ressort de ses intrigues une telle humanité, un tel fond de vérité et il nous montre des gens comme vous et moi dans toute leur simplicité, avec leurs qualités et leurs défauts. Indridason est décidément trop fort.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 17:55
La chronique de Suzie : Des yeux dans la nuit de Chevy Stevens (Archipel)

Suzie est de retour pour son avis sur le dernier roman de Chevy Stevens. Je lui laisse la parole :

Nadine Lavoie, dont la fille Liza âgée d’une vingtaine d’années a fugué sans laisser de nouvelles, est psychiatre dans un hôpital de Vancouver.

Lorsqu’une patiente, Heather, lui est confiée après une tentative de suicide, Nadine commence avec elle une thérapie afin qu’elle lui raconte son histoire. Au fil des séances, Nadine apprend qu’Heather est membre d’une secte. Surtout, elle se rend compte qu’il existe de troublants parallèles entre la vie d’Heather et la sienne.

Mais, lorsqu’elle veut fouiller son propre passé, Nadine se retrouve face à un trou noir, ayant effacé de sa mémoire de nombreux souvenirs traumatisants d’adolescence. Pourquoi sa mère les a-t-elle emmenés son frère et elle vivre dans une commune isolée de l’île de Vancouver ? Pourquoi sa famille a-t-elle été détruite ? Et pourquoi le nom d’Aaron Quinn, le gourou de la secte d’Heather, lui inspire-t-il des sentiments de terreur ?

Plus Nadine avance, plus elle sent une menace peser sur elle. Elle se sent observée, le danger se rapproche. Ce sera lui ou elle.

Un thriller!! Qu'est ce que j'aime les thrillers.

"Des yeux dans la nuit" est le troisième roman de la Canadienne Chevy Stevens.

Actuellement, la totalité de ses romans sont édités chez L'Archipel ("Séquestrée" et "Il coule aussi dans tes veines"). Le prochain "That night" sortira en anglais en juin 2014.

Mais revenons à nos moutons, "Des yeux dans la nuit", tout est quasiment dit dans le titre et ce qui compte, c'est le quasiment. Ce titre est intriguant car, en lisant la quatrième de couverture, on se demande où l'auteur veut nous amener mais on la suit avec une seule question en tête : pourquoi?

Cette histoire est un thriller psychologique qui joue sur deux aspects. Le premier aspect concerne les souvenirs refoulés qui restent à la lisière de notre mémoire, de notre conscience et qui peuvent induire des comportements bizarres. L'esprit est bien fait, il ne débloque certains souvenirs que lorsqu'on est en mesure de les comprendre ou en cas d'urgence. Pourquoi bloque-t-on certains souvenirs, sont-ils vraiment nécessaire à notre vie quotidienne ou est-ce qu'on s'accommode au fur et à mesure de ne pas savoir pourquoi?

L'autre aspect de cette histoire est la vision que l'on peut avoir, extérieure et intérieure, de la vie dans certaines communautés, plus exactement les sectes. L'auteur s'en sert comme terrain pour engendrer les traumatismes de son héroïne, mais aussi pour montrer les difficultés de compréhension entre les personnes qui y résident et ceux de l'extérieur.

Notre héroïne est psychiatre et elle n'a pas été gâtée par la vie mais elle a réussi à s'en sortir, du moins sur l'aspect professionnel, car sa vie personnelle est un champ de mines. On pourrait croire que son métier lui donne plus d'ampleur pour comprendre les autres. Et, là est le problème, les autres, oui, ses proches, non. On va la voir évoluer et comprendre ses erreurs, du moins mieux les appréhender. C’est un personnage attachant, qu'on pourrait côtoyer dans notre vie de tous les jours et ne pas s'en rendre compte car très secrète.

Les interactions avec les autres personnages ont une réelle intensité, une véritable émotion. On se prend au jeu. Même si tout tourne autour de Nadine, les autres personnages ne laissent pas indifférents. Il y a des paires de claques, voire des réactions plus violentes qui peuvent émerger tellement on est pris aux tripes et qu'on aimerait réagir. Mais, je vous laisse les découvrir.

Un des problèmes que j'ai rencontré et qui peut rebuter certains lecteurs est que l'histoire est racontée à la première personne. Ce que j'ai toujours un peu de mal à appréhender mais, une fois dans la peau du personnage, je me suis tout à fait identifiée à l'héroïne et à ses problèmes. J'ai même réussi à me spoiler car je voulais connaitre la fin (comme souvent). Un autre point est que vous trouverez certaines situations convenues, que cela se voyait arriver de loin mais l’intérêt est la manière de traiter certains sujets et c'est justement parce qu'on les voit arriver que cela prend toute son ampleur (pas de spoil).

Ce roman est une bonne histoire qui vous fera réfléchir sur les sectes, les troubles de la mémoire, la confiance et la loi du silence ainsi que sur d'autres aspects que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même. Ne pas savoir est un mécanisme de protection que tout un chacun possède mais il est difficile et dangereux parfois de savoir pourquoi on a certains comportements.

Jetez-vous sur ce livre qui engendrera, peut-être, des échos au niveau de votre vécu et vous vous poserez la question "qu'aurais-je fait à sa place"? Bonne lecture, je vais me dépêcher de lire "Séquestrée" ou "Il coule aussi dans tes veines", enfin de les mettre sur le haut de la pile !

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 18:02
Trois mille chevaux vapeur de Antonin Varenne (Albin Michel)

Attention, coup de cœur ! Enorme coup de cœur !

D’Antonin Varenne, j’aurais lu tous ses romans. Parce que, le jour où je suis tombé sur Fakirs, j’ai eu un choc, j’ai trouvé un auteur formidable capable de créer des personnages incroyables et une ambiance glauque au possible. Avec Le Mur, le Kabyle et le Marin, on changeait de dimension avec un roman sur la guerre d’Algérie, mais toujours avec des personnages aussi forts. Déjà, dans ses deux précédents romans, on pouvait sentir cet amour de raconter des histoires basées sur des personnages. Antonin Varenne, c’est un auteur de personnages.

Lors d’une rencontre aux Quais du Polar, je lui avais fait remarquer qu’il avait toujours dans ses romans trois personnages. Quel pied de nez avec ce roman, le personnage principal de Trois mille chevaux vapeur est seul, solitaire même. Je lui avais dit aussi que sa description de la société contemporaine était bigrement noire et glauque. Quel pied de nez avec ce roman. Nous nous retrouvons balancés en plein 19ème siècle. Avec ce roman, Antonin Varenne ne monte pas une marche supplémentaire, il a carrément grimpé tout l’étage et nous offre un grand roman.

De personnages, Antonin Varenne nous en offre un, mais quel personnage ! Arthur Bowman est de ces hommes qu’on n’oublie pas, qu’on le rencontre en vrai ou en roman. Il a ce regard acéré qui lui permet de savoir quand la personne qui est en face de lui ment. Et les autres le savent. Sergent à la Compagnie des Indes, il se bat contre les Birmans. Si le stress est permanent, les combats font rage et le bateau de Bowman est en renfort au large … jusqu’à ce qu’on lui confie une mission : diriger une barque sans armes, déguisés en locaux, pour mener une mission étrange. Mais voilà, être sur le fleuve, dans la savane, entourés d’ennemis, cela ressemble à un arrêt de mort. Le village cible va être incendié, il y aura des milliers de morts et Bowman et ses hommes faits prisonniers.

Quelques années plus tard, Bowman est de retour, policier à Londres. Il n’a pas oublié les tortures, ses hommes qui sont morts, et d’ailleurs, il est victime d’une crise d’épilepsie dès que le stress monte. Un corps est retrouvé dans les égouts, torturé comme seuls savent le faire les Birmans. Sur la scène du crime, un mot est inscrit avec le sang du mort : SURVIVRE… Evidemment, tout accuse Bowman, alors que lui sait que le coupable est un de ses hommes. Il va donc poursuivre les dix hommes qui en sont revenus.

Quel sujet, et quel portrait d’homme ! Cet homme droit comme la justice, soldat exemplaire au sens où il obéit à tout ordre qui lui est donné, cet homme trahi par les siens, torturé qui revient dans la civilisation, marqué à jamais. Si Bowman se jette dans cette enquête, ce n’est pas tant pour se disculper, car il n’a plus de but dans la vie, il survit comme ses dix compatriotes, s’il poursuit cette quête, c’est un peu une rédemption mais aussi un espoir, celui de stopper enfin le cauchemar qui le poursuit jour après jour, nuit après nuit. Ce personnage est incroyable de justesse, d’émotions, mais aussi d’actualité tant on pense à des événements récents.

Et puis il y a les pays traversés par Bowman. De la Birmanie à Londres, sans oublier la traversée des Etats Unis, Antonin Varenne nous convie à un voyage non seulement dans le temps, mais aussi autour du monde. Autant la savane birmane est inquiétante, mystérieuse, sombre et humide, autant Londres est sale, noir de suie, les rues moites de caniveaux qui déversent leur pourriture, autant la traversée des Etats Unis pendant la conquête de l’ouest est sèche, chaude et on en prend plein les yeux (dans tous les sens du terme).

De ce roman, Antonin Varenne a certainement voulu changer de genre, changer de style. Et pour autant, les fans vont s’y retrouver dans ce style qui est un excellent mélange entre description et efficacité. En une phrase, il est capable de vous faire traverser un continent, un siècle, un personnage. Et ce roman se veut aussi une vraie réflexion sur la société et la solitude, sur les buts que se fixent les hommes, sur la folie des hommes, sur les massacres qu’ils sont capables de créer uniquement pour un peu de calme, de sécurité. De ce roman, on retiendra que l’homme n’est rien d’autre qu’un animal, que si les soldats sont fous, leurs chefs le sont plus et que la vie de tous les jours n’est rien d’autre qu’une guerre sans merci où seul le décor change. Dans ce roman, Antonin Varenne n’est plus loin d’un Steinbeck ou d’un McCarthy. Je n’aurais jamais cru un auteur français capable d’écrire une telle aventure avec un tel souffle épique. Antonin Varenne l’a fait.

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