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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 19:34

Moi comme les chiensAttention coup de coeur ! J’avais besoin d’un roman noir, allez savoir pourquoi ? Après avoir lu quelques best sellers très formatés mais néanmoins intéressants, le premier roman de Sophie Di Ricci me tendait les bras … les pages. En voici le début :

Willy est un jeune homme qui vit chez ses parents. Il déteste ce prénom et préfère se faire appeler Alan. Le jour où son père lui propose d’aller vivre dans un mobile home près de la dune de Pilat, il s’enfuit de chez lui pour débarquer dans la grande ville. C’est un garçon très beau, sur qui tout le monde se retourne, passionné de musique et dont le rêve est d’aller au Canada. Ne trouvant pas de boulot, il s’arrange pour trouver de bons samaritains qui, contre quelques faveurs, vont lui payer une chambre d’hôtel ou à manger ou quelques disques.

Alan va se rendre compte qu’il peut gagner plus d’argent en se prostituant, ce qui lui permettrait de se payer des habits, de la drogue, des disques, et de mettre de l’argent de coté pour son billet pour le Canada. Sa rencontre avec deux prostitués drogués, Mickey et Bouboule, va l’initier au monde de la nuit. Alors qu’il peut se permettre d’être arrogant avec les clients grâce à son coté androgyne, eux prennent tous les clients qui s’arrêtent devant leur abribus.

Hibou est un homme d’une quarantaine d’années mystérieux. Tout le monde dit le connaître mais en fait, ce sont plus des bruits véhiculés par la rumeur. On dit de lui que c’est un ancien bandit sorti de prison, riche et violent. Tous les soirs, il vient regarder les prostitués sous l’abribus du boulevard dans sa vieille 306. Il hait les homosexuels, et pense sans cesse à les tuer avec le revolver dont il ne se sépare jamais. Il passe ses journées à traîner dans les bars, à observer les gens et entretenir sa haine.

Un soir, un de ses fidèles clients ne se satisfait pas de ses séances de masturbation. Il demande plus, et devant le refus d’Alan, le tabasse. C’est alors que Hibou le sauve, alors qu’initialement il voulait le frapper à mort. Hibou emmène Alan chez lui, pour le soigner de ses plaies, En remerciement, Alan le suce, puis ils finissent par faire l’amour. Hibou voudrait se débarrasser d’Alan mais il revient sans cesse et Alan s’imagine qu’Hibou est amoureux de lui.

La moindre des choses que je puisse dire, c’est que j’ai été bluffé par cette auteure. Car j’ai déjà lu pas mal de romans sur le monde des prostitués (masculins ou féminins), mais celui-ci est vraiment particulier par le fait que Sophie Di Ricci a décidé de s’attacher aux personnages. Car, après une cinquantaine de pages décrivant le quotidien de ces pauvres hères drogués, on passe à une analyse psychologique fouillée minutieusement par ce style neutre mais extrèmement détaillé et imagé.

D’un coté, on a Alan, un jeune homme dont la malédiction est d’être beau et d’avoir des rêves. Sa beauté lui permet une certaine arrogance et une immaturité, car rien ne peut lui arriver. Mais il est aussi à la recherche des autres, de leur contact, d’une affection qui se situe entre l’amour et l’amitié. Et puis, il y a cette absence de père, sa famille qu’il a laissé derrière lui mais dont il a besoin inconsciemment. Sans illusion sur ce monde et cette société, il vit sa vie avec un but, un objectif, qui est de partir, de s’enfuir ailleurs, car il n’a plus d’illusion.

De l’autre coté, il y a Hibou. C’est tout le contraire de Alan. Il ne cherche pas de contact ou d’amitié, car il ne veut pas ou ne peut pas s’attacher, se faire des amis. Il vit comme un blaireau (je précise : l’animal), sauvegardant le mystère de sa vie privée. Mais on n’échappe pas à son destin, et son malheur va être de tomber amoureux de Alan, bien qu’il fasse tout pour le rejeter. Il vit dans une relation Amour / Haine sans être maître de son destin. Mais peut on encore aimer dans ce monde inhumain ?

Mais dans ce milieu interlope ultra violent, rien ne se passe comme il faudrait. Car, nous avons droit ici à un roman noir, un vrai de vrai. Sophie Di Ricci nous refait le coup de Roméo et Juliette version année 2010. Et elle garde toute la distance, toute la pudeur qui font mal dans les scènes fortes de ce livre, avec un style très agréable à lire, tout en descriptions neutres, presque cliniques. Et puis, elle nous brosse là des portraits de personnages haut en couleurs, même si le ton est noir, avec beaucoup de dialogues très bien faits.

Ce livre m’a envoûté, m’a remué, m’a emporté, m’a ému, m’a secoué. Vous vous doutez que le sujet m’impose de vous avertir que certaines scènes sont explicites et donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais Sophie Di Ricci fait preuve d’une maîtrise impressionnante tout au long de son histoire. Je viens de découvrir un nouvel auteur, son livre est grand, son livre est fort, son livre est à lire, et il mérite un grand coup de coeur.

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 19:09

cadavres trop bavards

Ce nom vous dit certainement quelque chose. Vous avez sûrement du le rencontrer dans les linéaires de votre supermarché, ou chez votre libraire préféré. Je n’avais jamais lu de roman de David Baldacci, et celui-ci est l’occasion de faire la connaissance avec un nouvel auteur en ce qui me concerne.

Harry Finn est un jeune homme athlétique d’une trentaine d’années, vivant heureux en famille avec sa femme et ses trois enfants. Il travaille dans une société privée, qui a un contrat avec le Département de la sécurité intérieure, le DHS, pour tester le niveau de sécurité des installations sensibles. Ce matin là, Harry Finn se rend au National Airport de Washington, s’y introduit par l’entrée des employés, fait semblant de poser une bombe dans un A320, puis voyage dans la soute d’un 737 à destination de Détroit. Là bas, il se dirige vers le bureau de la sécurité avec des agents fédéraux pour leur montrer leur carence.

Mais Harry Finn ne rentre pas tout de suite à Washington. Auparavant, il tue Ross Thomas, en enduisant la poignée de sa voiture d’un puissant poison. Ross Thomas était sur la liste noire de Harry Finn. Le suivant s’appelle Carter Gray, l’ancien patron des agences de renseignement américain. Il le surveille au moment où il vient de recevoir la médaille présidentielle de la liberté. En fait, Carter Gray a été obligé de démissionner grâce à Oliver Stone, qui assiste justement à la sortie de Gray avec sa médaille.

Oliver Stone connaît bien Gray, il travaillait sous ses ordres. Oliver Stone, 61 ans, fait partie du Camel Club composé de Caleb Shaw, Reuben Rhodes, Milton Farb et Annabelle Conroy. Le Camel Club se donne pour mission d’enquêter sur des faits de façon à éviter les dérives du gouvernement. Auparavant, Oliver Stone était un tueur professionnel à la solde du gouvernement américain. Annabelle, elle, est une arnaqueuse professionnelle qui vient de voler 40 millions de dollars à Jerry Bagger, le célèbre et richissime propriétaire d’un casino à Atlantic city.

Le problème, c’est que Jerry Bagger retrouve tous les complices de l’arnaque un par un. Alors qu’Annabelle demande l’aide de Stone, celui-ci est invité par Carter Gray. Carter et Oliver parlent de la fille d’Oliver, adoptée par un sénateur, car Oliver est officiellement décédé sous le nom de Jason Carr. Il apprend aussi que ses anciens compagnons des services de renseignement sont morts récemment. Cette nuit là, la maison de Gray explose après qu’Oliver soit parti. Oliver décide d’enquêter et de rendre sortir Annabelle de son guêpier.

Rassurez vous, je ne vous ai résumé que 20% du roman. Car ça va vite, follement vite. J’avoue avoir eu un peu de mal dans les trente premières pages, car David Baldacci nous donne plein de noms, nous explique rapidement les situations, passant d’un personnage à l’autre. Et comme je n’ai pas lu les précédentes aventures du Camel Club, c’est peut être pour ça. Une fois que j’ai dépassé les trente premières pages, une fois les personnages installés, je me suis laissé prendre par cette lecture, car le style est très plaisant et le rythme relevé.

La construction du livre y est pour beaucoup^. Le livre fait 400 pages et il y a 99 chapitres. C’est dire s’ils sont courts. David Baldacci nous fait passer d’un personnage à l’autre, et comme ils sont bien dessinés (il y en a tout de même une petite dizaine), cela se lit sans aucune difficulté. Evidemment, on nage en plein milieu des méandres de la politique américaine, mais sans cibler de période bien précise, juste pour servir le rythme de l’intrigue. N’y attendez pas de révélations époustouflantes, les politiques sont menteurs, les méchants sont méchants mais pas trop, les gentils sont gentils mais pas trop.

On finit par suivre aisément l’histoire, les personnages, car leur psychologie est bien décrite sans que cela soit voyant. Oliver Stone est un personnage auquel on s’attache aisément, même si ce n’est pas le seul héros de cette histoire. C’est un livre que j’ai lu très vite, dès que j’avais cinq minutes de libre, réalisé par un auteur qui maîtrise parfaitement les règles du best seller, et c’est très réussi. L’ensemble en fait un bon page-turner, qu’il faut prendre pour ce qu’il est : un bon divertissement très prenant.

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 19:41

Suites ImpérialesUn roman de Brett Easton Ellis est forcément un événement, et cela pour deux raisons : c’est un auteur doué tout d’abord, et ensuite il n’est pas très prolifique (5 roman en 25 ans). Voici donc Suite (s) impériale (s), la suite de Moins que zéro, que j’ai eu la chance lire grâce à Blog O Book.

Clay est scénariste pour le cinéma. Il passe son temps entre New York et Los Angeles. Il revient donc à Los Angeles à l’occasion du casting d’un film issu de son nouveau scénario Les auditeurs. Pour ce film, il est producteur associé et passe en revue les acteurs et les actrices amateurs dont le rêve est d’atteindre la célébrité.

De réception en fêtes, logotwitterClay traîne sa solitude comme un chien en laisse, jusqu’à ce qu’il remarque une jeune femme blonde, Rain Turner, d’une beauté éblouissante. A partir de là, il se croit amoureux et son obsession pour cette femme va lui donner un but qui est de l’avoir exclusivement pour lui. Le challenge est grand sachant qu’elle est passée entre les bras (et les draps) de ses amis et ses connaissances.

Lors de ses déambulations, enivrées d’alcool et de drogues diverses, Clay s’aperçoit qu’il est suivi. Une Jeep bleue est garée en face de son hôtel, une Mercedes le suit souvent. Et surtout, il reçoit sans cesse des SMS anonymes lui disant : « Je t’ai à l’œil ». Pour quelqu’un qui ne veut pas s’attacher à la réalité, c’est le seul lien, la seule raison qui peut occuper son esprit malade. Sa paranoïa se développe pour se protéger et il se demande si Rain n’est pas avec lui uniquement pour parvenir à ses fins : obtenir un rôle dans Les auditeurs.

Brett Esaton Ellis, je le connaissais dès Moins que zéro. Les lois de l’attraction et surtout American Psycho m’ont fait l’effet d’une bombe dans les années 80-90. J’avais raté Glamorama (à cause du nombre de pages) et arrêté Lunar Park au milieu (A l’époque, je n’avais pas envie de lire ce genre de roman). Brett Esaton Ellis, c’est un auteur qui oscille entre fantasme et réalité, ce qui fait que le lecteur est désarçonné, ne sachant plus si l’intrigue est vraie ou si c’est un rêve (ou plutôt un cauchemar). Ses personnages ne veulent pas tenir compte du présent, se détachant de leur vie et de leur sentiment pour mieux montrer la vacuité de leur vie.

N’attendez pas de ce livre un roman comme les autres. Le personnage de Clay, qui est le narrateur de cette histoire, est quelqu’un de complètement détaché. En vingt cinq ans, il n’a pas changé. Il ne ressent rien, n’a aucun sentiment, aucune sensation, n’apprécie personne, tant que ça n’atteint pas sa petite personne. C’est aussi pour lui une façon de se protéger, de ne pas se mettre en danger.

Ce roman est court, 227 pages, formé de paragraphes plus ou moins longs. Il y a très peu de dialogues. Cette structure sert complètement l’histoire et la psychologie de Clay puisqu’il est tellement absent de sa vie qu’elle se résume à des scènes, ou du moins celles dont il se rappelle et qu’il interprète. De même, il parle peu avec les autres et les écoute à peine. Il glisse sur sa vie, attend que le temps passe, à coups de vodka, de cocaïne ou de Xanax.

En lisant des interviews de Brett Easton Ellis, où il serine qu’il écrit avant tout sur lui, je m’interroge. Car ce livre est l’illustration même de l’Ennui, c’est son sujet. Clay n’a rien à faire, il ne cherche pas de nouvelles émotions ni de nouveaux amis. Si réellement Ellis parle de lui, alors je le plains. Un tel détachement par rapport au monde, aux gens doit être dur à supporter … mais ce n’est que ma vision.

Suite (s) impériales (s) est un bon Ellis, mais seulement. C’est du Ellis sans surprises, et je dirai même du classique. Les fans adoreront, ceux qui n’aiment pas détesteront. Il n’en reste pas moins que l’écriture est neutre mais extrêmement précise. Chaque phrase est parfaitement construite, chaque mot soigneusement choisi, chaque scène décrite de façon très analytique. C’est un auteur doué que j’attends dans un autre registre de peur d’avoir l’impression de relire un de ses précédents romans.

Pour finir, un grand merci à Blog O Book et aux éditions Robert Laffont pour la lecture de ce livre.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 19:13

Tokyo ville occupéeSi vous vous intéressez un peu au polar, vous avez sûrement entendu parler de David Peace, l’auteur du célèbre Red Riding Quartet. Je les ai tous lus, car j’ai été tout de suite convaincu par la description de son monde, son style, sa construction. Tokyo ville occupée est le deuxième tome de sa trilogie sur le Tokyo d’après guerre, après un premier tome Tokyo année zéro (qui vient de sortir en poche chez Rivages noir) qui était difficile à lire.

Le Tokyo de 1948 est une ville qui se reconstruit. Le Tokyo de 1948 est une ville qui est traumatisée. Le Tokyo de 1948 n’a pas oublié sa défaite. Le Tokyo de 1948 subit la honte de l’occupation américaine. C’est dans ce contexte psychologique difficile que commence le roman. Dans ce Tokyo dénaturé, un écrivain a décidé de mener à terme un livre sur un événement dramatique.

Le lundi 26 janvier 1948, à 9H30, l’agence Shiinamachi de la banque impériale ouvre ses portes. C’est une journée comme les autres, le directeur de l’agence fait son discours du matin. En début d’après midi, M Ushiyama, le directeur, rentre chez lui car il ne se sent pas bien. Puis, juste avant la fermeture, un homme se présente en imperméable marron, avec un brassard du ministère de la santé publique. Sa carte de visite porte un nom : Yamagushi Jiro. Il annonce une épidémie de dysenterie et dit avoir un remède. Deux flacons sont sortis d’une malette métallique. Les seize employés boivent le breuvage.

Sur les seize employés, dix meurent aussitôt. Les six autres se tordent de douleur. Seuls quatre d’entre eux vont survivre. La banque impériale va signaler que d’importantes sommes d’argent ont disparu, soit 164 405 yens et un chèque de 17 450 yens. Ce chèque sera d’ailleurs encaissé par un homme qui a fourni une fausse adresse et dont le signalement ne correspond pas au portrait robot.

L’enquête de police sur cet empoisonnement collectif va avancer doucement. L’inspecteur H va suivre la piste des cartes de visite et arrêter un homme : Hirasawa Sadamichi. Mais une des survivantes va être formelle : ce n’est pas le coupable. De toute évidence, c’est une erreur judiciaire.

David Peace est connu pour prendre des affaires véridiques et recréer un monde son monde autour, avec un style et une construction toujours originaux. Parfois, cela est déroutant, éprouvant, difficile à lire et à suivre. Ici, ce n’est pas le cas. Autant, Tokyo Année Zéro m’avait désarçonné, autant celui là m’a passionné. Le livre est construit autour de douze chandelles pour les douze personnes décédées, racontant l’affaire par un des protagonistes. Cela va d’une survivante à des inspecteurs, en passant par un enquêteur de l’armée américaine ou un journaliste. Et, comme d’habitude, son style fait à base de phrases courtes, de répétitions, de morceaux de poésie pure, nous fait plonger dans la psychologie des personnages.

Mais son ambition est aussi de montrer le traumatisme d’une nation, désarçonnée, déboussolée, déracinée, assommée par la défaite. C’est une nation qui se reconstruit à partir de rien, et qui découvre les horreurs que leurs congénères ont fait pendant la guerre, à savoir les recherches sur des poisons bactériologiques à des fins militaires avec des essais sur des cobayes humains que furent les prisonniers de guerre. Et personne n’est épargné avec le rôle trouble des Etats-Unis qui veulent récupérer les résultats de ces recherches.

Ce roman s’avère plus abordable que le précédent (un des chapitres est dur à suivre, mais ne gêne pas la compréhension), mais tout aussi brillant. Sa construction très originale et son sujet parfaitement bien maîtrisé confirment tout le talent de cet auteur décidément à part dans le monde du roman noir. Si le suspense est très bien entretenu, n’en attendez pas un roman d’action, mais plutôt un roman qui fouille les âmes, dans toute leur complexité. Tokyo Ville Occupée se révèle un très bon roman de David Peace, et si vous ne connaissez pas cet auteur, c’est le moment de vous y mettre.

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 20:16

Les résultats du vote pour la sélection estivale de Polar SNCF sont tombés.

Les deux lauréats sont :

Cadres Noirs de Pierre Lemaitre

L'Echo des morts de Johan Theorin.

Même si j’aurais préféré Orphelins de sang de Patrick Bard du coté des Français, je ne peux pas dire que je sois mécontent de ce résultat.

La sélection automnale commence dès maintenant avec 3 polars français et 3 polars européens. Vous avez jusqu’au 7 décembre 2010 pour voter et je vous rappelle que pour voter, il suffit de s’inscrire sur le site polar sncf.

Pour les polars français :

Cauchemar périphérique de Karim Madani (Philippe Rey)

Le cul des anges de Benjamin Legrand (Seuil)

Je ne vous aime pas de Eric Cherrière (Le cherche midi)

Pour les polars européens :

Ça aurait pu être le paradis de Camilla Grebe et Asa Träff (Serpent à plumes)

Le chuchoteur de Donato Carrisi (Calmann Levy)

Rupture de Simon Lelic (Le Masque)

Cette sélection ma parait intéressante en terme d’auteurs à découvrir, avec plein de styles différents. Pour vous, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

Le site Cercle Points (des éditions Points) a choisi de mettre en valeur une critique de Black Novel sur Un Jour en mai de George P. Pelecanos dans la rubrique La Toile en parle. Si ça vous intéresse, c’est . Ceci dit, vous pouvez visiter le site très coloré et plein d’informations utiles.


Sur le très bon site Entre deux noirs, vous trouverez une interview de David Peace très intéressante mais qui date de mai 2006. Ils nous promettent une interview pour très bientôt sur sa trilogie japonaise qu’il ne faudra pas rater. Je vous rappelle que Tokyo ville occupée est sorti le 1er septembre et vous aurez droit à mon billet très bientôt.

 

Enfin, sur un nouveau blog, Moeurs noires, Jérome Jukal nous parle des auteurs qui l'ont marqué. Le principe est original et mérite d'être souligné. J'ai dévoré de nombreux articles sur Robin Cook ou Brett Easton Ellis. C'est celui ci que je vous donne en lien. Un site à suivre ...

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 19:44

2030 odyssée poisse

Cela faisait un bout de temps que je ne m’étais pas penché sur le cas de Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe, même si j’ai continué à en acheté quelques uns. J’avais lu les trente premières aventures, mais je ne pouvais pas rater celle-ci qui est signée Antoine Chainas.

Nous sommes en 2030. Notre société est devenue de plus en plus dirigée par les media, et l’état est devenu, sans l’avouer ouvertement, un gouvernement fasciste. La situation économique ne s’est pas améliorée, et les recherches scientifiques se sont développées, jusqu’à autoriser la production de clones humains. La société Omnicron Inc a récupéré le droit exclusif de les produire et de les louer à des usages ludiques. Ces clones s’appellent des Omnimorphes. Tout humain a la possibilité de les incarner pour réaliser des taches, essentiellement liées aux loisirs, et en particulier le sexe. Ces clones sont obéissants et ne ressentent aucun sentiment, n’ont aucun souvenir.

Gabriel Lecouvreur a 70 ans en 2030. Avec Cheryl, il a décidé de s’offrir une partie de pur plaisir sexuel par l’intermédiaire des omnimorphes. Quelle joie ce fut de retrouver sa jeunesse évaporée. Car, notre Poulpe est maintenant un vieillard, avec des courbatures, des douleurs, et des rides. Gabriel s’incarne alors dans Georgie. Lors de cette expérience, Gabriel ressent des sentiments qui ne sont pas à lui. Alors qu’il se rend au bar de Gérard, les informations télévisées l’informent qu’un nouvel omnimorphe vient de se faire assassiner.

Gabriel est sûr de reconnaître la victime : c’est l’omnimorphe en qui Cheryl s’est incarnée. Il décide d’aller voir un vieux libraire, Selmer. Lui seul peut lui en dire plus sur les omnimorphes. En effet, il a participé aux recherches sur le clonage et connaît bien Georgie. Qui est cet étrange assassin des clones ? Pour quelle raison fait-il ces actes ? La société Omnicron Inc est-elle impliquée ? L’enquête peut commencer et elle va s’avérer éprouvante pour un vieillard de 70 ans.

Je vais faire court, comme le nombre de pages de ce roman, format Poulpe oblige. Et ne croyez pas que l’intrigue est survolée, que la description de ce monde futuriste est esquissée. Antoine Chainas réalise un coup de force en nous transportant loin dans le temps, grâce à sa structure mais aussi son style précis, épuré et efficace. Il laisse ses descriptions minutieuses pour une vision cauchemardesque répondant à ce vieil adage : Panem et circenses. L’idée (géniale) est d’insérer en tête de chaque chapitre des encarts qui décrivent mieux que de longs paragraphes comment les gens vivent, à coups de publicités, programmes télévisuels ou comptines.

Ce futur est une société fasciste, qui dirige, guide ses citoyens par l’omniprésence des média et des loisirs. Il y a autant de pauvres qu’aujourd’hui, autant de racisme qu’aujourd’hui, autant de grosses sociétés opaques qu’aujourd’hui. La culture en est absente, plus personne ne lit de livres, et le top du loisir, c’est de pouvoir faire des choses extravagantes ou extraordinaires par clone interposé. La vision du futur made in Chainas est noire, très noire, pas réjouissante du tout. Ne croyez pas qu’il n’y a pas d’humour, les clins d’œil sont nombreux et j’ai souri souvent.

A coups de chapitres ultracourts, le livre se lit très vite, s’avale presque goulûment, car le suspense est très bien mené et prenant. On est dans un remake de I robot, Blade Runner et Minority Report à la fois, avec des citations de 2001, le fantastique livre de Arthur C. Clarke. On retrouve les obsessions de Antoine Chainas, ses réflexions sur la vie, la mort, les sentiments, les sensations, mais avec moins de passages choquants que dans ses romans de la série noire. En fait, ce Poulpe est de très bonne facture et c’est aussi une bonne introduction au monde littéraire de Chainas. C’est un roman fantastique pour passer deux heures de détente et de réflexion. Et puis, ça coûte 8 euros, ça ne coûte pas cher pour un voyage dans le futur.

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 18:46

Employé modèleEncore un thriller prometteur de la part de Sonatine, encore un bouche à oreille qui a commencé avant même que le livre sorte, encore un nouvel auteur à découvrir. Une chose est sure : chez Sonatine, ils ont le nez fin, et ils savent vendre leurs livres. Voici de quoi il en retourne.

Angela est une jeune femme comme beaucoup d’autres. Ce matin là, elle prend sa douche, et en sortant de sa salle de bains, elle découvre un homme assis dans son salon. Cet homme s’appelle Joe Middleton, connu sous le surnom de Boucher de Christchurch. Quand il sort un grand couteau, elle s’enferme dans la salle de bain. Joe menace de tuer son chat, alors elle ouvre la porte. Avec un sang froid effrayant et une application méthodique, Joe assomme Angela, l’attache à son lit, la viole et la tue. Puis il rentre chez lui comme tout un chacun, s’occuper de ses deux poissons rouges, Cornichon et Jéhovah, ses deux seuls amis.

Joe Middleton doit alors aller voir sa mère qui perd un peu la tête, mais pour laquelle il a une empathie et un respect énorme. Puis il va à son travail, au commissariat de Christchurch, où il fait le ménage. Il est connu là bas sous le sobriquet de Joe Le Lent, car il se fait passer pour un attardé mental. C’est aussi grâce à ce subterfuge qu’il a obtenu ce poste, car la police doit avoir un certain quota d’handicapés. Cela lui permet aussi de se donner bonne figure car tout le monde le considère comme une gentille personne. C’est le cas de Sally, une jeune agent de police dont le frère handicapé Martin est mort quelques années auparavant.

Au commissariat central, il a la possibilité de savoir exactement l’avancement de l’enquête. Car tout le monde travaille pour retrouver le Boucher de Christchurch, auteur de sept meurtres. Mais six seulement sont l’œuvre de Joe. Le septième, qui concerne la mort de Daniela Walker, a été perpétré par un copieur. Joe y voit la chance de l’identifier pour lui mettre la totalité de ses assassinats. Lors de la visite de l’appartement de Daniela, un détail le met sur la bonne piste : En comparant les photographies prises par la police et le salon, il voit qu’un stylo qui traîne par terre n’est pas le même. Le copieur est donc un flic. Dans le dossier, que Joe a photocopié, il est mentionné que 94 personnes sont affectées à l’enquête visant à trouver le Boucher de Christchurch. Joe va pouvoir occuper les grands vides de ses journées, et de nombreux rebondissements vont lui occasionner des difficultés.

Ce roman est très bon à plusieurs égards. L’intrigue est parfaitement bien menée, et l’écriture est d’une limpidité que beaucoup pourraient envier. Il y a suffisamment de rebondissements pour tenir en haleine le lecteur. Et si on ajoute à cela la « légende » qui est que l’auteur a mis douze ans à écrire son livre, il y a une cohérence de l’ensemble qui force l’admiration. Pour un premier roman, c’est une œuvre qui impressionne. Mais ce n’est pas tellement l’intrigue qui m’a intéressé, mais plutôt le portrait psychologique de ce serial killer décidément hors du commun, et la façon de le décrire.

Car Paul Cleave a choisi de narrer son histoire à la première personne, avec non pas un humour noir mais un cynisme comme j’en ai rarement lu. Joe est quelqu’un d’extrêmement intelligent, qui ne rentre pas dans le moule de la société de consommation et de loisirs. Alors il s’ennuie. Il n’est pas un psychopathe mais un jeune homme qui cherche à s’amuser. Il n’est pas fou, bien au contraire, il ne cherche pas à assouvir de pulsions meurtrières, il n’a pas été maltraité, il ne veut pas se venger d’un quelconque traumatisme. Il veut juste combler ses longues journées où il n’a rien à faire, car nourrir ses deux poissons rouges lui parait bien peu passionnant. Il veut s’occuper.

Le fait qu’il soit intelligent entraîne forcément de sa part un dédain des autres, qu’il juge stupides. Il est aussi très fort dans l’art de jouer la comédie, pour se créer un masque, et il arrive parfaitement bien à berner son entourage. D’ailleurs, Paul Cleave introduit dans son histoire des chapitres consacrés à Sally (qui sont écrits à la troisième personne) pour mieux montrer comment les autres voient le personnage de Joe. Sa décision de faire l’enquête en parallèle de la police n’est pas pour lui de démontrer qu’il est plus fort, cela se transforme petit à petit en une volonté de se montrer qu’il peut vivre sans les autres, le rêve de tout individualiste de ce nom, l’aboutissement du prédateur qui tue pour le fun.

Mais Joe n’est pas un être parfait, sinon il serait Dieu. D’ailleurs, il le croit. Mais il a comme tout le monde ses propres chaînes. La sienne, c’est sa mère. Je peux vous dire que même si les scènes sont répétitives, j’ai pris un énorme plaisir pendant ces scènes. Car Joe ne l’aime pas, ne la déteste pas, mais se soumet aux bonnes volontés de sa mère pour une raison qu’il ignore. C’est sa mère, et alors ? Richard disait dans son billet qu’il était amoral et immoral, mais pas totalement. Cette relation est bien le seul lien qu’il garde avec la moralité, et c’est une relation Amour / Haine qu’il n’analyse pas de peur de se révéler aussi faible que les autres. C’est un individualiste hypocrite, et Paul Cleave pousse le raisonnement jusqu’au bout.

Au-delà d’un thriller avec tous les ingrédients pour en faire un best seller, et malgré quelques longueurs et répétitions, surtout au début, ce roman s’avère plus profond et psychologiquement plus intéressant qu’il n’y parait. Vous pouvez le lire et l’interpréter à plusieurs niveaux. La lecture de ce roman est fortement recommandée … en espérant que le prochain roman de Paul Cleave, qui devrait paraître l’année prochaine chez Sonatine, soit aussi passionnant.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 19:45

EtéIl vaut mieux lire que regarder le football à la télévision en ce moment. Je vous propose une de mes lectures de cet été. Après le premier coup d’essai qui s’appelait Hiver, Eté se devait de figurer en bonne place sur ma liste de livres à lire. Et le titre est suffisamment explicite pour qu’il soit lu tranquillement sur la plage. Ce fut donc ma première lecture estivale.

Malin Fors est sur les nerfs. A Linköping, il fait une chaleur d’enfer. Cette petite ville connaît les plus chaudes heures qu’on ait jamais enregistrées de mémoire de Suédois. Les incendies de forêt ravagent la campagne et il règne une odeur de brûlé permanente en ville. Pour couronner le tout, Jan, son ancien mari emmène leur fille Tove à Bali ; C’est un voyage qu’il dans une loterie de la caserne de pompier où il travaille. Alors, Malin tourne et retourne, s’ennuie, se sent seule, abandonnée et n’a même pas le travail pour s’occuper car il n’y a rien à faire au commissariat.

Un matin, une jeune fille est retrouvée complètement nue au milieu d’un parc pour enfants. Elle est consciente, a des traces de blessures et saigne du bas ventre. Elle semble avoir tout oublié de ce qui s’est passé, volontairement ou involontairement. Elle s’appelle Josefin Davidson et a 14 ans. Elle a été torturée et pénétrée par un objet bleu, mais elle a aussi été minutieusement nettoyée avec du détergent, afin de ne laisser aucune trace provenant du criminel.

Au même moment, une autre jeune fille de la même école est portée disparue. Elle s’appelle Theresa Eckeved, a le même age, et ses parents ne veulent pas croire à l’improbable. De fil en aiguille, les soupçons portent sur un groupe de lesbiennes ou sur des travailleurs immigrés. De nombreuses pistes apparaissent, mais l’enquête n’avance pas, jusqu’à ce qu’on retrouve Theresa, morte, enterrée sur la plage. L’examen du corps montre qu’elle a été violée avec le même outil peint en bleu et que son corps a été nettoyé de la même façon que Josefin, si bien qu’aucune trace d’ADN ne peut être relevée. Malin va d’autant plus s’impliquer dans cette enquête que sa fille Tove a à peu près le même age.

Après Hiver que j’avais beaucoup aimé pour sa narration efficace et sa façon de mener une intrigue, Mors Kallentoft continue son cycle des saisons et nous offre une fois de plus une enquête policière de fort bonne facture. Et il est bien difficile de ne pas faire de comparaison. En résumé, c’est aussi bien que le premier, aussi passionnant sans les quelques temps morts du premier tome.

L’intrigue est compliquée à souhait et le style de Kallentoft toujours aussi plaisant. Il a gardé sa narration à trois personnes : le tueur à la première personne, la morte en italique et Malin Fors à la troisième personne. Si vous avez lu Hiver, cela ne vous étonnera plus. Dans ce tome, on entre bien plus profondément dans l’analyse psychologique de Malin Fors, la découvrant plus fragile, plus réservée, plus énervée contre elle-même, plus désespérément seule.

Et puis, au-delà d’une enquête fort bien menée, il y a la dénonciation des préjugés d’une société qui se veut sinon idéale, du moins exemplaire avec une image tellement lissée de société parfaite. En ville, c'est-à-dire à Stockholm, les gens peuvent vivre comme ils le veulent, mais dans l’ignorance des autres. Là, on est à la campagne et tout ce qui sort de l’ordinaire est suspect. On regarde de travers les immigrés ou les lesbiennes, qui sont des gens qui ne sont pas dans le moule.

Cela en fait un roman aussi passionnant qu’intéressant, et même si Mons Kallentoft n’a pas encore signé son chef d’œuvre, celui-ci est plus mur, plus abouti, sans temps mort. Les deux tomes peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre mais il serait dommage de rater cette tétralogie, dont j’attends avec impatience la troisième partie. Un dernier conseil : ne lisez pas la quatrième de couverture sinon vous connaitrez un rebondissement qui intervient vers la fin du livre.

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 19:37

Huitieme vibrationSi vous ne connaissez pas Carlo Lucarelli, il va falloir vous y mettre. Quand j’ai vu que le dernier sortait, je l’ai tout de suite mis dans mes priorités. Derrière ses romans de trame classique, il y a toujours une farouche lutte contre le fascisme. Dans la Huitième vibration, Carlo Lucarelli revisite l’histoire italienne et nous assène des vérités bonnes à rappeler.

Massaoua, Ethiopie, 1896. Un nouveau navire débarque avec à son bord de nouveaux colons et des soldats. L’Italie a décidé de doubler ses efforts pour redorer son blason. Il s’agit de repousser les troupes de Menelik 2. Sur place, la vie est différente, les gens sont différents, le paysage est différent, les coutumes sont différentes. Et pour ces Italiens colonisateurs, différent veut dire inférieur.

Ce roman regorge de multiples personnages aussi divers que Vittorio le commis colonial chargé de répertorier les marchandises, Leo le rêveur capitaliste qui veut batir une ville à la gloire de l’Italie et à la sienne, Cristina la femme de Leo qui veut revenir en Italie, Ahmed et Gabre deux hommes s’aimant d’un amour impossible, Serra un carabinier qui s’est engagé pour poursuivre un assassin de jeunes enfants, Aîcha la prostituée du camp, Pasolini l’anarchiste qui ne veut tuer personne. Tous ces personnages vont vivre leur dernier moment, jusqu’à la fameuse bataille d’Adoua, qui sera redoutable et sans pitié.

Quel plaisir personnel de retrouver Carlo Lucarelli, en particulier quand il est dans une telle forme. Cela faisait sept ans que je l’avais laissé de côté. Et une nouvelle fois, ce roman est très différent des précédents, Après l’humour loufoque de Phalange armée, après le style direct et nerveux de Laura de Rimini, après le brûlot anti-fasciste de L’île de l’ange déchu, voici l’histoire de la colonisation italienne de l’Afrique. En effet, le contexte de ce roman est la bataille d’Adoua, la première grande défaite d’une armée blanche devant des troupes africaines.

Car c’est un sacré pavé ambitieux qu’il nous livre avec toutes les qualités d’auteur (j’allais écrire d’artiste) dont il est capable. Car c’est un énorme roman (en qualité et en quantité) que l’on savoure avec délectation, lentement. Carlo Lucarelli a un style qui fait appel à tous nos sens : on voit les paysages, les personnages, on sent la poussière, on sent les voilages, on entend la musique sur laquelle danse de jeunes noires nues, on goûte la nourriture. C’est une véritable expérience sensorielle, un pur plaisir des sens.

C’est aussi, sous ses dehors de roman, une fronde contre l’esprit colonialiste d’alors mais aussi d’aujourd’hui. Les colonisateurs décrits par Lucarelli font preuve d’une suffisance, d’un racisme ordinaire, d’un dédain tels que l’on est presque content du résultat de la bataille d’Adoua. Et, en cela, les esprits des pays industrialisés n’a pas beaucoup changé : dans le livre, ce qui n’est pas comme eux, ce qui est différent est forcément sauvage, anormal, bizarre, inférieur à eux.

Autant roman d’ambiance, roman d’amour, roman social, roman historique, roman dénonciateur, roman noir, roman de guerre, ce Huitième vibration est tout cela à la fois mais avec ce style , cette poésie, ces scènes parfaitement découpées, ces personnages si différents, si vivants avec leur histoire, leur passé, leur présent, leur destin. Je suis tombé amoureux de Cristina, j’ai détesté Leo et certains autres, j’aurais aimé devisé avec les Italiens comme avec les Ethiopiens.

Mais tous ces plaisirs se méritent. On n’entre pas dans un tel roman sans quelques sacrifices. Car il y a plus d‘une dizaine de personnages, et chacun a droit à un chapitre, chaque chapitre étant séparé par un sous-chapitre relatant le passé d’un des protagonistes. L’intrigue avance lentement, la pression monte doucement jusqu’au feu d’artifice final, les phrases sont longues, les dialogues réduits au minimum. C’est un roman que l’on prend quand on a une bonne demi-heure devant soi pour bien s'immerger, se laisser imprégne, pas un de ceux que l’on prend quand on a cinq minutes à perdre entre la poire et le fromage. Mais c'est un de ces romans que vous n'ètes pas prêts d'oublier.

Les fans de thriller ou de page-turner (excusez ces anglicismes) passeront leur chemin. Les fans de littérature (policière ou non) adoreront, pour le voyage dans l’espace et dans le temps. J’ai adoré, je le conseille à ceux qui veulent un grand roman classique (mais pas tant que ça) un grand roman ambitieux qui vous fait frémir et qui fait appel à vos cinq sens.

Jean Marc a un avis très proche du mien ici.

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 18:58

MatrichkaLors de mes vacances d’été, j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur et de discuter une petite demi heure avec lui. Je lui avais promis de lire son livre et de le chroniquer ici même, donc voici Matriochka, livre auto édité très sympathique qui sent bon le témoignage vrai d’une région gangrenée par les affaires.

Saintes-Mers est une petite ville du sud-est de la France. Avec ses petites entreprises et ses agriculteurs, la vie y était paisible. Puis, dans les années 90, les entreprises disparaissant, le chômage augmente, et le prix du m² explose. Cela a modifié la vie de cette petite ville dont les élus ont vite compris qu’ils avaient intérêt à rendre les terrains habitables, ce qui permettrait aussi aux agriculteurs de vendre leurs terrains plus cher.

En 1991, la guerre fait rage pour récupérer la moindre parcelle de terrain. Les Linelli, un couple sans histoire, subissent des pressions pour vendre à bas prix leur maison. L’argument est que l’acte notarié fait lors de leur héritage a été mal fait et qu’ils ne sont en réalité pas propriétaires de leur bien. La police ne les aidant pas, ils vendent à des gens qu’ils ne connaissent pas, qui meurent le jour même dans un accident de voiture provoqué par un mystérieux tueur motard masqué.

Deux ans plus tard, Dans la cité nord de Saintes-Mers, deux dealers, Samir Smalah et Eric Dumas, sont tués d’une balle dans la tête. Leur chef, André Lo Bianco dit le gitan, est aussi assassiné de la même façon à Nice. Peu de temps après, c’est le conseiller municipal en charge de l’urbanisme, le docteur Lejay, qui est tué. Cette accumulation de morts dans cette petite ville paisible pousse les politiques à demander à la Police Judiciaire d’enquêter pour trouver les coupables.

Les inspecteurs Revelli et Bonnaud sont donc dépêchés sur place, sous la gouverne du juge d’instruction Baltard. Mais pour autant les meurtres ne s’arrêtent pas. C’est au tour de la femme d’un homme a priori tranquille, Mme Torrez puis à un policier d’être assassinés. Et nous allons suivre cette enquête au travers des inspecteurs mais aussi d’un conseiller municipal et d’un journaliste.

Ce roman sent bon le Var, avec tout le vécu de l’auteur. On a plus l’impression de lire une enquête qu’un roman, et c’est probablement ce qu’il ne faut pas faire. Il faut se dire que ce n’est qu’une fiction. L’auteur a bâti une intrigue complexe à plusieurs personnages, et le tout, même si tout n’est pas parfait, est très intéressant. On est baladé entre mafia, police, politique, journalistes et simples citoyens. Avec une intrigue pour le moins mystérieuse, avec des dialogues très bien faits, le roman se suit et se lit bien.

Malgré tous ces aspects qui rendent ce roman plaisant et sympathique, le style de l’auteur oblige à quelques réserves. Le fait de dérouler l’intrigue de façon chronologique n’est pas gênant en soi, mais mélanger plusieurs personnages dans un même chapitre sans parfois être totalement explicite m’a obligé à chercher de qui on parlait. Il aurait mieux valu dédier un chapitre par personnage, ajouter plus de détails sur la vie privée de chacun pour qu’on arrive à mieux les identifier, à mieux les suivre, et ne pas faire un chapitre par jour, mais un chapitre par personnage par mois.

De plus, les cinquante premières pages sont difficiles à suivre, et c’est quand la PJ entre en jeu et qu’on a affaire à une vraie enquête qu’on commence à s’attacher à l’histoire, et à comprendre la complexité de l’histoire. Il y a un décalage de style entre le début, très direct, presque télégraphique, et la deuxième moitié du livre plus détaillée, plus diserte. Et cette deuxième partie m'a plus intéressé, on est pris dans un tourbillon de pistes, on cherche à dénouer les nœuds, et l’auteur nous maintient bien dans le brouillard.

Avec un sujet ambitieux, cette chronique d'une petite ville du Var m'a permis de rester un peu plus en vancances. Au global, j’ai trouvé ce livre plutot bon, attachant et intéressant malgré ses petits défauts. Si vous saviez ce qui se passe dans le Var …

Vous pouvez faire l’acquisition de ce roman auprès de l’auteur ici ou en contactant directement l'auteur par mail à klean.oiko@aliceadsl.fr . Cela coûte 12 euros et c’est un bon rapport qualité / prix.

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