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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 18:51
Oldies : Nu dans le jardin d’Eden de Harry Crews (Sonatine)

Attention coup de cœur, gros coup de cœur ! Moi qui n’ai jamais lu de roman de Harry Crews, me voilà bien servi, avec cette publication inédite en français, un roman qui n’est pas forcément facile à appréhender mais qui recèle pour celui qui le lira des sources inépuisées et inépuisables de réflexion. Un grand merci donc à Sonatine pour avoir découvert cet inédit. Et si vous cherchez des romans de cet auteur à lire, allez donc du coté de chez Jean Marc qui nous en conseille pas mal.

L’auteur :

Après une enfance marquée par les conditions de vie difficiles dans le Sud rural et de graves problèmes de santé, Harry Crews s’engage à 17 ans dans le corps des Marines, où il passera trois années. Il intègre ensuite l’université de Floride pour des études d’anglais, qu’il interrompt en 1956 pour une virée de 18 mois en moto à travers les États-Unis. Il exercera jusqu’en 1997 comme enseignant d’anglais dans plusieurs écoles et universités de Floride.

Harry Crews, qui décide de devenir écrivain quand il découvre la littérature lors de son service dans les Marines, devra attendre 1968 pour voir son premier ouvrage publié (The Gospel Singer). Il publie ensuite régulièrement des romans, nouvelles, articles et reportages (notamment pour les magazines Playboy et Esquire dont il fut un contributeur régulier). Le récit de son enfance en Géorgie A Childhood : The Biography of a Place est considéré par l’écrivain James Crumley comme «peut-être le meilleur livre de la littérature américaine contemporaine».

Les romans de Harry Crews, caractérisés par un ton nerveux et ironique, plongent leurs racines autant dans le genre Redneck que dans le roman noir et la littérature gothique. Peuplés de paumés, de monstres, de désespérés, ils forment une fresque grotesque et saisissante sur le thème de l’Amérique profonde.

Crews apparaît au cinéma dans le film de Sean Penn, The Indian Runner, dans le rôle de M. Baker. Son roman The Hawk is Dying est adapté en film par Julian Goldberger sous le titre Dressé pour vivre en 2006.

Harry Crews s'éteint en 2012 à l'âge de 76 ans.

(Source Wikipedia)

Oldies : Nu dans le jardin d’Eden de Harry Crews (Sonatine)

Quatrième de couverture :

Garden Hills a connu des jours heureux. À l’époque où Jack O’Boylan, un magnat de l’industrie, a fait construire le village au fond d’une mine de phosphate qu’il a découverte et exploitée. Travail assuré, salaire, sécurité. Puis, les hommes de Jack ont quitté la place. Le créateur a abandonné sa création, la mine a fermé, les habitants ont déserté le village.

Seules une douzaine de familles ont résisté, constituant une véritable cour des Miracles qui vit aujourd’hui encore dans l’espoir du retour de Jack O’Boylan. Le village pourrait néanmoins renaître seul de ses cendres grâce à Fat Man, qui a hérité de son père, propriétaire des terrains avant la construction de la mine, une incroyable fortune. Mais personne n’attend plus rien de lui : Fat Man est un obèse qui passe son temps reclus dans sa maison à ingérer d’énormes quantités de nourriture en ignorant le monde extérieur. Reste Dolly, une ancienne reine de beauté, dont le souhait le plus ardent est de convertir Garden Hills à la modernité, c’est-à-dire au tourisme et à la débauche. Rapports de forces, manigances amoureuses et sexuelles, trahisons et machinations ... Dolly ne lésinera sur rien pour abattre les vieilles idoles et mener son projet à bien.

Quelque part entre Samuel Beckett et Jim Thompson, Harry Crews nous offre avec l’histoire de ces marginaux perdus dans une ville fantôme une interprétation saisissante de la Chute originelle. On trouve dans ce roman, le deuxième de l’écrivain, publié aux États-Unis en 1969 et jusqu’ici inédit en France, la noirceur, l’humour et la compassion qui ont fait le succès de Body, Car ou encore La Foire aux serpents.

Mon avis :

Quel choc ! Vous en connaissez beaucoup des romans où vous vous arrêtez sur des phrases pour la relire plusieurs fois tant elle est évocatrice ? Cela peut vous arriver une fois dans un roman, oui ! Mais quand c’est à toutes les pages, quand à chaque fois, une image s’impose à votre regard, d’une évidence rare, vous savez que vous tenez là un roman hors du commun. Je ne veux même pas parler de chef d’œuvre, mot que je n’emploie jamais, mais de grand, d’immense roman. Peu importe que l’on parle de polar ou de roman noir, Nu dans le jardin d’Eden est un grand roman.

Harry Crews nous décrit une ville imaginaire perdue au milieu du désert. Jack O’Boylan a construit cette ville en croyant trouver du phosphate et, par dépit, il est parti. Son fils, Fat Man, 280kg au compteur vit sur une colline qui surplombe la ville. Il fait vivre cette ville de douze familles et ne sort jamais de chez lui. Tout le monde espère le retour de Jack O’Boylan, mais a-t-il seulement existé ?

J’ai déjà parlé du style, mais je peux aussi parler des thèmes abordés. Toutes ces petites gens courent après un espoir, une idée du bonheur, et se laissent emporter dans les rêves de Dolly d’amener les touristes à Garden Hills avec des attractions futiles. Quand on lit ce roman, on pense à En attendant Godot de Samuel Beckett mais aussi à n’importe quelle ville d’aujourd’hui, dévastée par la crise qui essaie de survivre par le tourisme. Mais au-delà de ça, on peut y voir une peinture de la société moderne, avec ses strates, ses différences, ses aspirations, son avenir. Un roman visionnaire !

Si vous n’êtes pas encore convaincu par ce que je viens d’écrire, sachez que le dernier chapitre est le meilleur et le plus beau chapitre que j’aie jamais lu, qu’il me reste encore en mémoire, qu’il a hanté plusieurs de mes nuits jusqu’à m’en faire faire des cauchemars. Enfin, ne ratez pas les avis de Claude et de Jean Marc, ce dernier nous donnant des titres de cet auteur parmi ceux qu’il a préférés. Bref, si je devais donner un adjectif à ce roman, ce serait : Magnifique, extraordinaire, visionnaire, biblique, coup de cœur !

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013 Oldies
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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 18:22
Les guetteurs des Ian Rankin (Editions du Masque)

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman de Ian Rankin, l’auteur qui a immortalisé John Rebus. Depuis qu’il a mis son inspecteur fétiche entre parenthèses, il nous offre un nouveau personnage Malcolm Fox.

En Ecosse, la police des polices s’appelle le service des Plaintes. Malcom Fox est inspecteur dans ce service. On a pu le rencontrer dans Plaintes, paru l’année dernière aux Editions du Masque. C’est un homme solitaire, qui ne boit pas et qui a une vie tranquille, si ce n’est son père qui est à l’hôpital, ce qui fait qu’il doit gérer les reproches de sa sœur qui trouve qu’il ne passe pas assez de temps au chevet paternel.

Il débarque à Kirkcaldy, petit port proche d’Edimbourg, pour enquêter sur Paul Carter, un flic soupçonné d’avoir abusé de Teresa une prostituée pendant son service. Abus de position. Mais ce qui est bizarre, c’est que c’est son oncle qui l’a dénoncé. Peu après, l’oncle est retrouvé suicidé ou assassiné. L’affaire pourrait s’avérer simple mais d’autres meurtres vont suivre … Des papiers que Fox va retrouver chez les Carter vont lui donner des pistes vers des groupes révolutionnaires indépendantistes des années 70-80. Et cette affaire qui semblait si simple au départ va se révéler le début d’un secret qui n’a pas été ébruité depuis plus de 30 ans.

N’ayant pas lu la première enquête de Malcolm Fox, j’ai été très agréablement surpris de la façon dont l’auteur nous emporte dans cette ville, nous fait côtoyer les personnages. Il faut dire que Ian Rankin n’est pas n’importe qui, et que l’on sent du savoir faire. Car, avec un point de départ simple, il nous plonge dans les plus sombres heures de l’histoire contemporaine écossaise, à savoir les terroristes indépendantistes écossais, qui ont rêvé dans les années 70 faire comme leurs cousins irlandais, avec les mêmes moyens violents.

Si Ian Rankin ne nous assomme pas de descriptions ni de psychologies à outrance, je dois dire que c’est un roman policier costaud qui avance surtout grâce à ses dialogues fort bien faits … mais très longs. J’ai été surpris par cela car je ne me rappelais pas que les précédents romans de Rankin étaient écrits avec autant de dialogues.

C’est donc un roman qui se lit avec un grand plaisir, qui s’avale goulument, et qui montre que les jeunes révolutionnaires d’antan se révèlent aujourd’hui d’impitoyables nababs qui ont bien profité du capitalisme libéral, celui là même qu’ils combattaient alors. Et si le fond du sujet arrive bien tard dans le roman, ce qui peut donner l’impression que Rankin effleure son sujet plutôt que le traiter réellement, il n’empêche que le message frappe d’autant plus fort. Et si vous croyez que ce que je viens de dire vient de vous révéler le nom des auteurs des meurtres, c'est que vous ne connaissez pas Ian Rankin. Alors, lisez le donc !

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013
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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 18:58
Mauvaise étoile de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après son dernier roman Les anges de New York que je n’avais pas aimé, il me tardait de lire ce roman, car je suis et je reste un grand fan de cet auteur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a affaire à un changement radical, et dans le fond et la forme. Mauvaise étoile est un pur thriller passionnant.

Ils sont deux frères, deux demi frères par leur mère Carole Kempner, qui les a eu de deux pères différents. L’ainé Elliott "Digger" Danziger a toujours aidé et protégé son cadet d’un peu plus d’un an Clarence "Clay" Luckman, surtout après la mort de leur mère. Elle a été tuée par leur père et Elliott va assister au meurtre. Ils vont ensuite passer d’orphelinats en maisons de correction jusqu’à l’adolescence. Digger a toujours été le bagarreur, le maillon fort des deux enfants, alors que Clay est celui qui est plus fragile mais aussi le plus réfléchi.

Earl Sheridan est un psychopathe qui est en route pour son exécution. En route, le mauvais temps les oblige à faire une pause dans la maison de correction à Hesperia dans laquelle les deux frères sont enfermés. Earl arrive à s’enfuir en les prenant en otage. Commence alors une fuite éperdue sur les routes des Etats-Unis où Earl va élever Digger et où Clay va réussir à s’enfuir et rejoindre l’Eldorado, ce nom porteur de tous les espoirs.

On n’a pas le temps de reprendre son souffle pendant ce roman, tant on rentre rapidement dans le vif du sujet dès les premières pages pour suivre cette course effrénée vers nulle part, en suivant trois groupes séparés. D’un coté Earl et Digger qui vont perpétrer des meurtres dans le seul but d’avoir de l’argent pour poursuivre leur route sanglante. De l’autre, Clay et une jeune fille rencontrée en chemin qui essayent d’échapper à leur destin. En parallèle, Franck Cassidy, un simple flic essaie de comprendre qui est le tueur et qui va être leur prochaine victime.

On peut réellement parler d’un virage dans l’œuvre de Roger Jon Ellory, tant cet auteur ne nous a pas habitués à tant de noirceur et tant de violences dans ses précédents livres. Le style si littéraire et hypnotique fait place ici à plus d’efficacité, et on prend les phrases en pleine gueule. Les personnages qu’il nous montre sont tous des gens nés sous la mauvaise étoile, qui n’ont aucun espoir dans la vie si ce n’est celle d’essayer de survivre. Et la morale de cette histoire est que quand on nait du mauvais coté de la barrière, il y a bien peu de possibilités de s’en sortir.

Ce livre montre aussi toute la démesure des Etats-Unis, pays qui exerce une véritable fascination auprès de l’auteur, aussi bien par ses paysages gigantesques que sa violence incroyable, engendrant des monstres errant sans but sur les routes interminables qui parcourent les contrées infinies.

Si le parcours de Digger entaché de meurtres plus sanglants les uns que les autres m’a paru un peu répétitif, si la réflexion sur la maitrise du destin de chacun est probablement un des thèmes que l’auteur a voulu ébaucher, j’ai trouvé tout de même certains passages répétitifs et quelques longueurs. Il n’en reste pas moins que la tension est constante, que le stress monte au fur et à mesure des pages et que j’ai trouvé ce roman un très bon thriller qui culmine dans un final hallucinant, même si le chapitre final en forme de happy-end ne me parait pas forcément utile.

Vous l’aurez compris, je suis heureux de ce nouveau roman, car je l’ai trouvé bien plus passionnant que son précédent, et même si je le trouve inégal et un peu long, il n’en reste pas moins que je garderai longtemps en mémoire certaines scènes et ces personnages perdus aussi bien dans leur vie qu’au milieu de ces espaces gigantesques.

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 19:53
Chronique virtuelle : Chiennes fidèles de William Exbrayat (Storylab)

C’est un premier roman, donc ça m’intéresse. Voici donc le polar de William Exbrayat, au nom connu et dont il va falloir retenir le prénom à présent. Chiennes fidèles nous propose un pur divertissement au programme.

L’auteur :

Williams est né en 1975, dans le 26. Il passe une enfance tranquille dans le 07, puis fait des études en Histoire, dans le 38. Après un rapide séjour dans le 64, il s’installe dans le 31, où il officie comme dompteur de livres, en milieu scientifique. Outre un goût immodéré pour les numéros de département, il écrit aussi des histoires à usage récréatif.

Quatrième de couverture :

Ex-flic à la morale discutable et aux pratiques expéditives, Maddog est devenu détective privé. Il lui arrive même de s'offrir quelques à-côtés juteux à la limite de la légalité.

Sa principale faiblesse : son goût pour les femmes. Lorsque la vénéneuse Dora le plaque, il se rend compte que sa dernière combine était peut-être celle de trop…

Chiennes fidèles, polar efficace et à l’humour caustique, est le premier livre de Williams Exbrayat.

Mon avis :

Maddog tient une agence de détectives privés (Flair Investigations) avec son pote Danny. Il est amoureux d’une femme trop belle pour lui. Sauf qu’elle a disparu avec ses affaires mais aussi avec l’urne funéraire de sa chienne Sally. Ce ne serait pas grave s’il n’y avait à l’intérieur de ladite urne une carte électronique comportant des documents lui servant à faire un chantage auprès d’un personnage douteux et dangereux. Et voilà notre Maddog prêt à partir à la recherche de son urne.

Le fait que j’accroche ou non à un polar est surtout lié aux premières phrases et à la

Personnalité des personnages. Et dès que l’on commence Chiennes fidèles, le ton est vif, rapide et humoristique. On ne se prend pas au sérieux et comme le roman est court, cela va vite, très vite. C’est aussi le but de la maison d’édition Storylab qui propose des romans courts pouvant se lire en une heure maximum.

Alors ça va vite, très vite et l’humour y est pour beaucoup dans le plaisir que l’on ressent à la lecture. D’ailleurs, j’y ai retrouvé toute la joie que j’avais éprouvée avec les romans d’Olivier Gay. Ce roman est donc du pur divertissement, c’est bien écrit, bien fait, et on s’amuse beaucoup, de quoi passer un très bon moment. On se dit juste à la fin, que l’on attend quelque chose de plus long, de plus consistant mais on attend la suite avec impatience.

Vous trouverez les informations qu'il vous faut sur ce roman à 2,90€ ici

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 19:23
Et si Notre Dame la nuit de Catherine Bessonart (Editions de l’Aube)

Lauréate du prix « POLAR » 2013 du Meilleur Roman Francophone de Cognac pour son premier roman Et si Notre-Dame la nuit..., Catherine Bessonart voit son roman mis en lumière, et c’est amplement mérité.

Dans un Paris qui s’embourbe dans un hiver rigoureux, en cette fin du mois d’octobre, une affaire bien étrange va surprendre les habitants et la police : On vient de décapiter neuf statues de Notre Dame. Cela ne pourrait être qu’une affaire de collectionneur d’art, mais un clochard peintre retrouve bientôt le corps d’une femme non identifiée, décapité lui aussi. Seul un tatouage peut éventuellement servir de piste.

Chrétien Bompard, commissaire au 36 quai des Orfèvres, va être chargé de l’affaire. Lui qui a un prénom à tendance religieuse, se dit mécréant, tendance bouddhiste, et vient de décider d’arrêter de fumer. Séparé de sa femme, il va mener son équipe, formée par Machnel et Grenelle, lors de cette enquête fort mystérieuse. Alors que les corps vont s’accumuler, le commissaire Bompard va se rendre compte qu’il est plus impliqué qu’il ne le voudrait, et l’enquête va se transformer en course contre la montre.

A raconter les premières pages de ce roman comme ça, on pourrait penser que c’est un roman policier de plus, un bon roman d’enquête dans le Paris insolite des amateurs d’art. ERREUR ! Ce roman est formidable, car il repose sur un personnage de commissaire hors norme et dont les pensées nous décrivent sa psychologie. Car s’il est compétent et intelligent, il a un coté gaffeur qui le rend sympathique. A travers de nombreuses réflexions humoristiques, Chrétien Bompard nous montre un monde décalé avec une vision loufoque qui nous tire d’incessants sourires.

Avec son équipe de bras cassés qui a du mal à avancer tant que le chef ne leur a pas dit où ils devaient chercher, on avance dans une intrigue qui, petit à petit, s’avère complexe et profondément ancrée dans le passé. Et autant la première partie du livre est humoristique, autant la deuxième devient stressante quand Bompard est personnellement touché par l’assassin. Jusqu’à un dénouement que l’on aura du mal à deviner.

Ce premier roman est remarquablement maitrisé et m’a fait penser aux premiers romans de Carlo Lucarelli. Avec cet opus, Catherine Bessonart a écrit un formidable premier roman, avec un vrai ton original plein d’humour, costaud dans son intrigue avec un personnage rigolo et attachant. Et quand on lit sur la couverture que c’est la première enquête de Chrétien Bompard, je piaffe d’impatience et de plaisir à l’idée de suivre ce personnage fort sympathique.

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 19:03
Du vide plein les yeux de Jeremie Guez (La Tengo)

Voici donc le dernier tome de la trilogie consacrée à Paris, signé Jeremie Guez, après le formidable Paris la nuit et l’excellent Balancé dans les cordes, fort justement récompensé par le prix Polar SNCF. Encore une fois, ce roman fait mouche.

Idir, jeune trentenaire kabyle, sort de prison, après y avoir passé six mois pour coups et blessures. Reconverti en détective privé, son quotidien est fait de filatures pour des maris jaloux ou des femmes en plein doute. Personnage central du roman, puisque c’est écrit à la première personne, c’est un impulsif, capable de périodes de calme et d’accès de fureur, mais il est aussi un tendre sous sa carapace : parfois, sans prévenir, il se met à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Mais il annonce que c’est une maladie, la maladie de la tendresse, de la solitude, du mal être, la maladie d’une vie de copains en essayant de tenir à distance sa famille, ses racines que son père lui rappelle sans cesse.

Idir est contacté par Oscar Crumley, le fils héritier de la richissime famille Crumley, pour retrouver son frère, Thibaut qui a disparu depuis quelques mois. Si personne ne s’inquiète de sa disparition, Idir retrouve des cassettes où Thibaut parle de sa vie, de son mal-être, de la difficulté à être accepté en tant qu’homosexuel. Juste après, Eric, le père de Thomas son meilleur ami lui demande de retrouver sa voiture, une AUDI R8 toutes options qui coute une fortune et qu’on lui a volé en braquant son chauffeur. Evidemment, les apprences sont trompeuses et les péripéties nombreuses pour ce détective amateur.

Changement de registre pour ce troisième roman, changement de ton, changement d’ambiance, et quelle réussite ! Là où les précédents romans mettaient au centre de l’intrigue la ville lumière, avec des massages d’un lyrisme flamboyant, Du vide plein les yeux se concentre sur son personnage, et Paris devient le décor noir de ce polar en forme d’hommage, hommage à tous les grands écrivains qui ont bâti ce genre que nous aimons tant.

D’une intrigue simple au départ, de rencontres en rencontres, Jérémie Guez complexifie son histoire avec un personnage complexe, solitaire qui est poussé par la curiosité. C’est aussi un personnage pas forcément doué, un travailleur de l’ombre dont la vie est faite de sorties avec les potes, de services donnés rendus, de réunions avec la famille qui se passent mal car il gâche ces moments par des accès de colère, peut-être pour montrer qu’il est un adulte, avec les responsabilités qui vont avec.

Ce roman, c’est aussi le roman de la maturité, à travers son personnage plus mature et qui veut construire sa vie, mais aussi dans le style, plus direct, plus franc, avec des dialogues formidables qui en disent long sur la psychologie des personnages. Clairement, Jérémie Guez a densifié son intrigue, pour donner plus de densité, plus d’importance aux personnages. Ce changement, s’il peut étonner certains habitués des précédents romans, va surtout leur démontrer que Jérémie Guez est un grand auteur, et qu’il est à l’aise dans tous les domaines. A son âge, on s’incline.

Une nouvelle fois, je suis époustouflé, une nouvelle fois je suis ébahi, une nouvelle fois je suis étonné du talent, de la facilité et de la simplicité que montre ce roman. Il démontre si ce n’était pas le cas encore que cet auteur est à lire, car il a la capacité à vous emmener où il veut, en alliant à la fois l’intrigue et le style, sans en avoir l’air. Bienvenue dans l’ère du roman noir moderne, brutal et lucide, dramatique et réaliste ! Bienvenue chez Jérémie Guez !

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013
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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 18:28

Il semble que cela soit à la mode d’éditer de courts romans, dotés d’une centaine de pages. Pour l’éditeur c’est l’occasion d’offrir une offre alternative, pour le client c’est une possibilité de découvrir un auteur à moindre cout … quoique. Pour l’auteur, c’est en tous cas un exercice extrêmement difficile, se situant entre le roman et la nouvelle. Voici donc deux romans qui valent le coup d’être lus.

Des novellas

Rouge ballast de Jean Paul Le Chevère (éditions des ragosses) :

C’est un village perdu au milieu de nulle part, traversé par une unique voie de chemin de fer, et écrasé par les odeurs de mort qui émanent de l’abattoir. Gabrielle qui veut qu’on l’appelle Gaby est une jeune adolescente qui va au collège et doit s’occuper de ses deux jeunes frères Djezon et Jirès.

Son père Bruno travaille à l’abattoir puisque c’est la seule entreprise encore ouverte dans le coin et il s’est mis en ménage avec Louise puisque la mère de Gaby est morte. Ce qui inquiète Gaby, c’est la disparition de Mathilde, c’est la dernière en date à « avoir pris le train ». Selon les ragots du coin, plusieurs jeunes femmes se sont jetées du haut du pont qui passe sur la voie ferrée. Suicide ou meurtre ?

C’est un très court roman qui a la chance d’être vendu relativement peu cher : 10 euros pour 100 pages. Voici un roman narré par Gaby, avec son franc parler, son vocabulaire de jeune femme. Gaby nous raconte sa petite vie, les voisins, les histoires, les ragots. Finalement, elle rêve d’ailleurs, d’un ailleurs qu’elle ne connait pas mais elle n’est pas malheureuse.

Avec un style qui s’adapte à son sujet, l’auteur nous fait ressentir le désespoir ou plutôt le manque d’espoir de ces familles bloquées dans un village dont ils ne sortiront pas. Ce roman s’avère un bon roman noir que l’on lira plus pour sa performance dans sa création du langage adolescent que pour son intrigue simpliste. Un roman tout en ambiance, assez pesant mais agréable à lire, qui m’a donné l’impression d’avoir vécu dans ce village horrible.

Des novellas

Tu n’as jamais été vraiment là de Jonathan Ames (Editions Joelle Losfeld)

Joe est un ancien Marines, ancien du FBI, qui est retourné chez sa mère après avoir pêté un plomb lors d’une enquête difficile. Depuis, il travaille pour McCleary, qui lui trouve des missions à remplir. Il passe par l’épicier pour recevoir des messages, cela permet de rassurer sa paranoïa et d’éviter que l’on sache où il habite.

Ce matin là, McCleary lui demande d’aller voir le sénateur Votto. Sa femme vient de se suicider et sa fille a disparue. Il vient de recevoir un SMS lui donnant l’adresse où elle est détenue. Joe achète donc un marteau, son arme de prédilection et se rend à l’adresse indiquée. Mais les apparences sont trompeuses …

Voilà un livre coup de poing qui ne tourne pas autour du pot et qui va droit au but. En presque cent pages, Jonathan Ames nous brosse le portrait d’un homme qui aurait aimé se suicider, qui est une arme vivante que rien ne retient à la vie. Le style se colle parfaitement à l’action, et la traduction de Jean Paul Gratias est impressionnante tant elle parvient à nous retranscrire toute la noirceur du texte et la volonté de l’auteur d’écrire un roman dur, noir, violent et direct.

Quand on lit ce livre, il vaut mieux se préparer à recevoir des coups car les phrases sont toutes très visuelles et l’intrigue simple est faite de flashes comme autant de coups de marteau. Et si l’on peut regretter le prix un peu élevé (12,90€), c’est une lecture qui impressionne et qui restera longtemps dans ma mémoire. D’ailleurs, dans la rue, je me retourne au cas où je sois suivi par un homme portant un marteau …

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 18:53
Le poil de la bête de Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

J’avais raté ses deux premières parutions en France, à savoir Requins d’eau douce et le onzième pion, malgré le bien que j’en ai lu ici ou là, sur l’humour loufoque et déjanté qui fusent au travers des pages. Voici donc mon rendez vous avec cet auteur autrichien à l’univers si particulier.

Anna Gemini est une belle blonde discrète, mère célibataire, devenue tueuse à gages pour assurer une vie un peu plus confortable à son fils Carl, adolescent handicapé dont elle ne se sépare jamais. Anna s’impose deux principes en guise de morale : elle part toujours en mission avec son fils, et ses victimes doivent s’acquitter elles-mêmes du prix de leur élimination.

Au cours d’une rencontre pour le moins étrange et amusante, elle fait la connaissance d’un employé de bureau, fonctionnaire dans un service qui n’a plus de travail. A moitié agent secret, à moitié truand à la petite semaine, Kurt Smolek, autrichien de son état va lui servir d’intermédiaire et lui trouver les contrats à remplir. La seule mission qu’Anna va accomplir sans Smolek est l’assassinat d’un diplomate norvégien pour le compte de sa femme.

Il s’appelle Markus Cheng et il est détective privé. Il incarne le flegme viennois avec un physique de Chinois, et ne se sépare jamais de son chien Oreillard incontinent. Cheng a perdu sa femme et un bras au cours d’une enquête précédente. Il va se retrouver à enquêter sur le meurtre de ce diplomate autrichien.

Tous ces personnages vont se rencontrer, chercher, courir, deviser sur la vie, leur vie et ce qui les entoure. Dire que ce roman est particulier est un euphémisme. Car si on peut penser à un roman policier, il s’agit plutôt d’un roman qui n’appartient à aucun genre mais qui en créé un à lui tout seul : celui de roman philosophique policier humoristique cynique bizarroïde intelligent.

A la façon d’un Samuel Beckett, qui dans En attendant Godot nous décrit deux personnages qui attendent un événement (l’arrivée de Dieu) qui n’interviendra jamais, Heinrich Steinfest prend trois ou quatre personnages principaux et les fait aller d’un endroit à l’autre, courant à la recherche d’un secret qu’ils ne trouveront jamais (la recette de l’eau de Cologne) pour mieux regarder par le bout de la lorgnette le monde actuel et en profiter pour deviser sur l’homme dans le monde et son inutilité, cela avec un cynisme de fort bon aloi.

Je vous livre d’ailleurs la citation écrite en quatrième de couverture pour vous faire une idée : « C’est triste à dire mais en Autriche, il faut toujours que les nazis se montrent pour qu’il se passe un peu quelque chose. »

Je me rappelle en terminale que nous avions lu en classe Le château de Franz Kafka. J’avais adoré ce roman, et j’avais été le seul dans la classe à trouver cela un formidable roman d’humour absurde. C’est exactement le cas pour ce roman : J’y ai trouvé du Desprosges pour le coté absurde, du Pierre Dac pour l’humour de certains dialogues, du John Irving dans les scènes à plusieurs personnages. Mais j’ai surtout pensé à Franz kafka pour la similitude du sujet et sa façon froide et désintéressée d’analyser la société et ses contemporains. Je dois vous prévenir que la lecture n’est pas aisée, qu’il faut parfois s’accrocher mais le résultat est à la hauteur : c’est de la grande littérature gentiment loufoque.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 18:20
Lignes de feu de Jeffery Deaver (Editions des deux terres)

Comme je le dis, j’aime alterner mes lectures avec des thrillers américains, tels que ceux de James Patterson par exemple. Cette lecture m’a permis de découvrir un nouvel auteur puisque je n’avais jamais lu de roman de Jeffery Deaver.

Un attentat a eu lieu à Manhattan dans la sous station MH10 : elle s’est mise en défaut et un problème informatique n’a pas permis de délester le réseau. Une explosion a suivi faisant dans un bus tout proche de nombreuses victimes. Tous les organismes de sécurité des Etats-Unis sont sur les dents, et la NSA découvre dans des écoutes la possibilité que cet attentat soit fomenté par un groupuscule dont le nom commence par Justice pour …

Evidemment, on fait appel à Lincoln Rhyme, enquêteur paraplégique, qui est sur une autre affaire, la traque d’un tueur à gages nommé L’Horloger que personne n’a réussi à identifier et arrêter. Comme on le soupçonne d’être au Mexique, Lincoln va s’occuper de cette affaire d’attentat. D’autant plus que de nouveaux attentats vont survenir et que la situation va entrer rapidement dans une situation critique.

Je dois dire que j’ai été agréablement surpris par ce roman, qui nous explique comment l’alimentation électrique est gérée, et que tout repose sur l’enquête de Lincoln Rhyme. Ce n’est pas facile de rendre passionnante une enquête réalisée par un enquêteur paraplégique, et il faut savoir qu’il est aidé par Amelia Sachs, sa moitié, qui va sur le terrain avec une camera miniature placée sur son front.

Et là, tout le talent de l’auteur prend sa dimension, décrivant les discussions à distance entre Lincoln et Amelia, avec un style forcément très détaillé comme pour nous montrer ce qu’il voit de son lit. Et c’est redoutablement efficace car cela permet de ne montrer que ce que l’auteur veut nous montrer et que les zones d’ombre font monter la tension lors de la lecture.

Si le rythme est forcément lent, plutôt axé sur le raisonnement de Lincoln, ce n’est pas pour autant un roman sans stress et surtout passionnant et très bien écrit. Rappelez-vous un film qui s’appelait Bone collector ou Le désosseur avec Denzel Washington dans le rôle principal, il faisait monter la tension par des effets de caméra minutieusement choisis. Ce roman, avec un sujet qui nous montre notre dépendance à l’énergie, est construit sur ce principe, et c’est redoutablement efficace. A l’approche des fêtes de Noel, les amateurs de thriller savent quoi mettre sur leur liste de souhaits.

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 18:55
Haut le chœur de Gaëlle Perrin-Guillet (Rouge Sang)

Ce thriller se situe un peu en marge de mes lectures, au sens où je lis rarement de romans sur les serial-killers. Mais cela faisait longtemps que j’espérais un roman où on poursuivrait un tueur sur le territoire français. Gaëlle Perrin-Guillet prend toutes les recettes que les Anglo-saxons maitrisent sur le bout des doigts mais y apporte sa petite touche. Au final, ce roman est une franche réussite, puisqu’il m’aura suffi de deux petits jours pour avaler ses 275 pages.

Chambéry, de nos jours. Alix Flament n’arrive décidément pas à mettre la dernière touche à son article, sur un homme politique embringué dans une affaire de mœurs. Jusqu’au moment où le téléphone retentit. Au bout du fil, Eloane Frezet … qui vient de s’échapper de sa prison en simulant un malaise.

Elle fut une grande journaliste des affaires criminelles retentissantes jusqu’à ce qu’il y a six ans, sa vie bascule dans l’horreur avec le cas Eloane Frezet, la pire serial killer que la France ait connu. Elle avait à l’époque interviewé la tueuse, en avait tiré un livre d’entretiens qui était sorti juste au moment où Eloane demandait sa libération pour bonne conduite. Celle-ci fut refusée et Eloane jura de se venger.

L’ambulance sensée emmener Eloane à l’hôpital est retrouvée sur le bord de la route. A son bord, tous les passagers sont morts égorgés, et Eloane manque à l’appel. Le lieutenant de police Ruiz, aidé de la journaliste et d’une profileuse vont entamer une course poursuite pour éviter que le carnage ne recommence.

Ce roman est conçu comme une course poursuite, donc le mot d’ordre est la célérité de l’intrigue. On n’a effectivement pas le temps de prendre son souffle, ça va à une rapidité folle, surtout grâce au style franc et direct de l’auteure. Je dois dire que j’ai beaucoup aimé sa façon d’écrire qui allie l’efficacité à des dialogues qui vont au plus juste, qui sonnent vrais. J’ai été aussi très surpris de sa facilité à faire agir plusieurs personnages, entre Alix, Eloane, Ruiz et Camille, même si les personnages qui sont au premier plan sont Alix et Ruiz.

L’autre chose que j’ai adoré, ce sont les extraits du roman que Alix a écrit sur ses entretiens avec Eloane, qui sont d’une justesse folle, à tel point que l’on a réellement l’impression d’assister à cette joute entre deux personnages se livrant un duel. J’ai pris un énorme plaisir à lire ce roman, qui vient titiller les anglo-saxons sur leur terrain tout en ayant sa propre identité. A noter aussi qu’il n’y a aucune scène sanguinolente !

Je me permettrai juste de faire deux ou trois remarques : la première, c’est que le roman est court car ça se lit vite, et du coup, on regrette qu’il n’y ait pas quelques dizaines de pages de plus. Ensuite, les personnages mériteraient un peu plus de profondeur, surtout les seconds rôles. Enfin, l’intrigue est simple, et cela ne peut laisser augurer que du meilleur pour le futur. Vivement le prochain !

Ce livre existe en format papier et numérique. Toutes les informations sont à aller chercher sur le site de Rouge Sang éditions

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