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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 18:05

Jour du fléauDe Karim Madani, j’avais été époustouflé par l’ambition de Cauchemar périphérique, découvert grâce à Polar SNCF. Impossible par conséquent de rater son nouveau roman Le jour du Fléau. Un roman noir dans la plus pure tradition du genre.

Paco Rivera est flic à Arkestra. Il entre à la brigade des mineurs, après avoir travaillé à la brigade des stupéfiants. En fait, il a changé de boulot, car il vient d’échouer dans une précédente enquête qui s’est terminée par son informatrice, Katia. Cette jeune droguée a en effet été torturée, puis droguée par ceux que Paco poursuivait. Toute la scène a été filmée en direct, puis envoyé à son adresse.

Changer de service ne veut pas dire que le travail va être plus facile, loin de là. Le métier de flic à Arkestra veut dire côtoyer la fange de l’humanité, les bas-fonds de l’âme : entre fréquenter les shootés overdosés et les victimes de violence enfantine, le résultat est le même : rencontrer le pire dans ce l’homme est capable de créer.

Paco fait donc équipe avec Gina, une lesbienne noire, efficace et professionnelle et leur équipe fait des merveilles. Ce jour-là, on les charge de retrouver Pauline, une jeune fille de seize ans. Cette enquête minutieuse va les mener sur la trace d’un mystérieux personnage qui se fait appeler le Photographe, et l’intrigue va mettre à jour une organisation à faire froid dans le dos.

Quand j’ai rencontré Karim Madani à Lyon, nous avons discuté de son livre et des différences que j’allais y trouver par rapport au précédent. Il m’a dit alors cette phrase dont je me rappelle encore aujourd’hui : Construire une histoire dans une ville imaginaire, cela laisse plus de liberté. A la lecture de ce Jour du fléau, l’impression (double) que cela me laisse, c’est une noirceur totale et le plaisir que l’auteur a eu à écrire cette histoire.

Ce roman est une bonne synthèse de roman noir. Tous les ingrédients (d’aucuns diront les clichés) sont présents, du flic désespéré alcoolique et drogué au sirop contre la toux, des tueurs en série mystérieux, des flics véreux. Tout y est, et tout est assimilé, intégré dans une intrigue que l’on suit avec plaisir, pour peu que l’on aime le roman noir (et j’adore), car le ton y est définitivement noir.

Les quartiers sont crades, les personnages en voie de désespoir final, le ton est glauque. Bref, ne comptez pas sur ce livre pour vous remonter le moral. A la lecture, on a l’impression de revivre et revoir Blade Runner, le film je veux dire, avec cette absence de lumière et cette pluie incessante, déprimante. Et si Arkestra est complètement imaginaire, Karim Madani insère dans son livre des détails, des marques qui nous rappellent que la réalité n’est jamais très loin. On y retrouvera aussi de nombreuses références à la musique ou aux auteurs de romans noirs. Un livre en forme d’hommage ? Pas seulement.

Un pur roman noir, dans le plus pur style du genre, écrit et décrit avec célérité, comme si on était sous amphétamines, voilà ce à quoi il faut s’attendre. Les grognons diront qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les amateurs aimeront ce roman, justement pour ce ton sans espoir, glauque, humide, noir mat. Le ton et le personnage principal donnent un roman très convaincant, et le sous-titre du roman (Les chroniques d’Arkestra) nous donne à espérer qu’il y aura d’autres intrigues dans cette ville en décomposition, ce que je souhaite de tout mon cœur.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 17:42

Je ne porte pas mon nomCe roman est le premier d’une jeune auteure danoise, qui inaugure avec Je ne porte pas mon nom, le cycle des enquêtes du détective chauve. Ce roman fait aussi partie de la sélection Meilleurpolar.com, organisé par les éditions Points.

Dan Sommerdahl est un publiciste à succès, naturellement doué pour son métier. Il est rapidement monté dans la hiérarchie, se laissant déborder par son travail, jusqu’à ce qu’il craque. Il tombe en dépression, et sa femme, Marianne, qui est médecin, va l’aider à se soigner. Il va donc passer une longue période en arrêt maladie, loin de Kurt & Co, la société qui l’emploie.

Justement, comme tous les soirs, la société de nettoyage fait le ménage chez Kurt & Co. Ils sont deux, Benjamin et Lilliana. Lilliana va être découverte étranglée dans la petite cuisine de la société. Le commissaire Flemming Torp va être chargé de l’enquête, et ce soir là, il dinait avec Dan. Il va d’ailleurs se faire aider de Dan pour mieux comprendre les salariés de Kurt & Co, et Dan va s’inventer Détective.

Lilliana va s’avérer estonienne, sans papiers. Personne ne connait son nom. Dan va rapidement découvrir où elle habite, le nom de sa colocataire, et le fait qu’elle est employée au noir. Plus l’intrigue va avancer, plus la peinture de l’ensemble va s’avérer sombre. Et Dan va devenir aux yeux de la presse Le détective chauve.

Ce roman est un roman policier classique. Tout démarre avec le meurtre, écrit du point de vue de l’assassin, et c’est très bien fait. Mais c’est aussi un premier roman, avec quelques défauts. Le deuxième chapitre nous explique le passé de Dan Sommerdahl, et j’ai trouvé ça balourd et maladroit, ou en tous cas pas forcément utile dans la narration de l’histoire.

Passé ce deuxième chapitre, l’auteur prend son envol, elle déroule tranquillement son enquête, et comme beaucoup d’auteurs nordistes, elle prend son temps pour décrire les personnages, les lieux. Le rythme est plutôt lent, avec des dialogues fort bien faits qui tiennent le lecteur accroché à sa lecture.

Enfin les personnages, qui sont sans contradiction, sont attachants. Et c’est un peu ce que je retiendrai, un bon roman policier qui inaugure un cycle que j’espère avec un peu plus de folie et autant d’émotion. Car, Anna Grue a la volonté de montrer que sous ses dehors lisses, la société danoise a bien des cotés pourris et qu’il ne faut pas soulever le tapis, au risque de trouver des rats crevés. Je ne porte pas mon nom est finalement un bon polar sans prétention, pour amateurs d’enquêtes nordiques.

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 18:37

Fin innocence

Je pense que nous sommes plusieurs à attendre les romans de Megan Abbott, car ils sont d’une subtilité rare, et nous offrent bien souvent des sujets de réflexion intéressants alliés à des intrigue noires de grande qualité. Celui-ci est conforme à mes attentes.

Lizzie est une jeune fille de treize ans, et sa meilleure amie est sa voisine Evie Verner. Leur relation est telle qu’elles passent toutes leurs journées ensemble. Comme les parents de Lizzie sont divorcés, elle aime se retrouver parmi la famille de Evie, au milieu d’une famille normale. D’autant plus que la sœur ainée de Evie, Dusty, est une grande de 17 ans, une icône, un exemple à suivre.

Un soir, à la sortie de l’école, Evie disparaît. Toute la région se mobilise pour retrouver la jeune fille, imaginant le pire. Lizzie est la dernière à lui avoir parlé, lui demandant si elles rentraient ensemble, mais Evie va refuser. Lizzie va donc être particulièrement impliquée dans l’enquête, devenant aussi de plus en plus présente dans la famille Verner. D’autant plus qu’elle se rappelle avoir vu une voiture de couleur Bordeaux trainer devant la maison des Verner. Or, Harold Shaw, l’assureur de la famille possède ce genre de voiture. Lizzie est donc persuadée qu’il est le coupable.

Le titre anglais est bien plus précis que le titre français. The end of everything (La fin de tout) indique clairement ce à quoi vous devez vous attendre. Ce roman, narré à la première personne du singulier, nous place dans la peau d’une jeune fille de treize ans, innocente, naïve, vivant dans un monde idéal entre sa famille et surtout ses amies. Et c’est là toute la qualité de ce roman, subtil comme tous ceux de Megan Abbott.

Car La fin de tout nous montre bien la fin de la jeunesse, la fin de l’enfance, la fin de la pureté et l’entrée dans l’âge adulte. A son niveau, elle va être submergée par des émotions qu’elle ne comprend pas encore, être à la fois sure de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle raconte, de ce qu’elle invente, et faire progresser l’intrigue à son niveau. Toujours, nous allons nous retrouver devant cette petite fille qui va à la fois être subjuguée par Dusty, puis attirée par M.Verner, tout cela décrit par de petites scènes mises bout à bout, comme de magnifiques petites briques montant un mur imparable.

Et là où je suis abasourdi, c’est par la maitrise du suspense psychologique mis en place par Megan Abbott, utilisant un mot flou à plusieurs significations, nous laissant avec plusieurs interrogations, et impatients de connaître la suite. D’ailleurs, je voudrais souligner l’excellent travail de la traductrice Isabelle Maillet, pour avoir aussi bien rendu toute la subtilité, le doute et l’insouciance cachés dans le texte. Quelle maitrise dans le choix des mots, dans la construction des phrases, dans le flou des expressions.

C’est un roman que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher, tant on est envahi par les pensées de Lizzie, tout en gardant ce léger détachement pour se rendre compte de ce qu’elle raconte ; en gros, c’est une expérience assez bouleversante, qui nous rappelle sans cesse qu’un drame est en train de se dérouler. Le suspense est très bien entretenu, avec une grande tension car c’est Lizzie qui est aux commandes, et jamais on ne se doute de ce qui va arriver. Elle nous démontre combien il est difficile de descendre de la vie de princesse, de sortir de l’enfance pour entrer dans la vie des grands. Un roman tout simplement magnifique.

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 17:53

Ne tremble pasAprès le très bon N’ayez crainte ! paru l’année dernière, voici la dernière traduction en date des romans de Peter Leonard. Leonard, Leonard, vous avez dit Leonard ? Eh bien oui, Peter Leonard est le fils du grand et prolifique Elmore. Une nouvelle fois, nous avons droit à un bon polar qui s’avère une lecture distrayante.

Ce sont six personnages qui vont s’entremêler dans cette histoire. Kate McCall vit heureuse depuis qu’elle est mariée à Owen. Cela fait 16 ans qu’ils sont ensemble et ont un fils, Luke. Malheureusement, lors d’une partie de chasse à l’arc, Luke va tuer son premier cerf, et en même temps embrocher son père.

Jack Curran est un truand, qui sort de trois ans de prison après une remise de peine pour avoir participer au cambriolage d’une épicerie de luxe. Il n’a jamais donné ses partenaires mais a caché le butin, tant et si bien qu’il leur est redevable. Ses partenaires, Teddy et DeJuan, affublés de Celeste une jeune femme très belle qui a laissé son cerveau au vestiaire, n’ont pas oublié et espèrent bien récupérer leur part.

Et comme tous ces personnages se sont rencontrés dans le passé, les fils vont se tisser dans une intrigue, certes d’une simplicité extrême, mais menée de telle façon que la lecture est fort agréable. Plusieurs points font que j’ai bien aimé cette lecture. Tout d’abord, la psychologie n’est pas balourde, elle est montrée par les actions et les dialogues des personnages. Ensuite, l’intrigue est simple mais logique et donc se suit sans difficulté. Enfin, tout se suit avec une certaine tension, on ressent et on imagine une fin apocalyptique. Et … c’est un peu une déception.

Car la fin est comme le reste, simple. Là où j’aurais imaginé une fin grandiose, une scène épique avec un retournement ou des images inoubliables, je me suis retrouvé avec un presque happy end, qui fait que ce livre est une bonne lecture, un bon polar écrit par un auteur doué qui aurait pu faire mieux. Donc si vous cherchez un polar avec une bonne histoire pour ne pas vous prendre la tête, agréable à suivre, ce livre est fait pour vous.

A noter que N’ayez crainte vient de sortir chez Pocket.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 17:42

Le BlocVoici ma dernière lecture sélectionnée pour le trophée 813, et il s’agit de Le bloc de Jérome Leroy, une sorte de document sous forme de roman noir sur le Front National. Ce fut une lecture en demi teinte.

La quatrième de couverture est explicite sur le contenu de ce roman : Sur fond d’émeutes de plus en plus incontrôlables dans les banlieues, le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite, s’apprête à entrer au gouvernement. La nuit où tout se négocie, deux hommes, Antoine et Stanko, se souviennent. Antoine est le mari d’Agnès Dorgelles, la présidente du Bloc. Stanko est le chef du service d’ordre du parti. Le premier attend dans le salon d’un appartement luxueux, le second dans la chambre d’un hôtel minable. Pendant un quart de siècle, ils ont été comme des frères. Pendant un quart de siècle, ils ont participé à toutes les manips qui ont amené le Bloc Patriotique aux portes du pouvoir. Pendant un quart de siècle, ils n’ont reculé devant rien. Ensemble, ils ont connu la violence, traversé des tragédies, vécu dans le secret et la haine. Le pire, c’est qu’ils ont aimé cela et qu’ils ne regrettent rien. Ils sont maudits et ils le savent. Au matin, l’un des deux devra mourir, au nom de l’intérêt supérieur du Bloc. Mais qu’importe : à leur manière, ils auront écrit l’Histoire. Plus qu’un simple roman noir, Le Bloc est un roman politique qui cherche à répondre à une question de plus en plus cruciale : comment expliquer et surtout comprendre l’affirmation de l’extrême droite dans les 30 dernières années ? En plongeant le lecteur dans la tête des deux protagonistes centraux, dans une posture empathique et compréhensive à mille lieux de la critique antifasciste traditionnelle, Jérôme Leroy prend des risques. La critique, bien présente, est ici en creux, elle se dessine dans l’esprit même du lecteur sans que l’auteur ait besoin de la formuler. En décrivant le parcours de ces deux hommes, il peint un tableau général de la déliquescence politique française contemporaine : disparition progressive du PC, abandon de la classe ouvrière par une gauche socialiste « boboisé » qui se réfère plus à l’idéologie libéralo-libertaire de Mai 68 qu’à la lutte des classes, droite de plus en plus arrogante, tournée vers le business et les profits transnationaux. Leroy décrit une société française à l’agonie, une poudrière qui éclate soudainement lors d’émeutes dont tout le monde parlait mais que personne en réalité n’a vu venir. Son constat fait mouche et oblige son lecteur à reconsidérer l’espace politique qui l’entoure.

C’est donc à une plongée au cœur du Front National, au travers deux personnages : Antoine, le mari de Agnès et auteur des discours de sa femme et Starko le responsable de service d’ordre. Chacun a droit en alternance à un chapitre : ceux d’Antoine sont écrits à la deuxième personne du singulier comme si on discutait avec lui ; ceux de Starko sont à la première personne du singulier. Si cela peut paraitre un effet de style, cela créé aussi un effet de rapprochement et de malaise.

Et le malaise est bel et bien présent à la lecture, car hormis la documentation qui est impressionnante, les faits sont éloquents et la psychologie des protagonistes fait clairement froid dans le dos. Se dire que ce parti possède sa propre milice armée, prête à suivre aveuglément les ordres, montre à quel point, même avec une volonté de paraitre lisse et engageant, ce parti représente avant tout un danger pour la démocratie et pour tous les habitants de ce pays.

Ceci dit, même si je ne renie pas ni les messages, ni les qualités littéraires aussi bien dans la forme que dans le fond, je dois avouer n’avoir pas été convaincu par ce roman. Certes il y a des scènes de bataille extraordinaires, des dialogues ahurissants, mais le parti pris de l’auteur de rester au second plan, de ne pas prendre du recul pour uniquement montrer l’avis des membres du parti, a fini par me laisser au bord du chemin. Je pense qu’il y a des gens qui vont adorer ce livre, d’autres qui vont être sceptiques, il n’en reste pas moins que ce roman est à lire, ne serait ce que pour sa description d’un parti politique, prêt à tout moment à prendre le pouvoir, et s’il le faut, par la force.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 18:14

MiséricordeAuréolé de superlatifs disproportionnés, Jussi Adler Olsen débarque en France avec Miséricorde, premier opus d’une série policière mettant en scène Carl Morck et Hafez El Assad. En fait, c’est quand j’ai lu dans la revue Alibi que Adler Olsen était premier des ventes en Europe, que je me suis décidé à emmener le roman sur les plages estivales.

Je ne sais pas si vous connaissez Cold Case, cette série américaine mettant en scène une équipe de policiers (dont Lilly Rush) en charge de résoudre des affaires vieilles de plusieurs années et n’ayant jamais été ou mal résolues. Je dois vous avouer que je n’aime pas la télévision, et encore moins les séries américaines, mais je dois dire que la première saison de Cold Case m’avait séduit par le coté écorché vif de son héroïne.

Je m’égare ? Point du tout ! Carl Morck est un flic qui est en arrêt maladie, suite à une affaire qui s’est redoutablement mal terminée, puisque ses deux partenaires ne s’en sont pas sortis indemnes : Anker est mort et Hardy à l’hôpital, vraisemblablement handicapé à vie. Sa femme Vigga est partie, lui laissant leur fils Jesper sur les bras. Carl n’a pas trop la tête au travail, préférant réfléchir à la chance qu’il a de ne s’en sortir qu’avec une cicatrice sous le cuir chevelu.

D’ailleurs, ses partenaires le trouvant désagréable malgré un certain talent de déduction, ont bien en tête de l’évincer. Quand le gouvernement veut créer un Département V, destiné aux affaires nationales non résolues, son chef lui propose tout de suite la direction de ce service comme on proposerait un placard à un balai. Et de fait, il en profite pour faire des jeux video plutôt que de se lancer dans des enquêtes.

Carl accepte, pensant qu’il pourra s’adonner à sa nouvelle paresse, demande et obtient un chauffeur (en l’occurrence Assad) et commence par l’enquête sur la disparition de Merete Lynggaard, la vice présidente du parti Démocrate. Cela fait 5 ans qu’elle a disparu sans laisser de traces, et le nombre de suspects sont nombreux entre son frère handicapé, les membres de son propre parti ou ceux du parti opposé.

Si l’on peut résumer mon avis en deux mots, c’est que ce roman est un roman policier classique. Cela veut donc dire que l’intrigue est menée avec beaucoup de rigueur, que les pistes sont nombreuses et les fausses pistes aussi. Il faut aussi ajouter que, comme c’est le début d’une série, l’auteur prend son temps pour présenter les personnages et mettre ses héros en situation. Bref, l’enquête démarre au bout de 100 pages, entrecoupées par des passages situés dans le passé de Merete.

Si je n’ai rien trouvé d’extraordinaire dans ce roman, malgré que ce soit bien écrit et bien mené, j’ai beaucoup aimé les relations entre les deux personnages, Carl et Assad. Assad étant syrien débarqué de fraiche date au Danemark, il ne comprend pas forcément très bien ce qu’on lui demande, ce qui donne des passages drôles, mais aussi laisse quelques zones d’ombre pour les futures aventures de nos deux énergumènes.

Et cela donne une lecture agréable, pas révolutionnaire, mais sympathique car on passe un bon moment en leur compagnie. Et même si on devine le mobile vers le milieu du livre, si les coupables sont dévoilés à 100 pages de la fin, l’impression d’ensemble est que j’aimerais bien lire une autre de leurs enquêtes. Ce qui tombe bien, puisque vient de paraitre Profanation. Nul doute que vous entendrez parler de la suite ici même.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 17:43

Les partucules et les menteursAprès Le pire du milieu, voici la deuxième aventure de notre petite équipe de voleurs ratés. Et si la découverte de Tonton et de ses sbires fut une excellente lecture, la suite est du même niveau, une lecture pour rire avec style.

Avec style, allez vous me dire ? Et alors ? En fait, c’est un clin d’œil à l’intrigue, puisque Tonton a un nouveau plan, et qu’il va falloir s’immiscer dans la haute noblesse de notre très cher pays. En effet, il envisage de voler un tableau très moche, d’une valeur inestimable lors du mariage du vicomte De La Taille. Et la chance (et la malchance) de Tonton, c’est que Gérard est justement le sosie du vicomte.

Gérard, le bras droit neuneu de Tonton, va devoir se fondre dans le décor, lui qui a du mal à retenir son nom, et à comprendre ce qu’on lui demande ! Tonton débarque donc chez son amie la baronne Donatienne de Gayrlasse (vous apprécierez le jeu de mots) pour qu’elle l’éduquât (je suis obligé d’utiliser de belles formules) des bonnes manières de la haute société. Et voilà bien là le premier problème. Comment éduquer un bas du front, un mou du bulbe, qui se balade avec l’électroencéphalogramme du têtard ?

La baronne vit dans un manoir qu’elle a vendu à un émir Qatari (Sympas, ces Qataris, déjà qu’ils nous ont débarrassés du PSG ! ) et profite des lieux puisqu’ils lui ont laissé une petite dépendance dans la propriété. Elle renonce à éduquer Gérard, car il y a trop de travail voué à l’échec. Par contre, elle veut bien participer au vol, pour épater son dernier amour en date, qui est actuellement en prison.

Si vous ne connaissez pas Tonton et sa troupe de bras cassés, il faut absolument que vous vous jetassiez dessus ! Car, je vous garantis que vous allez passer un excellent moment, fait de sourires, de rires, et d’éclats de rires. Ce roman est du même acabit que le précédent : une intrigue simple, des scènes montées au cordeau, des descriptions comportant son lot de dérisions, des dialogues hilarants.

Et comme lors du précédent opus, le livre se lit comme un rien, impossible à lâcher avant la conclusion finale, avec pour objectif la distraction du lecteur. Il est bien difficile de faire rire, mais Samuel Sutra semble bien avoir trouvé avec Tonton le personnage qui est un digne héritier des Bernard Blier, Francis Blanche ou Pierre Dac. La petite bande accumule des records en terme de QI au score proche de zéro.

Ceux qui recherchent des thrillers sanguinolents, ceux qui courent après des polars speedés, ceux qui ne vivent qu’au travers du roman noir le plus noir feraient bien d’aller jeter un coup d’œil du coté des aventures de Tonton. C’est de l’excellent divertissement comique, hilarant et délirant. Et je le répète, avis aux réalisateurs en panne d’inspiration : vous avez là une comédie toute faite, un succès cinématographique garanti.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 17:27

United colors of crimeJe ne connaissais pas Richard Morgiève et en regardant sa bibliographie, je m’aperçois qu’il est l’auteur d’une trentaine de romans. Ce United colors of crime, même s’il n’est pas facile d’accès, est un livre ambitieux, très ambitieux et plutôt réussi. Et un grand merci à Holden pour cette découverte.

En 1951, aux Etats Unis, en plein Maccarthysme. Chaim Chlebeck, fossoyeur de la mafia de 31 ans, est en cavale après avoir supprimé Bobby 5 As. Au passage il a récupéré une grosse somme d’argent. Alors qu’il est sur le point d’atteindre le Mexique, il se fait agresser par une bande de Mexicains et est abandonné sur le bord de la route. Mais il a la peau dure.

Dirk, un scientifique allemand qui a aussi servi d’agent double pendant le deuxième guerre mondiale, le récupère et le soigne à l’aide de sa femme Dallas, une indienne borgne qui porte un œil de verre. Entre ses délires et ses réflexions, Chaim va repenser sa vie et envisager de quitter la mafia. Mais cela ne va pas forcément être facile dans ce pays rugueux.

Ce roman ressemble à un western, à un roman noir au pays des fermiers texans. Ce n’est pas une course contre la montre mais une course contre la mort. Le personnage de Chaim, s’il court pour éviter des tueurs, ou des dangers, galope aussi contre lui-même, contre ses démons. C’est un homme froid, sans sentiments, qui se croit obligé de trouver une cause pour se sentir vivant et utile.

Le roman est très centré sur Chaim, L’auteur détaille tout ce qu’il voit, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il pense. A la fois roman de la résurrection, roman de la rédemption, il est aussi roman de la dénonciation. Sa vision nouvelle de ce pays, puisqu’il vient de débarquer aux Etats Unis après avoir connu la guerre en Pologne permet de montrer l’Amérique sous son vrai jour, un pays violent à l’image de l’ambiance, n’hésitant pas à comparer par exemple le massacre des Indiens au génocide juif par les nazis, ou n’hésitant pas à dénoncer le pays de la consommation et du fric.

D’un sujet noir sur le destin d’un homme vivant dans l’obscurité et cherchant sa lumière, Richard Morgiève en a fait une peinture des grands espaces. Si le roman renvoie à chaque fois vers Cormac McCarthy période récente, il rappelle tous les auteurs des grandes plaines, en rajoutant sa pierre à l’édifice. Certes, il y a de l’admiration pour ce pays, mais il y a tant de haine envers les hommes.

Le style est sans concession, dur, abrupt, parfois difficile à suivre, fait de petits chapitres coupés de petites scènes, très cinématographique. Il y a très peu de dialogues. C’est le genre de roman qui nécessite de la concentration, pas forcément facile d’accès, mais la récompense est au rendez vous pour ceux qui s’aventureront sur les pistes du Texas, à la rencontre de personnages tous plus bizarres les uns que les autres. C’est un roman à part, dans lequel on a droit à de tels moments de pureté, de beauté, de violence aussi. La limite entre polar et littérature n’a jamais été aussi ténue.

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 17:10

Monsieur le commandantCoup de cœur ! La collection Les affranchis de chez NIL éditions publie des textes écrits sous la forme de lettres, le sujet étant libre. Romain Slocombe nous transporte sur une période d’une dizaine d’années de 1932 à 1942, pour un roman qui autant par le fond que par la forme est hallucinant. Ce roman fut présélectionné pour le prix Goncourt de l’année dernière, et c’est amplement mérité.

Cette longue lettre est écrite par Paul-Jean Husson, écrivain renommé, membre de l’Académie Française et héros de la grande guerre. Son passage sur le front, où il a perdu une main,  lui a démontré que l’avenir n’est pas dans les conflits, mais dans la création d’une grande Europe, en s’alliant avec l’Allemagne. L’avènement d’Adolph Hitler en Allemagne en 1933 le confirme dans ses opinions et qu’il est important pour la France de retrouver son aura d’antan en adoptant une politique visant à écarter les profiteurs tels que les juifs ou les étrangers. 

Habitant à Andigny, en basse Normandie auprès d’une femme aimante, il voue une adoration à sa fille Jeanne, et est heureux que son fils Olivier réussisse en tant que musicien à l’Orchestre Symphonique de Paris. Quand Olivier revient d’Allemagne avec une superbe jeune fille, Ilse Wolffsohn, ancienne actrice de cinéma, Paul-Jean est au comble du bonheur, avant que le drame le touche.

Tout d’abord, sa fille Jeanne va se noyer dans le Seine. Puis sa femme, atteinte d’une tumeur au cerveau va lentement décliner vers une mort programmée. La naissance de sa petite fille Hermione ne va rien changer, d’autant plus qu’il apprend par une enquête d’un détective privé que sa belle fille est juive. Sa vie va se révéler plus compliquée avec ce secret lourd à porter qui va à l’encontre de ses convictions intimes.

Ce roman est tout simplement énorme. Dès les premières pages, on est happé par le style très érudit de Paul-Jean et on s’approprie très vite cette lettre en forme de confession. Chaque phrase, chaque paragraphe sont comme autant de coups de poings que l’on se prend au ventre, tant Paul-Jean, personnage lettré, arrive à justifier ses opinions, à démontrer son aversion pour les impurs, tout en déroulant son histoire personnelle, dont le déroulement est exceptionnellement maitrisé.

J’ai avalé ce roman, le dégout accroché aux bords des lèvres, l’horreur étalée devant mes yeux effarés. Romain Slocombe nous montre un homme pris dans ses contradictions, confronté à des choix entre famille, amour et conviction personnelle. Ce personnage que l’on déteste, pris en tenaille entre l’amour pour sa belle fille et la nécessité d’épuration du pays, est formidablement vivant, foncièrement pourri, allant jusqu’à écrire de violents articles de propagande appelant à l’extermination des juifs, tout cela au nom de la grandeur de la nation.

Il ne faut pas réduire ce roman à une longue lettre d’un personnage. Romain Slocombe déroule aussi une intrigue en forme de chronique familiale, une petite page d’histoire dans le grand livre de l’Histoire. La documentation sur le contexte, sur les dix années qui ont changé le monde est impressionnante et est subtilement insérée dans la lettre pour ne pas donner l’impression d’un cours magistral.

Ce roman sombre, noir, exemplaire, est aussi une leçon, une grande claque dans la figure à tous ceux qui pensent que les racistes sont des mous du bulbe. La démonstration est forcément touchante, et elle fait mal au ventre. Et plus on avance dans le roman, plus l’intrigue est sombre jusqu’à finir dans la plus ignoble des horreurs.

Ce roman est parfait, exemplaire par sa maitrise de la psychologie de son personnage principal. La motivation de Paul-Jean Husson est d’autant plus marquante qu’elle peut être actuelle. En refermant ce livre, je me suis dit : « Nom de dieu ! Mais ce livre devrait faire partie des programmes scolaires », tant il y a à dire, à analyser pour mieux comprendre les autres et éviter des débordements dramatiques ou des actions inacceptables. Extraordinaire !

Ce roman est sélectionné pour le trophée 813.

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 18:28

Gonzo à gogoCe roman est arrivé dans ma boite aux lettres, par hasard, enfin presque, et je recevais le lendemain un mail me présentant le livre. Bizarre qu’ avec un sujet sur la pornographie, il soit arrivé là. En fait, il s’agit d’un roman noir, plutôt bon, mais à réserver à un public adulte.

Angie Rebellini mit du temps à trouver sa voie. Il fit un petit passage dans la banque, avant de créer son groupe de rock underground puis sexreporter, écrivant des articles sur les films pornographiques en tournage, ou interviewant les stars du domaine. Pas facile de faire son trou, dans ce milieu. Le phénomène qu’il voit venir, c’est le Gonzo. Des amateurs ou des professionnels improvisent des scènes hard qui sont filmées et postées sur Internet. C’est selon lui la nouvelle révolution du sexe.

Ses deux comparses Lola Joy et Isidore Violette-Gastinger (IVG) sont deux hardeurs qui font du Gonzo. Angie en profite pour les suivre et faire des photographies pour son magazine. C’est alors que son employeur, Fez, le pape du porno, va lui proposer de suivre le tournage de Douglas Pean, un pur obsédé, qui va se dérouler dans le sud de la France.

La situation va rapidement dégénérer, alors qu’entrent en scène des actrices venues de l’est, des serbes, des gendarmes et des gitans. Ce gigantesque quiproquo presque vaudevillesque va se terminer dans une scène apocalyptique avec des dégâts à la clé, dont peu en sortiront indemnes.

Je dois dire que j’ai été agréablement surpris de suivre ces aventures de Angie, par son style agréable et humoristique quand il faut, et par ces personnages haut en couleurs. Le contexte, très porté sur le sexe, confirme ce dont on se doute : sex, drug & rock n’roll. Cela permet aux auteurs de montrer comment ces films se font, les pauvres filles de l’est qui font cela pour gagner plus d’argent que dans leur pays, et les producteurs qui s’en mettent plein les bourses, en se les vidant.

Si ce roman ne va pas révolutionner le genre du polar, car c’en est un, il ressemble à un road movie, avant de s’engager dans une veine plus amusante où tout le monde va se retrouver dans une villa pour un final sanglant. Evidemment, les scènes sont crues, explicites, mais il n’y a pas de quoi lire tout ça de la main droite, tant le but est de montrer des gens au travail (sic). D’ailleurs, l’auteur le dit : « Le tournage d’un film pornographique est barbant ».

Bref, voilà une lecture surprenante, plaisante, qui nous montre une facette bien peu ragoutante, pour satisfaire un certain nombre de personnes, dans un format polar dont je retiendrai surtout une fin à la fois amusante et son coté gentiment anarchique, à la façon d’un western déjanté. A noter une préface de Jean Pierre Mocky en forme d'interview où il apparait tel qu'on le connait, et une bonne postface de AH.Benotman.

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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