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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 20:30

SerenaAprès le formidable Un pied au paradis, il m’était difficile de ne pas lire son dernier roman en date. Serena s’avère une histoire ambitieuse, décrivant l’Amérique des campagnes en pleine crise économique des années 30.

Nous sommes dans les années 30, juste après la grande crise économique. Pemberton est un riche et puissant exploitant forestier, à la tête de plusieurs bûcherons qui abattent des arbres pour les chemins de fer. Il n’est pas particulièrement attaché à cette région, car quand ils auront fini ces forêts, il s’en ira ailleurs abattre une autre forêt. La crise économique est un avantage pour lui : elle lui permet de payer ses ouvriers au minimum et de les virer comme bon lui semble.

Il vient de se marier avec Serena, une jeune femme extrêmement belle. Elle s’avère aussi très mystérieuse car personne ne connaît son passé, on ne sait d’elle que ce qu’elle veut bien raconter et les quelques légendes qui circulent sur son nom. Elle est très autoritaire, et démontre de grandes compétences dans plusieurs domaines comme les arbres, les animaux; c’est ainsi qu’elle acquiert le respect des hommes de Pemberton, malgré son attitude dure et implacable.

Avant de se marier avec Serena, Pemberton a vécu brièvement avec Rachel Harmon, une jeune femme de 17 ans qui est la fille d’un de ses ouvriers. Rachel est enceinte de Pemberton, mais il la renie allant même jusqu’à tuer Harmon. Rachel va mettre au monde et élever Jacob, avant de revenir travailler au camp à la cantine. Mais Pemberton ne sera plus jamais attiré par une autre femme que Serena.

L’exploitation de Pemberton est en difficulté depuis que l’état a décidé de créer un parc national. L’état décide donc d’exproprier les propriétaires terriens ou de leur racheter à bas prix leurs terres. Mis Pemberton ne vendra pas à moins qu’il ne fasse un substantiel bénéfice. Pemberton va employer tous les moyens qu’il a à sa disposition pour éviter la perte de ses forêts.

Serena est un roman impressionnant par son sujet et son traitement. Ron Rash s’affirme comme l’auteur des campagnes américaines, en créant des personnages incroyablement forts. J’avoue avoir eu un peu de mal au début, car il nous plonge dans les années 30, sans introduction, sans description particulière des lieux, des gens. Une fois dépassé les 50 premières pages, on a placé les personnages, l’action est là et on se délecte de cette histoire d’hommes. 

Histoire d’hommes car même les femmes sont dures comme le roc. Serena est une femme mystérieuse, belle, intelligente et sans pitié, animée d’une haine farouche quand il s’agit de s’en prendre au petit Jacob et à sa mère. Il y a Pemberton, un homme implacable comme devaient l’être les propriétaires de l’époque, cherchant tous les moyens possibles pour s’enrichir, mais c’est aussi un homme tiraillé par l’amour paternel qu’il porte envers son fils naturel. Et puis, il y a Rachel, la seule présence féminine et humaine de ce livre, sans famille depuis l’assassinat de son père par Pemberton, obligée de travailler de longues journées pour élever son enfant, qu’elle aurait tant aimé détester, mais c’est impossible pour une mère.

C’est donc à un grand voyage dans le temps auquel Ron Rash nous convie, avec toutes les qualités qu’il nous avait montré dans Un pied au paradis, ces descriptions au plus juste, ces dialogues avec le parlé des pauvres gens, avec une distance dans la narration pour ne pas prendre parti. Et ne venez pas y chercher des chapitres courts avec des phrases hachées. C’est primitif comme les motivations ancestrales de l’homme, sauvage comme la nature sans pitié, violent comme les pires tréfonds de l’âme humaine, brutal comme la vie, comme la mort. Serena est un sacré roman.

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Published by Pierre faverolle - dans 2011
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Le Bouquineur 22/02/2013 19:49

l y a de l’antique dans ce roman. Une sorte de tragédie grecque, avec ce groupe de bûcherons revenant régulièrement dans le texte, commentant les faits et gestes des Pemberton ou les ellipses de la
narration, comme le ferait un chœur dans les tragédies d’Eschyle ou Sophocle. La mort omniprésente s’abat sur les hommes, qu’elle soit d’origine accidentelle dans des accidents du travail ou causée
par la volonté démoniaque dela sulfureuse Serena, qui parcourt le roman à cheval sur son cheval blanc avec un aigle dressé au poing. Mais Ron Rash est aussi un moderne, son roman est une
dénonciation et un cri de désespoir contre les déforestations massives qui laissent les terres mortes, un crime contre l’humanité.

Pierre faverolle 22/02/2013 20:57



Bonjour Bouquineur, je te remercie d'apporter à la fois ces précisions et ton ressenti sur cette lecture qui est prenante, très noire et inhumaine. L'homme qui détruit la nature à son profit,
c'est probablement l'un des messages forts de ce livre biblique comme tu le dis.


A bientôt



La Ruelle Bleue 10/01/2011 15:02


Je l'ai dévoré ce week-end ; j'ai écrit mon article ce matin qui paraîtra d'ici quelques jours et je suis bien d'accord avec toi : un grand voyage !


Pierre faverolle 10/01/2011 16:22



J'attends ton article avec impatience. A bientôt



Oncle Paul 10/01/2011 14:20


Bonjour
Je viens de terminer Un pied au Paradis, époustouflant ! Donc je suis prêt à m'investier dans Séréna, mais j'ai d'autres lectures programmées en attendant
Amicalement,


Pierre faverolle 10/01/2011 16:23



Heureux que tu fasses partie des adeptes (avant de parler de fan). Pour son deuxième roman, il fait fort. S'il continue comme cela, il va devenir un très grand.


A bientôt



Dominique 10/01/2011 07:26


Sacré auteur apparemment, votre billet donne envie de sauter sur le livre vite vite


Pierre faverolle 10/01/2011 10:11



Ce n'est que son deuxième roman, et c'en est d'autant plus impressionnant. Avec ces qualités et ce rythme, il va devenir incontournable. C'est un des livres à lire en ce début 2011, parmi tant
d'autres ...


A bientôt



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