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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 19:39

Le dernier deboutLes éditions du Lamantin m’ont proposé de lire un roman de leur nouvelle collection consacrée au roman noir, et qui s’appelle, avec beaucoup d’humour, Le lamantin des profondeurs. Evidemment, c’est aussi l’occasion de découvrir un nouvel auteur, et c’est un roman que j’ai trouvé attachant pour des raisons personnelles dont je vais vous parler.

25 novembre 1989 : Le match de rugby France – Nouvelle Zélande bat son plein. Le score est serré, les deux équipes se rendent coup pour coup. Quand Marin Malvie contre un dégagement Black et récupère le ballon ovale. Il court vers la zone promise avec pour seul obstacle l’arrière de l’équipe adverse, qu’il arrive à éliminer. Au moment de plaquer le ballon dans l’en-but, un néo-zélandais le propulse en touche, lui déboîtant l’épaule. Marin est sorti sur civière et aperçoit dans les tribunes son frère, Malo, qu’il croit mort depuis 15 ans.

Marin Malvie est un jeune homme qui, malgré de nombreux drames familiaux, a réussi à se construire un mental de combattant. Son grand père a connu la déportation lors de la seconde guerre mondiale, son père était résistant. Son frère meurt par noyade lors d’une sortie en mer en 1974 et ses parents disparaissent tragiquement dans un accident de voiture juste trois semaines après. Contre l’avis de sa famille, il a mené seul ses études de journalisme pour devenir aujourd’hui journaliste indépendant et joueur de rugby international.

L’apparition de son frère va bouleverser la petite vie bien rangée de Marin, batie autour de Sophie sa femme et Marie sa fille. Il va mettre entre parenthèse sa vie professionnelle et ses entraînements de rugby pour répondre à la question qui va l’obséder : retrouver son frère, qu’il croit mort depuis 15 ans. D’ailleurs, il trouve dans les tribunes, à la place où son frère était assis, un prospectus de vente aux enchères de livres d’Antoine Artaud, le poète préféré de son frère.

Un homme trône en haut des tribunes du Parc des Princes vides, regardant Marin récupérer le prospectus. Il s’appelle Antoine Bévilaqua, dit Le bœuf. Il est tueur professionnel depuis plus de 40 ans au Chenil. Le chenil, c’est le surnom « affectif » donné à un service occulte de la cinquième république, dont la fonction est d’executer les basses œuvres du gouvernement. Le Bœuf est à la poursuite de Malo, suivre Marin est une chance inespérée de réussir sa mission.

J’ai beaucoup de tendresse pour ce roman, pour une raison toute personnelle : il se déroule dans le quartier où j’ai grandi, à une époque où j’y habitais. Ce petit quartier si calme du 9ème arrondissement, situé entre Pigalle et Barbès est un des personnages principaux de ce roman pour moi. Cela m’a replongé dans un moment de nostalgie et je remercie l’auteur pour cela.

Et Marc Zuber a dessinés quelques beaux personnages. Par son sens du détail, autant sur leur passé que sur leur psychologie, on a droit à un duel à distance entre le bon (Marin) et le méchant (Le Bœuf). La structure est classique, passant d’un personnage à l’autre, agrémenté de personnages secondaires qui sont plutôt au second plan. Et la force de ce roman, c’est de nous tenir en haleine pendant cette chasse au fantôme, nous rappelant par moments le spectre de Malo.

Marin et Le Bœuf sont deux obsédés, lancés à cœur perdu dans une quête de l’impossible ou du moins de l’improbable. Marin trouve un objectif lié aux liens du sang, qui devient un challenge pour lui qui réussit tout. Le Bœuf y voit une dernière affaire pour un homme qui n’a jamais rien raté. C’est l’histoire du gibier, suivi par le chasseur suivi par le chasseur. Et s’il y a relativement peu d’actions, on suit avec plaisir la dérive de ces personnages à travers leurs joies, leurs doutes, leurs espérances, leurs amours, leurs haines.

Le gros atout de ce livre, c’est son style. Car dès le début, on voit que Marc Zuber est à classer dans les littéraires. Les phrases sont bien construites, les situations décrites dans le détail, les personnages ont un vécu détaillé et une psychologie fouillée. Si vous cherchez un roman rapide à lire, avec des phrases courtes, ce n’est pas le bon livre pour vous. De même, il y a peu de dialogues, la priorité étant donnée aux états d’âme et aux sensations.

C’est aussi le petit reproche que je ferai à ce livre. Son style fait de belles comparaisons, de digressions, de grandes descriptions m’a parfois fait sortir de l’intrigue. Je suis resté ébahi par certaines phrases, certains paragraphes, tellement bien écrits que j’en oubliais l’histoire. De même, parfois, cela a tendance à étouffer les émotions (sauf quelques moments forts), j’ai clairement ressenti la retenue d’un auteur qui écrit son premier roman.

Mais ce ne sont que de petits reproches face à un roman qui se lit tout seul, face à un premier roman qui en appellera sûrement d’autres. Ni roman policier, ni roman d’action, ni course poursuite, ni roman d’espionnage, ce roman nous propose une belle histoire de famille ancré dans l’histoire contemporaine et restera pour moi un agréable voyage dans le quartier de mon passé. Merci M. Marc Zuber !

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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commentaires

Richard 22/10/2010 13:44


Un lecteur québécois qui fréquente les bons blogues comme le tien ... doit posséder une patience à tout crin...
Ces bons bouquins sont parfois publiés trois ou quatre mois plus tard ... quand, souvent, il ne traverse même pas l'Atlantique !!!
Et voilà, j'ai exprimé la souffrance du lecteur de polars du Québec ... Alors, un peu de compassion !!! (hi hi hi !!!)
Bonne lecture ...


Pierre faverolle 22/10/2010 17:36



Salut Richard, d'un autre coté, nous n'avons pas beaucoup accès aux livres de chez vous !


1-1 balle au centre


Bonne lecture, bon week end at à bientôt



Marc Zuber 21/10/2010 18:37


C'est plutôt moi qui doit vous remercier M. Faverolle...


Pierre faverolle 21/10/2010 20:53



Merci à vous de m'adresser ce petit message. Comme à chaque fois, j'essaie d'être honnête. Je ne cherche pas à faire plaisir aux uns ou aux autres. Et en général, je suis de nature optimiste.
Votre livre m'a fait revivre le quartier de mon enfance, et un petit moment de nostalgie, c'est forcément important. En discutant de votre livre (que j'ai déja prêté) à un ami, je me suis demandé
si vous étiez capable de prendre le lecteur à revers et de faire un bouquin totalement différent ... dans le style. En tous cas, je serai là pour votre prochain opus.


Merci encore, au travail, et à bientot



Paul Maugendre 21/10/2010 12:01


Bonjour et encore un livre à placer en haut de ma PAL.
Arriverai-je un jour à tout lire ?
Amicalement
Paul


Pierre faverolle 21/10/2010 13:43



Salut Paul,


En fait, c'est une vengeance pour tous ceux que tu me fais acheter ! Bien fait ! Bonne lecture !


A bientot



Lystig 20/10/2010 23:13


je note...


Pierre faverolle 21/10/2010 06:25



Bonne lecture alors et à bientot



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