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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 18:14

Réseau d'étatVoici une des dernières productions de chez Jigal, sortie en même temps que le dernier Philippe Georget. Autant dire que la concurrence est dure, mais on devrait plutôt dire que c’est un sacré parrainage.

Ça commence comme une course poursuite mystérieuse. Un paisible retraité (en fait, on apprendra plus tard qu’il est cinquantenaire) s’éloigne du village du Doubs où il habite pour rejoindre son potager. Il vient surveiller ses salades, écarter les limaces voraces. Il n’a pas vu la Clio qui le suit, avec à l’intérieur deux hommes patibulaires (mais presque).

Lorsqu’ils sortent de leur voiture et leur flingue, il les tue d’une adroite prise de karaté (ou d’un autre art martial, vous savez, moi, je n’y connais rien !). Puis il se rue dans sa grange, entend des convois de gendarmes qui débarquent, s’enfuit par un tunnel avant de faire exploser sa grange et une grande partie du village. Il s’appelle la cible.

Mariono est conseiller du Président. Il a pour mission de séduire Lou, une journaliste très en vue (et pour cause, elle est belle, très belle). Mais cela tourne vite en eau de boudin, alors que le restaurant est du genre luxueux. C’est surtout à cause de cet appel sur son portable qui lui annonce que l’opération qu’il a commanditée vient d’échouer. La course poursuite contre celui que l’on accuse de terrorisme ne fait que commencer.

L’entête du livre a semé le doute en moi : « Ce livre est une fiction, inspirée par des faits et des personnages bien réels ». Car l’intrigue va montrer comment, un homme jadis embringué dans un groupuscule trotskiste va devenir la cible des plus hautes instances de l’état uniquement pour la raison qu’il aurait des documents compromettants impliquant le président à la veille de sa réélection.

Nous avons droit donc à des portraits hauts en couleurs, le plus souvent décrits avec dérision tant ils semblent dérisoires, souvent humoristiques à la limite du ridicule. Les membres de ce groupuscule ont renié leurs idées, leurs convictions pour devenir des pontes de notre société actuelle. Et tous lui tournent le dos, par peur ou soumission envers un président omniprésent et autoritaire. Ça vous rappelle quelqu’un ? ça tombe bien, le roman se passe en 2012.

La plume est sèche, certains personnages sont mieux dessinés que d’autres mais c’est pour mieux laisser la place à la vitesse, à l’action, à la vitesse. C’est aussi la raison pour laquelle ce roman est si court avec ses 180 pages. Nul doute que les portraits sont réalistes, tristement réalistes mais le ton est plutôt drole, ou du moins c’est comme ça que je l’ai ressenti.

Cela en fait un roman entre roman noir, roman politique, roman humoristique, roman grave. Un bon roman que l’on a de toutes façon plaisir à lire et qui nous laisse avec plein de questions sans réponses : ce roman a été inspiré par des faits réels ? Fichtre !

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 18:23

Triple crossingCe roman m’a été fortement conseillé par Coco, alors, du coup j’en profite pour passer un message personnel : merci pour tes conseils, merci pour les bouquins que tu me donnes et merci pour m’avoir poussé à lire cet excellent roman.

Ils sont deux, deux hommes, chacun d’un coté de la frontière américano-mexicaine. Le premier s’appelle Valentin Pescatore, d’origine italienne, et travaille dans la police frontalière étatsunienne ; le deuxième s’appelle Mendez, flic mexicain incorruptible, à la tête du groupe Diogène, sorte d’équipe de terrain qui lutte contre le trafic de drogue. Entre les deux, la superbe Isabel Puente, agente américaine, va se servir d’eux et tirer les ficelles de cette histoire.

Le rôle de la police frontalière est de récupérer tous les migrants illégaux qui passent la frontière. De plus en plus Valentin récupère des AQM (Autres Que Mexicains), ce qui lui occasionne plus de paperasse. Alors que ses collègues profitent de la détresse de ces gens pour laisser libre cours à leurs instincts bestiaux, Valentin est un gentil, pris d’empathie envers ces gens qui espèrent sortir de leur misère. Alors qu’il course Pulpo, un passeur, il passe la frontière ce qui passe pour un acte illégal.

Mendez va interroger valentin et souhaite l’inculper, car il pense que Valentin est un pourri qui cache son jeu. Isabel Puente va récupérer Valentin et l’obliger à infiltrer le gang de son chef Garrison, soupçonné d’être en affaire avec les gangs qui détiennent le trafic de la Triple Frontière (Brésil, Paraguay, Argentine).

Quoi ? Triple crossing est un premier roman ? Alors, permettez-moi de tirer mon chapeau à Sebastian Rotella. Car vous trouverez ici de quoi vous passionner du début à la fin de ce livre, dont le seul reproche que je pourrais faire (si c’en est un) est parfois son coté enquête et investigation qui prend le pas sur la fiction. Mais sans doute est-ce du au métier de l’auteur, car il est journaliste et nous dévoile une connaissance aussi étonnante qu’ébouriffante sur les cartels de la drogue et la situation effarante des trafics de la drogue à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et leurs conséquences jusqu’au plus haut point des états.

La construction est efficace et connue : passer d’un personnage à l’autre à chaque chapitre. Et c’est d’autant plus prenant que cela nous permet de voir les deux cotés de la frontière : d’un coté, la police mexicaine embourbée dans ses problèmes de corruption généralisée (voire plus), de l’autre l’organisation sans faille des narcotrafiquants du plus bas de l’échelle jusqu’aux plus hautes instances dirigeantes. La loi n’a plus voix au chapitre, c’est juste « tu te soumets ou tu meurs ». Les scènes d’assassinat sont d’ailleurs un autre des points forts de ce roman, arrivant sans prévenir, décrite succinctement pour avoir plus d’impact.

Alors, certes, ce roman n’a pas le souffle épique de La griffe du chien de Don Winslow, ou les envolées lyriques de Tijuana Straits de Kem Nunn. Mais le coté reportage ne peut que nous faire froid dans le dos, et les personnages sont bien attachants. Et puis, n’oublions pas que c’est un premier roman, et en cela, c’est un roman à ne pas rater, c’est bien plus efficace et mieux fait qu’un reportage d’Envoyé Spécial.

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 18:18

Ligne de tirLorsque j’avais lu Surhumain, j’avais pressenti la patte d’un auteur qu’il fallait suivre. De la composition des personnages jusqu’aux situations très cinématographiques, il y avait des promesses pour l’avenir. Voici le deuxième bébé de Thierry Brun, plus grand, plus complet, plus ambitieux.

Difficile de trouver un personnage central dans ce roman, car on a droit à une pléiade de vies, qui se suivent, se pourchassent, se traquent, se rencontrent et s’entrechoquent. Le commissaire Fratier est celui qui va déclencher le cataclysme. Depuis la mort du parrain local nancéen, Hocine Albane, qu’il a fait éliminer pour cause de concurrence, les juges Lachaume et Clira ont décidé de le poursuivre pour au moins le délit de corruption.

Car Fratier est un vrai pourri, trafiquant de drogue en mèche avec le nouveau parrain Shadi Atassi le Syrien, entouré par ses gardes du corps sans pitié. Fratier sait que toute l’accusation repose sur le témoignage de Loriane Ornec, une flic infiltrée qui est passée du coté obscur avant de se ranger des trafics. Dans ce petit monde de truands, fourmille de nombreux tueurs, dont Patrick Jade, formidable personnage froid et sans pitié, atteint d’une maladie oculaire qui va lui faire perdre la vue dans l’année.

Loriane Orsec va disparaître, à la suite d’une négociation ratée pour le compte de Atassi. Tout le monde va la rechercher pour la tuer. Patrick Jade, qui est amoureux de Loriane, va aussi la poursuivre pour la sauver.

C’est un véritable coup de force que Thierry Brun nous concocte là, en nous narrant une course poursuite avec plusieurs chasseurs et plusieurs lapins. Chacun court après l’autre, chacun devient le chasseur avant de devenir le chassé, et cela permet de laisser le lecteur dans l’expectative, car il ne sait pas qui va vivre, qui va survivre et qui va mourir. L’intrigue est foisonnante, passant d’un personnage à l’autre, avec des chapitres courts qui ne laissent pas le temps de respirer.

Pour autant, on n’est pas perdu au milieu de ce microcosme. Chaque personnage a son passé, son histoire, et c’est probablement là le vrai sujet du roman. Thierry Brun essaie de nous montrer quelles sont les actes qui forgent une vie, les moments qui font que l’on passe de l’autre coté de la ligne jaune, que l’on devient froid comme l’acier d’une lame. On a droit à des scènes d’une violence inouïe, sans être démonstrative, laissant le lecteur imaginer les détails et qui construisent la psychologie des tueurs mercenaires par petites briques. C’est aussi l’occasion de passer par les dénonciations des horreurs au Congo, en Serbie, et l’utilisation de tueurs payés par l’état pour nettoyer le linge sale.

Et effectivement, le style de Thierry Brun a beaucoup progressé, ou plutôt évolué depuis Surhumain. Chaque scène est impeccablement construite, servie par un style d’une efficacité bluffante. Chaque phrase vise avant tout l’efficacité, il n’y a pas un mot de trop, pas une description inutile, et les dialogues font mouche à tous coups. J’ai trouvé que chaque page était un plaisir à lire, par la mise en scène simple, et les petits détails qui font mouche dans l’imagination du lecteur.

Sous couvert d’une course poursuite multiple, ce roman démontre que Thierry Brun est bien un auteur à suivre, et qu’il va falloir suivre de très près ses prochaines productions. Car La ligne de tir est un roman impressionnant, un roman sur la construction d’une vie.

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 18:09

SerenitasCe livre que j’ai choisi par son sujet m’a surpris, très agréablement surpris, et même bluffé tant il est passionnant à lire. Pour preuve, je l’ai lu en deux jours, ce roman de 420 pages. Voici le résumé des premiers chapitres.

A l’image de tous les états du monde, la France est en faillite. La société s’est adaptée, et des strates se sont formées. Il y a ceux qui ne travaillent pas, relégués dans la rue au rang de SDF, dont l’espérance de vie ne dépasse pas deux ans. Il y a les travailleurs, payés une misère qui mettent tout leur argent dans leur loyer. Il y a les dirigeants, qui bénéficient d’un logement de fonction et des meilleures infrastructures. Enfin, il y a les riches triés sur le volet pour bénéficier des largesses de propriétés privées totalement indépendantes de l’Etat. Ils ont ainsi accès aux meilleurs médecins, aux meilleurs instituteurs et à des milices privées qui les protègent dans leur résidence dorée.

Depuis l’apparition de la drogue D23, surnommée The Perfect One car elle est fortement addictive et sans aucun danger d’overdose, les narco-gangs font vivre toute une partie de la population en échange de la diffusion de la drogue. Paris se retrouve donc aux mains des narco-trafiquants. En ce mois de décembre très froid, une bombe explose en plein Pigalle. Fjord Keeling, un journaliste rebelle, se trouvait sur les lieux. Il ne croit pas, comme le gouvernement veut le faire croire, que les narco-trafiquants sont les commanditaires de cet attentat. Il va découvrir un complot qui va très largement le dépasser.

Ce roman, traité comme un thriller d’anticipation, peut se lire à deux niveaux. C’est pour cela que je l’ai trouvé très intéressant. L’auteur est bigrement doué pour suivre une trame compliquée avec de multiples personnages allant du colocataire de Fjord aux leaders de la multinationale Ijing Ltd qui détient les résidences ultra sécurisées, des rédacteurs en chefs des journeaux jusqu’au plus hautes fonctions de l’état. On passe de l’un à l’autre sans aucune difficulté, et le rythme amené par les chapitres assez courts et des dialogues redoutablement bien écrits font qu’il y a une tension dès les premières pages et que la solution de tout ce salamalec ne sera dévoilé qu’en toute fin de livre.

Au-delà de l’intrigue passionnante, Philippe Nicholson nous dépeint un monde du futur inquiétant, et les plus pessimistes pourront y voir les prémices du cauchemar que l’on nous décrit dans Serenitas. Les gens dans le rue y meurent sans que cela ne concerne personne, les nantis sont tellement enfermés dans leur monde de platine qu’ils ne se rendent plus compte de la réalité du terrain, les politiques ne pensent qu’à leurs résultats électoraux, et heureusement, il y a quelques personnes qui ne baissent pas les bras. La démonstration n’est pas lourde, elle est parsemée intelligemment, par petites touches, au fil de scènes fort bien pensées et qui toutes, font avancer l’intrigue selon différents points de vue.

Ce roman est une réelle surprise, la quatrième de couverture est alléchante, mais le roman est encore plus fort. Le fait de faire un thriller pour envoyer un message, pour décoder les données que l’on nous donne, sans passer pour un cours magistral, c’est tout simplement impressionnant. Le ton n’est pas pessimiste, ou défaitiste, car pris sous le couvert d’un thriller rythmé, et c’est très intelligemment fait. Je ne vais pas vous conseiller de lire ce livre, vous devez le lire et le faire lire. Parlez en autour de vous, vous y verrez ce vers quoi nous ne devons pas aller.

Ne ratez pas l'article de l'ami Claude ici 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 10:00

Voici un sacré invité pour ce vendredi : Démosthène est un lecteur fou, capable de s’avaler un bouquin en une journée. En plus, il adore partager ses lectures et n’est pas avare de ses avis et commentaires. Quand je lui ai proposé ce roman, je ne savais pas s’il aimerait. Finalement c’est un coup de cœur pour lui à réserver à ceux qui ont le cœur bien accroché. Maintenant qu’il a créé son blog, je ne peux que vous conseiller d’aller jeter un coup d’œil sur http://blog-du-serial-lecteur.over-blog.com/ sur lequel vous aurez plein de bons conseils de lecture. Je lui laisse la parole :

 

Le-prix-de-la-peur.jpgChris Carter est né au Brésil, d'origine italienne. Il  a travaillé au bureau du procureur du Michigan comme psychologue criminologue. Il a pu étudier de nombreux serial- killers. Il vit aujourd'hui à Londres, où il se consacre à l'écriture. Le Prix de la peur est son deuxième roman publié en France.  

L'année dernière, j'avais été attiré par la quatrième de couverture de son premier livre, "la marque du tueur". Je m'étais lancé dans la lecture de ce livre avec un certain plaisir. Les personnages étaient sympas, le tueur bien barge et cradingue, mais l'intrigue un peu légère ne m'avait pas convaincue entièrement. Cette année Chris Carter revient avec un nouveau livre et les mêmes flics, c'est donc avec plaisir aussi que j'ai lu ce nouvel opus. De plus, ce livre m'a été offert par Pierre, l'auteur du (très bon) blog Black novel et c'est avec une joie non dissimulée là aussi que je vous annonce que vous retrouverez cette critique sur son blog. http://black-novel.over-blog.com/  

Quelques jours avant Noël, dans une église de L.A le cadavre d'un prêtre est retrouvé sur les marches de l’autel. Sa tête a été remplacée par celle d'un chien. En charge de l'enquête, le détective Hunter découvre qu'un cauchemar récurrent hantait le religieux : qu'on le décapite... Bientôt, les cadavres s'accumulent. Noyée ou brûlée vive, chaque victime meurt de la façon qu'elle redoutait le plus. Comment le tueur pouvait-il connaître leur angoisse?

Bon, je vous le dis, tout de suite, c'est un coup de coeur pour moi !!!!!

Le livre s'ouvre directement par la scène d'exécution du prêtre. Le fameux tueur parle avant sa mise à mort et la tension est déjà présente. Le prêtre est décapité et a une tête de chien plantée à la place de la sienne. Le meurtre est très violent et du sang recouvre une grande partie de l'autel, dans une sorte de rituel. On retrouve juste après Rob Hunter, ce flic plus que qualifié et quelque peu torturé déjà présent dans le premier opus de l'auteur. Il va se retrouver à gérer cette enquête épineuse avec en prime un nouveau collègue qui débute dans le métier et un nouveau chef, qui se trouve être une femme... Un deuxième meurtre arrive et prouve que le tueur est plus pervers. Attention aux personnes sensibles qui n'aiment pas trop les scènes gores. Là c'est du lourd. Je ne sais pas si Chris Carter s'est inspiré de choses vu à son taf, mais bravo pour l'originalité des meurtres ! Les chapitres son courts, très courts, jamais plus de quatre pages et ça donne un rythme au livre, ça va vite, très très vite. Les pages défilent à une vitesse folle sans rien voir. Les indices arrivent par ci par là afin de diriger les flics sur des pistes plus ou moins bonnes. Les meurtres continuent et les cadavres s'entassent. Tout est très bien ficelé, c'est intelligent et la tension est vraiment là jusqu'au bout. Pas d'essoufflement de l'histoire à aucun moment. Le final est lui aussi réussi et apporte son lot de révélations et bien sûr, de sang !

Chris Carter doit être un amateur de polar et de films de genre. On notera le nouveau flic qui s'appelle Hopkins et un autre Jack Kerley. Le premier vous parle surement mais peut-être pas le deuxième. Jack Kerley a publié deux livres en France ("le centième homme" et "collection macabre"). Son premier raconte un flic à la poursuite d'un tueur qui...eh oui décapite ses victimes. Et si vous ne connaissez pas ses livres sautez dessus, c'est du tout bon aussi :)

Pour moi, avec ce deuxième livre, Chris Carter rentre dans la cour des grands. C'est définitivement un auteur à suivre et je serais là pour son troisième livre !

"Ironique que la seule certitude de la vie soit la mort, vous ne trouvez pas? Peu importe ce que vous avez fait de votre, poursuivit-il, indifférent à sa victime qui saignait. Peu importe votre richesse, ce que vous avez accompli - vos relations, vos projets et vos espoirs. En fin de compte, la même chose nous arrive, à tous, et cette chose, c'est la mort. Mais ce qui fait la différence, c'est la façon dont nous mourons. Certaines personnes meurent naturellement, sans douleur, au terme d'un cycle naturel. D'autres souffrent de maldaies incurables des annés durant, luttant à chauque minute pour ajouter quelques secondes à leur misérable vie. Certains meurent très lentement, reprti-il d'une voix galciale. L'agonie peut durer des heures, des jours, des semaines de souffrances; si on sait s'y prendre, il n'y a quasiment pas de limites - vous le saviez?

Il se tut. Jusque-là l'homme enchaîné n'avait pas remarqué le pistolet à clous dans la main de son assaillant.

Et je sais exactement ce que je fais. Permettez-moi de vous le montrer.

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 17:43

Soldats aube 1Il était temps que je lise un roman de Deon Meyer. L’occasion était trop bonne de commencer par Les soldats de l’aube lors de sa ressortie en poche dans la collection Points2. Et c’est génial !

Johannesburg, 2001. Zatopeck Van Heerden, dit «  Zet », est un ancien policier qui essaie de surmonter sa dépression. Son collègue Kemp vient le sortir de prison pour lui proposer une affaire qui devrait le remettre en selle. Il lui demande d’enquêter en tant que détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats.

Il rencontre donc Hope Beneke, qui lui présente l’affaire en question. Johannes Jacobus Smit a été torturé à la lampe à souder avant d’être assassiné d’une balle de M16 dans le tête. Ses agresseurs ont vraisemblablement cherché à avoir le code de son coffre fort, lequel contenait le testament que sa maîtresse Wilma veut retrouver. Si Wilma ne met pas la main sur le testament, elle n’héritera de rien, alors qu’elle a vécu avec lui plus de dix ans.

Le meurtre ayant eu lieu dix mois auparavant, Van Heerden a sept jours pour retrouver le testament. Rapidement, il se penche sur le passé de Smit, et s’aperçoit que celui-ci vit sous une fausse identité. Qui était réellement Smit ? Pourquoi s’est-il caché sous une fausse identité ? Quel était donc le passé de ce paisible et reconnu antiquaire ?

Quel pied ! C’est la remarque que je me suis faite à chaque page lue, jusqu’à ce que j’aie refermé le livre. Car tout frise la perfection : l’intrigue est menée impeccablement, le personnage de Van Heerden est passionnant à suivre, les autres personnages sont consistants, et toutes les scènes sont un régal à lire, qu’elles soient des scènes intimistes ou d’action. C’est un livre assez conséquent en nombre de pages, que j’ai avalé en trois jours, tant le style est fluide et évident. Du vrai régal je vous dis.

J’ajouterai un petit mot sur la construction, assez particulière. L’enquête est entrecoupée de passages à la première personne du singulier, racontant la vie et le parcours de Van Heerden. Ces passages, parfois un peu long, montrent une psychologie du personnage complexe, d’un homme éduqué par sa mère seule, ayant perdu son père tôt. Van Heerden est un gentil, élevé dans le respect des autres et des lois. C’est un homme qui va toute sa vie être confronté au dilemme entre le bien et le mal, entre son éducation et la réalité de la vie. Passionnant à lire et extrêmement bien fait.

Soldats aube 2Ce roman est aussi l’occasion de montrer un monde en mutation, un pays en évolution. L’Afrique du Sud est une jeune démocratie, avec son héritage, ses blessures et ses cicatrices. Loin de nous faire une démonstration magistrale comme le ferait un professeur, Deon Meyer nous assène quelques vérités au travers des différents personnages par quelques petites touches subtiles. Cela fait de ce livre une pierre à l’édifice de l’histoire sud-africaine.

Vous l’aurez compris, c’est un livre à lire, à ne pas rater, à dévorer urgemment. Un dernier petit mot sur le format Points2, que j’avais testé précédemment lors de la lecture de Mémoire assassine de Thomas H.Cook. Ce format m’a permis de le loger dans une poche de veste. Comme j’avais du temps à perdre, et que je n’avais pas prévu de lecture, j’ai ressorti ce livre aux dimensions minuscules. Grand bien m’en a pris. Du coup, j’ai pris l’habitude de toujours me balader avec un de ces formats en poche. Une bonne idée que ce format Tom Pouce !

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 18:11

Prions pour la mortExcellente découverte à réserver à ceux qui ont du souffle, genre marathonien, car quand vous lirez ce livre, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle. Accrochez vous, ça commence là :

Romain Martonne est à la tête du petit laboratoire pharmaceutique Martocosme. Si sa position est très loin des mastodontes du genre, sa nouvelle invention va faire grand bruit. Il vient en effet d’inventer le Néfédron, un médicament contre le cancer du poumon. Romain va donc tout faire pour mettre sur le marché le Néfédron, ce qui tombe bien, car cela lui permet d’oublier Dawn, l’amour de sa vie qu’il a perdu dans un accident de voiture.

Martocosme est un petit laboratoire qui essaie de survivre au milieu des géants du domaine. Parmi ces géants de la pharmaceutique, Ellsner International est dirigé par Calixte Ellsner. C’est un homme qui n’hésite pas à user de tous les moyens en son pouvoir pour atteindre ses objectifs, quitte à tuer ou faire tuer ses adversaires, tout en soignant son image de bienfaiteur.

Martonne est en phase finale du lancement de son médicament, mais il manque cruellement de financements. Sa banque lui refuse un nouveau prêt, car elle vient d’être rachetée mystérieusement par un grand groupe, et c’est un de ses amis Flémand qui va lui présenter un Allemand qui va l’aider à décrocher un prêt en l’échange d’une introduction partielle en bourse. Mais ses ennuis ne font que commencer dans une mer infestée de requins.

Ne croyez pas que ce roman va vous noyer dans des notions chimiques incompréhensibles, ou sur des batailles financières sans fond. C’est un pur roman d’action, bourré de scènes et de rebondissements, qui ne vous laissera aucun répit. Ça part à fond la caisse de la première à la dernière page, et vous n’aurez pas la solution de l’intrigue avant le dernier chapitre.

Alors, prenez bien votre respiration, préparez vous à un sacré marathon car le style de l’auteur est à l’avenant, et participe beaucoup au plaisir de lecture. Les chapitres sont courts, les descriptions sont courtes, les phrases sont courtes, les dialogues sont courts et les situations sans cesse créatives.

Le sujet de fond, qui décrit la bataille d’un petit contre les grands n’est pas nouveau, connu depuis David et Goliath en passant par Au bonheur des dames de Zola, mais le plaisir de lecture d’un vrai roman populaire d’action est bien là. Ce roman est une réédition en format de poche de la première parution de 2005, totalement remaniée par l’auteur, et cela donne un roman au rapport plaisir / prix imbattable, une fois de plus : le prix est de 7,50 euros.

Ce livre fait l'objet d'un coup de coeur chez l'immense Claude ici.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 18:10

MapucheC’est toujours pareil avec Caryl Ferey : on s’attend à lire un roman noir, dans un pays exotique et violent, et à chaque fois, on en prend plein la figure. Une nouvelle fois, l’intrigue est menée impeccablement, et Caryl Ferey prend son temps pour nous asséner quelques vérités sur l’état de notre monde.

C’est l’Argentine qui passe sur la table d’autopsie du docteur Ferey, celle d’aujourd’hui, qui doit faire face à un passé bien peu reluisant lors des dictatures qui se sont succédées dans les années 70 et 80. L’image que l’on découvre devant nos yeux effarés est celle d’un pays vivant dans la misère, qui a oublié la belle époque du tango enchanteur de Carlos Gardel ou la victoire inoubliable de l’équipe de football en 1978.

Au fin fond des docks, à Buenos Aires, dans les bars crasseux ou au milieu des ordures immondes qui jonchent les rues, les femmes comme les hommes se prostituent pour quelques pesos, pour manger, pour vivre, pour survivre. C’est sur la découverte du corps de Luz, un travesti, que s’ouvre le roman, avec cette image noire, dure, intolérable, d’un assassinat dont tout le monde se fout, parce que c’est tellement commun. Les gens disparaissent ; parfois, on retrouve leur corps, mais personne ne s’intéresse à ces cas-là.

Il y a bien Ruben Calderon, un ancien prisonnier des geôles de la dictature, celles là même qui ont été mises en place avec les anciens nazis qui ont fui l’Allemagne pour un pays lointain qui leur ouvrait les bras. Ruben en a réchappé ; parfois les tortionnaires relâchaient des prisonniers pour qu’ils décrivent ce qu’ils ont vu et vécu. Cela permettait de faire grimper la peur auprès du peuple. Ruben n’a rien dit, jamais, il a préféré créer son agence de détective pour poursuivre les disparus et leurs bourreaux.

De son coté, Jana Wenchwn est Mapuche, d’un petit peuple indien expulsé de ses terres et exterminé pour le bienfait de riches propriétaires terriens. Elle a vendu son corps auprès de vieux ignobles, pour une bouchée de pain, pour se payer ses études, pour survivre. Aujourd’hui sculptrice, elle est va contacter Ruben pour retrouver Luz, une amie. Ruben refuse.

C’est bien difficile de faire un résumé de cette intrigue, tant elle est touffue et plonge dans les abîmes d’un pays, dont le passé est aussi horrible que les pires pages de l’histoire mondiale du vingtième siècle. Caryl Ferey nous avait habitué à écrire de grands romans noirs, celui-ci en est un de plus à mettre à son actif. Car à son style journalistique et distancié, il ajoute une touche humaine, voire humaniste à travers deux formidables personnages : d’un coté un revenant qui mène sa croisade personnelle, de l’autre l’ange ingénu en lutte contre le mal.

A la fois roman foisonnant, grandiose et intimiste, Caryl Ferey nous épate, nous en met plein la vue, nous emmène là où il veut, et nous force à lire ce que l’on ne veut pas voir, ni savoir. C’est une démonstration à la force du poignet, au souffle romanesque épique. Et il ressort de cette aventure que les dirigeants d’hier sont pareils que ceux d’aujourd’hui, et que ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent.

Le pays dévasté que nous donne à voir Caryl Ferey n’est pas beau à voir, empêtré dans son histoire, hanté par ses démons, ses meurtres, ses massacres. C’est une lutte pour la mémoire, pour que l’on n’oublie pas, comparable à celle des juifs contre les nazis, un combat dont on ne parle pas beaucoup ici car elle est située à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous. La force de Caryl Ferey, c’est de nous y plonger la tête, de nous impliquer.

C’est un roman noir mat, brut et brutal, par moments fleur bleue pour nous étouffer par la suite, brutal, violent, important, essentiel. C’est un appel à l’humanisme basique, à la justice élémentaire. A nouveau, Mapuche est un coup de maître, de ces livres dont on n’oublie pas les personnages, ni les messages. Tout se résume dans cette phrase piochée page 294 : « Non : la cruauté des hommes n’avait pas de limites … ».

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 18:03

Talons hauts rapprochent les filles du cielQuelle bonne idée j’ai eue de prendre ce roman ! Car en terme de distraction, c’est un excellent choix, en même temps que la découverte d’un jeune auteur qu’il va falloir suivre. Je vous le dis, On va en reparler de Olivier Gay.

Il s’appelle John-Fitzgerald ! La faute à ses parents, qui croyaient sûrement qu’il suivrait les traces de l’illustre homonyme, sans les balles fatales bien sur. Dans son microcosme, on le surnomme Fitz. C’est bien plus présentable pour quelqu’un qui passe sa vie à écumer les boites de nuit de luxe. Car Fitz est un parasite, vivant la nuit dans les carrés VIP, à vendre ses doses de cocaïne pour les stars de la télévision, les sportifs de tous poils ou les hommes politiques qui veulent se faire voir et bien voir.

Il passe sa semaine à boire, se droguer ou draguer de jeunes femmes pour passer le temps, rentre chez lui pour jouer aux jeux vidéo en ligne et dort le jour. Une petite vie bien réglée, qui ne gêne personne, jusqu’au jour où une de ses ex-compagne le contacte. Jessica est une commissaire de police, en charge d’une affaire bien sombre : un serial killer tue et découpe de jeunes femmes chez elles, et le seul point commun entre elles, c’est qu’elles vivent la nuit comme Fitz. Fitz est bien obligé de l’aider, sinon Jessica donnera une photographie où on le voit vendre un sachet de drogue. Voilà notre homme, anti-héros par excellence, maladroit et nonchalant, en train de mener une enquête contre son gré.

Au début, je m’attendais à un roman plein d’humour, que j’imaginais décalé, pour que l’on s’attache à ce personnage qui n’est rien d’autre qu’une sangsue qui vit aux basques des nantis inutiles de notre société. Ce n’est pas tout à fait le cas, même si le ton n’est pas sérieux. L’auteur nous fait rentrer dans la peau de Fitz, en suivant ses pérégrinations dans un Paris illuminé, détaillant par le menu la vie d’un homme comme un autre.

Ce qui est formidable dans ce roman, outre son personnage et les décors détaillés de la vie nocturne, c’est l’intrigue, menée de main de maître, rebondissant de façon fort réaliste, et fort passionnante. Je vous garantis qu’une fois ouvert, vous ne lâcherez plus ce livre. Et on comprend bien pourquoi il a reçu le Prix de premier roman du festival de Beaune, tant l’ensemble est incroyablement maîtrisé. Et on y prend un plaisir dingue à lire les aventures de Fitz et de ses amis.

Dans la catégorie polar populaire, de ceux qui vous racontent une très bonne histoire, avec des personnages consistants, et un suspense constant, cette lecture est obligatoire. Aussi à l’aise dans les bagarres que dans les dialogues, sans psychologie bavarde et superflue, ce roman est un excellent divertissement. Je vous le dis, Olivier Gay est un auteur à suivre de près. Et puis, je vais vous dire : Quand j’ai tourné la dernière page, pas celle du roman mais la couverture, je suis tombé sur le prix. C’est marqué : 6,60 euros. A ce prix là, cela donne un rapport plaisir / prix exceptionnel.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:38

A la folieCe roman, je l’avais noté du coin de l’œil chez ma copine Marine, entre autres.(http://lespolarsdemarine.over-blog.fr/article-a-la-folie-pascal-marmet-101032447.html) L’auteur m’a ensuite contacté et forcément, il fallait que je le lise. Je dois dire que Pascal Marmet s’avère un auteur très prometteur.

Dix ans qu’il l’a perdue ! Ludmilla, l’amour de sa vie ! Depuis ce drame, la vie est bien terne, bien triste. Pascal Langle, propriétaire d’un théâtre à Nice et metteur en scène n’en finit pas de ressasser cette perte. Jusqu’à ce qu’un notaire le contacte. Le psychiatre de Ludmilla vient de mourir. Elle lui avait confié ses cahiers intimes et demandé à ce qu’ils reviennent à ceux qui ont compté dans sa vie. Pascal va hériter du cahier numéro onze. La tentation est grande de découvrir à qui vont revenir les dix autres cahiers.

Joanna Marcus est une jeune fille alerte, pleine de vie, sans gêne aussi. Elle est blogueuse, et arrive à s’introduire dans les locaux d’un grand journal féminin. Elle a un défi : décrire les avantages et inconvénients d’un sac besace. Alors qu’elle revient chez elle, enfin, chez sa colocataire, le notaire l’appelle pour lui remettre le cahier numéro trois.

Ces deux personnes vont se rencontrer alors que rien ne pouvait les rapprocher, et se retrouver au milieu d’un mystère qui recèle de bien ignobles révélations.

De toute évidence, ce roman, aux allures de romantisme, change par rapport à ce qu’on a l’habitude de lire. Dans un monde tous les jours plus impitoyable et inhumain, le ton et l’intrigue font du bien, c’est un petit plaisir à lire, comme un morceau de chocolat avec un café bien noir, un petit moment de douceur fort bien construit.

Car cela pourrait tourner au ridicule, mais ce n’est pas du tout le cas. L’une des grosses qualités de Pascal Marmet, c’est de rentrer dans la psychologie des personnages, de décrire à la première personne les sensations et les sentiments des deux protagonistes principaux, avec un ton triste, mélancolique et désenchanté pour Pascal, un rythme et une énergie débordante pleine d’humour et de désinvolture pour Joanna.

Toute la première partie du livre fonctionne à merveille, alternant les chapitres de Pascal à Joanna, avec beaucoup de rythme, et sans que l’on s’y perde. La suite du livre m’a semblé moins réussie. J’ai moyennement aimé les autres jeunes filles, bien que les chapitres soient écrits à la première personne aussi. Mais j’étais tellement bien assis confortablement, à écouter Pascal et Joanna, que cela m’a déconcerté.

Enfin, la fin est bien trouvée, originale, bien que dévoilée un peu tôt, à mon goût. Il me restera ces deux personnages, tellement vivants, si agréables à côtoyer, que j’aurais aimé les rencontrer en vrai. A la folie se révèle un roman au ton original, qu’il serait dommage de ne pas découvrir.

 

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