Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 17:33
La palette de l’ange de Catherine Bessonart (Editions de l’aube)

Après Et si demain Notre-Dame, son premier roman, j’étais curieux de lire son deuxième opus tant j’avais aimé son personnage principal Chrétien Bompard pour son cynisme et sa façon de détailler les travers de notre société. Ce roman est plus sérieux mais se distingue par la façon de mener son intrigue.

Un homme est retrouvé dans un sex-shop en plein Pigalle, assassiné de deux poignards dont les manches sont en verre ciselé et de couleur différente.

Chrétien Bompard trouve dans une forêt proche d’Orléans le corps d’un jeune homme qui s’est pendu. Alors que le corps est encore chaud, il cherche à le sauver mais échoue. Il n’entend pas qu’on vient derrière lui et reçoit un coup sur la tête.

Le commissaire va enquêter sur le mort de Pigalle, et obtient des indices qui le mènent vers un géant de plus de deux mètres. Or, une empreinte de pied dans la forêt est d’une taille de 50.

Et si ces deux affaires étaient liées … Quand d’autres meurtres sont perpétrés, l’énigme devient plus complexe et remonte dans un passé pas si lointain.

Là où le premier roman faisait la part belle aux personnages, plus décalés et déjantés les uns que les autres, où il nous permettait de faire la connaissance d’un commissaire bourru et irascible, parce qu’il avait décidé d’arrêter de fumer, où il nous assénait des réflexions bien senties sur les travers de notre société de consommation et les mauvaises petites habitudes des uns et des autres, ce deuxième opus nous fournit peu ou prou la même chose … mais différemment.

Le personnage Chrétien Bompard, qui nous gratifiait de remarques droles, cyniques et acerbes se retrouve en personnage tout le temps de mauvaise humeur. Je trouve qu’on y a perdu un peu au change. Mais on y a gagné du coté du style et de la construction de l’intrigue. Car le style s’est affermi, se faisant plus précis, plus efficace et l’intrigue est un véritable puzzle où l’auteure nous emmène exactement là où elle le veut.

Catherine Bessonart manipule le lecteur en ne nous montrant que le point de vue de Bompard, et en faisant avancer l’enquête par des séances de « brainstorming » qui concentre notre attention sur les idées données par les personnages et non pas sur la globalité de l’intrigue. Et ça marche très bien, on ne se rend compte de rien, on sourit, on rit lors de ces séances, et après coup, on se dit que c’est très bien fait, que les dialogues sont très réalistes et que l’on a passé un très bon moment en compagnie de Bompard, Machnel et Grenelle.

Voilà donc un nouveau personnage récurrent qu’il va falloir suivre, tant l’auteure tient toutes ses promesses, tant cette intrigue tordue nous amène à un dénouement ignoble dont on n’aurait pas eu la moindre petite idée en entamant le roman. Chapeau, Madame Bessonart, vous m’avez bien mené en bateau !

Repost 1
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 17:31
Lignes de sang de Gilles Caillot (Toucan Noir)

Je l’avais promis à son auteur, et donc j’ai tenu mon engagement … avec un peu de retard. Gilles, ce billet est pour toi, pour le plaisir que j’ai eu à dévorer ton roman, alors même que ce n’est pas mon genre de prédilection. Clairement, tout lecteur de thriller, de page turner comme on dit, va y trouver son compte car la construction de l’intrigue ainsi que ses personnages attachants font que ce livre est impossible à lâcher.

Evidemment, on a affaire à un serial killer, du genre de la pire espèce, du genre à enlever les jeunes femmes, les enfermer dans des caves et à les torturer longuement … avant de les tuer et de prélever leur utérus. Ce tueur est aussi très intelligent et s’amuse à laisser des indices comme pour le chat joue avec la souris. Et il faudra de sacrés personnages pour arriver à deviner l’identité de ce grand malade.

D’un coté, nous avons Richard Granjon, un écrivain qui pond des romans sentimentaux et qui veut changer de registre. Son ami de toujours Max lui propose de l’héberger dans sa résidence secondaire, dans les environs de Lyon, pour qu’il ponde un thriller digne de son talent. Mais dès que Richard emmènage dans la maison, un message anonyme lui dit que Max est son prisonnier et qu’il devra écrire les scènes de meurtre qu’il lui envoie par mail.

De l’autre coté, Jacques Depierre, lieutenant de police, est chargé de l’enquête sur un tueur qui a déjà à son actif trois meurtres. Ce jour là, c’est le quatrième corps qu’ils retrouvent. Voyant bien qu’il n’y arrivera pas avec la petite équipe mise en place, il demande à son supérieur des renforts et se voit confier Jean Dunoir. S’ils arrivent à assembler les pièces du puzzle, leur enquête avance à grands pas quand ils s’intéressent à Second Life, un jeu en temps réel sur Internet où les joueurs peuvent s’inventer une vie virtuelle … et même plus.

Je dois être honnête : le thriller, le page-turner ou tout roman où il s’agit de poursuivre un serial killer n’est pas ma lecture de tout les jours. Pour autant, j’en lis parfois, j’en chronique quelques uns quand je passe un bon moment. Et pour le roman de Gilles, je dois dire qu’il y a des moments où, imperceptiblement, les phrases vous font monter le rythme cardiaque.

Certes, le fait de finir les chapitres par des phrases ouvertes se veut une des façons de retenir l’attention, mais moi, je n’aime pas ça. Par contre, l’alternance des chapitres d’un personnage à l’autre, les phrases courtes et les chapitres qui ne dépassent que très rarement les 3 pages font que ce roman se lit très rapidement et que j’ai pris plaisir à suivre l’enquête de Jacques et les horreurs de Richard. Il est d’ailleurs à noter que Gilles Caillot évite les scènes gore inutiles, ce qui n’est pas pour me déplaire.

L’auteur se permet tout de même de poser certaines questions sur les auteurs de romans gore, mais aussi sur leurs lecteurs. Et il nous détaille ces mondes virtuels où tout peut arriver, même le pire. Même si le genre du roman ne se veut pas un réquisitoire contre Second Life ou les autres de ce genre, il n’en est pas moins qu’il pose de vraies questions.

Et puis, j’ai avalé les 200 dernières pages sans pouvoir m’arrêter, emporté par le rythme de folie, vers une fin tout à fait inattendue. Alors, vous qui êtes un fan de tueurs en série, d’histoires glauques et d’énigmes impossibles à résoudre, sachez qu’à coté du nom de vos idoles (souvent américaines), il vous faudra ajouter celui de Gilles Caillot, un très bon faiseur d’histoires.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 17:57
L’échiquier d’Howard Gray de Florent Marotta (Rouge Sang)

Que voilà un premier roman alléchant, que voilà un polar attrayant. Même si on peut y trouver quelques défauts, L’échiquier d’Howard Gray est un roman dans lequel on prend plaisir à suivre les aventures de Gino Paradio.

Gino Paradio est un ancien flic, qui a vu ses parents exécutés et qui a été viré de la police peu de temps après. Il s’est donc reconverti en détective privé, ou du moins comme il aime se faire appeler : agent de recherche privé. Alors, il passe ses journées à contenter les maris cocus en suivant les femmes infidèles, mais il garde toujours au fond de lui cette rage : celle de retrouver les assassins de ses parents et de les faire payer, et en particulier de retrouver et de tuer Sentino.

C’est là que débarque Arthy, son ancien pote pour lui proposer une affaire. Depuis l’attentat à la bombe dans le métro à la station Bastille, Racheed Al’Wesan, Iranien de nationalité, fait office d’ennemi public numéro Un. Pour ce faire, Arthy lui fournit les dossiers et les photos disponibles. Gino commence par les taches rébarbatives, mais arrive vite dans une impasse … jusqu’à ce qu’il accepte un diner chez sa concierge.

Fabienne lui fait un menu dont elle a le secret et ils en viennent à parler de l’affaire Al’Wesan. En regardant les photos, elle note au second plan de l’une d’elles, un panneau indiquant l’A10. En suivant cette piste, Gino débarque à coté de Rambouillet, et il apprend que l’homme de la photo ressemble comme deux gouttes d’eau à Mourad Alhami. Aidé par son ami Wired, un craker informatique, il va se lancer dans une aventure qui va très vite le dépasser.

Et vous allez me dire : « Et Howard Gray, dans tout ça ? ». Eh bien, il va vous falloir attendre la moitié du bouquin pour savoir qui il est. Et pour comprendre tout le pourquoi de cette machination infernale, il vous faudra patienter jusqu’à la fin … encore que le dernier chapitre vous réservera un retournement de situation fort bien trouvé. Car l’une des grandes qualités de ce roman est bien la maitrise de l’intrigue.

Mais commençons par les personnages : j’étais au début dubitatif comme à chaque fois que je suis confronté à quelqu’un qui veut se faire justice lui-même. Et si on prend plaisir à suivre Gino, on n’est pas là pour éprouver de la sympathie pour lui. Si sa soif de vengeance le motive, l’auteur a plutôt tendance à en rajouter un peu trop, à mon gout. Par contre, les deux autres personnages sont plus convaincants et ne sont pas laissés de coté, faisant partie intégrante des événements.

En fait, le début du roman, où seul Gino est au centre de la scène, m’a paru longuet, bavard mais dès que les deux autres personnages entrent en scène, le rythme s’élève et le plaisir de suivre les événements est au rendez vous. Cela se voit d’ailleurs par la taille des chapitres qui passent de 40 à 20 pages. Bref, outre ce petit défaut, je dois dire que j’ai été épaté par le scenario, et surtout par la façon que Florent Marotta a de nous amener à la scène finale.

Et je peux vous dire que la scène à l’assemblée nationale vaut le coup, et rien que pour elle, ce roman vaut le coup d’être acheté. Quand on ajoute à cela, un dernier chapitre tout simplement renversant et bigrement bien trouvé, ce roman s’avère un bon divertissement voire plus. Cet auteur s’avère un très bon inventeur d’histoire, sachant à la fois maitriser ses personnages, sa narration, son intrigue et ses dialogues. Je vous le dis : on va en entendre parler de ce nouvel auteur. Retenez bien son nom : Florent Marotta.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 18:06
Le double portrait de George Pelecanos (Calmann-Levy)

Le dernier Pelecanos en date, Le double portrait, remet en selle ce personnage bien étrange et particulier que nous avions eu l’occasion de rencontrer dans Une balade dans la nuit. C’est une nouvelle occasion de se rendre compte, au travers de plusieurs intrigues emmêlées comment Pelecanos joue avec les codes, tout en détaillant la psychologie de Spero Lucas, son nouveau personnage récurrent.

Spero Lucas, d’origine grecque, est un vétéran de la guerre d’Irak. Mais il a trouvé le moyen de vivre de ses qualités qui sont de s’adapter à son environnement et de savoir s’entourer d’amis, sans pour autant oublier la famille. L’un de ses travaux est de faire l’enquêteur pour un avocat pénaliste qui, dès le début du roman, lui demande de faire le jour dans l’affaire Calvin Bates. Ce dernier est en effet accusé d’avoir assassiné sa maitresse. Alors que cela devrait être un crime passionnel, la voiture est retrouvée incendiée et on ne trouve aucune douille sur les lieux du crime.

Sa deuxième activité est de retrouver des objets précieux. Il demande en retour 40% de la valeur du bien. Alors qu’il va manger dans un restaurant de luxe, la serveuse lui parle d’une amie à elle, Grace Kinkaid. A la suite d’une aventure amoureuse malheureuse, on lui a dérobé un tableau d’une grande valeur sentimentale et vénale. Spero accepte l’affaire.

Tout cela ne serait ue du classique si, lors d’une soirée dans un bar, Spero ne tombait pas sur une femme splendide. Il lui offre un verre, elle lui laisse son numéro de téléphone. Elle s’appelle Amanda. Ils vont se retrouver, faire l’amour et Spero va tomber amoureux. Ce qui, pour un homme qui veut tout contrôler, va lui occasionner quelques déboires.

Si Une balade dans la nuit était un roman simple, se contentant de présenter Spero et ses qualités, celui-ci est plus complexe dans ses intrigues et va détailler la psychologie de ce personnage hors du commun. C’est un personnage complexe, marqué par la guerre et les meurtres qu’il y a commis. C’est un spécialiste de la débrouille, mais pas un MacGiver bis.

C’est un homme qui ne croit en rien, sauf en lui-même et en ses amis, sur lesquels il peut compter. Il montre une certaine assurance mais cherche à avoir le contrôle de sa vie. Alors, quand il tombe amoureux, il perd ses moyens et change de profil. Alors qu’il est plutôt solitaire de nature, il agit plutôt par instinct. En fait, Spero me fait penser à un animal, à un félin qui est libre de ses mouvements mais pour autant qui sait où chercher sa nourriture ou ses envies du moment.

Les intrigues se révèlent une fois de plus simples. Nous savons assez rapidement ce qui s’est passé dans le cas Calvin Bates, et nous avons rapidement affaire à un groupe ultra violent pour le vol de Grace Kinkaid. Mais, on sent poindre, dans le propos, la violence de la société américaine, et Spero se retrouve confronté à la même violence que ce qu’il a connu pendant la guerre.

Si pour autant, Pelecanos ne dénonce rien, il se veut surtout témoin de sa ville, Washington, et nous livre là un bon polar, avec ce style inimitable fait de petites descriptions qui vous immergent immédiatement dans un décor. Et tout le roman nous emmène vers un final, qui comme il se doit est explosif, très visuel et très violent. De l’adrénaline en poudre ! Alors, Lucas Spero, je t’attends pour ta prochaine affaire. Tes aventures sont un vrai plaisir de lecture.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 18:03
L’hexamètre de Quintilien de Elisa Vix (Rouergue Noir)

De Elisa Vix, j’ai lu La nuit de l’accident, un roman que j’ai bien aimé (et que je devrais chroniquer un de ces jours), et Rosa Mortalis qui m’a permis de faire connaissance avec son policier récurrent Thierry Sauvage. Ce roman est, comme La nuit de l’accident, un roman orphelin, un roman qui fait passer de fortes émotions. Le lieu unique de ce roman est un immeuble, et nous allons suivre l’intrigue à travers les témoignages des différents habitants. C’est donc un roman choral FORMIDABLE !

Dans un petit immeuble haut de quatre étages …

Lucie est journaliste free-lance, parce que free-lance, ça fait mieux que pigiste …

Pierre est médecin de nuit. Depuis la perte de sa femme, morte d’un cancer, il a des problèmes de conflits avec son fils adolescent Kevin …

Marco est gérant d’un Apple Store, c’est le playboy du coin …

Leila est une jeune mère qui doit élever ses deux enfants en bas âge, qu’elle a eu de deux pères différents …

Yanis, c’est le nom de l’enfant de Leila que les éboueurs retrouvent dans un sac poubelle, un sale matin. Il a reçu de violents coups à la tête.

Le commissaire Beethoven va enquêter sur ce meurtre.

Elisa Vix va tenter de répondre à cette question en utilisant l’hexamètre de Quintilien, qui est une série de questions qui doivent permettre à tout journaliste (et donc à nous même) de comprendre ce qui s’est passé. Les questions, au nombre de six sont : Qui ? Où ? Quoi ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

Ce roman est très fort, émotionnellement parlant. Parce qu’il touche une corde des plus sensibles (la mort d’un nourrisson), parce que le fait divers dont il est question est sordide (le corps est emballé dans un sac poubelle), parce que les personnages sont comme vous et moi. De Lucie qui cherche un sujet de reportage pour boucler ses fins de mois, de Pierre qui a du mal à concilier sa vie professionnelle et personnelle, de Kevin un adolescent qui a du mal à faire face à ses drames personnels, de Marco le dragueur sans vergogne, tous sonnent juste. Et même si Elisa Vix ne fait pas varier son style d’une personne à l’autre, elle écrit avec la simplicité des gens simples, communs. Et les faits qu’elle relate sont d’autant plus frappants.

Car le roman est fait de trois parties. La première relate à travers les yeux de chacun des protagonistes l’enquête relative à la découverte du petit corps. La commissaire Beethoven intervient peu, ponctuellement, mais malgré cela, cette partie se termine par une conclusion aberrante. La deuxième est plus calme, je dirai même que c’est le calme avant la tempête, puisque l’on y voit la vie des habitants de ce petit immeuble, les uns interagissant avec les autres, et on ne voit pas bien où l’auteure veut en venir. Mais c’était sans compter sur la conclusion et cette troisième partie terrible (et je pèse mes mots) qui vont en émouvoir et en horrifier plus d’un.

Vous l’avez compris, ce roman, bien qu’il possède une trame policière, un contexte de roman noir, s’avère un formidable roman choral dramatique, qui nous fait nous poser bien des questions après avoir tourné la dernière page dont celle-ci : Et nous, à leur place, qu’aurions nous fait ?

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 17:10
N’appelle pas à la maison de Carlos Zanon (Asphalte)

Alors que j’avais été peu convaincu par son précédent roman Soudain trop tard, je tenais à donner une nouvelle chance à Carlos Zanon. J’avais trouvé son précédent roman trop bavard, n’arrivant pas à me raccrocher à l’intrigue. Ce roman me réconcilie avec un auteur qui pourrait bien devenir un témoin de son pays, avec à la clé une intrigue faite de rebondissements pleins de créativité.

Quatrième de couverture :

Barcelone, de nos jours. Raquel, Cristian et Bruno vivent d’une arnaque dans laquelle ils excellent : ils font chanter les couples illégitimes. De l’argent facile, une organisation bien rôdée, menée de main de maître par Bruno, malgré quelques passages à tabac lorsque les choses dérapent.

Merche et Max sont amants. Elle est mariée, il est divorcé ; tous deux font partie de la classe moyenne catalane. Un jour, Cristian va repérer le couple et noter le numéro de plaque d’immatriculation de Max. L’engrenage diabolique est enclenché… mais rien ne va se passer comme prévu.

Deux mondes se côtoient dans ce roman où l’on croise une galerie de personnages marquants, durement touchés par la crise et par la vie.

Né à Barcelone en 1966, Carlos Zanón est poète, romancier, scénariste et critique littéraire. Soudain trop tard a remporté le prix Brigada 21 du meilleur premier roman noir en 2010. Ses livres ont été traduits et publiés aux États-Unis, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Mon avis :

Le début du roman m’a fait craindre le pire : je me retrouvais à nouveau avec des digressions qui me semblaient bavardes, et bien peu de choses pour me passionner. Puis Carlos Zanon installe ses personnages : d’un coté, nos trois comparses qui vivent sur le dos de couples infidèles. De l’autre, Max et Merche qui s’aiment mais qui doivent vivre leur amour caché.

Il y a dans ce roman une nonchalance, une lenteur qui permet de rentrer dans la psychologie des personnages. Et ça ne va pas être à coups de gros poncifs que Carlos Zanon va nous présenter les uns et les autres. En menant les histoires en parallèle, il appuie son discours par des dialogues remarquables, et par des remarques d’une simplicité mais aussi d’une justesse passionnante.

Et puis, il nous plonge dans la vie de Barcelone, mais pas du coté touristique. On y voit ces petites rues, sombres et inquiétantes, on va boire un coup dans ces petits bars, on visite ces petits hôtels miteux que l’on voit à peine. Et, au détour d’un croisement, un mendiant fait la manche. Un personnage nous raconte comment il a perdu travail, femme et fierté. Ces passages sont d’autant plus marquants qu’ils sont inattendus. A travers ce roman, et même si ce n’est pas le sujet du roman, Carlos Zanon se fait un témoin lucide de la chute de son pays, avec sensibilité et subtilité.

Et l’intrigue, même si elle est classique, va bien nous surprendre. On y retrouve une trame classique où les personnages vont se rencontrer vers la fin. Il y a une destinée inéluctable dans leur parcours qui rappelle les plus grands auteurs américains, mais avec le rythme et la nonchalance du sud. Mais ne croyez pas que cela est aussi simple : les deux derniers chapitres vont vous mettre KO. Car ils sont d’une noirceur et d’une cruauté que le reste du roman ne le laissait pas entrevoir. L’auteur fait preuve d’une originalité et d’une créativité qui font que ce roman restera difficilement oubliable. Et rien que pour ces retournements de situation, cette lecture vaut son pesant d’or.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 18:15
In fine de Stéphane Nolhart (Rouge Sang éditions)

Quatrième de couverture :

La Mort est dans notre imaginaire la seule inconnue dont nous ne pouvons refuser l’étreinte quand elle le désire. Mais que savons‑nous d’elle ? Rien ou presque.

Cette confession exclusive révèle au monde ce qu’aucun historien, ni chercheur, ni médecin n’a jamais pu dévoiler : la Mort a un nom ! Catule, de sexe masculin et fan des Beatles.

Catule la Mort déprime. Il se sent mal‑aimé par l’humanité, supplanté dans le cœur des hommes par la médecine et ses rêves grotesques de vie éternelle. Alors, la Mort décide de se mettre en grève et d’organiser une sensationnelle opération de communication planétaire pour instaurer un monde où il sera enfin reconnu d’utilité publique, adulé comme une Star.

« C’est la gloire, les lauriers et les applaudissements ou je débraye. »

Citation

Catule la Mort (Officiel) : « Mourir est la dernière chose à faire. Lol. »

Mon avis :

On démarre cette lecture sans trop savoir à quoi on a affaire. Et on se retrouve en face de Catule La Mort, une entité finalement très humaine qui en a marre d’être si mal considéré. Qu’on l’imagine homme ou femme, il (ou elle) demande une certaine forme de reconnaissance. Alors, pour faire entendre sa voix, elle décide de faire grève, un sport très national, qui va poser vite de nombreux problèmes.

Imaginez qu’à partir de 80 ans, plus personne ne puisse mourir. Cela créé ce que les media, qui adorent mettre des étiquettes idiotes sur tout ce qui bouge, une catégorie de gens que l’on va surnommer Les Immourables. Et quand les vieux ne meurent plus, cela créé une crise économique … entre autres.

Si le sujet et le début de ce roman peuvent étonner, je dois dire que, pour peu que l’on apprécie l’humour noir, ce roman est un régal, ne serait-ce que parce qu’il avance avec une logique incontournable. A partir d’un sujet original, l’auteur regarde tous les aspects de l’autre coté de la lorgnette. Et c’est un livre que ne renierait pas un Pierre Desproges, par exemple. Car le cynisme y côtoie joyeusement le burlesque voire l’absurde.

Et tous les pays y passent, des Etats Unis avec la faillite des fonds de pension ou l’extrême orient, toutes les religions passent au crible. Cela permet au roman de toucher tous les travers de notre société, gentiment mais avec un ton acerbe fort jouissif … pour peu que l’on aime l’humour noir. Ça tombe bien, j’aime ! Je vous garantis que quand Catule fait appel à Maître Vergès pour gérer sa communication, cela vaut son pesant de cacahuètes !

Pour obtenir ce morceau d’humour noir, c’est ici, sur le site de Rouge Sang

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 18:13
Le sang des morts de Gilles Vidal (Lokomodo-Asgaard)

Ce roman est l’occasion de faire connaissance avec un auteur que je ne connais pas du tout. Et pourtant, il a écrit plus de vingt romans. Pour vous donner mes impressions en quelques mots, je dirais : Accrochez vous !

Vernais est une station balnéaire bien tranquille … jusqu’à ce que plusieurs événements se déchainent et mettent à jour plusieurs horreurs.

Ce matin là, Félicien Faderne se lève comme d’habitude. Il vérifie que tout est en ordre dans son appartement. En sortant, il vérifie trois ou quatre fois que sa porte est bien fermée, et déboule dans la rue … quand on le fait rentrer de force dans une voiture.

Margot Farges est en train de boire son thé. Quelque chose ne va pas dans le paysage, quelque chose attire son regard : l’échelle de la piscine est sur la pelouse. Alors qu’elle se lève, elle aperçoit le corps d’un quinquagénaire noyé dans sa piscine.

Félicien Faderne se rend compte qu’il vient d’être kidnappé par une jeune femme Anne. Elle dit avoir fait cela pour son bien, pour le protéger.

Le lieutenant Stanislas Delorme est chargé de l’enquête du noyé. Il ne s’agit pas du mari de Margot qui est en voyage mais d’un inconnu qui vivait à l’écart de la ville : Serge Kinderf.

Je pourrais continuer ainsi en détaillant chaque chapitre. Car l’une des grandes qualités de ce roman est d’aller vite, en nous présentant des chapitres courts, dans un style épuré. Malgré cela, la psychologie des personnages (et ils sont nombreux) n’est pas laissée de coté : Gilles Vidal a ce talent de nous brosser en un ou deux paragraphes une personne, son passé, son vécu et le pourquoi de cette présence dans cette histoire.

Car des personnages, on va en voir passer à foison, car en plus de ceux que j’ai présentés, il y a aussi les deux fils du noyé, mais aussi Frank, le mari de Margot, le commissaire Vignes qui privilégie son image aux résultats, deux mystérieux russes qui écument la région, sans compter les seconds rôles ou même cette maison isolée qui regorge de cadavres découpés ou enterrés.

Cette efficacité est un vrai régal, cette forme une vraie réussite quand on arrive à passer d’un personnage à l’autre avec tant de facilité, quand à chaque chapitre, l’auteur nous gratifie d’un rebondissement tout en imagination et créativité et quand on est avide de continuer pour essayer de dénouer toute cette pelote de laine bien inextricable.

Et je peux vous dire que ce roman est du pur divertissement haut de gamme. Tout s’y déroule avec logique, les personnages évoluent indépendamment les uns des autres, et nous suivons la vie de cette petite ville grâce à la fluidité du style et à ce plaisir de se faire mener par le bout du nez. Car le dénouement de ces labyrinthes ne verront le jour que dans les dernières pages. D’ailleurs, l’auteur nous réserve dans la dernière page un dernier retournement de situation. Du pur plaisir, je vous dis !

Une dernière chose : ne vous arrêtez pas au titre qui peut paraitre gore à souhait. Il est tiré d’une phrase du livre : « le sang des morts coule toujours dans les veines de ceux qui leur ont survécus. » Ni sur la couverture qui peut vous sembler glauque. On a bien affaire ici à du polar divertissant haut de gamme, où vous trouverez peu de traces de sang inutiles.

N’hésitez pas à aller lire l’avis de l’ami Claude, de l’oncle Paul ainsi que le petit mot de l’auteur sur l’excellent site Livresque du noir.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 17:57
Trafiquante de Eva Maria Staal (Editions du Masque)

Indéniablement, si vous cherchez un roman noir original, ce roman est fait pour vous. Original autant dans son sujet que dans sn traitement. Et pourtant, j’avais beaucoup de réserves quant à ce roman, pour une seule raison : je n’aime pas quand on dit que c’est inspiré d’une histoire vraie. Pour moi, la littérature doit rester le royaume de l’imagination … mais ce n’est que mon avis.

Bref, à ce moment de mon billet, je devrais vous faire un résumé des premières pages pour que vous ayez une idée du sujet. Sachez que j’en suis incapable, et que donc, en fin de billet, je vous mettrai la quatrième de couverture, qui est remarquablement bien faite. Sachez aussi que pour faire court, ce roman raconte la vie d’une jeune femme qui a été trafiquante d’armes pour le compte d’un Chinois, Jimmy Liu.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman, mais je pense que c’était surtout lié à mes aprioris que je vous ai cités ci-dessus. Parce que, une fois rentré dedans, on a plutôt affaire avec une histoire autant impressionnante que détestable. Et c’est surtout la forme qui m’a semblé la plus choquante. Sachez enfin, que les chapitres alternent entre passé et présent, entre Eva Maria trafiquante d’armes et Eva Maria mère de famille, mais que tous les chapitres sont écrits au présent.

Et c’est bien là que cela fait le plus mal : ce refus de prendre de la distance dans ce que l’auteure écrit. Que cela soit dans les différents marchés qu’elle réalise en extrême orient, au Pakistan, ou en Tchétchénie, la narration nous plonge dans un autre monde, celui de l’horreur dans ce qu’elle a de plus terrible, car on a droit à des scènes terribles qui montrent les ravages des armes, sans que Eva Maria Staal ne montre une once de sentiment. Que cela soit aussi, quelque dix années plus tard, dans sa vie de mère de famille, on retrouve ce manque d’émotions et ce style sec, direct et brutal qui est aussi choquant que les pires scènes d’horreur du chapitre précédent.

C’est dans cette alternance, dans cette absence de vie, dans ce refus de descriptions pour laisser la plus grande part à l’imagination, que le roman devient le plus terrible, que ce roman frappe le plus fort le lecteur. Indéniablement, ce roman peut dérouter certains lecteurs, mais pour son voyage dans la psychologie d’une personne qui n’a rien à perdre, il en vaut le coup rien que pour l’originalité de son traitement. C’est un roman qui ne vous laissera ni indifférent, ni indemne.

Ne ratez pas en tous cas, l’avis des Unwalkers sur le sujet

Quatrième de couverture :

Il y a dix ans, Eva Maria gardait toujours une arme dans son sac à main. Un cadeau de Jimmy Liu, son patron, marchand d’armes fantasque d’origine chinoise ayant un faible un peu trop prononcé pour les jeunes escort-boys.

Islamabad, Pékin, Karachi: l’improbable duo parcourt le monde pour conclure des contrats de plusieurs millions de dollars. Leurs interlocuteurs: seigneurs de guerre sans pitié et chefs d’État corrompus.

Rattrapée par sa mauvaise conscience après une mission qui tourne mal, Eva Maria décide de raccrocher et se réfugie dans une vie paisible, sans armes mais avec mari, maison et bébé. Dix ans plus tard, le souvenir de son ancienne vie revient la hanter. À travers ses réminiscences, Eva Maria nous entraîne alors dans les turpitudes de son passé, l’occasion pour elle de se livrer à un véritable travail d’introspection et à une profonde réflexion sur le monde qui l’entoure.

Eva Maria Staal est le pseudonyme d’une auteur néerlandaise à succès qui a travaillé dans la vente d’armes pendant plus de quinze ans. Elle contribue régulièrement au magazine Dutch Monthly, ainsi qu’à d’autres publications.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article
18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 18:07
Le cimetière des chimères de Elena Piacentini (Au-delà du raisonnable)

Pour que vous lisiez ce roman, je n’ai pas trouvé d’autre argument que celui-ci : Le cimetière des chimères est tout simplement le meilleur roman policier que j’ai lu ces dix dernières années, avec Guerre sale de Dominique Sylvain. Je pense que cela devrait vous suffire. Si j’ajoute que ce roman a obtenu le Prix Calibre 47 au Festival Polar'Encontre en 2014, ainsi que le prix Soleil Noir 2014 de Vaison La Romaine., cela devrait vous décider

1989. deux jeunes adolescentes Nathalie et Milutka sont inséparables. Même si ce n’est pas encore de l’amour, elles passent toutes leurs journées ensemble, comme deux sœurs jumelles. Quand un programme immobilier projette d’expulser les parents de l’une d’elles, elles décident de fouiller dans les vieux papiers d’une des personnes impliquées dans ce qui ressemble à une rentable affaire immobilière … pour leur plus grand malheur.

2009, Lille. Lors de l’enterrement d’un renommé chef d’entreprise qui s’est suicidé, des coups de feu éclatent. Hervé Podzinsky, célèbre journaliste du cru, en fait les frais. Si celui-ci est surtout connu pour ses photographies, on peut décemment se demander si les personnes visées n’étaient pas plutôt ceux qui assistaient à l’enterrement.

Être à la tête de la Police Judiciaire de Lille quand on est corse n’est pas forcément facile. Mais Pierre-Arsène Leoni a réussi à faire effacer les aprioris. Il habite chez sa grand-mère Mémé Angèle, noue une relation avec la médecin légiste, et est très respecté dans son service. Leoni s’intéresse tout de suite aux pontes qui ont assisté à l’enterrement, dont Vincent Stevenaert, qui est à la tête d’une importante société immobilière, ou bien l’un des grands pontes de la franc-maçonnerie André Kaas.

Surpris, épaté, emballé, passionné par ce roman. Du début à la fin, j’ai été emporté par la narration d’Elena Piacentini, d’une fluidité rare, ses personnages si humains, et son intrigue, ou devrais je dire ses intrigues qui s’entremêlent pour mieux nous embrouiller, et nous mener vers une fin inéluctable. L’auteure utilise un procédé bien connu d’alterner les chapitres d’un personnage à l’autre, et on n’est jamais perdu. Elle se permet même d’insérer des chapitres sur ce qui s’est passé vingt ans plus tôt pour suivre la destinée des deux jeunes filles.

Et de destinée, je devrais parler de funeste destin. Car comme Elena Piacentini nous fait adhérer à ses personnages, c’est d’autant plus dur pour le lecteur de subir certains passages. Et pour le coup, on a droit à de belles bandes de salauds, qui abusant de jeunes gens, qui montant des affaires juteuses sur le dos des subventions d’état, qui poignardant ses propres soutiens, ses propres amis pour le seul attrait du fric. Et tout ce petit monde ne vivant que pour son petit profit est prêt à vendre père et mère pour assouvir son besoin. Ces portraits ne font que remonter l’estime que l’on peut avoir envers Leoni et autres petites gens, qui dans ce roman ne peuvent être que les victimes.

Mais ce roman ne serait qu’un excellent roman policier s’il ne sortait très largement du lot par son style, formidablement littéraire. Et, à la lecture de ce roman, je peux vous dire que Elena Piacentini nous a concocté une superbe œuvre littéraire. Ses expressions, son choix des descriptions, ses dialogues, tout est finement fait, si parfaitement agencé que parfois on ne s’en rend pas compte, et parfois, on relit une phrase pour sa subtile poésie. Je n’oublierai pas les expressions humoristiques typiquement corses de Mémé Angèle et qui permettent d’ajouter de l’humour au propos très noir.

Vous l’aurez compris, c’est à un formidable roman policier auquel je vous invite, écrit de façon magnifique, et dont le propos ne peut qu’interpeler. Tout dans le propos, dans la forme, dans le fond, y est parfaitement maitrisé. Bravo Madame Piacentini, vous avez écrit un superbe roman policier.

Ce roman a reçu un coup de cœur chez l’ami Claude. Ne ratez pas aussi la superbe interview d'Elena Piacentini chez l’ami Concierge Masqué.

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2014
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Pierre Faverolle
  • Le blog de Pierre Faverolle
  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
  • Contact

Sur ma table de nuit ...

Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

http://blacknovel1.wordpress.com/

   

Recherche

Archives

Catégories