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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 19:38

Chasseur de luciolesAprès La vie est un sale boulot, et La bouche qui mange ne parle pas, voici donc le dernier roman en date de Janis Otsiemi qui se nomme Le chasseur de lucioles.

A Libreville, capitale du Gabon.  Trois histoires vont se suivre en parallèle, et plus ou moins se téléscoper. Un jeune homme est assassiné d’une balle dans le dos sur la plage du Tropicana ; Un autre erre en ville, il se prénomme Marco, et va se voir proposer un rôle dans un braquage d’un fourgon. Un troisième, Georges Paga, va aller dans un dispensaire pour savoir s’il est atteint du VIH.

Pour faire le lien entre ces trois itinéraires, ces trois destins, deux flics qui aiment leur métier. Ils sont consciencieux, doués pour exploiter les indices et résoudre leurs enquêtes. Bien que certains de leurs collègues soient prêts à fermer les yeux en l’échange d’un peu d’argent, eux vont se concentrer que cette étrange série de meurtres qui touchent de jeunes prostituées camerounaises.

Le meurtrier est rapidement appelé Le chasseur de lucioles, et les éventre de façon épouvantable dans des chambres d’hôtel. Qui peut bien perpétrer de tels meurtres ?

On retrouve tout le plaisir de lire Janis Otsiemi, sa façon si simple de décrire la vie des bas-fonds de Libreville, ses personnages si haut en couleurs, ses flics tous corrompus pour en tirer un peu plus d’argent que leur maigre salaire. Et tout cela, c’est grâce à son style efficace, ses expressions directement issues du cru, et sa faculté à nous faire suivre une intrigue simple mais malgré tout passionnante.

J’y ai trouvé, dans ce roman, une grosse progression par rapport aux précédents livres que j’ai lus de cet auteur. Tout d’abord, il n’hésite pas à nous faire suivre trois trames différentes, sans jamais nous perdre. Ensuite, les personnages sont plus complexes. Enfin, j’ai adoré les proverbes gabonais qui font l’ouverture de chaque chapitre, parfois drôles, toujours justes.

Malgré cela, ce roman n’est pas mon préféré. Si je l’ai lu très vite, je préfère quand Janis Otsiemi écrit des romans noirs, voire quand il s’attaque à la politique. Nous avons droit ici à un roman policier, dont le suspense se situe plus dans le comment on va arrêter le tueur en série que son identité. Cela m’a un peu déçu, malgré le plaisir de lire cette langue si chantante, si poétique qui est si particulière et unique dans le paysage littéraire actuel. Essayez donc Janis Otsiemi, vous en serez enchanté, et commencez donc par La vie est un sale boulot !

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 19:30

Petite fêlée aux allumettesQuand j’avais lu Le bar crade de Kaskouille, dans la collection Suite noire des éditions de la Branche, je m’étais éclaté devant cette pièce de théâtre aux dialogues hilarants. Il fallait que je lise d’autres livres de cette auteure, et bien qu’ayant Les vacances d’un serial killer, c’est La petite fêlée aux allumettes que je vous présente.

L’intrigue se situe à Pandore, un lieu imaginaire très proche mais très différent de notre société actuelle. Tout une belle panoplie de personnages va se mêler, se rencontrer, se lier, s’entretuer aussi. Tout cela sur fond de tueur en série de petites filles. Le fil conducteur est mené par Nake, une jeune fille qui a été élevée par sa grand-mère car son père l’a abandonné et sa mère est morte très tôt. Nake vit de trafic de drogue et de prostitution. Lors d’une de ses passes, Eric Mornier l’agresse et elle lui plante un couteau dans le ventre.

Nake, va découvrir le cadavre de sa grand-mère, alors qu’un nouveau locataire mystérieux vient d’arriver dans l’immeuble. Cachée au fond d’un tiroir, une petite boite d’allumettes va attirer le regard de Nake. Quand elle frotte une allumette, elle est assaillie de visions montrant une scène de meurtre de petite fille. Le problème, c’est que le lendemain, elle lit dans le journal que ces meurtres ont bien eu lieu.

Ce sont les inspecteurs Cooper et Derval qui mènent l’enquête. Cooper est un bourru qui ne se remet pas de la mort de son chien. Derval est flic le jour, travesti la nuit sous le nom de Betty Boop. Les meurtres s’avèrent avoir un lien avec les contes pour enfants, du Petit Chaperon Rouge au Petit Poucet. Si on ajoute à cette galerie de personnages Mémé Cornemuse, dont l’activité principale est de proposer des massages de boules à tous les hommes qu’elle rencontre, on a de quoi s’amuser.

Voilà un roman à part, et je crois bien que je n’ai jamais lu un bouquin à part. Car, tout au long du livre, on sourit, on rit de tout. Des personnages haut en couleurs, des situations multiples et pleines d’inventivité, des dialogues truculents. Rien n’est sérieux là-dedans, mais pour autant, l’intrigue se tient merveilleusement bien, passant d’un personnage à l’autre, les reliant les uns aux autres, pour mieux tisser un final trop drôle.

On a l’impression de passer un bon moment dans un petit microcosme. On a l’habitude de dire que « Le monde est petit », et c’est d’autant plus vrai ici. Car, à un moment ou à un autre, ils vont tous interagir, et si la recherche du tueur en série peut paraître secondaire, le suspense et le mystère est tout de même formidablement entretenu.

Le personnage que j’adore, c’est Mémé Cornemuse, même si tous mériteraient de figurer dans un musée consacré aux gens hilarants, décalés et bizarres. Avec ses répliques tirées d’interviews de Jean Claude Vandamme, car elle en est amoureuse, avec ses actes méchants, ses envies de sexe continus, j’ai eu droit à un éclat de rire à chaque fois qu’elle apparaît.

Vous l’avez compris, tout cela n’est pas bien sérieux. Par contre, la lecture de ce roman sort des sentiers battus, car tout se tient merveilleusement bien du début à la fin. Jamais de lassitude, mais une vraie addiction à cet humour décalé, qui met du baume au cœur. Ce qui est certain, c’est que je vais ressortir Les vacances d’un serial killer, et que je proposerais bien que les livres de Nadine Monfils soient remboursés par la Sécurité Sociale.

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 19:21

Trash circusCoup de cœur ! Il a obtenu un coup de cœur de la part de Claude Le Nocher, on en parle beaucoup sur le Net. Voici un roman dont le titre dit tout, quoique, Trash Circus de Joseph Incardona. Attendez-vous à être secoués !

Frédéric Haltier travaille pour la chaîne de télévision Canal7, dont l’introduction en bourse est imminente. Il travaille pour une émission de télé réalité, qui consiste à réunir sur un même plateau victimes et assassins. Jean Michel Auriol en est le présentateur, Thierry Muget le producteur, et la pression qu’ils font subir est énorme pour augmenter la part d’audience.

La dernière idée en date est de ressusciter un fait divers vieux de vingt ans : un Japonais ayant tué, découpé et mangé une jeune femme. Haltier doit décider le père de la victime à venir sur le plateau de télévision, en face de l’assassin qui n’a jamais voulu s’exprimer devant les cameras. Après un voyage en Belgique, insensible au chagrin du père, Haltier remplit sa mission moyennant 80 000 euros, car tout s’achète, même les gens.

Car Haltier est comme ça : Il vit au jour le jour, sans morale, sans sentiment, ayant pour excitant la drogue et comme excipient le sexe. Il a deux filles qu’il ne voit jamais car il les a placées dans un internat, il viole des hôtesses, se moque bien que son père soit hospitalisé pour un AVC, et préfère profiter de sa passion : Assister aux matches du PSG pour ensuite aller aux bastons avec les supporters adverses. Cette vie amorale va pourtant connaître quelques grains de sable.  

Ce roman porte bien son titre : Trash circus est trash et montre l’envers du décor du cirque télévisuel. Nous, téléspectateurs, avides de sang, de larmes de sexe, les yeux rivés sur le petit écran qui illumine nos pauvres salons, nous portons une responsabilité. Celle de créer des personnages hors normes et incontrôlables. Car pour faire des émissions ignobles, il faut des personnages ignobles. Et, pour le coup, Frédéric tient le haut du pavé.

Ce roman est speedé, horrible, dérivant tout dans les moindres détails jusqu’à ce qu’on en ait la nausée, pas tellement par les actes mais par les pensées et les justifications de Frédéric. Il est amoral, sans attaches, sans pitié, sans sentiments, car ce qui compte, c’est le résultat. Il n’a pas de limites dans un monde en décrépitude, seuls ceux qui vont vite s’en sortiront. Alors il utilise tous les excipients (drogue, alcool) pour tenir le rythme, utilise les gens comme des outils pour son bénéfice, et n’a comme soupape que le sexe, du sexe crade, ultime, sans remords.

Vous êtes prévenus : ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Les scènes de sexe sont très explicites, les scènes de bagarre sont très violentes, et malgré cela, je suis resté scotché au livre. A chaque que je me dis, il ne va pas le faire, Frédéric va encore plus loin. Car tout est bon pour lui, et peu importe les autres. Son seul leitmotiv, c’est de vivre. C’est une bête, lâchée dans la nature, dans un monde sans foi ni loi. Il n’est plus seulement amoral, il est inhumain. Les gens deviennent de simples outils, des jouets, des passe-temps, des ombres insignifiantes, du consommable fast food.

Joseph Incardona mène son roman à 100 à l’heure, ne se retournant pas sur les pensées ou les actes immondes. Il joue le jeu à fond, à la façon de Brett Easton Ellis avec American Psycho. Et ce n’est pas la seule référence que l’on peut offrir en hommage à ce roman. Ce personnage est ignoble et ne serait pas renié par un Massimo Carlotto par exemple. De même, ce jusqu’au-boutisme rappelle dans un tout autre genre un Eric Miles Williamson. De toutes ces comparaisons en forme d’hommage, ce roman très fortement choquant ne vous laissera pas indemne mais il en vaut le coup, il ne fera pas l’unanimité mais c’est un roman qui par son intrigue et ses personnages remporte l’adhésion … ou du moins la mienne !

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 19:16

Je tue les enfantsJe vous avais annoncé en fin d’année dernière la résurrection des éditions de L’écailler avec deux titres Bob Dylan et le p'tit quinquin de Noël Simsolo et Je tue les enfants français dans les jardins de Marie Neuser. Voici donc mon avis sur ce dernier.

De nos jours, en France. Lisa Genovesi est une jeune professeur d’italien. Elle sibit les insultes et les crachats quotidiens de la part de ses élèves, notamment de la part des deux caïds que sont Malik et Adrami. La seule élève dont elle tente de se rapprocher est Samira. Celle-ci travaille bien en classe et accomplit les tâches ménagères dès qu’elle est rentrée chez elle. Petit à petit, Lisa va se forger une carapace et se renfermer pour résister à cette pression constante. Les menaces vont augmenter allant même jusqu’à dépasser le cadre du lycée. Quand un drame survient, elle va se transformer en combattante revancharde.

Je vous garantis que ce roman ne laissera pas indifférent. Car il présente une situation actuelle, vue de façon délibérée par un regard totalement subjectif, c'est-à-dire celui de Lisa. Le fait que l’auteur soit professeur de son état rend l’interprétation difficile et ambiguë. Mais faut-il pour autant y voir une dénonciation, un appel à l’adage « œil pour œil », ou bien simplement un roman noir, très noir, offrant une vision sans aucun autre espoir que la violence.

En tous cas, on ne peut pas reprocher à Marie Neuser de poursuivre son sujet du début à la fin. Le personnage qu’elle décrit est doublement intéressant. Cette professeur se voit du coté des justes, des bons, sans jamais remettre en cause ni elle-même, ni le système, ni sa hiérarchie qui ne l’aide pas. La première phrase est clairement explicite : « Mes ailes de géante m’empêchent de marcher », phrase adaptée de Baudelaire qui m’a choqué. En une phrase, Marie Neuser pose le personnage, celui de Lisa, esseulée, agressée, seule au monde, seule contre les autres.

Si l’intrigue suit finalement une trame de roman noir classique, celle d’une personne poussée à bout qui va se venger, si on accepte le portrait de Lisa, et sa psychologie fort subtilement dessinée, alors, ce roman noir est réussi. Si on veut y lire un appel à la répression comme seule solution à l’irrespect et à la violence, alors le message passera moins bien. Ce roman va vous asséner des coups en pleine figure, avec son style direct, ses chapitres courts, l’unilatéralité de sa pensée. Marie Neuser nous raconte une histoire, ce n’est pas elle qui parle.

Pour ma part, j’ai été dérangé par certains passages, même si je reconnais tout le courage et le savoir faire qui est admirable pour un premier roman. Certes, les méchants sont caricaturaux, certaines expressions jusqu’au-boutistes, ce qui dessert l’histoire. Mais je retiens de ce roman une volonté de raconter une histoire choquante, et en ce sens c’est réussi. Il posera aussi beaucoup de questions sans jamais apporter de réponses, sur l’éducation et sur les dérives violentes de notre société. Vous allez aimer ou détester ce roman, le meilleur moyen de le savoir, c’est de le lire !

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 19:04

Dernier contratJ’avais lu les trois premiers romans de cette nouvelle collection, Vendredi 13 des éditions de La Branche. C’était Samedi 14 de Jean Bernard Pouy, L’arcane sans nom de Pierre Bordage et Close Up de Michel Quint. La seule contrainte est de situer l’intrigue un vendredi 13. Ce roman s’avère bigrement passionnant.  

Jodeph Victor débarque dans un petit hôtel de province. Avec ses gestes de maniaque, il prend une chambre, se douche, et se change. Puis il sort, à la nuit tombée pour rejoindre son lieu de rendez vous. Armé de son pistolet, il pénètre dans une ferme où il découvre un cadavre, celui de Luc Mornais, assassiné d’une balle dans la tête. Il embarque une grosse liasse d’argent quand il s’aperçoit que deux hommes arrivent. Après une course poursuite, ils les abat puis retourne à Paris.

Là bas, il va fouiller l’appartement de Luc Mornais. Le pays est en proie à la révolution, après un scandale politique qui mouille toutes les strates de l’état. Le peuple suit aveuglément un mystérieux personnage qui s’appelle Frère-La-Colère, et qui diffuse à la télévision des messages haranguant la foule à se soulever. Victor fouille consciencieusement l’ordinateur et lit sur une revue le nom d’un des amis de Mornais : Esposito. A Barcelonnette, il part à la recherche de ce Esposito et se retrouve chargé d’exécuter un dernier contrat difficile par Frère-La-Colère. En tant que tueur à gage, il va donc respecter son engagement.

Ce roman commence sur des chapeaux de roue. Dès le départ, ça part à 100 à l’heure, les gestes sont minutieux, pleins de petites habitudes, comme de petites superstitions. Car Victor est certes un tueur à gages, mais il n’a jamais échoué. Agé de la quarantaine, alcoolique, il est très prudent, peu amène, parle peu sinon par des questions et très détaché vis-à-vis des gens autour de lui.

Tout est dans le style : L’auteur décrit tout ces gestes, tous les petits détails qui font que Victor est si fort. Les phrases sont saccadées, le choix des mots précautionneux, le ton est froid, et les émotions sont laissées au placard. Cela en fait un roman hyper efficace, qui ne s’éternise pas sur des descriptions qui lasseraient le lecteur, pour laisser la place au sujet du livre, au vrai sujet du livre.

La France a dépassé le bord du chaos. Olivier Maulin nous montre comment, avec une logique simple, une goutte d’eau embrase le pays. Et comment, avec quelques personnes fortes en technologie, on peut manipuler les gens. Que ce soient les scènes dans la rue, sur les barricades, ou les scènes plus simples avec la garde rapprochée de Frère-La-Colère, Olivier Maulin excelle à instiller le doute, tant tout cela semble vrai. Et le style qui paraissait froid au début devient journalistique, factuel, hallucinant devant ces scènes de destruction.

Il ne faut pas y chercher de message, ni bons ou méchants qui viendraient nous guider dans cette intrigue. J’y ai trouvé une vraie réflexion sur comment un pays peut basculer, sur pourquoi tout peut s’embraser. Et la fin, très étonnante, qui apparaît dans les toutes dernières pages, finit par nous démontrer que l’auteur, sous des couverts de divertissement, nous aura bien fait réfléchir. Cela en fait, à mon goût, bien plus qu’un bon polar divertissant.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 19:43

balance dans les cordesCoup de cœur ! Le voici, le voilà, le deuxième roman de Jérémie Guez, ce jeune auteur qui a sorti une première bombe l’année dernière avec Paris la nuit. Balancé dans les cordes est aussi le deuxième tome de sa trilogie consacrée à Paris.

Tony est un jeune homme qui vit à Aubervilliers, avec sa mère, qui se prostitue. La journée, il est garagiste chez son oncle, le soir il se donne à fond dans ses entraînements de boxe. C’est son oncle qui l’amené au gymnase pour apprendre à se défendre à l’école. Il va bientôt toucher du doigt son rêve, son nirvana, devenir boxeur professionnel et son premier combat est prévu pour dans un mois.

Il aime aussi les lumières de la ville, la nuit, parcourant les rues de Paris à bord de sa moto, seule folie qu’il s’est accordé, seule étoile de liberté dans une exigence terne et grise. Lors d’une de ses virées, il sauve une jeune femme, Clara,  qui se faisait agresser par des jeunes. Il la raccompagne chez elle, et il se prend à rêver d’amour.

Au cours de ses entraînements, un mafieux le regarde avec attention ; c’est Miguel. Accompagné de son garde du corps et de son frère attardé, il se prend d’affection pour Tony et lui dit qu’il peut compter sur lui en cas de problèmes. Tony, qui gagne son premier combat, va retrouver Clara mais au retour, il s’aperçoit que sa mère a été tabassée par un de ses clients. Tony va aller demander l’aide de Miguel et entamer ainsi sa descente aux enfers.

Forcément, quand on attaque le deuxième roman d’un auteur que l’on a adoré, on est fébrile. Est-ce que ça va être pareil, ou complètement différent ? Le sentiment qui va prédominer va-t-il être l’exaltation ou la déception ? Jérémie Guez a décidé de faire un roman complètement différent. Aux ambiances grises et glauques du premier, il opte pour le portrait d’un jeune homme qui se débat pour sortir de sa boue quotidienne. Aux longues phrases poétiques, il répond par un style haché mais bien écrit, efficace et des dialogues qui font mouche.

L’intrigue, elle, est toujours aussi prenante même si elle suit finalement les classiques du genre. C’est une descente aux enfers, un homme rattrapé par son milieu, un homme qui rêve des lumières mais qui retombe dans les limbes fantomatiques et violentes de la banlieue. C’est un roman noir donc il ne faut pas y chercher de rédemption ni d’espoir.

Ce roman est clairement plus abouti particulièrement dans le portrait de Tony, mais aussi dans les personnages secondaires (qui ne le sont pas). C’est un personnage touchant, par sa volonté, par ses rêves, mais aussi par son destin inéluctable : lui qui est promis à un avenir essaie de ne pas dévier de sa trajectoire mais il se retrouve malmené, comme un boxeur, envoyé dans les cordes.

Il y a bien son ange salvateur, Clara, il y a bien Moussa, son voisin trafiquant de drogue qui l’a initié à la boxe et qui lui donne des conseils pour revenir dans le droit chemin. Mais sa destinée était toute autre, et il ne la suit pas par facilité, mais par manque de réaction aux moments opportuns. Ceci dit, dans son environnement, il n’avait pas forcément le choix. Tony ressemble finalement à une boule de flipper qui va tomber dans le trou.

Dès les premières pages, on est pris par ce que raconte Tony car c’est écrit à la première personne du singulier. Il ne laisse transparaître que peu d’émotions, sauf quand il combat. Là, l’adrénaline monte et ce sont les seuls moments où il est conscient, de lui, de sa vie, des actes qu’il doit accomplir. C’est un formidable portrait de loser, passionnant à suivre, et c’est un coup de cœur très mérité !  

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 19:36

Battez les tambours ! Voici venir sur Black Novel une nouvelle invitée. Rencontrée virtuellement sur un site social (comme on dit), amateur de polars, et douée pour donner son avis. Alors, bien entendu, n’écoutant que mon amour pour le polar, je lui ai proposé de venir, quand elle veut, quand elle peut, pour parler des romans qu’elle a adoré. Je pourrais appeler cela « Les chroniques de Foumette » mais je préfère faire du lobbying pour qu’un jour béni, elle se décide à créer son propre blog. En attendant, c’est Black Novel qui profite de ses avis, et voici donc Interrogatoire de Thomas H. Cook par Foumette :

 

Interrogatoire.jpgUn excellent thriller très captivant qui vous plongera au coeur des ténèbres de l'âme humaine. Un meurtre atroce, celui d'une petite fille de 8 ans, un suspect est arrêté mais il n'y a pas de preuves, ni de témoins et surtout aucune trace ... que celui-ci soit bien le meurtrier.

Oui mais, ce suspect était présent non loin du drame, c'est un SDF, un gars qui vit dans un tunnel, un exclu de la société, un éclopé de la vie.

Une seule solution pour que justice soit rendue, le faire avouer à tout prix et ce, avant de devoir le relâcher. Il ne reste donc que 12 heures à ces inspecteurs pour avoir ses aveux car il est clair pour ceux-ci qu'il est coupable.

Démarre alors un interrogatoire d'une extrême tension.

InterrogatoireUn récit saisissant où le doute s'immisce, se glisse et finit par s'installer au fil des pages. Comme le fait si bien Thomas H. Cook, on se retrouve plongé dans la noirceur, dans la part d'ombre de ses personnages, des hommes en souffrance que le passé rattrape et où se mêlent regret et culpabilité.

Ce SDF est-il coupable? 

Pourquoi a-t-il ce comportement étrange?

Pourquoi ne veut-il pas parler de son passé?

Qui est cet homme qu'il dit avoir vu observer la petite fille?

Ce seront les questions qui vous hanteront tout au long de ce récit ficelé de main de maître. Sans compter une fin qui vous laissera sans voix !

Une fois ce récit achevé...il restera dans votre esprit et ne vous quittera pas de si tôt.

Un bon conseil, lisez-le!

 

Ouah ! Je vais le ressortir illico presto de ma bibliothèque ! Trop envie de le lire ! Merci Foumette !

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 19:25

Ameres thunesVoici une des nouvelles parutions des éditions Krakoen. Récemment, je vous parlais du dernier roman de Hervé Sard, Le crépuscule des gueux, voici donc le dernier roman de Zolma, Amères thunes.

Rémy Baugé a la chance de rencontrer Raoul Trille, qui vient de créer un supermarché de proximité. Alors qu’il n’a pas de formation particulière, il est chargé des achats et fait vivre les artisans du coin. Jusqu’au jour où Raoul Trille part en retraite et que débarque le nouveau maître des lieux, Jean-Edgar de Fourchon, un jeune homme surdiplômé, qui va apporter sa nouvelle loi, et instaurer l’amélioration de la rentabilité à tout prix.

Rémy est tout d’abord remis en cause dans ses pratiques d’achats, arguant qu’il doit acheter moins cher, en Chine ou en Inde. Puis, il est chargé des sales besognes et en particulier de débarrasser le supermarché de jeunes voleurs de caddie ou bien, plus grave encore, de diminuer la masse salariale.

Il va donc, au nom de sa propre survie, participer à l’éviction de certains de ses ex-collègues. Puis, la spirale infernale s’enclenche. Le supermarché devient une enseigne de hard-discount, et ce qui devait arriver arriva : Rémy se fait virer comme un malpropre. Il met alors au point sa vengeance : monter un casse pour toucher les actionnaires là où ça fait le plus mal : l’argent.

Epatant ! Si on doit résumer ce polar en un mot, c’est bien celui là. Car ne connaissant pas (encore) l’œuvre de Zolma, j’ai été plus qu’agréablement surpris, j’ai été carrément passionné par cette lecture. Car quand on a une bonne histoire, une excellente intrigue et qu’on sait la raconter, le lecteur prend son pied. C’est mon cas.

Epatant ! Malgré la petite vingtaine de chapitres, on peut découper ce roman en trois actes. Le premier décrit comment, au nom du profit, on dégrade, démolit, détruit une paisible supérette de campagne. La façon de décrire ce passage est tellement logique et implacable que c’en est révoltant. La deuxième concerne la vengeance et là on entre dans un polar plus classique mais fort enlevé par le rythme des rebondissements et l’inventivité des situations. La troisième, c’est l’après vengeance, et là on plonge dans le noir, le roman noir pur et dur, celui qui suit la logique de la vie et pas celle des sentiments, sans aucune pitié.

Ameres thunesEpatant ! Les personnages sont formidables, Zolma, outre sa fluidité de style, est très à l’aise dans tous les domaines. Que ce soient les situations, les dialogues, les scènes « animées », les passages intimistes, tout y est efficace. Pas de lourdeurs, pas de chapitres interminables, mais toujours une foultitude de scènes toujours inventives qui relancent et font avancer l’intrigue.

Epatant, je vous dis : un polar à la trame plutôt classique, mais bien ancré dans la réalité d’aujourd’hui, avec des personnages attachants, des rebondissements inattendus, des éclats de rire aussi avec certains retournements de situation; un polar qui sous ses dehors de divertissement, va un peu plus loin, celui de pousser les gens à bout ; un polar qui montre que nul n’est blanc, ni noir, mais quelque part entre gris clair et gris foncé. Un polar à ne pas rater, tout simplement.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 20:02

GenesisC’est Stéphane Bourgoin, le célèbre criminologue français et Isabelle Longuet co-animatrice du site Au troisième œil, qui ont attiré mon attention sur ce roman, à coté duquel je serais sûrement passé. C’est un roman qui tient toutes ses promesses, un grand format qui mérite un succès grand public.

Judith, la soixantaine, rentre d’une soirée avec son mari Henry, avec lequel elle est mariée depuis quarante ans. Elle passe en revue sa vie, sa famille et divague lentement quand son mari fait un écart sur la route et qu’un choc vient frapper la voiture. Ils viennent d’écraser quelqu‘un ! Aux urgences de l’hôpital d’Atlanta, Sara Linton, ancienne médecin légiste de Grand County s’occupe d’une agente du Georgia Bureau of Investigation, Faith Mitchell, qui vient de faire une syncope. Elle est accompagnée par Will Trent son coéquipier. Sara examine les résultats des examens, et annonce à Faith qu’elle est enceinte et qu’elle est atteinte du diabète.

Les deux agents s’occupent ensuite de l’accidentée, et découvre un corps martyrisé, affamé, déshydraté, torturé pendant plusieurs jours, avec de nombreuses plaies infectées. Cette jeune femme, qui respire difficilement, semble prononcer son prénom : Anna. Will laisse alors Faith pour retourner sur les lieux de l’accident. En cherchant à passer au travers des forces de police locale, il trouve une caverne, cachée par une planche sous les feuillages. A l’intérieur, il trouve une incisive qui démontre qu’il y a eu une autre victime. Un peu plus loin, en effet, il découvre le corps d’une deuxième jeune femme, dans un arbre, morte.

Mais qui peut être sadique à ce point pour torturer des jeunes femmes pendant plusieurs jours, sans leur laisser ni à manger, ni à boire ? « Comment se fait-il que plus une femme est belle, plus le crime est atroce ? »

Voilà un roman qui porte bien son genre et qui le revendique : c’est un thriller, un pur thriller, un dur thriller ! Et je ne peux que reconnaître le talent de son auteur. Je ne suis pas fan de thriller, je n’aime pas les scènes violentes et sanglantes, mais je dois dire que toutes les recettes du thriller sont là, et c’est orchestré de main de maître. Amateurs de frissons, ne passez pas votre chemin.

Karin Slaughter parle de la violence faite aux femmes, elle parle du coté noir de l’âme humaine, et surtout, elle nous renvoie à notre désir de sang, en tant que voyeur. Je trouve qu’il y a quelque chose de malsain à lire ce genre de livre, à nous faire rentrer dans la peau des personnages et à nous montrer des tortures que seul un esprit totalement malade peut imaginer.

Et si le livre fonctionne si bien, c’est parce que Karin Slaughter décrit la psychologie de ses personnages avec force de détails, n’hésitant pas à parler de leur passé, de leur famille, de leurs relations. Cela peut paraître un peu long, parfois inutile, mais c’est pour mieux nous asséner un coup derrière la tête avec une scène choc. L’auteur est aussi douée pour les scènes intimistes, que les scènes de violence que les scènes de tension. Alors, oui, c’est un sacré pavé, j’ai sauté quelques passages trop violents (les autopsies), mais j’ai été ému par certains passages, j’ai frissonné avec Will dans la caverne, j’ai compati et j’ai été révolté devant cette violence ignoble. Parce que Karin Slaughter met beaucoup de cœur dans son livre, beaucoup de persuasion, beaucoup d’émotion, beaucoup de noirceur dans sa vision de notre société.

Si je peux regretter ce rythme inhérent au genre, d’alterner les scènes choc avec les scènes tranquilles, l’ensemble est tout de même une sacrée expérience, et en ce qui me concerne la découverte d’un auteur qui défend sa cause avec courage, et qui permet de remporter l’adhésion grâce à ses intrigues et son style convaincants. Si vous êtes amateurs du genre, celui-ci est à placer au dessus de la pile. Genesis est tout simplement impressionnant.

A noter que Karin Slaughter se bat pour la défense des libraires et des bibliothèques. Vous pouvez lire le détail chez Livresque du noir.

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:52

Meurtre aux poissons rougesJe n’avais jamais lu de roman de Andrea Camilleri, mais par contre, j’adore carlo Lucarelli. Alors, quand les deux s’allient pour un polar au titre énigmatique, pas question de passer au travers !
A Bologne, de nos jours. Un homme est retrouvé assassiné chez lui par sa voisine. Il se nomme Arturo Magnifico, et il est allongé dans sa cuisine, étouffé par un sac plastique autour de la tête. A coté de sa tête, trois poissons rouges morts gisent sur le carrelage. Sur le cadavre, il manque une chaussure. Comme Arturo est allergique aux poissons, il est étrange de le trouver en compagnie de ceux-ci.
La policière Grazia Negro va enquêter sur cette affaire. Elle va demander de l’aide à Salvo Montalbano, célèbre commissaire sicilien. Elle va donc lui écrire pour lui décrire la scène du crime. Celui-ci va refuser la collaboration, car Grazia a inclus dans sa lettre des pièces officielles du dossier et il ne veut pas être impliqué dans un détournement de documents. De plus, sa compagne Livia est très jalouse.
L’enquête de Grazia va déranger du monde. Elle échappe à un attentat, quelqu’un ayant coupé les freins de sa voiture. Elle s’en sort pour quelques jours d’hôpital. La correspondance entre les deux policiers va continuer, utilisant les subterfuges les plus originaux pour que les lettres ne soient pas interceptées. 
Il vaut mieux ne pas en dire plus sur l’intrigue de ce livre qui comporte 150 pages, au risque de dévoiler la qualité de l’intrigue. Car ce roman est tout simplement remarquable, autant par l’intrigue, relativement simple, mais menée avec brio et avec une facilité déconcertante, que par la qualité de l’écriture qui nous fait progresser dans l’histoire passionnante avec beaucoup d’humour.
Car l’originalité de ce roman réside bien dans sa construction. Elle est faite de correspondances, d’extraits du dossier, de morceaux d’articles de journal ou de retranscriptions d’interrogatoires. Malgré cet aspect décousu, les deux auteurs arrivent à nous prendre par le bout du nez et nous empêchent de lâcher le bouquin avant qu’il soit fini.
Et on imagine bien la joie, l’euphorie des deux auteurs, qui ont construit le roman à distance, faisant comme leurs deux protagonistes principaux, en profitant pour glisser quelques croche-pattes, pour insérer des défis à son ami-co-auteur-concurrent-adversaire. Rarement je n’ai lu un roman aussi original, aussi bien construit, aussi passionnant. Chapeau, messieurs !

A noter le coup de coeur de l'ami Claude ici

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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