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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 10:00

InstallationPeut-on réellement résister à une telle quatrième de couverture ? Un roman qui parle d’ultra sécurité, de la transformation de la société, de la déshumanisation. Voilà les raisons qui m’ont poussé vers Installation.

Eva Einarsdóttir se sépare de son fiancé et rentre chez elle en Islande après avoir vécu à New York. Elle a connu un drame trois ans auparavant, ayant perdu son bébé de deux mois. De retour dans son pays natal, elle emménage dans un appartement ultra sophistiqué, avec toutes les nouveautés en terme de sécurité et de technologie. Mais son pays a bien changé, les pêcheurs ont disparu et cadres de banques et traders ont envahi la ville.

En contrepartie de cet appartement, elle doit s’occuper des plantes et du chat. Sauf qu’il n’y a ni plantes, ni chat dans le logement. Dans la chambre, au plafond, une moulure en plâtre en forme de masque semble la regarder. Difficile de dormir avec cette menace en face d’elle. Dans cette tour, seuls quelques habitants résident là. A commencer par une voisine qui devient très vite envahissante. Sans compter le gardien, qu’elle peut regarder à l’aide d’une caméra et qui se masturbe la nuit. Ainsi que des voisins, un couple, dont les conversations sont bien étranges.

Petit à petit, Eva va se renfermer sur elle-même, ne vivant que par les informations qu’elle regarde sur Internet, la télévision ou le programme qui retransmet les caméras de surveillance de la résidence. Les cauchemars apparaissent, la solitude s’installe comme quelque chose de rassurant, et elle se retrouve enfermée dans une tour qui ressemble à elle-même.

De la vie de Eva, on découvre petit à petit les événements, ceux d’une jeune artiste fainéante superficielle. Ce qu’elle reproche aux autres, c’est aussi ce qu’elle est elle-même. Puis le mystère s’installe, les voisins font connaissance, disent des choses qui sont en contradiction de ce qu’elle apprend le lendemain. Même l’amie de son ami, celui qui la loge, s’avère morte, suicidée.

L’ambiance devient bizarre, glauque, jusqu’à la deuxième partie où on navigue entre rêve et réalité, entre délires alcooliques et actes idiots voire dangereux. Les pièces changent de couleur, changent de forme, Eva subit des violences ou bien ce ne sont que des punitions. Est-elle victime de ses rêves, de ses désirs ou de séquestration. On nage en plein surnaturel jusqu’à un final surprenant.

Ce programme parait bien alléchant. Mais c’est sans compter l’écriture, bourrée de fautes de grammaire, de mots mal utilisés, ou de mots utilisés à la place d’autres. Est-ce de la faute de l’auteur ou bien du traducteur ? Je ne sais pas, mais certains passages sont agaçants, certaines expression involontairement amusantes et m’ont sorti de cette histoire. C’est en tous cas une histoire pas comme les autres, bigrement originale à mi chemin entre un huis clos et du David Lynch, dont je ne suis pas sur d'avoir compris la fin. Je n'ai pas trop aimé celui là, mais je relirai probablement son prochain roman. 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 19:30

Totally killerAprès le billet de Richard, il fallait bien que je lise ce roman, qualifié de politiquement incorrect. Avec un sujet dont l’idée, déjà vue, se révèle intéressante, cela faisait suffisamment de raisons pour découvrir Greg Olear.

Todd Lander se souvient. Il lui aura fallu 18 années pour oser coucher sur papier la vie qu’il a connue en 1991. A l’époque, il venait de finir ses études, rêvait de travailler dans le show business comme acteur ou comme scénariste. 1991, c’est aussi la guerre du Golfe, le père Bush aux commandes du pays et la crise économique qui laisse sur le carreau toute une génération de jeunes gens diplômés, ce qui créé chez eux une haine des baby-boomers.

En 1991, Todd vit de petits boulots, et partage son appartement avec Taylor Schmitt, une jeune femme belle et excitante, bourrée d’ambition. Taylor veut travailler dans le monde de l’édition et fait tous les bureaux de placement. Mais la réponse est toujours la même : « laissez nous votre adresse et on vous écrira ». Un matin, elle trouve une invitation d’une nouvelle agence Quid pro quo, dont le slogan est : « Un job pour lequel vous seriez prêt à tuer ».

Chez Quid pro Quo, elle rencontre Asher Krug, un cadre très élégant dont elle s’éprend. Du jour au lendemain, Taylor est placée chez un éditeur, pour un salaire beaucoup plus élevé que ce qu’on lui propose ailleurs. Elle est immédiatement en charge de la promotion d’un nouveau roman. Quid pro quo lui demande en contrepartie de ce travail, 20% de son salaire et une tâche et une seule : le licenciement d’une personne, c'est-à-dire l’assassinat de celle-ci.

A lire tous les billets qui fleurissent sur le net à propos de ce livre, on finit par se faire une idée préconçue de l’intrigue. Je dois dire que j’ai été un peu surpris, je m’attendais à un roman à l’humour débridé, très cynique et inconvenant. J’y ai plutôt trouvé un premier prometteur, une belle analyse de société et un auteur qui sait faire vivre ses personnages et qui sait sacrément bien écrire.

Car si le sujet est annoncé en quatrième de couverture, à savoir pourquoi ne pas tuer nos aînés pour que les jeunes aient du travail, j’ai trouvé un intérêt ailleurs dans cette intrigue : un très beau portrait de jeunes gens perdus face à leur entrée dans le monde du travail. Que ce soient Todd ou Taylor, nous avons deux personnages vivants, confrontés à leurs incertitudes, leurs doutes, leurs difficultés de tous les jours. Les Américains sont très forts quand il s’agit de parler d’eux-mêmes, mais quand c’est un premier roman, ça force le respect.

Et puis il y a le contexte. Sans être lourd ou répétitif, Greg Olear nous montre comment la vie était il y a vingt ans, seulement vingt ans ! Les gens sont les mêmes, les crises économiques sont les mêmes, les gens qui cherchent du travail sont les mêmes, mais la société a évolué d’une façon incroyable. Il sait nous plonger dans le passé de façon remarquable, avec ce détachement et parfois cette petite dose de cynisme qui fait sourire.

C’est aussi une belle démonstration de la guerre des générations, qui existait avant, qui existe aujourd’hui et qui existera demain. Place aux jeunes ! Et les personnages nous font des démonstrations tellement logiques que cela dépasse le simple coup de force littéraire, et il faut une bonne dose d’humour noir pour accepter certaines phrases qui vont du pur racisme à la logique de meurtres des gens haut placés. Ce n’est pas désagréable, mais surprenant de lire cela alors que l’on sort de vingt pages « sérieuses ». C’est un livre vraiment particulier qui donne à réfléchir. Et malgré quelques longueurs et un égocentrisme appuyé, c'est un bon premier roman qui laisse augurer une oeuvre à venir intéressante de Greg Olear.

Alors, n’y cherchez pas un thriller, mais une belle plongée dans les années 90, un roman à ne pas prendre au sérieux mais avec quelques belles réflexions. Et puis, cela vous donnera sûrement envie de lire Le couperet de Donald Westlake (qui est un chef d'oeuvre, plus que le film) dans le genre cynique, Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron dans le genre délirant ou Mort aux cons de Carl Aderhold pour rire et réfléchir.

De nombreux avis sont disponibles sur la toile, et parmi eux ceux des collègues Jean Marc et Jeanne. A vous de vous faire un avis.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 19:30

N'ayez crainteDe Elmore Leonard, cultissime romancier noir, je n’aime pas tout mais c’est une valeur sure avec une bonne intrigue et de formidables personnages. Son fils Peter Leonard débarque sur la planète avec un roman speedé.

A Détroit, Karen Delaney est un mannequin d’une trentaine d’années qui vit avec Lou Starr, le riche propriétaire de plusieurs restaurants. Un matin, ils se font braquer chez eux par deux minables Bobby et Lloyd. Cette incursion donne une idée à Karen : utiliser ces deux ratés pour cambrioler Samir fakir, son ancien mari, un prêteur sur gages qui lui a emprunté 299 560 dollars et ne lui a jamais rendu. Et Karen n’a aucun document pour prouver qu’elle lui a donné l’argent.

Pour réussir le vol du coffre fort de Samir, il faut juste trouver un troisième comparse en plus de Bobby et Lloyd. Le troisième larron s’appelle Wade, un énergumène que Karen rencontre et qu’elle embobine facilement. Ces trois truands sont tous à la recherche d’argent facile, et Bobby plus que d’autres puisqu’il est un malade du jeu et a de grosses dettes à rembourser. Quant à Lloyd, il sort tout juste de prison.

Samir est plutôt bien organisé. Et comme tout prêteur sur gages, il a des problèmes de remboursement. Alors il fait appel Ricky son neveu, Johnny un obsédé sexuel, et O’Clair un ancien policier qui a connu la prison avant de se reconvertir dans ce « métier musclé » avec succès. Ce soir là, trois hommes déguisés en policiers débarquent chez Samir, volent son coffre fort et tue un homme en le laissant pour mort. Nos trois comparses s’aperçoivent que le coffre est vide et Karen prend la fuite, poursuivie par Bobby et Lloyd.

logotwitterIl est bien difficile de ne pas faire de comparatif entre le père et le fils. Elmore Leonard est réputé pour être un auteur capable de bâtir des intrigues solides avec des personnages solidement décrits. Cela donne dans la majeure partie des cas des romans noirs bons voire très bons, n’ayant pas lu ses romans westerns. Ce qu’on peut dire c’est qu’Elmore Leonard prend le temps d’installer et la psychologie de ses personnages et son intrigue.

Peter Leonard, lui, n’a pas le temps. C’est un homme pressé. Il décrit une scène par un paragraphe, un personnage par une phrase, un dialogue par une ligne. Si on ajoute à cela que les chapitres sont courts, cela donne une impression de vitesse vertigineuse. Et comme le scenario est en béton et qu’il se passe quelque chose à chaque page, quand on ouvre ce livre, on ne le referme que bien tard dans la nuit.

Et des beaux personnages, on en a à la pelle dans ce roman : ils sont tous cinglés, désaxés, obsédés, tarés, avec plusieurs cases en moins. A la naissance, ils ont dû oublier de connecter deux neurones. Cela peut par moments impacter la crédibilité de certaines scènes mais la lecture en devient d’autant jubilatoire voire hilarante. Seule Karen, qui est parfois malmenée, arrive à manipuler, avancer ses pions, et s’en sortir.

Alors ce roman est à classer dans la catégorie des bons romans noirs, à la différence près que l’auteur a dû prendre des substances illicites pour écrire une histoire qui va aussi vite. La galerie des personnages tous aussi loufoques les uns que les autres en fait une lecture très agréable. Peter Leonard vient de se faire un prénom. Et un grand merci à BoB et aux éditions de l'Archipel pour la découverte d'un nouvel auteur.

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 19:30

Tank orin

Orin est un jeune auteur français qui m’a contacté pour donner mon avis sur son roman, qui est son deuxième après Aux quatre coins du cercle. Ce roman possède une vraie personnalité que je vais vous décrire.

« Le rédacteur en chef de Liberté Française m’a fait savoir qu’il porte plainte. En guise de réponse, je lui ai envoyé une boîte dans laquelle j’ai chié. » C’est ainsi que commence ce roman … surprenant.

Ce roman est écrit par un narrateur dont on ne connaîtra pas le nom. Celui-ci est un anarchiste coléreux et lâche, ce qui en fait un sacré mélange. Alors qu’il s’essaie à plusieurs métiers, il est en opposition avec toutes les règles. C’est alors qu’il pissait sur un mur dans la rue qu’il rencontre le rédacteur de chef du magazine Tank. Celui-ci lui propose un poste de journaliste.

Tank, un journal à la ligne éditoriale révolutionnaire voire anarchiste, se veut en guerre avec les fascistes de tout bord. Le narrateur se retrouve donc mêlé à une enquête sur un groupuscule, qui se termine mal : il est poursuivi par une bande d’allumés et fait par hasard la rencontre d’un Autrichien. Au début, leur relation était moyenne, mais ils doivent bientôt faire front pour retrouver le rédacteur en chef de Tank qui vient d’être enlevé.

Ce roman est, comme je le disais plus haut, surprenant. Nous y suivons les déambulations du narrateur, qui est entraîné de droite et de gauche dans une course poursuite ou une chasse à courre dont il est le gibier. C’est un personnage anarchiste mais pas spécialement violent, préférant fuir que se heurter aux décalés du bulbe qui lui en veulent pour cette mauvaise plaisanterie (le petit cadeau empaqueté). C’est un personnage qui globalement se moque de tout, en réaction contre la société, contre les institutions, contre les gens.

Le roman n’est pas vraiment un polar, ni un thriller, mais plutôt une course poursuite, suite de scènes où le narrateur rencontre des gens, où il est poursuivi par des nazillons belliqueux. Le style adopté est proche du langage parlé, avec des phrases courtes, des dialogues qui claquent, ce qui donne une impression de vitesse, ce qui fait penser à une personne speedée, stressée, comme si elle était constamment sous amphétamines. De plus, il y a beaucoup d‘humour (tout ce qui est féminin s’appelle Géraldine, prénom de sa première amoureuse à l’école, mais aussi la voiture de l’Autrichien ou même un chien) et en particulier des scènes très réussies telles celles du mariage ou celle de l’église, qui sont hilarantes et des moments de poésie (si, si !). Et le dernier chapitre est beau, il m’a touché, car tellement simple et rempli d’émotions.

Si l’ensemble se tient, si cela se lit vite, les qualités de ce roman sont aussi ses défauts. Le parti pris de l'auteur dans ce style direct peut paraitre jusqu'au boutiste, il est en tous cas original, au risque de laisser des lecteurs sur le bas coté. Et puis, le personnage principal n’est pas sympathique (mais est-ce un défaut ?) , et on a du mal à accepter ses justifications contre la police, la religion; c’est plutôt à prendre au deuxième ou troisième degré. Et on a l’impression que le livre ressemble plus à un assemblage de scènes qu’à une intrigue bien déroulée. C’est donc un roman sympathique et je serais curieux de confronter d’autres avis au mien … donc n’hésitez pas à me faire des commentaires.

Vous pouvez acheter le livre sur le site http://lemondedorin.free.fr/

Orin, l’auteur, accepte de se prêter à une interview de ses lecteurs, présents et futurs. Si vous voulez lui poser des questions, merci de les poster dans les commentaires et je publierai l’interview intégrale de Orin. Pour ma part, j'y travaille sérieusement.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 19:30

mortelles rencontresL’avantage d’avoir un blog, c’est de pouvoir rencontrer (virtuellement) des gens avec qui on n’aurait pas eu de contact autrement. L’auteur m’a contacté pour que je lui donne mon avis, et ce roman est à la fois très bon et une sacrée surprise.

Jamel est un jeune beur de la banlieue lyonnaise, qualifié de sérieux, travailleur et faisant des études à Lyon III. Cet été là, il a décidé de ne pas suivre sa famille en vacances au bled, mais de rester pour travailler et se faire de l’argent. Mais en terme d’activité, il a fait des photos d’une femme mariée et a rendez vous avec son mari pour toucher l’argent du chantage qu’il exerce. Lors de leur rencontre dans la cave d’une cité des Minguettes, l’homme égorge Jamel : On ne fait pas chanter Arlequin.

Christian Barnier est un ancien militaire, passé cadre par la suite pour être licencié économique. Au bout de deux ans de chômage, il a décidé de créer son agence de détective privé, et ce n’est pas un métier où on roule sur l’or. Le quotidien est la filature de femmes infidèles, de maris trompeurs pour faciliter des cas de divorce. Une jeune femme belle comme le jour fait son apparition. Elle s’appelle Sheraz et veut que Barnier trouve l’assassin de son frère Jamel, dont la police se moque.

Alors qu’il n’est pas trop motivé par cette affaire, il promet de faire le minimum. Après une brève visite au commissariat, il apprend que Jamel se livre à la prostitution. Cela ouvre le champ des suspects mais Barnier est surtout furieux que sa sœur lui ai caché cela alors qu’elle était au courant. Au nom de la justice, Barnier va quand même creuser cette affaire et se retrouver à la poursuite d’un tueur en série qui traque les femmes via les sites de rencontre sur Internet.

Richard Philippe nous a construit un polar classique, avec tous les codes du genre : une affaire dont la police ne veut pas, un détective privé qui s’il est sympathique, n’en est pas moins désabusé et impulsif, des femmes fatales dont on ne compte plus le nombre, et un contexte actuel très ancré et dans le réel et géographiquement, puisque tout se déroule à Lyon et dans ses alentours.

Ce qui retient l’attention du lecteur, et fait que cela se lit avec plaisir, c’est la qualité de l’intrigue. Les chapitres sont courts mais surtout remarquablement écrits, avec un bon dosage entre l’intrigue et les dialogues. Et puis, le personnage de Barnier, ce grand échalas qui prend sur lui avant d’exploser est facilement identifiable.

Il faut dire que, dans ce livre, aucune concession n’est faite sur notre société moderne. Sans pour autant prendre position, Richard Philippe nous narre un monde où les étudiants sont obligés de se prostituer pour payer des études toujours plus chères ou juste pour vivre. Ceux qui en profitent, les bourgeois, les nantis sont présentés comme des pervers qui peuvent se le permettre car jamais ennuyés par la police. Du classique, en somme, ou presque.

Et puis, Arlequin, ce chasseur sur Internet nous fait nous poser des questions. Quelle drôle de société avons-nous créé là ? Une société où les gens ne se parlent plus, où ils ne se rencontrent plus, sauf pour réaliser leurs fantasmes. Une société faite de barrières, entre ceux qui ont l’argent et qui vivent dans de luxueux appartements, et les autres entassés dans des cités dortoirs.

Alors Barnier regarde cela comme un témoin, voit sa ville et sa vie changer sans savoir ni comprendre où elle est ni où elle va. Ses motivations : Sheraz (même s’il est marié) et la volonté de bien faire son travail. Et quand la coupe est pleine, il gueule ! Décidément, c’est un polar contemporain, qui revisite les classiques, agréable à lire et bien sympathique.

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 19:30

Deux guides polars viennent de voir le jour, l’un édité par Virgin, m’autre par la librairie Decitre. Pour les fans du polar, ces guides sont surtout une curiosité, on y cherche les auteurs oubliés, les choix de romans sur lesquels on n’est pas d’accord, ou les auteurs qui ne devraient définitivement pas y être. Pour les novices, ceux qui veulent découvrir plus avant ce genre, ces guides sont une vraie mine d’information, et une source d’inspiration pour des lectures à venir.

Guide-polar-decitre.gifguide-polar-virgin.jpgLa FNAC s’y était essayé il y a quelques années par deux fois : La première version était plutôt bien et le volume 2 (ou mise à jour) moins intéressante. Si ces deux nouveaux guides sont différents par leur choix et leur présentation, ils sont tous les deux intéressants, voire complémentaires. Voici un petit inventaire de ce que j’y ai trouvé, lu, remarqué, aimé et regretté.

Dans les deux cas, il y est présenté une centaine d’auteurs avec un choix de roman pour chaque, et des livres du même style en supplément. Si le choix de certains romans me semble bien choisi, certains me laissent perplexes. Mais dans l’ensemble, je me dis que ce qui compte, ce sont les auteurs qui sont mis en valeur. Et cela vient compléter le guide des 100 meilleurs polars qui ont été chroniqués dans la revue 813.

revue-813-numero-108.jpg

Couverture et Présentation :

Chez Decitre, la couverture est superbe et très esthétique, et la présentation des livres me parait plus claire. Chez Virgin, c’est plus sobre avec des avis faits « maison ». A noter chez Decitre les avis de Franck Thilliez et chez Virgin plusieurs personnages connus (réalisateurs, écrivains, musiciens). Chez Virgin, les auteurs sont classés par ordre alphabétique, alors que chez Decitre, ils sont classés par genre.

Léger avantage pour Decitre.

 

Classification :

Il n’est rien de plus difficile que de classer le polar par genre. C’est un exercice casse-gueule et forcément décevant. Chez Virgin, on y trouve les catégories Intemporel, Enquête, Thriller, Roman noir, Décalé. Chez Decitre, ce sont Whodunit, Historique, Hard boiled, Roman noir, Suspense, Thriller, Affaires à suivre.

Avantage pour Decitre.

 

Les auteurs que l’on est heureux de voir :

Outre les auteurs devenus aujourd'hui classiques, tels David Goodis, Robin Cook, Dashiell Hammett, Harry Crews, Agatha Christie, Edgar Allan Poe, James Hadley Chase, on y trouve beaucoup de grands aux cotés desquels viennent s'ajouter de plus jeunes.

Je ne vais pas citer tous les auteurs mais je suis heureux d’y voir Chesbro, Jonquet, Robert Harris, Jean Claude Izzo, Manchette, Pouy, Pelecanos, Jim Thompson, Trevanian, Harvey, Westlake et Bunker. C’est la moindre des choses, me direz vous ? Que Nenni !

J’ai noté chez Virgin : Brautigan, Benaquista, Crumley, Frederic Dard, André Héléna, Gregory MacDonald, Elmore Leonard, Kem Nunn ou Don Winslow.

Chez Decitre, il y a Larry Beinhart, Lawrence Block, Antoine Chainas, DOA, Daeninckx, Karine Giebel, Donna Tartt, David Peace ou Marcus Malte.

Egalité donc car très complémentaires.

 

Les doutes :

Je ne suis pas sûr que certains choix aient leur place dans un tel guide, (même si les livres cités sont très bons, et si cela ne reflète que mon opinion.

Chez Virgin, il est curieux de voir Shane Stevens et Matt Ruff. Et où est passé Deon Meyer par exemple ?

Chez Decitre, que dire du Livre sans nom, Harlan Coben, Camilla Lackberg ou Steve Mosby.

Et dans les deux guides, sont passés aux oubliettes Dominique Manotti, Pascal Dessaint ou Jean Hugues Oppel par exemple. Par contre, des articles bien faits évoquent des auteurs qui auraient mérité leur place; je pense à Brett Easton Ellis par exemple.

Comme ceci ne représente que mon avis, égalité pour les deux.

 

Le prix :

Chez Virgin, c’est 4 euros. Chez Decitre, c’est 3 euros.

Avantage Decitre donc, même si je vous conseille d’acheter les deux.

 

Conclusion :

Le guide Decitre me parait plus exhaustif, plus agréable et moins cher. Courez l'acheter sur wwww.decitre.fr

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:30

Alex Pierre LemaitreDe Pierre Lemaître, j’ai lu avec effroi Robe de marié et avec intérêt Cadres noirs qui sont des romans aux intrigues finement ciselées avec des profils psychologiques fouillés. Voici donc le dernier en date : Alex.

Alex est une jeune femme comme les autres qui, cet après midi là fait les magasins. C’est une jeune femme sexy et élégante qui aime jouer avec son physique. D’ailleurs, elle se rend chez un vendeur de perruque et en achète une. En sortant, elle repère un homme, qu’elle croit avoir vu dans le métro. Puis, alors qu’elle mange dans un restaurant, elle devient sure qu’il la suit. Alors qu’elle rentre chez elle à pied, l’homme la tabasse, et la kidnappe à l’aide d’une camionnette blanche.

Le commandant Camille Verhoeven est chargé de l'enquête. Son chef, Le Guen, ne lui donne pas le choix, car Morel est en colloque à Lyon. Depuis la perte de sa femme enceinte à la suite d’un kidnapping, Camille ne veut pas s’occuper de ce genre d’affaire. Il accepte malgré tout d’assurer l’intérim pendant deux jours, jusqu’au retour de Morel. L’affaire s’avère particulièrement difficile car les témoins n’ont rien vu, et personne ne fait état de la disparition d’une jeune femme. Camille avance dans le noir.

Le ravisseur demande à Alex de se dénuder, avant de l’enfermer dans une cage où elle ne peut se tenir ni debout, ni assise. Le supplice est infernal et finit par l’épuiser physiquement. Il se contente de répéter qu’il veut la voir crever. De temps à autre, le ravisseur vient prendre des photos de Alex. A cela, il va ajouter des rats, qui vont jouer au « chat et à la souris ». Alex se rend compte qu’elle va avoir de grandes difficultés à rester en vie.

Je vous rassure, le roman n’est pas du tout, mais alors pas du tout ce que vous croyez. En lisant la quatrième de couverture et connaissant Pierre Lemaitre, j’avais peur qu’il nous fasse un roman proche des Morsures de l’ombre de Karine Giebel, parce que cela aurait été une redite et que Pierre Lemaitre aurait été capable de nous concocter des scènes pénibles et ignobles. Que nenni ! Si le roman commence comme je l’ai résumé plus haut, la suite devient beaucoup plus machiavélique et tordue.

Alors passons tout de suite sur les trente premières pages qui à mon avis détonnent par rapport au reste du roman. J’ai trouvé le style tellement balourd, maladroit, les petites phrases mal trouvées, que j’ai l’impression que l’auteur a eu du mal a commencer son histoire, parce que Camille est un personnage déjà rencontré dans Travail soigné et qu’il n’a peut être pas voulu en dire trop pour ne pas perdre de clients lecteurs. Je me pose la question. Toujours est-il que je n’ai pas aimé le début … et c’est tout.

Après, une fois lancé dans l’intrigue, les chapitres (de 5 ou 6 pages maximum) s’avalent à une vitesse affolante, et on se fait manipuler dans une histoire où seul Pierre Lemaitre sait où il veut nous emmener. Le fait d’alterner les chapitres, un pour Alex et un pour Camille, en centrant les descriptions sur le point de vue des 2 personnes ne nous aide pas à sortir la tête du guidon, mais nous plonge volontairement dans cette histoire. La méthode est connue mais bigrement efficace, et ça marche.

Les deux autres parties sont très différentes : Si la première est centrée sur la captivité de Alex, la deuxième est une course poursuite et la troisième un interrogatoire. Je ne peux pas en dire plus, si ce n’est que Pierre Lemaître s’avère à l’aise dans ces trois exercices. Et avec le scénario qu’il nous a concocté, quand on tourne la dernière page, on se dit qu’encore une fois, on s’est bien fait manipulé. Décidément, Pierre Lemaître est un auteur doué pour créer des histoires au suspense bien maîtrisé.

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:30

coup de foehnVoici un petit roman passionnant à bien des égards, publié par une petite maison d’édition réputée pour la qualité de ses titres. Celui-ci me permet d’ajouter un nouvel auteur à la liste des découvertes.

Sarah est une jeune fille juive de 16 ans, qui habite Marseille. Pour améliorer son niveau d’Allemand, rien de tel que des séjours linguistiques. Sa mère l’envoie donc en Suisse, dans la riche famille Gründlich, où elle sera jeune fille au pair. Pendant les deux mois de vacances estivales, elle s’occupera des jumeaux Max et Jonas. Si Sarah a été envoyée dans ce village, c’est parce que Samuel Seemann son arrière grand-père y vécut et y disparut pendant la seconde guerre mondiale.

La famille Grünglich est une riche famille de la Suisse allemande, qui règne en maître sur le village de Hübscherwald. Elle a fait fortune dans des domaines divers tels que le bois, le textile, et possède son propre journal local. Sarah va rencontrer l’un des journalistes Johann Kramer, dont elle va tomber amoureuse, alors qu’il a le double de son age.

Sarah veut juste en savoir plus sur son arrière grand père disparu, pour renouer avec ses racines, mais aussi pour faire plaisir à sa mère. Elle et Johann vont donc enquêter en douce, pour ne pas déranger l’ordre qui règne dans ce village suisse, balayé par le Foehn, le vent violent qui rend fou, et vont découvrir des vérités qu’il ne fait pas bon déterrer.

Parfois, il est utile de rappeler certaines choses que l’on a tendance à oublier trop vite. Prenez la Suisse : pays neutre par excellence, pays de la propreté, de l’ordre. Une fois que vous avez enlevé le vernis de surface qui rend tout joli, cela devient tout de suite moins beau. Le contexte est donc l’une des raisons qui font que j’ai lu ce roman avec avidité.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : Franck Membribe a choisi de narrer cette histoire en se plaçant dans la tête de Sarah. Et là, j’adore ! Il nous montre toute la légèreté, l’insouciance, l’irresponsabilité des actes d’une jeune adolescente qui croit avoir tout compris à la vie, et qui est rattrapée par la lourde et pesante réalité de son passé. A aucun moment, je n’ai douté de ce que je lisais, j’avais l’impression d’avoir cette gamine (pardon, je vieillis !) devant moi, qui me racontait son histoire. Ce fut une lecture passionnante.

Alors, ne passez pas à coté de ce roman, prenant, passionnant, raconté par une jeune fille sympathique. C’est un roman plein de tendresse, de noirceur, sans violence (c’est à noter) sur la bassesse humaine, sur la traîtrise, sur l’héritage, sur les liens générationnels. Et n’oubliez pas de passer voir le catalogue des éditions Krakoen, au passage.

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 19:30

Paradoxe du cerf-volantAprès L’été tous les chats s’ennuient, son premier roman, que j’avais bien aimé, j’avais dit que je ne raterai pas son deuxième. Voilà qui est fait avec ce paradoxe qui est, à mon goût, encore meilleur.

Pierre Couture est boxeur professionnel. Il a eu son heure de gloire, devenant même champion de France, avant de commencer à perdre. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur une énième défaite. Pour arrondir ses fins de mois, il est serveur au Café de la poste et s’entraîne le soir. Là bas, il retrouve les habitués du zinc, mais aussi son pote Sergueï, de père croate et de mère serbe, pour qui il a eu un coup de foudre d’amitié. Ces deux là sont inséparables, se confiant tout, toujours prêts à tout pour se sortir de la panade.

Sergueï pense que Pierre doit raccrocher la boxe, maintenant qu’il a 27 ans et lui propose un petit extra, légèrement illégal. Il connaît un dénommé Laszlo, qui prête de l’argent à des gens en difficulté. Quand ceux-ci oublient de rembourser, on leur envoie des durs qui sont chargés de les rappeler à l’ordre. C’est payé 100 euros, alors pourquoi pas ?

Pierre se retrouve donc avec La Fouine pour aller rendre visite à M.Arnoult. Après une petite séance d’intimidation, celui-ci veut sortir un pistolet. Pierre le met à terre d’un coup bien placé, La Fouine empoche le revolver, et ils s’en vont en laissant à Arnoult un court délai pour le remboursement. Pierre finit la nuit à écluser les bars et finit par dormir dehors. Le lendemain, deux flics débarquent à son travail et lui annoncent que Laszlo est mort d’une balle dans la tête et que ses empreintes sont sur l’arme. Pierre vient de mettre un doigt dans un engrenage qui va l’obliger à revenir sur son passé.

Je viens de refermer ce roman, de tourner la dernière page, d’abandonner Pierre, ce personnage si sympathique, et de quitter le Paris nocturne où il se passe tant de choses. Et je ne sais comment commencer mon avis. Alors je vais donc écrire la conclusion : Il faut que vous lisiez ce roman à tout prix, car c’est brillant à beaucoup de points de vue, que ce soit les personnages, le cadre, l’ambiance, le contexte et le déroulement de l’intrigue. Un formidable roman d'amitié, d'amour, de colère, d'innocence, de guerres, d'héritages familiaux. Si vous avez lu L’été tous les chats s’ennuient, celui-ci est encore meilleur.

Du premier, j’avais adoré cette façon qu’a Philippe Georget de décrire le quotidien d’un flic, délaissant l’intrigue pour creuser l’intimité, l’après boulot, les pensées et les doutes de son personnage principal. Et je lui avais trouvé quelques longueurs dans les descriptions, les dialogues. Mais l’ensemble emportait l’adhésion par la sincérité et l’originalité du point de vue.

Ici, on fait un virage à 180 degrés. Tout est organisé comme un combat de boxe, ou plutôt devrais-je dire 3 rencontres de boxe : le premier combat, la revanche et la belle. D’ailleurs, le roman est organisé autour de trois parties, découpées en 12 rounds, ce qui est la durée d’un match de boxe (pour ceux qui ne le savent pas). Mais que je vous rassure : si vous n’aimez pas la boxe, si vous n’y connaissez rien, ce n’est pas grave, car ce roman ne parle pas de boxe, la boxe ne sert que de contexte et de prétexte.

Le personnage principal de ce roman est marqué par son passé : séparé de sa femme qu’il aimait, arrivé à un âge où dans son domaine, on perce ou on arrête, orphelin ayant fait des bêtises de jeunesse, il ne veut se remettre en cause. Mais les événements vont en décider autrement, et il va devoir regarder son passé avec les yeux écarquillés. C’est tellement bien écrit, qu’on se met dans la tête de Pierre, on se laisse emporter, et avec des personnages secondaires aussi touffus et vivants, on a l’impression de vivre le cauchemar de Pierre.

Et que dire du style ? C’est direct, ça a du punch, ça vous fout des beignes dans la gueule (excusez le langage familier), comme un round de boxe : un direct, une tentative d’uppercut, et BING ! Un coup au foie. Le livre alterne entre moment fort et pauses (comme dans un match de boxe, quand les protagonistes doivent souffler), et puis ça repart de plus belle. Pierre est parfois comme malmené, entraîné dans les cordes, balancé de droite et de gauche comme une balle de flipper, avant d’avoir un éclair de lucidité et de redresser la tête.

Avec un fond historique de conflit Serbo-croate, où on apprend plein de choses, cela fait que ce roman est une petite perle bigrement originale dans son traitement et son sujet. Philippe Georget aime ses personnages et j’aime Philippe Georget pour cela. Ce deuxième roman est excellent, c’est un roman à lire, à ne rater sous aucun prétexte, foi de Black Novel. C’est le meilleur roman que j’aurais lu au mois de mars, dur, direct, plein d'humour et attachant.

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Published by Pierre faverolle - dans 2011
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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:30

Automne kallentoftAprès avoir lu et aimé les deux premiers tomes de cette tétralogie des saisons que sont Hiver et Eté, je ne pouvais que me jeter sur le dernier en date. Voici donc Automne de Mons Kallentoft.

Malin Fors, jeune femme inspecteur de 35 ans, a subi le contrecoup de l’enquête précédente, et a bien du mal à s’en remettre. Elle croyait que se remettre avec son ancien mari Jan et donner à sa fille Tove un foyer stable, résoudrait tous ses problèmes. Hélas, cela n’a fait qu’empirer son besoin d’alcool, à tel point qu’elle ne se sépare plus de sa bouteille de tequila. Lors du dîner de Noël, elle se fache avec Jan à propos d’une moutarde qui s’accorde mal avec le jambon, va même jusqu’à le frapper devant sa fille et s’enfuit.

Jerry Petersson est un riche avocat, qui a fait fortune en ouvrant son cabinet à Stockholm et en défendant des escrocs, tels que Jochen Goldman. Le nombre de ses ennemis est donc forcément important. Quand la famille Fagelsjö se retrouve sur la paille, Petersson voit l’occasion de revenir sur ses terres natales en leur rachetant le château de Skogsa. Petersson est un solitaire, il n’a ni femme, ni enfant.

Jerry Petersson avait donné rendez vous à deux chasseurs du coin pour le débarrasser de quelques cerfs. Mais, ce matin là, quand Göre Lindman et Ingmar Johansson débarquent au château, c’est pour découvrir le corps de Petersson flottant dans les douves. Petersson a été assommé et poignardé à plusieurs reprises. Malin va être obligée de mener une enquête difficile.

Forcément, je vais être obligé de comparer ce roman avec les deux précédents. Alors, comme les deux autres, le rythme est lent, l’intrigue complexe et essentiellement centrée sur les personnages, et la trajectoire des acteurs principaux continue à suivre la même ligne directrice. A lire cela comme ça, vous allez me dire : Rien de nouveau sous le soleil (enfin, en l’occurrence, il pleut tout au long de ce roman, le temps est humide et malsain !).

Je dirai : oui et non. Les personnages sont toujours aussi attachants, le style toujours aussi fluide et agréable à lire, les morts parlent toujours à Malin Fors, et l’ensemble est toujours aussi complexe et passionnant. La différence se situe ailleurs : Mons Kallentoft a choisi de littéralement entrer dans la psychologie de ses personnages. Là où auparavant on était centré sur Malin, il nous donne à lire les pensées de nombreuses personnes de Jan à Tove, de Sven le commissaire aux suspects ou à ses collègues policiers. C’est un roman très ambitieux, qui est parfois difficile à suivre pour le lecteur.

Et puis, il nous montre en Malin Fors un personnage torturé et complexe. Malin est devenue une personne seule, cherchant l’amour de sa fille mais rejetant le contact avec les autres, s’abrutissant l’alcool qui est devenu une drogue comme pour se forger un rempart. Il nous montre ses difficultés à communiquer avec les vivants, alors qu’elle suit le langage des morts, s’autodétruisant par manque de courage, par manque de volonté, par manque de solutions. C’est une jeune femme qui est malheureuse, victime du malheur qu’elle s’est créée. On la retrouve les yeux rougis, les traits bouffis, la démarche hésitante, la bouteille à la main, sans jamais que ce la n’apparaisse comme une caricature. Certains passages sont poignants de justesse, même si Kallentoft met la distance suffisante pour éviter des effets mélodramatiques qui auraient rangé son roman dans la case du ridicule.

Alors certes, on peut faire des reproches à ce roman, comme le début qui est long à démarrer, comme cette volonté d’être parfois trop explicite sur les pensées des personnages et donc d’être un peu balourd. Mais l’ensemble se révèle à nouveau une enquête policière fort bien menée, avec un style qui permet de la rendre passionnante et un personnage féminin dont la profondeur est rare. Il me reste juste une impression non pas de déception mais une sensation mitigée. Et je me dis qu’il va être bien difficile de conclure en un seul roman le trajet de Malin, ce qui amène un sentiment de curiosité et d’attente pour Printemps, le dernier tome de la série qui devrait sortir cette année.

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Published by Pierre faverolle - dans 2011
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