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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:30

Alex Pierre LemaitreDe Pierre Lemaître, j’ai lu avec effroi Robe de marié et avec intérêt Cadres noirs qui sont des romans aux intrigues finement ciselées avec des profils psychologiques fouillés. Voici donc le dernier en date : Alex.

Alex est une jeune femme comme les autres qui, cet après midi là fait les magasins. C’est une jeune femme sexy et élégante qui aime jouer avec son physique. D’ailleurs, elle se rend chez un vendeur de perruque et en achète une. En sortant, elle repère un homme, qu’elle croit avoir vu dans le métro. Puis, alors qu’elle mange dans un restaurant, elle devient sure qu’il la suit. Alors qu’elle rentre chez elle à pied, l’homme la tabasse, et la kidnappe à l’aide d’une camionnette blanche.

Le commandant Camille Verhoeven est chargé de l'enquête. Son chef, Le Guen, ne lui donne pas le choix, car Morel est en colloque à Lyon. Depuis la perte de sa femme enceinte à la suite d’un kidnapping, Camille ne veut pas s’occuper de ce genre d’affaire. Il accepte malgré tout d’assurer l’intérim pendant deux jours, jusqu’au retour de Morel. L’affaire s’avère particulièrement difficile car les témoins n’ont rien vu, et personne ne fait état de la disparition d’une jeune femme. Camille avance dans le noir.

Le ravisseur demande à Alex de se dénuder, avant de l’enfermer dans une cage où elle ne peut se tenir ni debout, ni assise. Le supplice est infernal et finit par l’épuiser physiquement. Il se contente de répéter qu’il veut la voir crever. De temps à autre, le ravisseur vient prendre des photos de Alex. A cela, il va ajouter des rats, qui vont jouer au « chat et à la souris ». Alex se rend compte qu’elle va avoir de grandes difficultés à rester en vie.

Je vous rassure, le roman n’est pas du tout, mais alors pas du tout ce que vous croyez. En lisant la quatrième de couverture et connaissant Pierre Lemaitre, j’avais peur qu’il nous fasse un roman proche des Morsures de l’ombre de Karine Giebel, parce que cela aurait été une redite et que Pierre Lemaitre aurait été capable de nous concocter des scènes pénibles et ignobles. Que nenni ! Si le roman commence comme je l’ai résumé plus haut, la suite devient beaucoup plus machiavélique et tordue.

Alors passons tout de suite sur les trente premières pages qui à mon avis détonnent par rapport au reste du roman. J’ai trouvé le style tellement balourd, maladroit, les petites phrases mal trouvées, que j’ai l’impression que l’auteur a eu du mal a commencer son histoire, parce que Camille est un personnage déjà rencontré dans Travail soigné et qu’il n’a peut être pas voulu en dire trop pour ne pas perdre de clients lecteurs. Je me pose la question. Toujours est-il que je n’ai pas aimé le début … et c’est tout.

Après, une fois lancé dans l’intrigue, les chapitres (de 5 ou 6 pages maximum) s’avalent à une vitesse affolante, et on se fait manipuler dans une histoire où seul Pierre Lemaitre sait où il veut nous emmener. Le fait d’alterner les chapitres, un pour Alex et un pour Camille, en centrant les descriptions sur le point de vue des 2 personnes ne nous aide pas à sortir la tête du guidon, mais nous plonge volontairement dans cette histoire. La méthode est connue mais bigrement efficace, et ça marche.

Les deux autres parties sont très différentes : Si la première est centrée sur la captivité de Alex, la deuxième est une course poursuite et la troisième un interrogatoire. Je ne peux pas en dire plus, si ce n’est que Pierre Lemaître s’avère à l’aise dans ces trois exercices. Et avec le scénario qu’il nous a concocté, quand on tourne la dernière page, on se dit qu’encore une fois, on s’est bien fait manipulé. Décidément, Pierre Lemaître est un auteur doué pour créer des histoires au suspense bien maîtrisé.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 10:00

Tous les vendredis midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine :Un hiver de glace de Daniel Woodrell (Rivages noir)

A bientôt.

 

4ème de couverture :

Hiver de glaceJessup Dolly, fabriquant et trafiguant de poudre blanche, est parti au volant de sa Capri bleue, abandonnant à leur sort ses trois enfants et une épouse qui n'a plus toute sa tête. Il a promis de revenir avec un sac bourré de billets. Mais on ne l'a pas revu et, dans la maison glaciale, les placards sont vides. Ree, la fille aînée, apprend que son père avait bénéficié d'une mise en liberté conditionnelle moyennant une hypothèque sur sa maison et son terrain. Le jour du jugement approche : si Jessup ne se présente pas au tribunal, les Dolly seront sans toit au coeur de l'hiver. Alors, telle une héroïne de Dickens, Ree prend la route, affronte le froid et les dangers, à la recherche de son père...
Huitième roman de Daniel Woodrell, Un hiver de glace est le récit de l'odyssée poignante d'une jeune fille de seize ans à travers les paysages désolés des Ozarks. Ce livre bouleversant a obtenu le Prix Mystère 2008 du meilleur roman étranger et a été porté à l'écran par Debra Granik.

 

Mon avis :

Un hiver de glace de Daniel Woodrell (Rivages noir) est un roman court et subtil. Un exercice de haut vol que de faire ressentir une telle ambiance de froideur, via une histoire familiale où une jeune fille part à la recherche de son père. Après un début lent au rythme de la nature endormie par les basses températures, le récit devient noir dans sa deuxième partie, très noir. Un livre exceptionnel de maîtrise.

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:30

coup de foehnVoici un petit roman passionnant à bien des égards, publié par une petite maison d’édition réputée pour la qualité de ses titres. Celui-ci me permet d’ajouter un nouvel auteur à la liste des découvertes.

Sarah est une jeune fille juive de 16 ans, qui habite Marseille. Pour améliorer son niveau d’Allemand, rien de tel que des séjours linguistiques. Sa mère l’envoie donc en Suisse, dans la riche famille Gründlich, où elle sera jeune fille au pair. Pendant les deux mois de vacances estivales, elle s’occupera des jumeaux Max et Jonas. Si Sarah a été envoyée dans ce village, c’est parce que Samuel Seemann son arrière grand-père y vécut et y disparut pendant la seconde guerre mondiale.

La famille Grünglich est une riche famille de la Suisse allemande, qui règne en maître sur le village de Hübscherwald. Elle a fait fortune dans des domaines divers tels que le bois, le textile, et possède son propre journal local. Sarah va rencontrer l’un des journalistes Johann Kramer, dont elle va tomber amoureuse, alors qu’il a le double de son age.

Sarah veut juste en savoir plus sur son arrière grand père disparu, pour renouer avec ses racines, mais aussi pour faire plaisir à sa mère. Elle et Johann vont donc enquêter en douce, pour ne pas déranger l’ordre qui règne dans ce village suisse, balayé par le Foehn, le vent violent qui rend fou, et vont découvrir des vérités qu’il ne fait pas bon déterrer.

Parfois, il est utile de rappeler certaines choses que l’on a tendance à oublier trop vite. Prenez la Suisse : pays neutre par excellence, pays de la propreté, de l’ordre. Une fois que vous avez enlevé le vernis de surface qui rend tout joli, cela devient tout de suite moins beau. Le contexte est donc l’une des raisons qui font que j’ai lu ce roman avec avidité.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : Franck Membribe a choisi de narrer cette histoire en se plaçant dans la tête de Sarah. Et là, j’adore ! Il nous montre toute la légèreté, l’insouciance, l’irresponsabilité des actes d’une jeune adolescente qui croit avoir tout compris à la vie, et qui est rattrapée par la lourde et pesante réalité de son passé. A aucun moment, je n’ai douté de ce que je lisais, j’avais l’impression d’avoir cette gamine (pardon, je vieillis !) devant moi, qui me racontait son histoire. Ce fut une lecture passionnante.

Alors, ne passez pas à coté de ce roman, prenant, passionnant, raconté par une jeune fille sympathique. C’est un roman plein de tendresse, de noirceur, sans violence (c’est à noter) sur la bassesse humaine, sur la traîtrise, sur l’héritage, sur les liens générationnels. Et n’oubliez pas de passer voir le catalogue des éditions Krakoen, au passage.

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 19:30

Paradoxe du cerf-volantAprès L’été tous les chats s’ennuient, son premier roman, que j’avais bien aimé, j’avais dit que je ne raterai pas son deuxième. Voilà qui est fait avec ce paradoxe qui est, à mon goût, encore meilleur.

Pierre Couture est boxeur professionnel. Il a eu son heure de gloire, devenant même champion de France, avant de commencer à perdre. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur une énième défaite. Pour arrondir ses fins de mois, il est serveur au Café de la poste et s’entraîne le soir. Là bas, il retrouve les habitués du zinc, mais aussi son pote Sergueï, de père croate et de mère serbe, pour qui il a eu un coup de foudre d’amitié. Ces deux là sont inséparables, se confiant tout, toujours prêts à tout pour se sortir de la panade.

Sergueï pense que Pierre doit raccrocher la boxe, maintenant qu’il a 27 ans et lui propose un petit extra, légèrement illégal. Il connaît un dénommé Laszlo, qui prête de l’argent à des gens en difficulté. Quand ceux-ci oublient de rembourser, on leur envoie des durs qui sont chargés de les rappeler à l’ordre. C’est payé 100 euros, alors pourquoi pas ?

Pierre se retrouve donc avec La Fouine pour aller rendre visite à M.Arnoult. Après une petite séance d’intimidation, celui-ci veut sortir un pistolet. Pierre le met à terre d’un coup bien placé, La Fouine empoche le revolver, et ils s’en vont en laissant à Arnoult un court délai pour le remboursement. Pierre finit la nuit à écluser les bars et finit par dormir dehors. Le lendemain, deux flics débarquent à son travail et lui annoncent que Laszlo est mort d’une balle dans la tête et que ses empreintes sont sur l’arme. Pierre vient de mettre un doigt dans un engrenage qui va l’obliger à revenir sur son passé.

Je viens de refermer ce roman, de tourner la dernière page, d’abandonner Pierre, ce personnage si sympathique, et de quitter le Paris nocturne où il se passe tant de choses. Et je ne sais comment commencer mon avis. Alors je vais donc écrire la conclusion : Il faut que vous lisiez ce roman à tout prix, car c’est brillant à beaucoup de points de vue, que ce soit les personnages, le cadre, l’ambiance, le contexte et le déroulement de l’intrigue. Un formidable roman d'amitié, d'amour, de colère, d'innocence, de guerres, d'héritages familiaux. Si vous avez lu L’été tous les chats s’ennuient, celui-ci est encore meilleur.

Du premier, j’avais adoré cette façon qu’a Philippe Georget de décrire le quotidien d’un flic, délaissant l’intrigue pour creuser l’intimité, l’après boulot, les pensées et les doutes de son personnage principal. Et je lui avais trouvé quelques longueurs dans les descriptions, les dialogues. Mais l’ensemble emportait l’adhésion par la sincérité et l’originalité du point de vue.

Ici, on fait un virage à 180 degrés. Tout est organisé comme un combat de boxe, ou plutôt devrais-je dire 3 rencontres de boxe : le premier combat, la revanche et la belle. D’ailleurs, le roman est organisé autour de trois parties, découpées en 12 rounds, ce qui est la durée d’un match de boxe (pour ceux qui ne le savent pas). Mais que je vous rassure : si vous n’aimez pas la boxe, si vous n’y connaissez rien, ce n’est pas grave, car ce roman ne parle pas de boxe, la boxe ne sert que de contexte et de prétexte.

Le personnage principal de ce roman est marqué par son passé : séparé de sa femme qu’il aimait, arrivé à un âge où dans son domaine, on perce ou on arrête, orphelin ayant fait des bêtises de jeunesse, il ne veut se remettre en cause. Mais les événements vont en décider autrement, et il va devoir regarder son passé avec les yeux écarquillés. C’est tellement bien écrit, qu’on se met dans la tête de Pierre, on se laisse emporter, et avec des personnages secondaires aussi touffus et vivants, on a l’impression de vivre le cauchemar de Pierre.

Et que dire du style ? C’est direct, ça a du punch, ça vous fout des beignes dans la gueule (excusez le langage familier), comme un round de boxe : un direct, une tentative d’uppercut, et BING ! Un coup au foie. Le livre alterne entre moment fort et pauses (comme dans un match de boxe, quand les protagonistes doivent souffler), et puis ça repart de plus belle. Pierre est parfois comme malmené, entraîné dans les cordes, balancé de droite et de gauche comme une balle de flipper, avant d’avoir un éclair de lucidité et de redresser la tête.

Avec un fond historique de conflit Serbo-croate, où on apprend plein de choses, cela fait que ce roman est une petite perle bigrement originale dans son traitement et son sujet. Philippe Georget aime ses personnages et j’aime Philippe Georget pour cela. Ce deuxième roman est excellent, c’est un roman à lire, à ne rater sous aucun prétexte, foi de Black Novel. C’est le meilleur roman que j’aurais lu au mois de mars, dur, direct, plein d'humour et attachant.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 11:00

Tous les vendredis midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine :Le corps noir de Dominique Manotti (Points thriller)

A bientôt.


corps-noir.jpg

4ème de couverture :

Entre le débarquement des Alliés et la libération de Paris, deux mois et demi s'écoulent. La SS allemande - le «corps noir» - et la Gestapo française règnent encore.
Dans leur sillage, industriels, banquiers et artistes s'enrichissent et mènent une vie de plaisir. Mais les plus perspicaces sentent le vent tourner... Ce roman peint ceux qui perdent, ceux qui s'en sortent, et ceux qui se retrouvent toujours, quoi qu'il arrive, dans le camp des vainqueurs.

 

Mon avis :

 

On aura tout dit et tout écrit sur la fin de la deuxième guerre mondiale. Mais qui a parlé de cette période qui sépare le débarquement en Normandie de l’entrée des forces alliées dans Paris ? En s’appuyant sur une flopée de personnages, Dominique Manotti nous montre les gagnants qui seront toujours gagnants, les perdants qui seront toujours perdants, les collaborateurs qui deviennent résistants, les résistants qui meurent ou qui s’en sortent, les Allemands déboussolés. Un roman écrit dans un style coupé au couteau, comme d’habitude chez Dominique Manotti qui donne un sentiment d’urgence. Un très bon roman

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:30

Automne kallentoftAprès avoir lu et aimé les deux premiers tomes de cette tétralogie des saisons que sont Hiver et Eté, je ne pouvais que me jeter sur le dernier en date. Voici donc Automne de Mons Kallentoft.

Malin Fors, jeune femme inspecteur de 35 ans, a subi le contrecoup de l’enquête précédente, et a bien du mal à s’en remettre. Elle croyait que se remettre avec son ancien mari Jan et donner à sa fille Tove un foyer stable, résoudrait tous ses problèmes. Hélas, cela n’a fait qu’empirer son besoin d’alcool, à tel point qu’elle ne se sépare plus de sa bouteille de tequila. Lors du dîner de Noël, elle se fache avec Jan à propos d’une moutarde qui s’accorde mal avec le jambon, va même jusqu’à le frapper devant sa fille et s’enfuit.

Jerry Petersson est un riche avocat, qui a fait fortune en ouvrant son cabinet à Stockholm et en défendant des escrocs, tels que Jochen Goldman. Le nombre de ses ennemis est donc forcément important. Quand la famille Fagelsjö se retrouve sur la paille, Petersson voit l’occasion de revenir sur ses terres natales en leur rachetant le château de Skogsa. Petersson est un solitaire, il n’a ni femme, ni enfant.

Jerry Petersson avait donné rendez vous à deux chasseurs du coin pour le débarrasser de quelques cerfs. Mais, ce matin là, quand Göre Lindman et Ingmar Johansson débarquent au château, c’est pour découvrir le corps de Petersson flottant dans les douves. Petersson a été assommé et poignardé à plusieurs reprises. Malin va être obligée de mener une enquête difficile.

Forcément, je vais être obligé de comparer ce roman avec les deux précédents. Alors, comme les deux autres, le rythme est lent, l’intrigue complexe et essentiellement centrée sur les personnages, et la trajectoire des acteurs principaux continue à suivre la même ligne directrice. A lire cela comme ça, vous allez me dire : Rien de nouveau sous le soleil (enfin, en l’occurrence, il pleut tout au long de ce roman, le temps est humide et malsain !).

Je dirai : oui et non. Les personnages sont toujours aussi attachants, le style toujours aussi fluide et agréable à lire, les morts parlent toujours à Malin Fors, et l’ensemble est toujours aussi complexe et passionnant. La différence se situe ailleurs : Mons Kallentoft a choisi de littéralement entrer dans la psychologie de ses personnages. Là où auparavant on était centré sur Malin, il nous donne à lire les pensées de nombreuses personnes de Jan à Tove, de Sven le commissaire aux suspects ou à ses collègues policiers. C’est un roman très ambitieux, qui est parfois difficile à suivre pour le lecteur.

Et puis, il nous montre en Malin Fors un personnage torturé et complexe. Malin est devenue une personne seule, cherchant l’amour de sa fille mais rejetant le contact avec les autres, s’abrutissant l’alcool qui est devenu une drogue comme pour se forger un rempart. Il nous montre ses difficultés à communiquer avec les vivants, alors qu’elle suit le langage des morts, s’autodétruisant par manque de courage, par manque de volonté, par manque de solutions. C’est une jeune femme qui est malheureuse, victime du malheur qu’elle s’est créée. On la retrouve les yeux rougis, les traits bouffis, la démarche hésitante, la bouteille à la main, sans jamais que ce la n’apparaisse comme une caricature. Certains passages sont poignants de justesse, même si Kallentoft met la distance suffisante pour éviter des effets mélodramatiques qui auraient rangé son roman dans la case du ridicule.

Alors certes, on peut faire des reproches à ce roman, comme le début qui est long à démarrer, comme cette volonté d’être parfois trop explicite sur les pensées des personnages et donc d’être un peu balourd. Mais l’ensemble se révèle à nouveau une enquête policière fort bien menée, avec un style qui permet de la rendre passionnante et un personnage féminin dont la profondeur est rare. Il me reste juste une impression non pas de déception mais une sensation mitigée. Et je me dis qu’il va être bien difficile de conclure en un seul roman le trajet de Malin, ce qui amène un sentiment de curiosité et d’attente pour Printemps, le dernier tome de la série qui devrait sortir cette année.

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 20:30

cul des angesVoici le deuxième roman que je lis de la sélection automnale de Polar SNCF, d'ailleurs qualifié pour la finale. En lisant la quatrième de couverture, je me rends compte que cet auteur a déjà écrit neuf romans. Ce sera donc une nouvelle découverte pour moi.

Dimitri est un tueur à gages russe qui débarque à Nice avec un contrat à exécuter. Alors qu’il va récupérer ses armes qui sont dans un casier de la consigne de la gare, une jeune femme lui vole le sac tant convoité. Il la poursuit jusque dans le TGV, échappe aux contrôleurs et se retrouve avec cette jeune paumée rebelle dans un palace de Cannes. Après l’avoir entraînée dans le petit casino du palace, il réussit à récupérer son sac.

Lola est une jeune femme de 18 ans qui a un don extraordinaire de physionomiste. Embauchée par le casino de la Croisette, elle fait fureur pour dénicher les joueurs interdits de salle de jeu ou condamnés. Lors d’un règlement de compte, elle reçoit une balle dans la tête, devient amnésique, perd son don mais se découvre une belle voix. Elle devient la chanteuse dans le groupe Le cul des anges.

Lucien est un retraité qui, avec sa femme Raymonde, s’est privé de tout pendant toute leur vie, afin de se payer un appartement dans le sud pour leur retraite. Alors que Raymonde meurt d’un cancer foudroyant, Lucien rencontre Fernand et ils deviennent partenaires de pétanque. Un soir, Lucien entend son voisin maltraiter un enfant, et décide qu’il va lui faire payer.

Edward Valentine est militaire de la Navy en villégiature dans le sud de la France. A coté de ce travail, il a une entreprise de films pornographiques, qu’il dirige avec Henri-Pierre et le Flamand. Il veut faire un dernier grand coup, avant de partir avec la caisse de 10 millions de dollars. Pour cela, il doit se débarrasser de son chauffeur et garde du corps Taylor. Son plan prévoit de lui trancher la gorge et de faire croire à un enlèvement par des terroristes.

Benjamin Legrand a construit son roman sur la base de plus d’une quinzaine de personnages différents, qui n’ont a priori aucun rapport ni contact les uns avec les autres. Mais tous vont se retrouver à un moment ou à un autre sur la même trajectoire. Tout est construit comme une gigantesque toile d’araignée, ou plutôt une feuille de papier que l’on plie, et les gens se rencontrent dans des circonstances plutôt violentes.

Malgré le nombre élevé de personnages, jamais je ne me suis senti perdu. Car tous sont très bien dessinés, avec un passé, un caractère, et une logique face aux événements auxquels ils sont confrontés. Alors on suit cette aventure avec plaisir, où on se sent manipulé dans un scénario diabolique. Je dois dire que je suis envieux devant l’imagination et la construction implacable de ce roman.

Je dois avouer que c’est bien écrit, c’est bien dialogué, c’est superbement bien construit et c’est original comme un bon scénario de film. Le problème, c’est, qu’au-delà de toutes les qualités évidentes de cet auteur, je n’ai jamais été emporté par ce roman. Je l’ai trouvé bon, très bon même, mais j’en suis sorti avec une impression que Benjamin Legrand est passé à coté d’un roman génial. Et je ne sais même pas pourquoi ! Quoiqu’il en soit, j’ai aimé cette histoire à la construction implacable et je suis curieux que ceux qui l’ont lu me disent ce qu’ils en ont pensé. En ce qui me concerne, je lirai sans aucun doute son prochain livre.

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 11:00

 

Tous les vendredis midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine : Un pied au paradis de Ron Rash (Livre de poche)

A bientôt.

 

4ème de couverture :

un-pied-au-paradis.jpgOconee, comté rural des Appalaches du Sud, années 1950. Une terre jadis arrachée aux Indiens Cherokee et qui sera bientôt enlevée à ses habitants : la compagnie d'électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée. Le shérif Will Alexander doit retrouver un corps astucieusement dissimulé. Holland Wincherster a en effet disparu et sa mère est persuadée de sa mort. Mais l'évidence et la conviction n'y font rien : pas de cadavre, pas de meurtre. Sur fond de pays voué à la disparition, une histoire de jalousie et de vengeance, très noire et intense, sous forme de récit à cinq voix : le shérif, le voisin, la voisine, le fils et l'adjoint.

 

Mon avis :

Voilà un roman remarquable à plusieurs égards, que j’avais chroniqué lors de sa sortie. Le sujet est fort bien traité, les personnages sont forts, l’intrigue dramatique à souhait, le style de l’auteur s’adapte aux narrateurs, l’époque est formidablement bien rendue sans effet lourdingue. C’est un roman intelligent et subtil qui vous fera passer un excellent moment. Si vous l’avez raté lors de sa sortie en grand format, alors n’hésitez plus. Il est à noter que Serena, son deuxième roman sorti aux éditions du Masque, démontre que Ron Rash est un auteur à suivre de près.

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 20:30

nocturne pour instruments diversQuand Claude Mesplède lui-même dit : « Laurent Fétis, jeune auteur dont les productions se font malheureusement trop rares, figure parmi les plus doués de sa génération. », forcément, ça interpelle. Voici son dernier roman en date.

Nous sommes en 1995. Jean-François Langley, dit Jef, est journaliste chez Babel, un journal hebdomadaire français depuis cinq ans. Il sort d’une année traumatisante, où, il a passé deux en internement et où il s’est séparé de Esther, sa compagne depuis sept ans. Simplement, son rédacteur en chef voudrait qu’il sorte quelque chose, alors il le pousse un peu. Et pourquoi pas ne pas reprendre l’enquête qu’il a résolue un an plus tôt à New York, celle-là même qui l’a plongé directement en enfer, et dont il ne s’est pas remis.

En effet, un an plus tôt, aidé de son ami policier Camara, il a enquêté sur une affaire qui concernait la disparition de plus d’une vingtaine d’enfants des bas quartiers de la Grande Pomme en moins d’un an. Comme ce n’était pas la priorité de la mairie, Camara a volontiers confié cette enquête à son ami, et Jef a réussi à la résoudre au prix de sa santé mentale.

Quelle abomination a-t-il découvert en 1994 ? Jef, aidé par un jeune photographe Xavier, va replonger dans l’enfer, le sien, et découvrir des choses dont il n’aurait même imaginé. D’autant plus que Camara a démissionné et disparu sans laisser d’adresse, en notant dans le dossier une incohérence : Lors de la perquisition, ils ont découvert des médicaments aphrodisiaques masculins, mais aussi exclusivement féminins. Le tueur en série qui s’attaque aux mineurs des bas fonds avait-il une complice ?

Quand j’ai attaqué ce livre, j’ai eu peur des scènes gore, que je n’aime pas, mais alors pas du tout. Puis, j’ai eu peur de la narration à la troisième personne du singulier des premières pages. Et dès la page 25, j’étais pris dans les filets de Laurent Fétis. C’est tout proprement hallucinant de se faire happer comme cela, et c’est ce que j’adore quand un thriller (ou page turner) est bien fait. Là, c’est tout simplement du grand art. Et ne cherchez pas une once d’espoir, un brin de lumière dans ce roman, tout y est noir et glauque à souhait.

Tout dans ce roman est parfaitement justifié. De la profondeur de la psychologie de Jef, à son refus de replonger dans ce cauchemar, de la construction du livre qui alterne entre 1994 et 1995 au changement de narrateur (3ème personne pour 1994 et 1ère personne pour 1995), tout est fait pour nous immerger dans ce monde noir à l’extrême. Et cette construction semble faite pour montrer le mur, la distance que Jef veut mettre par rapport à ce passé récent.

Et que dire de l’intrigue, où tout y est construit par petits morceaux, avec de petites briques et le style aide beaucoup. Comme Jef est un très bon journaliste, il s’attache à tous les petits détails. C’est ce qui justifie cette pléthore de descriptions qui ne sont pas lassantes mais m’ont permis de rentrer dans la tête du journaliste. Au bout du compte, je me suis laissé prendre au jeu, emmené par le raisonnement, voyant par les yeux de Jef, ressentant ses émotions, sentant les odeurs de pourriture des bas fonds, entendant tous les bruits des nuits de New York. Et il est inutile de préciser que l’on a droit à une belle galerie de déjantés, pédophiles, zoophiles, nécrophages ou carnivores et cannibales.

Le terme qui me vient naturellement à l’esprit, c’est : impressionnant. Et, malgré un final flamboyant mais qui m’a personnellement laissé sur ma faim car obliquant vers du fantastique, j’ai été épaté par le talent que nous montre Laurent Fétis. C’est un roman que j’ai lu extrêmement vite, c’est un signe, sans jamais ressentir de lassitude, bien que cela soit parfois éprouvant, un vrai voyage en enfer.

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 20:30

CinémaniaquesAvoir lu Rictus m’aura donné l’occasion de découvrir Jean Pierre Ferrière et d’être en contact électronique avec lui. Il m’a proposé de lire ce recueil qui reprend trois de ses romans qui sont : Cinémassacre, Le bel imposteur et Le trouble-crime.

Cinémassacre :

Françoise Constant est une actrice sur le déclin, après avoir tourné un film qualifié de maudit qui s’appelle Des amis de passage, réalisé par son ex-mari Jean-Gabriel Ernal. Ce film, descendu par la critique au moment de sa sortie, va être diffusé à la télévision, et les avis sont unanimement élogieux. Le lendemain, un jeune reporter Bruno Merlier est chargé de faire un article sur le film et rencontre Françoise et Jean-Gabriel pour récolter des anecdotes sur ce film maudit. Quelques jours plus tard, Françoise est retrouvée morte dans sa baignoire. Bruno va enquêter sur la disparition tragique de Françoise, qui sera bientôt suivie par les autres personnes ayant travaillé sur Des amis de passage.

Le bel imposteur :

Nous sommes à la veille de la cérémonie des Triomphes du cinéma français, l’équivalent des oscars américains. La présidente de la cérémonie est la célèbre actrice Doris Arnal, accompagnée de son mari Lionel Vignon, auteur raté en mal d’inspiration. Reine, l’impresario de de Doris, lui propose de signer une pièce de théatre qu’elle a acheté à une auteur qui veut rester dans l’anonymat. Cela gène Lionel, qui est un homme honnête, et il cherche à en savoir plus. Il découvre que l’auteur s’appelle Bernard Berthelot et qu’il a été assassiné.

Le trouble-crime :

Philippe et Maxime se rencontrent lors de leur service militaire à Sarrebach, à coté de Strasbourg, et tombent amoureux l’un de l’autre. Quand Maxime est libéré trois mois avant Philippe, ils se donnent rendez vous à Paris. Philippe, provincial, se retrouve dans la capitale, et Maxime n’est pas là à l’attendre. Arrivé chez Maxime, Philippe se rend compte que son ami a disparu depuis quelques jours. Grâce à la gardienne, il peut entrer dans l’appartement de Maxime, et voit qu’il y a eu cambriolage. Bien vite, Philippe s’aperçoit que son ami est impliqué dans des activités douteuses et illégales telles que le chantage et le vol.

 

Ces trois romans sont des rééditions de romans parus en poche : Cinémassacre (1973-Fleuve Noir), Le bel imposteur (1986-Livre de poche), Le trouble-crime (1985-Fleuve noir). C’est une riche idée de ressortir ces polars en recueil. Mais revenons à ces trois histoires, ces trois mystères.

Le point commun de ces trois romans, en dehors du contexte qui se situe dans le milieu du cinéma (c’est moins le cas pour le trouble-crime), tient dans le talent de l’auteur à bâtir des intrigues solides en partant d’une idée simple. C’est remarquablement bien écrit, avec juste ce qu’il faut de descriptions pour nous immerger dans l’histoire et des dialogues toujours justes et remplis d’humour … noir ou cynique. A chaque, la recette est la même : ça commence par un meurtre ou un mystère dans lequel un personnage va être impliqué, et tout va vite se compliquer jusqu’à un dénouement final totalement inattendu.

Et puis, on sent que Jean Pierre Ferrière aime ses personnages, qu’il ne les juge pas, même si certains sont parfois (voire souvent) odieux. Dans Cinémassacre, les 50 premières pages montrant la vie de l’actrice déchue sont tout simplement superbes, pleines de tendresse, comparées à celles des acteurs en activité ou des journalistes, plus intéressés par leur carrière que par les drames qu’ils décrivent dans leurs journaux.

Intrigue disais-je : Elle est géniale dans Cinémassacre. Dans Le bel imposteur, on retrouve toute la faculté de Jean Pierre Ferrière à la rendre complexe et machiavélique, même si je regrette que le personnage de Lionel Vignon soit si lisse et trop gentil. Dans le trouble-crime, elle est complexe à souhait avec un personnage principal naïf qui va de découverte en découverte, et le suspense est excellemment entretenu.

Parfois, on se demande pourquoi les littératures françaises policières des années 70-80 ont tant été décriées, traitées de sous littérature. C’est foncièrement injuste, ces trois romans tiennent la comparaison haut la main avec beaucoup de polars actuels, en étant moins démonstratif, moins sanglant. C’est très divertissant, toujours bien écrit, avec beaucoup d’inventivité et une psychologie des personnages très réaliste. Si vous ne connaissez pas, il faut absolument que vous lisiez ces romans que l’on appelait romans de gare. Il est grand temps de leur rendre hommage.

Une chronique de Rictus sorti aux éditions Plon dans la collection Noir Rétro est ici.

Un grand merci à M. Jean Pierre Ferrière pour cette lecture.

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Published by Pierre faverolle - dans 2011
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