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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 19:30

artères souterrainesVoici un livre qui m’a été conseillé par ma librairie préférée, la librairie 4 pages plus tard, à Montgeron. Comme je suis une bille en bande dessinées et comics (à part Alan Moore et Frank Miller), je vais vous parler de ce livre sans a priori aucun. Voici donc Artères souterraines de Warren Ellis.

Michael McGill est un détective privé new-yorkais qui attire la poisse, un aimant à merde comme on l’appelle. Un matin, sa rue est surveillée par des Men in black, puis une voiture débarque. Un petit homme héroïnomane en sort et se dirige vers son bureau. Il se présente comme étant le chef de cabinet le Maison Blanche.

Il lui propose de retrouver l’original de la deuxième constitution des Etats-Unis, écrite par des extra-terrestres. Celle-ci a été dérobée 50 ans plus tôt, et change de main en l’échange de services divers. Cette constitution comporte vingt trois amendements qui permettraient d’éviter la déchéance du pays, voire du monde. Et quand on ouvre le livre, une fréquence de 18 hertz donne un effet attractif à celui qui le lit. Pour cela, on lui offre un demi million de dollars, ce qui tombe bien pour un homme qui a sur son compte en banque la modique somme de trois dollars.

En sortant de chez lui, il tombe sur une mendiante qui écoute les voitures. Elle est capable de lire l’avenir et lui promet de nombreux voyages ainsi que la compagnie d’une femme. Il décide donc de suivre une piste vieille de trois ans, en débarquant dans un vieux cinéma où se réfugient les adorateurs de lézards géants. Leur hobby est de se projeter des films de Godzilla tout en se masturbant dans la salle.

Là il rencontre Trix, une jeune étudiante qui écrit une thèse sur les déviances de nos contemporains. Ils décident de faire équipe et vont rencontrer des gens aussi bizarres que des drogués, des gens qui s’injectent de l’eau saline dans les testicules, des fous de toutes sortes, des frappés paranoïaques …

Ne connaissant pas l’auteur, j’ai été un peu surpris. Car on croit nager en plein rêve, ou en plein cauchemar pendant tout le livre. Warren Ellis noue une intrigue basée sur le monde derrière le décor. Dès le premier chapitre, le personnage que l’on croyait un peu à coté de la plaque (Mike McGill) s’avère la seule personne saine d’esprit. Et on a droit à une sacrée bande de cinglés tout au long du bouquin. Et plus le livre avance, plus ils sont cinglés.

Si les dialogues sont bien faits, l’intrigue souffre du fait que Warren Ellis fait plus un collage de scènes et de rencontres avec des personnages qu’une histoire « normale », avec des transitions évitables. Ça ressemble à un pactchwork de scènes et on a l’impression de lire un scenario de film ou … de bande dessinée. Ceci dit, c’est un petit reproche, car je dois avouer que cela se lit très bien, avec un style plus parlé que littéraire.

Mais la grande qualité de ce livre, c’est l’humour. Ce roman aurait pu plonger dans le ridicule, à force d’aligner les pervers, les scènes trash, les propos irrévérencieux. Sans ces moments de franche rigolade, je me serais ennuyé. J’ai ri aux éclats souvent, ce qui m’a aidé à ne pas prendre ce livre au sérieux. Et même dans les dialogues entre Mike et Trix où ils parlent de morale, on sent que le but n’est pas de faire réfléchir mais de divertir.

Donc vous voilà prévenu : si vous n’avez pas peur des sodomisateurs d’autruches, ni de scènes sales, ni de propos grossiers et décalés, et si vous voulez passer un bon moment de rigolade, alors ce livre est pour vous. Sinon, passez votre chemin.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:00

corbeau de Caroline

Voici un nouvel auteur à épingler sur ce blog. Et voici une agréable enquête mystérieuse à souhait, qui se lit avec plaisir, publiée aux éditions Azimuts, maison d'édition belge.

Kenneth Moore et sa femme Kimberley habitent à Kinross Circle, dans un petit lotissement proche de Charlotte, en Caroline du Nord. Leur couple ne va pas très bien depuis que Kimberley a fait une fausse couche. Elle semble se renfermer sur elle-même, perdant goût à tout. Un matin, une lettre manuscrite sur un papier ancien se trouve dans leur boite aux lettres. Cela ressemble à un extrait de journal intime d’une petite fille qui dit qu’il fait très froid dans sa maison. Quelques heures plus tard, Kenneth s’aperçoit que l’on a arrêté la chaudière.

Le lendemain, Kimberly veut nager dans la piscine. Quand elle s’en approche, elle s’aperçoit que l’eau est rouge. Dans la boite aux lettres, ils trouvent une lettre manuscrite identique à la première : la petite fille raconte un passage de la bible où Moise prévoit les dix plaies d’Egypte et où il transforme la mer en sang. La police convoquée s’aperçoit qu’on a versé un colorant rouge dans la piscine mais ne peut rien faire d’autre que recevoir leur plainte.

Le lendemain, Kenneth a un rendez vous important où il doit présenter un rapport préliminaire à un client qui veut faire une importante fusion d’entreprises. Vingt minutes avant la réunion, le rapport, bien rangé dans son tiroir, a disparu. Le dossier sauvegardé sur le réseau de l’entreprise a été effacé. Le soir même, une lettre manuscrite raconte comment la petite fille a été punie pour avoir perdu le cahier d’un camarade. La police ne pouvant rien faire, ils décident de faire appel à une nouvelle agence de détectives privés : Olsen et Wright.

Lisa Olsen et Wilbur Wright viennent de créer leur agence et se sont débrouillés pour que Google fasse apparaître leur nom en premier lors d’une recherche. Ce sont deux jeunes gens inexpérimentés face à une enquête bien réelle. Et les difficultés vont se révéler bien nombreuses au fur et à mesure du déroulement de cette affaire, dont les racines se situent dans le passé.

Dire que ce livre m’a apporté beaucoup de plaisir est un euphémisme. Les personnages de Lisa et Wilbur m’ont semblé facilement sympathiques et j’ai suivi l’intrigue avec beaucoup d’intérêt. Une intrigue que l’auteur maîtrise de bout en bout et qu’il conduit grâce à de nombreux rebondissements plutôt qu’en s’appesantissant sur des descriptions ou des ambiances. Mais l’auteur sait ménager son suspense et son mystère jusqu’à la dernière page.

Car le style de Michel Dejolier est volontairement axé sur les dialogues. Cela évite de donner trop de détails, et comme les phrases sont soigneusement construites et les mots soigneusement choisis, l’atmosphère générale qui en ressort est un gigantesque brouillard (pour nous lecteurs), et un déroulement bigrement passionnant. Car on s’aperçoit que les coupables peuvent être nombreux, du collègue de travail aux voisins, ou simplement des inconnus qui ont une rancœur envers Kenneth et Kimberley. Et on n’arrive pas à connaître leur histoire, si ce n’est à travers ce qu’ils veulent dire à Lisa et Wilbur.

Je me suis retrouvé donc dans la position de nos enquêteurs, dans le flou le plus total, en me disant que l’auteur me menait par le bout du nez, mais comme c’était plaisant ! J’aurais juste aimé en savoir un peu plus sur Lisa et Wilbur, plus de profondeur dans les personnages, j’aurais aimé que Wilbur soit plus présent car par moments, j’ai trouvé beaucoup de similitudes avec Patrick et Angela (vous voyez de qui je veux parler) avec leur humour, leur relation, leurs attitudes. Un roman bien agréable en somme que j’ai lu avec plaisir.

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 19:39

Le dernier deboutLes éditions du Lamantin m’ont proposé de lire un roman de leur nouvelle collection consacrée au roman noir, et qui s’appelle, avec beaucoup d’humour, Le lamantin des profondeurs. Evidemment, c’est aussi l’occasion de découvrir un nouvel auteur, et c’est un roman que j’ai trouvé attachant pour des raisons personnelles dont je vais vous parler.

25 novembre 1989 : Le match de rugby France – Nouvelle Zélande bat son plein. Le score est serré, les deux équipes se rendent coup pour coup. Quand Marin Malvie contre un dégagement Black et récupère le ballon ovale. Il court vers la zone promise avec pour seul obstacle l’arrière de l’équipe adverse, qu’il arrive à éliminer. Au moment de plaquer le ballon dans l’en-but, un néo-zélandais le propulse en touche, lui déboîtant l’épaule. Marin est sorti sur civière et aperçoit dans les tribunes son frère, Malo, qu’il croit mort depuis 15 ans.

Marin Malvie est un jeune homme qui, malgré de nombreux drames familiaux, a réussi à se construire un mental de combattant. Son grand père a connu la déportation lors de la seconde guerre mondiale, son père était résistant. Son frère meurt par noyade lors d’une sortie en mer en 1974 et ses parents disparaissent tragiquement dans un accident de voiture juste trois semaines après. Contre l’avis de sa famille, il a mené seul ses études de journalisme pour devenir aujourd’hui journaliste indépendant et joueur de rugby international.

L’apparition de son frère va bouleverser la petite vie bien rangée de Marin, batie autour de Sophie sa femme et Marie sa fille. Il va mettre entre parenthèse sa vie professionnelle et ses entraînements de rugby pour répondre à la question qui va l’obséder : retrouver son frère, qu’il croit mort depuis 15 ans. D’ailleurs, il trouve dans les tribunes, à la place où son frère était assis, un prospectus de vente aux enchères de livres d’Antoine Artaud, le poète préféré de son frère.

Un homme trône en haut des tribunes du Parc des Princes vides, regardant Marin récupérer le prospectus. Il s’appelle Antoine Bévilaqua, dit Le bœuf. Il est tueur professionnel depuis plus de 40 ans au Chenil. Le chenil, c’est le surnom « affectif » donné à un service occulte de la cinquième république, dont la fonction est d’executer les basses œuvres du gouvernement. Le Bœuf est à la poursuite de Malo, suivre Marin est une chance inespérée de réussir sa mission.

J’ai beaucoup de tendresse pour ce roman, pour une raison toute personnelle : il se déroule dans le quartier où j’ai grandi, à une époque où j’y habitais. Ce petit quartier si calme du 9ème arrondissement, situé entre Pigalle et Barbès est un des personnages principaux de ce roman pour moi. Cela m’a replongé dans un moment de nostalgie et je remercie l’auteur pour cela.

Et Marc Zuber a dessinés quelques beaux personnages. Par son sens du détail, autant sur leur passé que sur leur psychologie, on a droit à un duel à distance entre le bon (Marin) et le méchant (Le Bœuf). La structure est classique, passant d’un personnage à l’autre, agrémenté de personnages secondaires qui sont plutôt au second plan. Et la force de ce roman, c’est de nous tenir en haleine pendant cette chasse au fantôme, nous rappelant par moments le spectre de Malo.

Marin et Le Bœuf sont deux obsédés, lancés à cœur perdu dans une quête de l’impossible ou du moins de l’improbable. Marin trouve un objectif lié aux liens du sang, qui devient un challenge pour lui qui réussit tout. Le Bœuf y voit une dernière affaire pour un homme qui n’a jamais rien raté. C’est l’histoire du gibier, suivi par le chasseur suivi par le chasseur. Et s’il y a relativement peu d’actions, on suit avec plaisir la dérive de ces personnages à travers leurs joies, leurs doutes, leurs espérances, leurs amours, leurs haines.

Le gros atout de ce livre, c’est son style. Car dès le début, on voit que Marc Zuber est à classer dans les littéraires. Les phrases sont bien construites, les situations décrites dans le détail, les personnages ont un vécu détaillé et une psychologie fouillée. Si vous cherchez un roman rapide à lire, avec des phrases courtes, ce n’est pas le bon livre pour vous. De même, il y a peu de dialogues, la priorité étant donnée aux états d’âme et aux sensations.

C’est aussi le petit reproche que je ferai à ce livre. Son style fait de belles comparaisons, de digressions, de grandes descriptions m’a parfois fait sortir de l’intrigue. Je suis resté ébahi par certaines phrases, certains paragraphes, tellement bien écrits que j’en oubliais l’histoire. De même, parfois, cela a tendance à étouffer les émotions (sauf quelques moments forts), j’ai clairement ressenti la retenue d’un auteur qui écrit son premier roman.

Mais ce ne sont que de petits reproches face à un roman qui se lit tout seul, face à un premier roman qui en appellera sûrement d’autres. Ni roman policier, ni roman d’action, ni course poursuite, ni roman d’espionnage, ce roman nous propose une belle histoire de famille ancré dans l’histoire contemporaine et restera pour moi un agréable voyage dans le quartier de mon passé. Merci M. Marc Zuber !

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 19:36

ruptureVoici donc ma première lecture dans le cadre de la sélection automnale de Polar SNCF. Cette année, je peux dire que les sélections auront été d’un très bon niveau. J’ai commencé par Rupture de Simon Lelic sur l’insistance de Cynic dont vous pouvez lire l’avis ici. Un livre à ne rater sous aucun prétexte.

Dans un collège britannique très coté, une réunion où sont conviés les élèves et les professeurs a lieu dans le gymnase. Un des professeurs, Samuel Szajkowski, sort un pistolet et ouvre le feu. Trois enfants et un professeur, Veronica, sont touchés et meurent sur le coup. Puis, Samuel retourne l’arme contre lui et se suicide.

Lucia May est l’enquêtrice chargée de cette affaire. Au-delà des faits, dont elle connaît le coupable, elle va cherche à trouver les responsables. Car Samuel était certes un individu terne, hésitant à donner franchement son avis, ayant des difficultés à lier des relations. Il était passionné de peinture et accordait tant d’importance au fait d’inculquer l’histoire. C’était sa fierté de faire ce beau métier.

Mais aux yeux des autres, Samuel était différent donc bizarre. Le directeur se dit persuadé que c’était un cinglé, et qu’il en avait eu la sensation dès son embauche. TJ le professeur de sport l’avait tout de suite pris en grippe, croyant que Samuel n’était qu’un intellectuel de plus qui dénigrait le sport. Maggie, la professeur de musique est probablement celle qui l’a le mieux connu, le fréquentant en dehors des cours. Mais, même elle, qui est devenue son amante, le trouvait taciturne, distant et mystérieux.

Lucia May va donc démêler les fils, pour comprendre que coupable ne veut pas dire responsable. Elle va se heurter à son supérieur qui veut rapidement classer l’affaire. Pour lui, ce n’est rien qu’un fait divers tragique, dont le coupable est connu et puni. Il lui donne trois jours, avant de lui demander de passer à autre chose. Petit à petit, Lucia va mettre à jour les humiliations et les petites mesquineries qui ont conduit Samuel à commettre un tel acte, quitte à mettre en danger sa carrière.

Ce roman est une franche réussite. Le personnage de Lucia May est extrêmement bien décrit. Cette jeune personne d’une trentaine d’année, qui sort d’une rupture amoureuse, laisse parler son cœur plutôt que son instinct professionnel. Devant les faits froids, marquants et dramatiques, elle y voit l’occasion de se remettre en cause, et par là même de remettre en cause le système, autant judiciaire que scolaire. Car toute la question du livre qui nous tient en haleine est simple : nous connaissons le coupable, mais qui est responsable ?

La structure et le style aident beaucoup à dévorer ce roman, tant tout est fait pour jouer sur les sentiments. Outre ceux de Lucia, Simon Lelic incorpore dans son récit les témoignages des gens interrogés, du directeur aux collègues de Samuel, des enfants à la sœur de Samuel. Ces chapitres sont très bien faits, sans qu’il y ait les questions de l’inspectrice, ce qui ne gène en rien la compréhension, mais rajoute une note dans la véracité du passage.

Il y a les personnages secondaires, très bien faits, bien vivants, qui ont tous une part importante dans le déroulement de l’intrigue, en particulier Walter le collègue de Lucia qui la harcèle sexuellement au bureau et qui la place dans la même situation que Samuel ou son ami avocat Philip qui lui rappelle de ne pas mettre d’émotion dans son travail, de se contenter d’analyser et reporter les faits.

Et puis, c’est une charge en règle contre l’éducation britannique (seulement ?) qui considère qu’un professeur a forcément l’autorité nécessaire face à ses élèves, et donc qu’il n’a pas besoin d’être conforté dans cette position;  il y a les discours affligeants (c’est mon avis) du directeur qui avoue qu’il ne sert à rien de chercher à comprendre un élève perturbateur, qu’il faut lui laisser terminer sa scolarité et qu’ensuite il ira toucher ses indemnités de chômage; Il y a tous ces professeurs censés donner l’exemple, être ouverts, accueillants envers les autres, qui rejettent et martyrisent l’un des leurs parce qu’il est étranger, différent, froid, renfermé, solitaire, introverti, ces professeurs qui sont plus puérils et gamins que leurs propres élèves, jusqu’à en être des monstres responsables; il y a ce système que tout le monde est prêt à laisser mourir, au nom de l'opportunisme personnel.

Et derrière tout cela, il y a un homme et un drame. Cet homme dont on ne connaît ses émotions que par la façon dont les autres le voient, que par l’image dont Lucia s’en fait. Jamais il n’intervient autrement que par le discours d’un autre, mais on arrive à se brosser un portrait de cet homme tellement fier d’inculquer l’histoire à des élèves, qui avait le défaut de ne pas rentrer dans le format standard d’un professeur britannique.

Rupture est le premier roman de Simon Lelic. Cela en devient d'autant plus impressionnant. Vous l’aurez compris, Rupture de Simon Lelic est un livre tout en finesse et en subtilité à lire. Urgemment.

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 19:22

Road dogsQuand on hésite sur le prochain livre à lire, il ne faut jamais oublier les maîtres. Elmore Leonard fait partie de ces incontournables auteurs prolifiques qui savent raconter des histoires. Road dogs est un très bon roman d’un auteur que j’avais un peu laissé de coté et c’est un tort.

Jack Foley est un braqueur de banque qui a à son actif plus d’une centaine de larcins. Sa qualité est indéniablement le charme qu’il opère auprès des caissières. Nous le retrouvons en prison, avec une peine de 30 ans à purger puisqu’il a été repris après une tentative d’évasion ratée. Il a pris sous sa protection un Cubain, ancien gogo dancer qui s’appelle Cundo Rey.

Cundo est un homme riche. Il achète des maisons dans des coins qui sont amenés à prendre de la valeur, puis les revend avec un substantiel bénéfice. Il a un homme de main qui réalise toutes ses transactions et ses activités illégales, en la personne de Little Jimmy, cubain comme lui qui lui est dévoué corps et âme. Une des activités de Cundo est l’arnaque de personnes âgées, aidé en cela par sa femme Dawn Navarro, qui fait semblant d’avoir des dons de voyance extralucide.

Cundo doit bientôt sortir de prison grâce à une avocate géniale (mais chère), Megan Norris. Celle-ci, charmée par Jack, réussit à retourner le témoignage de Karen Sisco, un officier fédéral, qui était tombée amoureuse de Jack lors de son évasion. Sa peine est réduite à sept ans, ce qui fait qu’il va bientôt sortir, Cundo devant sortir quinze jours plus tard. Cundo propose d’héberger Jack dans une maison située en face de celle de Dawn, à Venice Beach, et de tout lui payer.

Jack et Dawn vont tomber amoureux, ou du moins faire l’amour. Jack sait bien que Cundo veut l’utiliser alors qu’il ne rêve que de s’exiler. Dawn voit en lui le partenaire idéal pour voler tout l’argent de Cundo. Little Jimmy sent bien qu’il a un coup à jouer et qu’il peut récupérer plus que les petites sommes qu’il détourne à son profit. Mais un agent fédéral, Lou Adams, va poursuivre jack Foley, obsédé qu’il est de mettre sous les verrous l’un des plus ingénieux braqueurs de banque.

Ce livre est l’exemple même du talent d’un grand auteur. Prenez une situation classique, ajoutez des truands, une femme fatale, un flic acharné, saupoudrez de relations troubles entre tous les protagonistes, et vous obtenez un suspense prenant dont l’issue est extrêmement incertaine. Car la grande question qui suit tout ce livre, c’est : Qui manipule qui ?

Avec un style fluide, une psychologie complète des personnages et un enchaînement génial des actions, Elmore Leonard démontre tout son art sans forcer. A croire que, pour lui, c’est naturel, inné. Quand je parle de plaisir de lecture, ce livre en est l’illustration même. A priori, rien d’extraordinaire dans le sujet, rien de génial dans les situations, juste une histoire qui part de zéro et qui se termine comme elle doit se terminer (bon, je ne vais pas tout vous dire non plus !). Et une fois qu’on a tourné la dernière page, on ne peut que se dire : « c’était vachement bien ! ».

Quand on ne sait pas quoi lire, quelle bonne idée de reprendre les grands auteurs de romans noirs. Elmore Leonard fait partie de ceux là, et Road dogs est un très bon bouquin qui vous fera passer un très bon moment. N’attendez plus, allez l’acheter de ce pas, lisez Elmore Leonard !

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 19:08

Bouche qui mangeAprès avoir lu, avec beaucoup d’enthousiasme son précédent roman, qui s’appelait La vie est un sale boulot, je ne pouvais manquer La bouche qui mange ne parle pas. Et voici un bon polar qui va plus loin que le précédent.

Solo sort de prison après avoir purgé une peine de trois. En effet, il a été enfermé pour le meurtre d’un homme par erreur : Il venait de réaliser un beau coup avec son pote Kenzo, et buvait du mousseux avec une jolie gossette. Alors qu’il était parti faire le plein, un homme prit sa chaise. Solo lui demanda de s’en aller mais l’autre ne voulut rien savoir. Alors il lui cassa les bouteilles sur la tête et l’homme mourut.

Comme l’argent coule vite à Libreville, Solo a vite besoin d’argent. Il débarque donc chez son cousin Tito, qui tient un garage, mais c’est plutôt une couverture. En arrivant, il rencontre la petite bande de délinquants, amis de Tito, qui se nomment Joe, Fred, Jimmy et Dodo. Chacun regorge d’idées pour faire de petites arnaques pour récupérer de l’argent. Tito propose à Solo de voler une voiture pour servir de chauffeur dans une affaire qu’il fait avec Youssef. Il devra conduire et surtout garder le silence.

Les autres petits truands de la bande ont tous leur petit business. Joe et Fred font dans le chantage auprès de femmes mariées, dont ils ont pris des photos embarrassantes. Dodo et Jimmy envisagent pour leur part un braquage de la banque Western Union. Enfin, Kenzo travaille sur une arnaque auprès d’un banquier, qui entretient l’amante de Kenzo, et celui-ci fait appel à Solo pour jouer le rôle d’un Libérien capable de fabriquer des billets de banque.

De l’autre coté de la ligne jaune, il y a les policiers Koumba et Owoula. Ils sont sur une affaire de meurtres rituels de jeunes enfants. Ceux-ci sont retrouvés dépecés, et la police est persuadée qu’ils ont été victimes de marabouts à la solde de politiciens. Leur enquête avance doucement, entrecoupée de petits arrangements avec de petits larcins qui permettent à Koumba et Owoula de récupérer de l’argent.

Janis Otsiemi nous refait le coup de l’autopsie de la société gabonaise, une société gangrenée à tous les niveaux par la corruption et la malhonnêteté. Car tout y est bon pour récupérer de l’argent, le seul et unique leitmotiv de tout le monde. Si on avait l’habitude des policiers corrompus, arrêtant ceux qui font des excès de vitesse pour récupérer un paiement en liquide, on assiste ici à des dessous de table de plus grande envergure, avec une implication jusqu’au plus haut niveau de l’état.

Par rapport à La vie est un sale boulot, on retrouve les thèmes, les personnages et la construction classique d’un roman noir. Mais la grosse originalité de Janis Otsiemi tient en deux éléments qui donnent un énorme plaisir à la lecture de ses livres. La construction est ici plus complexe, avec plus de personnages tous formidablement vivants, réalistes et l’on suit la logique de la narration avec étonnement si ce n’est de l’effarement. Je me doutais de la corruption mais Otsiemi nous montre qu’elle a lieu à tous les niveaux et que cela devient parfaitement naturel, une sorte de moyen de survie pour tout un chacun.

Enfin, il y a le style de Janis Otsiemi. Ecrire dans le patois gabonais, tout en étant explicite pour nous, gens de la métropole est un exploit. Cela en fait un livre extrêmement plaisant, voire drôle à lire par moments. Cela nous fait voyager dans ce pays, on ne nous montre pas la façade touristique, mais ce qu’il y a derrière le décor. Ce livre est tellement bien fait que j’ai eu l’impression de lire un reportage, ce qui m’a fait froid dans le dos ; cela m’a impressionné de voir un pays entraîné dans la spirale infernale de la corruption. Décidément, Janis Otsiemi confirme de la plus belle des façons qu’il est un auteur à suivre et vous auriez tort de laisser passer cette chance de lire un livre au style direct, acéré et coloré. Un mélange exotique et détonnant.

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 18:30

En ce sanctuaireC’est toujours avec un énorme plaisir, voire une impatience démesurée et en-ce-sanctuaire-2.jpgpuérile que je retrouve mon ami Jack Taylor. Dès que j’apprends la sortie de ses prochaines enquêtes, je note la date de sortie sur mon agenda, et je me précipite chez mon libraire. Celui-ci m’a été prêté par Coco en avant première, et je ne le remercierai jamais assez, même si j’irai quand même l’acheter le jour de sa sortie.

Jack a vendu son appartement et se retrouve à la tête d’un beau petit pactole, avec lequel il envisage d’aller vivre aux Etats-Unis. En attendant, il loue un appartement beaucoup plus petit que ce qu’il avait auparavant, la faute à la hausse des prix complètement folle de l’immobilier. Un matin, il reçoit une lettre qui lui annonce la mort prochaine de deux policiers, une nonne, un juge et un enfant. Cette lettre est signée Benedictus. Encore un allumé !

N’écoutant que son grand cœur, il va voir le surintendant Clancy, son ancien collègue et ami, pour qu’il enquête, d’autant plus qu’un policier du nom de Flynn vient d’être retrouvé mort, écrasé par une voiture. Comme Clancy pense à un délit de fuite, et qu’il n’a pas l’intention d’écouter Jack, Jack demande à Stewart, son ancien dealer, de l’aider à retrouver l’assassin.

En parallèle de cette affaire, qui va le toucher de très près, son nouveau voisin de palier, Albert, homosexuel notoire, se plaint d’un groupuscule ayant pour but de se débarrasser des « déviants ». Puis, un riche propriétaire terrien fait appel à lui pour retrouver le poney de sa fille que l’on vient d’enlever, et contre lequel il est demandé une rançon.

A nouveau dans ce roman, Ken Bruen montre et dénonce les travers de la société irlandaise, qui court après l’argent. Cette Irlande qui est la plus riche d’Europe, perd toute notion de la réalité, perd aussi ses fondamentaux, ses croyances, au nom de l’argent roi. Mais elle conserve en son sein les mêmes allumés, les irréductibles, les derniers s’une culture amenée à disparaître. Et on retrouve tous ceux que jack connaît côtoie et aime.

Comme d’habitude chez Ken Bruen, les trois enquêtes vont se mêler les unes aux autres sans que l’on ressente un doute ou sans que l’on soit perdu. Comme d’habitude, Jack va payer de sa personne, et l’intrigue va se révéler bien éprouvante pour notre héros. Comme d’habitude, Ken Bruen nous montre toute l’étendue de son talent (son génie !) pour faire vivre des personnages, décrire des lieux en une phrase, pour nous passionner avec ses petites et grandes histoires.

Ce nouveau tome est dans la continuité des autres, avec un niveau très proche des autres, ce qui veut dire qu’il est très bon. L’enquête principale m’a paru d’une facture plus classique, et j’ai l’impression d’y avoir ressenti plus d’humour. J’ai ri plus d’une fois, surtout avec les remarques acerbes de Jack sur l’évolution de la mentalité des gens, de leurs mœurs, de la société irlandaise.

Quand on lit un livre de Ken Bruen, on se dit que c’est facile d’écrire un livre, tant tout semble évident, trivial, logique. Et, comme j’ai déjà du l’écrire ici sur Black Novel, c’est là tout le génie du bonhomme : raconter des histoires tellement réalistes qu’elles deviennent triviales. Vous pouvez, vous devez vous immerger dans ce cycle Jack Taylor, il y a une réelle cohérence du premier au dernier tome, et il faut vraiment les lire dans l’ordre car il y a une progression intéressante dans les personnages et dans le style.

Une rumeur dit que ce serait le dernier tome des enquêtes de Jack Taylor. Espérons que Jack fasse ses adieux comme Johnny Halliday ou les compagnons de la chanson. En tous cas, j’ai de la chance, il m’en reste un à lire. Il est sur ma table de nuit. Lisez jack Taylor, vous ne le regretterez pas. Ce roman sera en vente dès demain matin. Pour finir, un petit message personnel : merci Coco, béni sois-tu jusqu ‘à la 25ème génération.

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 19:35

Les lieux sombresComme je suis en retard dans la rédaction de mes articles, retrour sur une de mes lectures estivales. Dès sa sortie, les internautes ont salué cette histoire et l’art de l’auteur de nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Je l’ai donc acheté dès sa sortie, et je l’ai lu cet été. Et si je ne l’ai pas lu avant, c’est surtout parce que c’est un sacré pavé et que je préfère prendre le temps d’avaler de gros morceaux quand je suis en vacances. En voici un bref résumé :

Libby Day a connu un drame familial alors qu’elle avait sept ans. Sa mère et ses deux sœurs ont été massacrées dans leur ferme. Elle est la seule rescapée, arrivant à se sauver par la fenêtre de la chambre de sa mère. Elle a ensuite été élevée par sa tante, puis a vécu sans jamais travailler. En effet, ce massacre a fait grand bruit et de nombreux dons lui ont permis de vivre avec le strict minimum.

C’est son frère Ben qui a été accusé et condamné pour ce massacre. Et malgré les incohérences de l’accusation, c’est le témoignage de la petite Libby qui a fait pencher la balance. A son age, elle était forcément influençable et Ben a été condamné à la perpétuité. Libby a coupé les ponts avec son passé, avec sa famille, que ce soit sa tante ou son frère Ben ou son père Runner, un homme fauché, alcoolique et violent.

Deux événements vont faire pencher la balance et semer le doute dans sa petite vie bien rangée. Vingt cinq ans plus tard, le banquier de Libby lui signifie que son compte diminue à vue d’œil. C’est alors qu’un frôle d’individu, Lyle Wirth la contacte au d’un Kill Club. C’est un club qui réunit des passionnés de crimes mystérieux. Ils cherchent à éclaircir des meurtres lors de réunions qui se tiennent dans une cave de Kansas City.

Comme Lyle lui propose de la rémunérer, Libby accepte une première réunion. Là, de nombreuses personnes soulèvent des questions qui montrent que Libby ne pouvait pas avoir vu le massacre car elle était dans la chambre de sa mère, qu’il y a eu au moins deux armes utilisées (une hache et un fusil) et qu’il y avait une trace de pas adulte ensanglantée qui ne pouvait correspondre à celle de Ben. Petit à petit, Libby sent naître le doute et les remords d’avoir fait condamner son frère pour rien.

Après avoir lu ce livre, je comprends mieux les éloges couronnant ce roman. Ca r sous couvert d’une enquête, il y a un vrai roman complexe sur le monde rural des Etats-Unis, avec de vrais personnages forts et un vrai problème philosophique et psychologique.

Avec sa construction qui alterne entre passé et présent, Gillian Flynn nous montre l’envers du décor du rêve américain, celui qui a mené tant d’agriculteurs à la ruine dans les années 80 à cause de l’ouverture des frontières aux pays d’Amérique du Sud, puis avec ce que sont devenus leurs enfants. Ces gens là ne demandaient rien d’autre que de vivre de leurs terres et ils ont fini dans la drogue, la prostitution ou la prison. Quel savoir faire admirable !

Et puis, il y a la psychologie des personnages avec une problématique que Ben résume parfaitement à Libby : « Si je suis innocent, alors c’est toi qui deviens coupable. » C’est avec beaucoup de plaisir que l’on suit la trajectoire de Libby, avec ce passé qu’elle veut oublier. Elle est comme tous les protagonistes de cette histoire, il règne un fatalisme ambiant qui donne l’impression de ne pouvoir changer le cours des choses.

C’est aussi un brillant portrait des différentes générations, de notre évolution de l’enfance à l’age adulte, en passant par une adolescence perdue, sans repère, sans attaches, avec toujours cette idée de l’impact que peut des événements passés sur notre destin. C’est l’image d’un monde et d’une civilisation déracinée, laisée à l’abandon, une peinture noire du monde rural qui s’adonne à ses peurs ancestrales (la peur du Diable, la peur de l’autre) pour tenter de se rassurer, ou du moins avoir l’impression d’avoir une sorte de contrôle sur sa vie.

C’est un bien beau roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et que je vous conseille fortement pour ce voyage au fin fond des Etats-Unis, avec une fin que vous ne devinerez pas (d’ailleurs ce n’est pas ce que j’ai préféré dans le livre), une fin dessinée comme un pied de nez au destin des petites gens.

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 19:34

Moi comme les chiensAttention coup de coeur ! J’avais besoin d’un roman noir, allez savoir pourquoi ? Après avoir lu quelques best sellers très formatés mais néanmoins intéressants, le premier roman de Sophie Di Ricci me tendait les bras … les pages. En voici le début :

Willy est un jeune homme qui vit chez ses parents. Il déteste ce prénom et préfère se faire appeler Alan. Le jour où son père lui propose d’aller vivre dans un mobile home près de la dune de Pilat, il s’enfuit de chez lui pour débarquer dans la grande ville. C’est un garçon très beau, sur qui tout le monde se retourne, passionné de musique et dont le rêve est d’aller au Canada. Ne trouvant pas de boulot, il s’arrange pour trouver de bons samaritains qui, contre quelques faveurs, vont lui payer une chambre d’hôtel ou à manger ou quelques disques.

Alan va se rendre compte qu’il peut gagner plus d’argent en se prostituant, ce qui lui permettrait de se payer des habits, de la drogue, des disques, et de mettre de l’argent de coté pour son billet pour le Canada. Sa rencontre avec deux prostitués drogués, Mickey et Bouboule, va l’initier au monde de la nuit. Alors qu’il peut se permettre d’être arrogant avec les clients grâce à son coté androgyne, eux prennent tous les clients qui s’arrêtent devant leur abribus.

Hibou est un homme d’une quarantaine d’années mystérieux. Tout le monde dit le connaître mais en fait, ce sont plus des bruits véhiculés par la rumeur. On dit de lui que c’est un ancien bandit sorti de prison, riche et violent. Tous les soirs, il vient regarder les prostitués sous l’abribus du boulevard dans sa vieille 306. Il hait les homosexuels, et pense sans cesse à les tuer avec le revolver dont il ne se sépare jamais. Il passe ses journées à traîner dans les bars, à observer les gens et entretenir sa haine.

Un soir, un de ses fidèles clients ne se satisfait pas de ses séances de masturbation. Il demande plus, et devant le refus d’Alan, le tabasse. C’est alors que Hibou le sauve, alors qu’initialement il voulait le frapper à mort. Hibou emmène Alan chez lui, pour le soigner de ses plaies, En remerciement, Alan le suce, puis ils finissent par faire l’amour. Hibou voudrait se débarrasser d’Alan mais il revient sans cesse et Alan s’imagine qu’Hibou est amoureux de lui.

La moindre des choses que je puisse dire, c’est que j’ai été bluffé par cette auteure. Car j’ai déjà lu pas mal de romans sur le monde des prostitués (masculins ou féminins), mais celui-ci est vraiment particulier par le fait que Sophie Di Ricci a décidé de s’attacher aux personnages. Car, après une cinquantaine de pages décrivant le quotidien de ces pauvres hères drogués, on passe à une analyse psychologique fouillée minutieusement par ce style neutre mais extrèmement détaillé et imagé.

D’un coté, on a Alan, un jeune homme dont la malédiction est d’être beau et d’avoir des rêves. Sa beauté lui permet une certaine arrogance et une immaturité, car rien ne peut lui arriver. Mais il est aussi à la recherche des autres, de leur contact, d’une affection qui se situe entre l’amour et l’amitié. Et puis, il y a cette absence de père, sa famille qu’il a laissé derrière lui mais dont il a besoin inconsciemment. Sans illusion sur ce monde et cette société, il vit sa vie avec un but, un objectif, qui est de partir, de s’enfuir ailleurs, car il n’a plus d’illusion.

De l’autre coté, il y a Hibou. C’est tout le contraire de Alan. Il ne cherche pas de contact ou d’amitié, car il ne veut pas ou ne peut pas s’attacher, se faire des amis. Il vit comme un blaireau (je précise : l’animal), sauvegardant le mystère de sa vie privée. Mais on n’échappe pas à son destin, et son malheur va être de tomber amoureux de Alan, bien qu’il fasse tout pour le rejeter. Il vit dans une relation Amour / Haine sans être maître de son destin. Mais peut on encore aimer dans ce monde inhumain ?

Mais dans ce milieu interlope ultra violent, rien ne se passe comme il faudrait. Car, nous avons droit ici à un roman noir, un vrai de vrai. Sophie Di Ricci nous refait le coup de Roméo et Juliette version année 2010. Et elle garde toute la distance, toute la pudeur qui font mal dans les scènes fortes de ce livre, avec un style très agréable à lire, tout en descriptions neutres, presque cliniques. Et puis, elle nous brosse là des portraits de personnages haut en couleurs, même si le ton est noir, avec beaucoup de dialogues très bien faits.

Ce livre m’a envoûté, m’a remué, m’a emporté, m’a ému, m’a secoué. Vous vous doutez que le sujet m’impose de vous avertir que certaines scènes sont explicites et donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais Sophie Di Ricci fait preuve d’une maîtrise impressionnante tout au long de son histoire. Je viens de découvrir un nouvel auteur, son livre est grand, son livre est fort, son livre est à lire, et il mérite un grand coup de coeur.

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 19:09

cadavres trop bavards

Ce nom vous dit certainement quelque chose. Vous avez sûrement du le rencontrer dans les linéaires de votre supermarché, ou chez votre libraire préféré. Je n’avais jamais lu de roman de David Baldacci, et celui-ci est l’occasion de faire la connaissance avec un nouvel auteur en ce qui me concerne.

Harry Finn est un jeune homme athlétique d’une trentaine d’années, vivant heureux en famille avec sa femme et ses trois enfants. Il travaille dans une société privée, qui a un contrat avec le Département de la sécurité intérieure, le DHS, pour tester le niveau de sécurité des installations sensibles. Ce matin là, Harry Finn se rend au National Airport de Washington, s’y introduit par l’entrée des employés, fait semblant de poser une bombe dans un A320, puis voyage dans la soute d’un 737 à destination de Détroit. Là bas, il se dirige vers le bureau de la sécurité avec des agents fédéraux pour leur montrer leur carence.

Mais Harry Finn ne rentre pas tout de suite à Washington. Auparavant, il tue Ross Thomas, en enduisant la poignée de sa voiture d’un puissant poison. Ross Thomas était sur la liste noire de Harry Finn. Le suivant s’appelle Carter Gray, l’ancien patron des agences de renseignement américain. Il le surveille au moment où il vient de recevoir la médaille présidentielle de la liberté. En fait, Carter Gray a été obligé de démissionner grâce à Oliver Stone, qui assiste justement à la sortie de Gray avec sa médaille.

Oliver Stone connaît bien Gray, il travaillait sous ses ordres. Oliver Stone, 61 ans, fait partie du Camel Club composé de Caleb Shaw, Reuben Rhodes, Milton Farb et Annabelle Conroy. Le Camel Club se donne pour mission d’enquêter sur des faits de façon à éviter les dérives du gouvernement. Auparavant, Oliver Stone était un tueur professionnel à la solde du gouvernement américain. Annabelle, elle, est une arnaqueuse professionnelle qui vient de voler 40 millions de dollars à Jerry Bagger, le célèbre et richissime propriétaire d’un casino à Atlantic city.

Le problème, c’est que Jerry Bagger retrouve tous les complices de l’arnaque un par un. Alors qu’Annabelle demande l’aide de Stone, celui-ci est invité par Carter Gray. Carter et Oliver parlent de la fille d’Oliver, adoptée par un sénateur, car Oliver est officiellement décédé sous le nom de Jason Carr. Il apprend aussi que ses anciens compagnons des services de renseignement sont morts récemment. Cette nuit là, la maison de Gray explose après qu’Oliver soit parti. Oliver décide d’enquêter et de rendre sortir Annabelle de son guêpier.

Rassurez vous, je ne vous ai résumé que 20% du roman. Car ça va vite, follement vite. J’avoue avoir eu un peu de mal dans les trente premières pages, car David Baldacci nous donne plein de noms, nous explique rapidement les situations, passant d’un personnage à l’autre. Et comme je n’ai pas lu les précédentes aventures du Camel Club, c’est peut être pour ça. Une fois que j’ai dépassé les trente premières pages, une fois les personnages installés, je me suis laissé prendre par cette lecture, car le style est très plaisant et le rythme relevé.

La construction du livre y est pour beaucoup^. Le livre fait 400 pages et il y a 99 chapitres. C’est dire s’ils sont courts. David Baldacci nous fait passer d’un personnage à l’autre, et comme ils sont bien dessinés (il y en a tout de même une petite dizaine), cela se lit sans aucune difficulté. Evidemment, on nage en plein milieu des méandres de la politique américaine, mais sans cibler de période bien précise, juste pour servir le rythme de l’intrigue. N’y attendez pas de révélations époustouflantes, les politiques sont menteurs, les méchants sont méchants mais pas trop, les gentils sont gentils mais pas trop.

On finit par suivre aisément l’histoire, les personnages, car leur psychologie est bien décrite sans que cela soit voyant. Oliver Stone est un personnage auquel on s’attache aisément, même si ce n’est pas le seul héros de cette histoire. C’est un livre que j’ai lu très vite, dès que j’avais cinq minutes de libre, réalisé par un auteur qui maîtrise parfaitement les règles du best seller, et c’est très réussi. L’ensemble en fait un bon page-turner, qu’il faut prendre pour ce qu’il est : un bon divertissement très prenant.

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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