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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 19:30

Sang des pierresAprès L’heure trouble et L’écho des morts, voici le troisième roman de Johan Theorin, dont les caractéristiques tiennent en un mot : Atmosphère. Celui-ci n’échappe pas à la règle.

Nous sommes sur l’île d’Öland, pendant les vacances de Pâques. La fonte des neiges est en cours et la nature reprend ses droits. Gerloff Davidsson, 83 ans, vient de voir mourir de vieillesse un de ses amis, l’ancien gardien du cimetière Torsten Axelsson. Alors, comme il pressent sa fin proche, il décide de revenir chez lui. Il décide donc de quitter la maison de retraite pour revenir chez lui, où il va apprécier le temps qui passe et lire enfin les carnets intimes de sa femme.

Comme le printemps arrive à grands pas, de nouveaux Suédois arrivent pour s’occuper de leurs riches résidences. Gerloff va donc avoir l’occasion de rencontrer de nouveaux voisins. C’est le cas de Max et Vendella Larsson. Vendella connaît bien la région pour y avoir passé son enfance et aime à faire revivre les légendes des Elfes et des Trolls. Max est plutôt un homme taciturne et secret qui prépare un livre de recettes de cuisine et prépare de futures conférences.

Vendella adore le footing et va courir avec Peter Mörner qui vient d’arriver lui aussi. Il a repris la maison de son oncle Ernst Adolfsson, l’ancien tailleur de pierres. Peter vient sur l’ile avec sa fille Nilla gravement malade et son fils Jesper, qui passe son nez plongé dans sa Game Boy. Lorsqu’un incendie ravage les entrepôts de son père Jerry, Peter doit aussi loger ce dernier, qui n’est autre que le propriétaire d’une entreprise de revues pornographiques.

Encore une fois, Johan Theorin prend la cadre de l’île d’Öland, et encore une fois, il imagine de toutes pièces le village où se déroule l’action. Action ? Euh pardon. Johan Theorin n’est pas spécialement connu pour faire des romans d’action. Et d’ailleurs l’intérêt n’est pas là. Dans ce roman, qui est situé au printemps, il ne peut pas déployer son talent à faire vivre des paysages mystérieux.

Qu’à cela ne tienne ! il parsème l’histoire des légendes entre les Elfes et les Trolls, les gentils et les méchants. Il parait qu’ils se partageaient l’île, et qu’ils se sont combattus à un endroit situé près de la carrière de pierres, ce qui a donné à la pierre une couleur rouge sang. Vendella, l’un des personnages de cette histoire a vécu son enfance sur cette île, et elle a toujours vécu en compagnie des Elfes, faisant de ces histoires une part de son passé.

Les personnages sont d’ailleurs ceux qui font avancer l’intrigue. On retrouve avec énormément de plaisir Gerloff, ce qui me manquait dans la précédente enquête, mais aussi Peter, un beau portrait de père dépassé par les événements, obligé de se confronter au passé de son père et d’assumer l’héritage bien peu glorieux que celui-ci lui laisse.

Alors, oui le rythme est lent. Mais les scènes, décrites dans des chapitres courts, s’enchaînent avec une logique implacable, pour faire avancer une intrigue qui peu à peu s’enfonce dans des abîmes qui font une telle opposition avec la beauté du printemps. Et l’on est d’autant plus surpris quand Johan Theorin nous jette à la figure une scène choc : on est tellement bien installé dans notre confort que cela nous frappe d’autant plus fort.

Ce troisième tome m’a semblé à la fois très différent des deux autres, et avec tant de ressemblances aussi. Car il y a tant de maîtrise dans les descriptions de la vie de tous les jours, tant de facilité à passer d’un personnage à l’autre, tant de fluidité dans l’écriture, que c’est un vrai plaisir à lire. Mais rappelez vous bien, que si vous cherchez un roman avec de l’action, ce roman n’est définitivement pas pour vous.

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 19:30

le mur le kabyle et le marinPutain, deux ans ! Comme disaient les Guignols de l’info. Deux ans que je l’attends, ce roman de Antonin Varenne. Deux ans, depuis le choc Fakirs et le premier coup de cœur de Black Novel. Eh bien, le voici ! Et c’est un coup de cœur … encore !

Avril 2008. Combat de boxe sordide entre un jeune homme d’une vingtaine d’années et un autre boxeur de quarante ans. Le combat est âpre, difficile entre Gabin le jeune et Georges Crozat le flic, dit le mur. On l’appelle comme cela car il sait encaisser. Il est patient, prend les coups, et surveille les faiblesses de son adversaire. Il reçoit d’innombrables coups, les supporte mais aime ça. Puis, au cinquième round, Gabin est fatigué, baisse sa garde, et Le Mur le cueille d’un uppercut magistral : KO

A la fin du match, Paolo, son entraîneur, est fier de lui, même s’il aurait préféré qu’il attende le sixième round pour le descendre. Se pointe alors le Pakistanais, qui lui propose un marché : tabasser des mecs pour une bonne somme, tout cela sans risque, pour venger quelques cocus. Le Mur refuse puis finit par accepter cette manne qui va lui permettre de se payer quelques putes supplémentaires. Un bristol glissé dans sa boite aux lettres, le nom de la future victime et voilà Crozat devenu le poing armé de la pègre. C’est le tour de Dulac puis de Brieux puis de deux autres hommes, jusqu’à ce qu’il croise le chemin de Bendjema, qui va lui ouvrir les yeux.

1957. Verini est un jeune homme issu d’une famille d’ouvriers. Son père lui a dit : « casse toi, ne viens pas travailler à l’usine ». Alors, il s’applique pour ses études de dessin industriel puis s’engage dans l’armée. Avec l’aide du piston du père de sa petite amie, il est envoyé en région parisienne. Mais le coup de piston a un prix : il ne doit pas revoir sa copine. Il refuse alors l’autorité et reçoit sa punition : la mesure disciplinaire est de l’envoyer en Algérie, en plein cœur du conflit.

Après le choc Fakirs, attendez vous à une deuxième rafale, toute aussi puissante. Et là où Antonin Varenne montrait notre société avec une enquête sur un jeune homme qui se transperçait pour son public, cette fois ci, il nous oblige à regarder ce que beaucoup ne veulent pas se rappeler : la guerre d’Algérie. Entre les entraînements et les images de propagande, tout est bon pour monter les gentils Français contre les méchants Algériens. Puis, ce sont les descriptions des DOP (les Dispositifs Opérationnels de Protection), cette institution de torture des ennemis. Et, encore une fois, l’auteur nous décrit cela au travers de Verini sans prendre position, ce qui en rajoute encore dans notre imaginaire à nous, lecteurs. « La guerre ne forme pas la jeunesse, elle la viole ».

Et puis, on a encore affaire à de beaux portraits d’hommes entre Crozat, ce policier municipal, « même pas policier », boxeur bientôt à la retraite, désespérément seul, qui aime la douleur, qui est vide comme une baudruche, qui est bigrement attachant aussi. Brahim Bendjema, un vieil algérien qui a tout vu, tout connu et qui trouve la bonne raison au bon moment pour se venger, essayer de créer un semblant de justice, et Verini, ce jeune homme devenu un homme vide, une victime dans le clan des gagnants / perdants marqué à vie et qui veut juste oublier.

L’ambiance est lourde, glauque, violente, malsaine, avec toujours cette qualité pour les dialogues. Par contre, j’ai l’impression d’une grande progression dans l’utilisation de la langue, une volonté de ne pas en rajouter, mais de trouver les mots justes, les verbes qui frappent. C’est un roman que j’ai lu lentement, buvant chaque mot, avalant chaque phrase de peur de rater un moment ou une expression important. C’est le roman de la maturité pour Antonin Varenne, le roman qui ne se lit pas comme on lirait un thriller mais qui se déguste comme un verre de cognac : doucement mais avidement, avec un goût âpre et inoubliable sur la fin. Bienvenue dans l’horreur, celle qui fait mal aux tripes.

La dernière page du livre est un hommage de l’auteur pour son père, ce père qui a connu ces horreurs, qui a tout caché jusqu’à dévoiler quelques bribes du passé avant de mourir. De cette page, avec cette page, le roman prend un tout autre éclairage, devient d’autant plus éblouissant, plus lourd à porter aussi. Votre père peut être fier de vous, M.Varenne.

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 10:00

InstallationPeut-on réellement résister à une telle quatrième de couverture ? Un roman qui parle d’ultra sécurité, de la transformation de la société, de la déshumanisation. Voilà les raisons qui m’ont poussé vers Installation.

Eva Einarsdóttir se sépare de son fiancé et rentre chez elle en Islande après avoir vécu à New York. Elle a connu un drame trois ans auparavant, ayant perdu son bébé de deux mois. De retour dans son pays natal, elle emménage dans un appartement ultra sophistiqué, avec toutes les nouveautés en terme de sécurité et de technologie. Mais son pays a bien changé, les pêcheurs ont disparu et cadres de banques et traders ont envahi la ville.

En contrepartie de cet appartement, elle doit s’occuper des plantes et du chat. Sauf qu’il n’y a ni plantes, ni chat dans le logement. Dans la chambre, au plafond, une moulure en plâtre en forme de masque semble la regarder. Difficile de dormir avec cette menace en face d’elle. Dans cette tour, seuls quelques habitants résident là. A commencer par une voisine qui devient très vite envahissante. Sans compter le gardien, qu’elle peut regarder à l’aide d’une caméra et qui se masturbe la nuit. Ainsi que des voisins, un couple, dont les conversations sont bien étranges.

Petit à petit, Eva va se renfermer sur elle-même, ne vivant que par les informations qu’elle regarde sur Internet, la télévision ou le programme qui retransmet les caméras de surveillance de la résidence. Les cauchemars apparaissent, la solitude s’installe comme quelque chose de rassurant, et elle se retrouve enfermée dans une tour qui ressemble à elle-même.

De la vie de Eva, on découvre petit à petit les événements, ceux d’une jeune artiste fainéante superficielle. Ce qu’elle reproche aux autres, c’est aussi ce qu’elle est elle-même. Puis le mystère s’installe, les voisins font connaissance, disent des choses qui sont en contradiction de ce qu’elle apprend le lendemain. Même l’amie de son ami, celui qui la loge, s’avère morte, suicidée.

L’ambiance devient bizarre, glauque, jusqu’à la deuxième partie où on navigue entre rêve et réalité, entre délires alcooliques et actes idiots voire dangereux. Les pièces changent de couleur, changent de forme, Eva subit des violences ou bien ce ne sont que des punitions. Est-elle victime de ses rêves, de ses désirs ou de séquestration. On nage en plein surnaturel jusqu’à un final surprenant.

Ce programme parait bien alléchant. Mais c’est sans compter l’écriture, bourrée de fautes de grammaire, de mots mal utilisés, ou de mots utilisés à la place d’autres. Est-ce de la faute de l’auteur ou bien du traducteur ? Je ne sais pas, mais certains passages sont agaçants, certaines expression involontairement amusantes et m’ont sorti de cette histoire. C’est en tous cas une histoire pas comme les autres, bigrement originale à mi chemin entre un huis clos et du David Lynch, dont je ne suis pas sur d'avoir compris la fin. Je n'ai pas trop aimé celui là, mais je relirai probablement son prochain roman. 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 19:30

Totally killerAprès le billet de Richard, il fallait bien que je lise ce roman, qualifié de politiquement incorrect. Avec un sujet dont l’idée, déjà vue, se révèle intéressante, cela faisait suffisamment de raisons pour découvrir Greg Olear.

Todd Lander se souvient. Il lui aura fallu 18 années pour oser coucher sur papier la vie qu’il a connue en 1991. A l’époque, il venait de finir ses études, rêvait de travailler dans le show business comme acteur ou comme scénariste. 1991, c’est aussi la guerre du Golfe, le père Bush aux commandes du pays et la crise économique qui laisse sur le carreau toute une génération de jeunes gens diplômés, ce qui créé chez eux une haine des baby-boomers.

En 1991, Todd vit de petits boulots, et partage son appartement avec Taylor Schmitt, une jeune femme belle et excitante, bourrée d’ambition. Taylor veut travailler dans le monde de l’édition et fait tous les bureaux de placement. Mais la réponse est toujours la même : « laissez nous votre adresse et on vous écrira ». Un matin, elle trouve une invitation d’une nouvelle agence Quid pro quo, dont le slogan est : « Un job pour lequel vous seriez prêt à tuer ».

Chez Quid pro Quo, elle rencontre Asher Krug, un cadre très élégant dont elle s’éprend. Du jour au lendemain, Taylor est placée chez un éditeur, pour un salaire beaucoup plus élevé que ce qu’on lui propose ailleurs. Elle est immédiatement en charge de la promotion d’un nouveau roman. Quid pro quo lui demande en contrepartie de ce travail, 20% de son salaire et une tâche et une seule : le licenciement d’une personne, c'est-à-dire l’assassinat de celle-ci.

A lire tous les billets qui fleurissent sur le net à propos de ce livre, on finit par se faire une idée préconçue de l’intrigue. Je dois dire que j’ai été un peu surpris, je m’attendais à un roman à l’humour débridé, très cynique et inconvenant. J’y ai plutôt trouvé un premier prometteur, une belle analyse de société et un auteur qui sait faire vivre ses personnages et qui sait sacrément bien écrire.

Car si le sujet est annoncé en quatrième de couverture, à savoir pourquoi ne pas tuer nos aînés pour que les jeunes aient du travail, j’ai trouvé un intérêt ailleurs dans cette intrigue : un très beau portrait de jeunes gens perdus face à leur entrée dans le monde du travail. Que ce soient Todd ou Taylor, nous avons deux personnages vivants, confrontés à leurs incertitudes, leurs doutes, leurs difficultés de tous les jours. Les Américains sont très forts quand il s’agit de parler d’eux-mêmes, mais quand c’est un premier roman, ça force le respect.

Et puis il y a le contexte. Sans être lourd ou répétitif, Greg Olear nous montre comment la vie était il y a vingt ans, seulement vingt ans ! Les gens sont les mêmes, les crises économiques sont les mêmes, les gens qui cherchent du travail sont les mêmes, mais la société a évolué d’une façon incroyable. Il sait nous plonger dans le passé de façon remarquable, avec ce détachement et parfois cette petite dose de cynisme qui fait sourire.

C’est aussi une belle démonstration de la guerre des générations, qui existait avant, qui existe aujourd’hui et qui existera demain. Place aux jeunes ! Et les personnages nous font des démonstrations tellement logiques que cela dépasse le simple coup de force littéraire, et il faut une bonne dose d’humour noir pour accepter certaines phrases qui vont du pur racisme à la logique de meurtres des gens haut placés. Ce n’est pas désagréable, mais surprenant de lire cela alors que l’on sort de vingt pages « sérieuses ». C’est un livre vraiment particulier qui donne à réfléchir. Et malgré quelques longueurs et un égocentrisme appuyé, c'est un bon premier roman qui laisse augurer une oeuvre à venir intéressante de Greg Olear.

Alors, n’y cherchez pas un thriller, mais une belle plongée dans les années 90, un roman à ne pas prendre au sérieux mais avec quelques belles réflexions. Et puis, cela vous donnera sûrement envie de lire Le couperet de Donald Westlake (qui est un chef d'oeuvre, plus que le film) dans le genre cynique, Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron dans le genre délirant ou Mort aux cons de Carl Aderhold pour rire et réfléchir.

De nombreux avis sont disponibles sur la toile, et parmi eux ceux des collègues Jean Marc et Jeanne. A vous de vous faire un avis.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 19:30

N'ayez crainteDe Elmore Leonard, cultissime romancier noir, je n’aime pas tout mais c’est une valeur sure avec une bonne intrigue et de formidables personnages. Son fils Peter Leonard débarque sur la planète avec un roman speedé.

A Détroit, Karen Delaney est un mannequin d’une trentaine d’années qui vit avec Lou Starr, le riche propriétaire de plusieurs restaurants. Un matin, ils se font braquer chez eux par deux minables Bobby et Lloyd. Cette incursion donne une idée à Karen : utiliser ces deux ratés pour cambrioler Samir fakir, son ancien mari, un prêteur sur gages qui lui a emprunté 299 560 dollars et ne lui a jamais rendu. Et Karen n’a aucun document pour prouver qu’elle lui a donné l’argent.

Pour réussir le vol du coffre fort de Samir, il faut juste trouver un troisième comparse en plus de Bobby et Lloyd. Le troisième larron s’appelle Wade, un énergumène que Karen rencontre et qu’elle embobine facilement. Ces trois truands sont tous à la recherche d’argent facile, et Bobby plus que d’autres puisqu’il est un malade du jeu et a de grosses dettes à rembourser. Quant à Lloyd, il sort tout juste de prison.

Samir est plutôt bien organisé. Et comme tout prêteur sur gages, il a des problèmes de remboursement. Alors il fait appel Ricky son neveu, Johnny un obsédé sexuel, et O’Clair un ancien policier qui a connu la prison avant de se reconvertir dans ce « métier musclé » avec succès. Ce soir là, trois hommes déguisés en policiers débarquent chez Samir, volent son coffre fort et tue un homme en le laissant pour mort. Nos trois comparses s’aperçoivent que le coffre est vide et Karen prend la fuite, poursuivie par Bobby et Lloyd.

logotwitterIl est bien difficile de ne pas faire de comparatif entre le père et le fils. Elmore Leonard est réputé pour être un auteur capable de bâtir des intrigues solides avec des personnages solidement décrits. Cela donne dans la majeure partie des cas des romans noirs bons voire très bons, n’ayant pas lu ses romans westerns. Ce qu’on peut dire c’est qu’Elmore Leonard prend le temps d’installer et la psychologie de ses personnages et son intrigue.

Peter Leonard, lui, n’a pas le temps. C’est un homme pressé. Il décrit une scène par un paragraphe, un personnage par une phrase, un dialogue par une ligne. Si on ajoute à cela que les chapitres sont courts, cela donne une impression de vitesse vertigineuse. Et comme le scenario est en béton et qu’il se passe quelque chose à chaque page, quand on ouvre ce livre, on ne le referme que bien tard dans la nuit.

Et des beaux personnages, on en a à la pelle dans ce roman : ils sont tous cinglés, désaxés, obsédés, tarés, avec plusieurs cases en moins. A la naissance, ils ont dû oublier de connecter deux neurones. Cela peut par moments impacter la crédibilité de certaines scènes mais la lecture en devient d’autant jubilatoire voire hilarante. Seule Karen, qui est parfois malmenée, arrive à manipuler, avancer ses pions, et s’en sortir.

Alors ce roman est à classer dans la catégorie des bons romans noirs, à la différence près que l’auteur a dû prendre des substances illicites pour écrire une histoire qui va aussi vite. La galerie des personnages tous aussi loufoques les uns que les autres en fait une lecture très agréable. Peter Leonard vient de se faire un prénom. Et un grand merci à BoB et aux éditions de l'Archipel pour la découverte d'un nouvel auteur.

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 10:00

Tous les vendredis midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine :L'heure trouble de Johan Theorin (Livre de poche)

A bientôt.

 

4ème de couverture :

Heure troubleÀ l'heure trouble, entre chien et loup, un enfant disparaît sans laisser de trace dans les brouillards d'une petite île de la Baltique. Vingt ans plus tard, une de ses chaussures est mystérieusement adressée à son grand-père. Qui a intérêt à relancer l'affaire ? Et pourquoi toutes les pistes conduisent-elles à un criminel mort depuis longtemps ?

Dans une oppressante atmosphère de huis clos, une histoire de deuil, d'oubli et de pardon, hantée par les ombres du passé. Numéro un des ventes en Suède, déjà traduit dans une dizaine de pays, ce suspense complexe et envoûtant a été élu Meilleur roman policier suédois 2007 par la Swedish Academy of Crime.

 

Mon avis :

Si ce roman n'est pas un chef d'oeuvre, il faut reconnaitre que c'est un roman costaud dans tous les sens du terme. Les personnages sont vivants, l'intrigue solide et l'atmosphère glaçante à souhait. C'est d'ailleurs une des grandes qualités de Johan Theorin : savoir créer une ambiance. Quand, en plus, l'auteur nous annonce qu'il a créé de toutes pièces l'ile et le village où se situe ce roman, on ne peut que reconnaitre un nouveau talent. Un roman populaire ans le bon sens du terme, au rythme lent mais avec lequel on ne s'ennuie jamais.

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 19:30

Tank orin

Orin est un jeune auteur français qui m’a contacté pour donner mon avis sur son roman, qui est son deuxième après Aux quatre coins du cercle. Ce roman possède une vraie personnalité que je vais vous décrire.

« Le rédacteur en chef de Liberté Française m’a fait savoir qu’il porte plainte. En guise de réponse, je lui ai envoyé une boîte dans laquelle j’ai chié. » C’est ainsi que commence ce roman … surprenant.

Ce roman est écrit par un narrateur dont on ne connaîtra pas le nom. Celui-ci est un anarchiste coléreux et lâche, ce qui en fait un sacré mélange. Alors qu’il s’essaie à plusieurs métiers, il est en opposition avec toutes les règles. C’est alors qu’il pissait sur un mur dans la rue qu’il rencontre le rédacteur de chef du magazine Tank. Celui-ci lui propose un poste de journaliste.

Tank, un journal à la ligne éditoriale révolutionnaire voire anarchiste, se veut en guerre avec les fascistes de tout bord. Le narrateur se retrouve donc mêlé à une enquête sur un groupuscule, qui se termine mal : il est poursuivi par une bande d’allumés et fait par hasard la rencontre d’un Autrichien. Au début, leur relation était moyenne, mais ils doivent bientôt faire front pour retrouver le rédacteur en chef de Tank qui vient d’être enlevé.

Ce roman est, comme je le disais plus haut, surprenant. Nous y suivons les déambulations du narrateur, qui est entraîné de droite et de gauche dans une course poursuite ou une chasse à courre dont il est le gibier. C’est un personnage anarchiste mais pas spécialement violent, préférant fuir que se heurter aux décalés du bulbe qui lui en veulent pour cette mauvaise plaisanterie (le petit cadeau empaqueté). C’est un personnage qui globalement se moque de tout, en réaction contre la société, contre les institutions, contre les gens.

Le roman n’est pas vraiment un polar, ni un thriller, mais plutôt une course poursuite, suite de scènes où le narrateur rencontre des gens, où il est poursuivi par des nazillons belliqueux. Le style adopté est proche du langage parlé, avec des phrases courtes, des dialogues qui claquent, ce qui donne une impression de vitesse, ce qui fait penser à une personne speedée, stressée, comme si elle était constamment sous amphétamines. De plus, il y a beaucoup d‘humour (tout ce qui est féminin s’appelle Géraldine, prénom de sa première amoureuse à l’école, mais aussi la voiture de l’Autrichien ou même un chien) et en particulier des scènes très réussies telles celles du mariage ou celle de l’église, qui sont hilarantes et des moments de poésie (si, si !). Et le dernier chapitre est beau, il m’a touché, car tellement simple et rempli d’émotions.

Si l’ensemble se tient, si cela se lit vite, les qualités de ce roman sont aussi ses défauts. Le parti pris de l'auteur dans ce style direct peut paraitre jusqu'au boutiste, il est en tous cas original, au risque de laisser des lecteurs sur le bas coté. Et puis, le personnage principal n’est pas sympathique (mais est-ce un défaut ?) , et on a du mal à accepter ses justifications contre la police, la religion; c’est plutôt à prendre au deuxième ou troisième degré. Et on a l’impression que le livre ressemble plus à un assemblage de scènes qu’à une intrigue bien déroulée. C’est donc un roman sympathique et je serais curieux de confronter d’autres avis au mien … donc n’hésitez pas à me faire des commentaires.

Vous pouvez acheter le livre sur le site http://lemondedorin.free.fr/

Orin, l’auteur, accepte de se prêter à une interview de ses lecteurs, présents et futurs. Si vous voulez lui poser des questions, merci de les poster dans les commentaires et je publierai l’interview intégrale de Orin. Pour ma part, j'y travaille sérieusement.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 19:30

mortelles rencontresL’avantage d’avoir un blog, c’est de pouvoir rencontrer (virtuellement) des gens avec qui on n’aurait pas eu de contact autrement. L’auteur m’a contacté pour que je lui donne mon avis, et ce roman est à la fois très bon et une sacrée surprise.

Jamel est un jeune beur de la banlieue lyonnaise, qualifié de sérieux, travailleur et faisant des études à Lyon III. Cet été là, il a décidé de ne pas suivre sa famille en vacances au bled, mais de rester pour travailler et se faire de l’argent. Mais en terme d’activité, il a fait des photos d’une femme mariée et a rendez vous avec son mari pour toucher l’argent du chantage qu’il exerce. Lors de leur rencontre dans la cave d’une cité des Minguettes, l’homme égorge Jamel : On ne fait pas chanter Arlequin.

Christian Barnier est un ancien militaire, passé cadre par la suite pour être licencié économique. Au bout de deux ans de chômage, il a décidé de créer son agence de détective privé, et ce n’est pas un métier où on roule sur l’or. Le quotidien est la filature de femmes infidèles, de maris trompeurs pour faciliter des cas de divorce. Une jeune femme belle comme le jour fait son apparition. Elle s’appelle Sheraz et veut que Barnier trouve l’assassin de son frère Jamel, dont la police se moque.

Alors qu’il n’est pas trop motivé par cette affaire, il promet de faire le minimum. Après une brève visite au commissariat, il apprend que Jamel se livre à la prostitution. Cela ouvre le champ des suspects mais Barnier est surtout furieux que sa sœur lui ai caché cela alors qu’elle était au courant. Au nom de la justice, Barnier va quand même creuser cette affaire et se retrouver à la poursuite d’un tueur en série qui traque les femmes via les sites de rencontre sur Internet.

Richard Philippe nous a construit un polar classique, avec tous les codes du genre : une affaire dont la police ne veut pas, un détective privé qui s’il est sympathique, n’en est pas moins désabusé et impulsif, des femmes fatales dont on ne compte plus le nombre, et un contexte actuel très ancré et dans le réel et géographiquement, puisque tout se déroule à Lyon et dans ses alentours.

Ce qui retient l’attention du lecteur, et fait que cela se lit avec plaisir, c’est la qualité de l’intrigue. Les chapitres sont courts mais surtout remarquablement écrits, avec un bon dosage entre l’intrigue et les dialogues. Et puis, le personnage de Barnier, ce grand échalas qui prend sur lui avant d’exploser est facilement identifiable.

Il faut dire que, dans ce livre, aucune concession n’est faite sur notre société moderne. Sans pour autant prendre position, Richard Philippe nous narre un monde où les étudiants sont obligés de se prostituer pour payer des études toujours plus chères ou juste pour vivre. Ceux qui en profitent, les bourgeois, les nantis sont présentés comme des pervers qui peuvent se le permettre car jamais ennuyés par la police. Du classique, en somme, ou presque.

Et puis, Arlequin, ce chasseur sur Internet nous fait nous poser des questions. Quelle drôle de société avons-nous créé là ? Une société où les gens ne se parlent plus, où ils ne se rencontrent plus, sauf pour réaliser leurs fantasmes. Une société faite de barrières, entre ceux qui ont l’argent et qui vivent dans de luxueux appartements, et les autres entassés dans des cités dortoirs.

Alors Barnier regarde cela comme un témoin, voit sa ville et sa vie changer sans savoir ni comprendre où elle est ni où elle va. Ses motivations : Sheraz (même s’il est marié) et la volonté de bien faire son travail. Et quand la coupe est pleine, il gueule ! Décidément, c’est un polar contemporain, qui revisite les classiques, agréable à lire et bien sympathique.

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 10:00

Tous les vendredis à midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine :Les lieux sombres de Gillian Flynn (Livre de poche)

A bientôt

 

4ème de couverture :

les lieux sombresAu début des années 1980 dans le Middle West, Libby Day a 7 ans lorsque sa mère et ses deux soeurs sont assassinées dans la ferme familiale. Libby est la seule rescapée et désigne le coupable à la police : son frère Ben, âgé de 15 ans.

Vingt-cinq ans plus tard, alors que celui-ci est toujours en prison, Libby souffre de dépression chronique. Encouragée par une sorte de secte sataniste persuadée que son frère est innocent, elle revient sur les lieux de son enfance pour se reconstruire, et faire la lumière sur le drame, quelles qu'en soient les conséquences.

 

Mon avis :

Ce roman, qui a été couvert d’éloges chez mes amis blogueurs, est extraordinaire. Malgré sa longueur, il se lit très vite, car la psychologie des personnages est extraordinaire, et la peinture du monde rural américain sous l’ère Reagan édifiante. C’est aussi un brillant portrait des différentes générations, de notre évolution de l’enfance à l’age adulte, en passant par une adolescence perdue, sans repère, sans attaches, avec toujours cette idée de l’impact que peut des événements passés sur notre destin. C’est l’image d’un monde et d’une civilisation déracinée, laissée à l’abandon, une peinture noire du monde rural qui s’adonne à ses peurs ancestrales (la peur du Diable, la peur de l’autre) pour tenter de se rassurer, ou du moins avoir l’impression d’avoir une sorte de contrôle sur sa vie. Le final peut sembler bizarre, mais j’ai bien aimé.

 

Et petit message personnel : bon anniversaire petit frère !

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 19:30

Deux guides polars viennent de voir le jour, l’un édité par Virgin, m’autre par la librairie Decitre. Pour les fans du polar, ces guides sont surtout une curiosité, on y cherche les auteurs oubliés, les choix de romans sur lesquels on n’est pas d’accord, ou les auteurs qui ne devraient définitivement pas y être. Pour les novices, ceux qui veulent découvrir plus avant ce genre, ces guides sont une vraie mine d’information, et une source d’inspiration pour des lectures à venir.

Guide-polar-decitre.gifguide-polar-virgin.jpgLa FNAC s’y était essayé il y a quelques années par deux fois : La première version était plutôt bien et le volume 2 (ou mise à jour) moins intéressante. Si ces deux nouveaux guides sont différents par leur choix et leur présentation, ils sont tous les deux intéressants, voire complémentaires. Voici un petit inventaire de ce que j’y ai trouvé, lu, remarqué, aimé et regretté.

Dans les deux cas, il y est présenté une centaine d’auteurs avec un choix de roman pour chaque, et des livres du même style en supplément. Si le choix de certains romans me semble bien choisi, certains me laissent perplexes. Mais dans l’ensemble, je me dis que ce qui compte, ce sont les auteurs qui sont mis en valeur. Et cela vient compléter le guide des 100 meilleurs polars qui ont été chroniqués dans la revue 813.

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Couverture et Présentation :

Chez Decitre, la couverture est superbe et très esthétique, et la présentation des livres me parait plus claire. Chez Virgin, c’est plus sobre avec des avis faits « maison ». A noter chez Decitre les avis de Franck Thilliez et chez Virgin plusieurs personnages connus (réalisateurs, écrivains, musiciens). Chez Virgin, les auteurs sont classés par ordre alphabétique, alors que chez Decitre, ils sont classés par genre.

Léger avantage pour Decitre.

 

Classification :

Il n’est rien de plus difficile que de classer le polar par genre. C’est un exercice casse-gueule et forcément décevant. Chez Virgin, on y trouve les catégories Intemporel, Enquête, Thriller, Roman noir, Décalé. Chez Decitre, ce sont Whodunit, Historique, Hard boiled, Roman noir, Suspense, Thriller, Affaires à suivre.

Avantage pour Decitre.

 

Les auteurs que l’on est heureux de voir :

Outre les auteurs devenus aujourd'hui classiques, tels David Goodis, Robin Cook, Dashiell Hammett, Harry Crews, Agatha Christie, Edgar Allan Poe, James Hadley Chase, on y trouve beaucoup de grands aux cotés desquels viennent s'ajouter de plus jeunes.

Je ne vais pas citer tous les auteurs mais je suis heureux d’y voir Chesbro, Jonquet, Robert Harris, Jean Claude Izzo, Manchette, Pouy, Pelecanos, Jim Thompson, Trevanian, Harvey, Westlake et Bunker. C’est la moindre des choses, me direz vous ? Que Nenni !

J’ai noté chez Virgin : Brautigan, Benaquista, Crumley, Frederic Dard, André Héléna, Gregory MacDonald, Elmore Leonard, Kem Nunn ou Don Winslow.

Chez Decitre, il y a Larry Beinhart, Lawrence Block, Antoine Chainas, DOA, Daeninckx, Karine Giebel, Donna Tartt, David Peace ou Marcus Malte.

Egalité donc car très complémentaires.

 

Les doutes :

Je ne suis pas sûr que certains choix aient leur place dans un tel guide, (même si les livres cités sont très bons, et si cela ne reflète que mon opinion.

Chez Virgin, il est curieux de voir Shane Stevens et Matt Ruff. Et où est passé Deon Meyer par exemple ?

Chez Decitre, que dire du Livre sans nom, Harlan Coben, Camilla Lackberg ou Steve Mosby.

Et dans les deux guides, sont passés aux oubliettes Dominique Manotti, Pascal Dessaint ou Jean Hugues Oppel par exemple. Par contre, des articles bien faits évoquent des auteurs qui auraient mérité leur place; je pense à Brett Easton Ellis par exemple.

Comme ceci ne représente que mon avis, égalité pour les deux.

 

Le prix :

Chez Virgin, c’est 4 euros. Chez Decitre, c’est 3 euros.

Avantage Decitre donc, même si je vous conseille d’acheter les deux.

 

Conclusion :

Le guide Decitre me parait plus exhaustif, plus agréable et moins cher. Courez l'acheter sur wwww.decitre.fr

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Published by Pierre faverolle - dans 2011
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