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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 19:03
Du vide plein les yeux de Jeremie Guez (La Tengo)

Voici donc le dernier tome de la trilogie consacrée à Paris, signé Jeremie Guez, après le formidable Paris la nuit et l’excellent Balancé dans les cordes, fort justement récompensé par le prix Polar SNCF. Encore une fois, ce roman fait mouche.

Idir, jeune trentenaire kabyle, sort de prison, après y avoir passé six mois pour coups et blessures. Reconverti en détective privé, son quotidien est fait de filatures pour des maris jaloux ou des femmes en plein doute. Personnage central du roman, puisque c’est écrit à la première personne, c’est un impulsif, capable de périodes de calme et d’accès de fureur, mais il est aussi un tendre sous sa carapace : parfois, sans prévenir, il se met à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Mais il annonce que c’est une maladie, la maladie de la tendresse, de la solitude, du mal être, la maladie d’une vie de copains en essayant de tenir à distance sa famille, ses racines que son père lui rappelle sans cesse.

Idir est contacté par Oscar Crumley, le fils héritier de la richissime famille Crumley, pour retrouver son frère, Thibaut qui a disparu depuis quelques mois. Si personne ne s’inquiète de sa disparition, Idir retrouve des cassettes où Thibaut parle de sa vie, de son mal-être, de la difficulté à être accepté en tant qu’homosexuel. Juste après, Eric, le père de Thomas son meilleur ami lui demande de retrouver sa voiture, une AUDI R8 toutes options qui coute une fortune et qu’on lui a volé en braquant son chauffeur. Evidemment, les apprences sont trompeuses et les péripéties nombreuses pour ce détective amateur.

Changement de registre pour ce troisième roman, changement de ton, changement d’ambiance, et quelle réussite ! Là où les précédents romans mettaient au centre de l’intrigue la ville lumière, avec des massages d’un lyrisme flamboyant, Du vide plein les yeux se concentre sur son personnage, et Paris devient le décor noir de ce polar en forme d’hommage, hommage à tous les grands écrivains qui ont bâti ce genre que nous aimons tant.

D’une intrigue simple au départ, de rencontres en rencontres, Jérémie Guez complexifie son histoire avec un personnage complexe, solitaire qui est poussé par la curiosité. C’est aussi un personnage pas forcément doué, un travailleur de l’ombre dont la vie est faite de sorties avec les potes, de services donnés rendus, de réunions avec la famille qui se passent mal car il gâche ces moments par des accès de colère, peut-être pour montrer qu’il est un adulte, avec les responsabilités qui vont avec.

Ce roman, c’est aussi le roman de la maturité, à travers son personnage plus mature et qui veut construire sa vie, mais aussi dans le style, plus direct, plus franc, avec des dialogues formidables qui en disent long sur la psychologie des personnages. Clairement, Jérémie Guez a densifié son intrigue, pour donner plus de densité, plus d’importance aux personnages. Ce changement, s’il peut étonner certains habitués des précédents romans, va surtout leur démontrer que Jérémie Guez est un grand auteur, et qu’il est à l’aise dans tous les domaines. A son âge, on s’incline.

Une nouvelle fois, je suis époustouflé, une nouvelle fois je suis ébahi, une nouvelle fois je suis étonné du talent, de la facilité et de la simplicité que montre ce roman. Il démontre si ce n’était pas le cas encore que cet auteur est à lire, car il a la capacité à vous emmener où il veut, en alliant à la fois l’intrigue et le style, sans en avoir l’air. Bienvenue dans l’ère du roman noir moderne, brutal et lucide, dramatique et réaliste ! Bienvenue chez Jérémie Guez !

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013
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commentaires

Jeanmi 19/11/2013 18:07

La seule invraisemblance dans ce livre est qu'avec un casier judiciaire on ne peut avoir une licence d'enquêteur privé...

Pierre FAVEROLLE 19/11/2013 20:45

Pour te rassurer, il n'a pas de licence, il s'improvise détective. C'est plus drole ! mais c'est surtout un roman noir à lire.
A bientôt

gridou 18/11/2013 18:28

Je suis contente de voir d'autres avis positifs. Je me demandais si j'avais aimé parce que je suis une groupie et que j'adore tout ce que j'ai lu de lui ou si c'était vraiment un bon cru aussi...Effectivement, moi aussi, j'ai senti plus de maturité et un progrès dans l'écriture et le développement de l'intrigue

Pierre FAVEROLLE 18/11/2013 20:29

Ne reste plus qu'à attendre le prochain !

La Petite Souris 17/11/2013 22:37

ah ben fallait que ca nous arrive tient ! on se téléscope ! ca nous pendait au coin du nez depuis le temps qu'on se tourne autour avec nos lectures ! Bon au moins nous avons adoré tous les deux ce dernier opus !! Et oui Jérémie gagne en maturité, sa plume se patine, j'ai tellement hâte de le voir explorer de nouveaux horizons !!!!!

Pierre FAVEROLLE 18/11/2013 20:29

Oui, j'ai vu ça. On commence à en parler un peu partout, donc c'est génial de voir éclore un auteur, nous qui avons été les premiers à le découvrir ... enfin surtout toi ! Amitiés

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