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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 19:30

Le bal des frelonsL’année dernière, Pascal Dessaint nous avait ébloui avec Les derniers jours d’un homme, l’une de mes meilleures lectures de 2010. Voici son dernier en date, qui nous narre la vie d’un petit village.

Dans un petit village d’Ariège, on pourrait penser que la vie peut s’écouler paisiblement. On y rencontre Maxime, qui s’occupe de ses abeilles et qui retrouve le fils de sa compagne qu’il a quitté. On y trouve Rémi, voyageur solitaire, qui a vécu avec Mariel, jusqu’à sa mort accidentelle, et qui l’a déterrée pour avoir une compagnie. Il y a Antonin, gardien de prison, marié avec Martine, passe une retraite tranquille jusqu’à ce que sa femme Martine lui annonce avoir retiré toutes leurs économies et avoir caché l’argent en liquide.

Martine, pour sa part, a été amante du maire Michel, lequel bénéficie de sa position pour en tirer des avantages substantiels. Martine fait du chantage auprès de Michel pour qu’il assassine son mari. Coralie, la secrétaire de mairie, entend la conversation et pense que sa chance est enfin arrivée d’épouser le maire et de perdre son pucelage. Il serait temps à 46 ans !

Il y a aussi Loïk, ancien taulard, qui a souffert de Antonin quand il était en prison. Il vit avec Baptiste, ancien taulard aussi et fan de Status Quo, s’occupe de son hérisson Caroline et se veut se venger de Antonin. Au milieu de ce petit microcosme, Charles le gendarme connaît bien ses administrés. Il va être confronté à une vague de violence inédite dans ce village si calme en apparence, si idyllique sur le papier.

Au milieu de cette nature tranquille, dans un village aux abords sympathiques, que pourrait-il se passer d’extraordinaire ? En suivant les petites histoires de ses habitants, on s’aperçoit vite qu’ils sont tous un dérangés, plein de rancunes, emplis de haine et désireux de vengeance envers leur prochain. Plutôt que de suivre le cours tranquille rythmé par les saisons, la violence va faire son apparition, démontrant que, comme la nature, l’homme n’est rien d’autre qu’un animal, tuant pour des raisons autres que pour se nourrir.

Car, comme partout ailleurs, les habitants de ce village suivent leurs motivations primales, pour l’argent, le sexe et le pouvoir. L’intrigue va avancer grâce aux narrations de tous les protagonistes, chacun présentant une portion de l’histoire. Et si c’est redoutablement efficace pour fouiller leur psychologie, si c’est très bien construit pour éviter toute redite, je regrette juste que le style ne se soit pas adapté à certains d’entre eux. Par contre, les personnages sont tellement bien dessinés que l’on n’a aucun mal à suivre l’histoire.

Enfin, il y a l’humour. Selon les personnages, c’est du premier degré, placé dans les reflexions ou les dialogues, parfois c’est du deuxième degré, mais plus généralement, c’est du cynisme noir pur et dur, du style : « Qu’est-ce que c’est que la prison, j’y disais, sinon une usine à à fabriquer des récidivistes ? ». On en arrive, avec cette galerie de doux dingues en tous genres, d’êtres «d’une nature bizarre, azimuté du bulbe, dérangé sous le capot », que les seuls êtres sensés de cette histoire sont finalement les animaux qui traversent le roman.

Clairement, le ton est drôle, légèrement décalé, pour mieux démontrer l’absurdité de la psychologie humaine. Dans ce petit village, les gens sont les mêmes qu’ailleurs, ni plus dingues, ni plus intelligents qu’ailleurs. C’est un roman parfaitement construit avec lequel on passe un excellent moment de lecture noire.  

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 10:00

Donald Westlake n’est plus à présenter. Cet auteur de romans, prolifique, a écrit des romans comiques sous son nom et des romans noirs sous le nom de Richard Stark entre autres. En ce mois de juin, c’est un véritable festival auquel nous convient les éditions Rivages avec pas moins de 3 sorties dont nous allons parler ici même. 

 

Monstre sacré chez Rivages Thriller :

Monstre-sacre.jpgJack Pine, richissime star décadente, se réveille un matin dans un tel état qu'il ne se rappelle même pas quels excès il a commis pour en arriver là. Alors qu'il s'efforce de rassembler ses esprits, un certain Michael O'Connor, du magazine People, débarque pour l'interviewer. Jack préfèrerait se reposer, mais il cultive ses relations avec la presse. Au début, Jack s'en tient à sa biographie "autorisée", mais au fur et à mesure que l'habile O'Connor l'interroge, il se laisse aller à des confidences de plus en plus compromettantes, au fil desquelles se précise la relation malsaine qu'il entretient avec son copain d'enfance Buddy Pal. Une relation qui aura eu des conséquences incalculables sur sa vie. Jusqu'à un coup de théâtre final, de ceux dont Westlake a le secret.

Construit autour d'une succession de flash-back, ce roman atypique, plein de l'humour noir et de l'ironie qui caractérisent Westlake, est aussi une satire cruelle du monde du spectacle.

 

Voleurs à la douzaine chez Rivages noir :

Voleurs-a-la-douzaine.jpgSoit on connaît déjà John Dortmunder, et on sait qu'avec lui le cambriolage relève d'une alchimie particulière (défis pharaoniques, plans rocambolesques, équipiers improbables, résultats grandioses), soit on ne le connaît pas encore, et ces onze nouvelles seront une parfaite introduction à "l'esprit Dortmunder".

Derrière Dortmunder, il y a le génial Donald Westlake, son sens du rythme et son incroyable imagination. Avec en prime, une surprise finale : un voleur peut en cacher un autre...

 

Comment voler une banque chez Rivages noir :

Comment-voler-une-banque.jpgEt dire que John Dortmunder en est réduit à faire du porte à porte pour vendre des encyclopédies ! Du gagne-petit pour un cambrioleur habitué aux gros coups. Heureusement, Victor, ancien agent du FBI et neveu d'Andy Kelp, a une idée géniale : un vol de banque. Attention, pas un braquage avec des menaces, des coups de feu et toutes ces choses déplaisantes. Non, l'idée c'est vraiment d'embarquer la banque, puisqu'elle est provisoirement installée dans un mobile home en attendant la réfection du bâtiment qui l'abrite. Un mobile home, comme son nom l'indique, est fait pour être déplacé. Avec un camion et un bon chauffeur, l'affaire devrait marcher... comme sur des roulettes.

Une des plus mythiques aventures de Dortmunder et de sa bande rééditée dans une traduction révisée et complétée.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 19:30

maelstromAlors que j’avais fait un petit clin d’œil à mon ami Bruno et son blog Passion Polar à propos d’un jeu pour gagner Maelstrom de Stéphane Marchand, l’auteur m’a gentiment offert son roman dédicacé. Voici donc ce thriller prenant.

Tout commence avec le meurtre de Robert Galway. Adepte des plus incroyables sports à haute sensation, il a été jeté du 52ème étage pour un dernier saut à l’élastique avec un lest de 30 kilogrammes, et s’écrase sur le trottoir. Dexter Borden du FBI se retrouve sur le coup et trouve un indice lui demandant de contacter un écrivain en manque d’inspiration : Harold Irving. Il l’appelle au téléphone mais celui-ci a toutes les difficultés à répondre : il est menotté à son lit.

En effet, Harold vient de passer une nuit de folie avec une prostituée du nom de Katsumi. Celle-ci l’a attaché au lit et lui a fait l’amour dans toutes les positions, tout en le filmant avec un caméscope. Quand Dexter débarque chez Harold, il est écrit au mur en lettres de sang : « Je suis venu vous dire que vous allez mourir », et c’est signé Le Maestro. Puis tout leur est expliqué dans un message : Ils doivent lui obéir sinon il fera exploser des bombes. D’autres cadavres vont suivre avec des indices. A eux de trouver la clé de l’énigme s’ils veulent le rencontrer.

Le Maestro connaît tout d’eux et a tout prévu. Il leur annonce qu’il sait que Dexter est homosexuel et que personne au FBI ne le sait. Il sait que Harold a abusé de drogues et d’alcool et qu’il a oublié son passé et qu’il faudra qu’il fouille sa mémoire. Il a embauché une experte légiste, Franny Chopman, qui fera les autopsies pour eux. Ils n’ont qu’à se laisser mener et obéir. Le jeu de pistes ne fait que commencer. Et Harold va être obligé de retourner vers un passé cauchemardesque.

Ce roman a tous les ingrédients du page turner (comme ils disent de l’autre coté de l’Atlantique) : Un tueur machiavélique bigrement calculateur, un mystère lié au passé, un héros (?) amnésique au cœur du massacre, un flic impliqué malgré lui dans l’affaire, des belles jeunes femmes, et une action qui se situe aux Etats-Unis. Le mot d’ordre est l’action, la rapidité, alors l’auteur écrit des phrases courtes, de courts dialogues, des chapitres courts, et ça se lit bigrement (trop ?) vite.

Contrairement à ce qui est écrit sur la couverture, où il est marqué Thriller, j’ai plutôt eu l’impression de suivre une enquête, mouvementée certes, plus qu’un bouquin sous haute tension. Cela est peut-être du au fait que je l’ai lu pendant le week-end de la Pentecôte et que j’étais détendu ! Le style de l’auteur vise le rythme, avec peu de place à des descriptions, des chapitres courts passant d’un personnage à l’autre. Ceux-ci sont d’ailleurs suffisamment bien dessinés pour qu’on ne soit pas perdus. Je m’attendais aussi à des scènes sanglantes, mais je dois dire que c’est très acceptable, je ne me suis jamais caché les yeux, je n’ai pas sauté de passages.

Au global, ce fut une lecture très distrayante sur une affaire bien mystérieuse et il m’a manqué quelques petits trucs pour être complètement emporté : tout d’abord, les lieux sont peu décrits et d’ailleurs je me demande pourquoi l’auteur a situé le roman aux Etats-Unis. Ensuite, j’aurais aimé plus de présence et d’épaisseur pour les personnages féminins, Franny et Katsumi. Enfin, l’indice final pour trouver le Maestro m’a semblé tomber comme un cheveu sur la soupe. Par contre, la fin est génialement bien trouvée. Bref, lisez ce roman, c’est un bon thriller à apprécier avec un jus de tomate bien rouge.

Deux avis complémentaires sont disponibles sur le net chez Oncle Paul et Dup.

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 10:00

Tous les vendredis midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine : Hypothermie de Arnaldur Indridason (Points)

A bientôt.


4ème de couverture :

Hypothermie.jpgAu bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide ? Erlendur n’y croit pas.
Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d’ombres : médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand elle était enfant, son père s’est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs…

Né en Islande en 1961, journaliste et critique de cinéma, Arnaldur Indridason est l’auteur de plusieurs romans policiers, véritables best-sellers internationaux. La Cité des Jarres, La Femme en vert et La Voix sont disponibles en Points. 

 

Mon avis :

Ce roman fait partie de la sélection Meilleurpolar.com des éditions Points.

Ce livre est centré avant tout sur le personnage de Erlendur. Il se retrouve face à une femme qui a cru qu’avec l’aide de médiums, elle pouvait entrer en contact avec sa mère défunte. Ce que Erlendur aimerait tant faire lui-même avec son frère. Il s’obstine sur cette enquête car il tient à démontrer que l’irrationnel n’est pas une solution à son problème personnel. Ce livre est la superbe démonstration d’un homme blessé, qui ne veut pas guérir, pour garder un souvenir, pour garder un but dans la vie. Ce livre est la superbe démonstration que Indridason aime profondément ses personnages. Ce livre est la superbe démonstration que Indridason est un personnage à part dans le monde du roman noir.

Ce roman a déjà été chroniqué ici.

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 19:30

Ironie du shortToute promesse n’a de valeur que si elle est tenue. J’ai plusieurs fois discuté avec Max Obione sur les nouvelles. J’ai un problème avec les nouvelles, ce n’est pas que je n’aime pas cela, mais je n’ai pas le temps de m’installer dans un lieu, dans un personnage, de m’accaparer un contexte.

Alors, voilà, j’avais écrit à Max Obione : « Je n’aime pas les nouvelles ».

Et il m’avait répondu : « je te ferai aimer les nouvelles ».

D’où ma promesse de lire cette Ironie du short, au titre évocateur et plein de dérision. Je dois dire que sur les 18 nouvelles que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, certaines ont ma préférence :

Marcel Bovary ou l’exemple type d’un pétage de plomb, bourré d’adrénaline et d’humour noir, avec un style percutant comme une giclée de chevrotine.

Arrière cuisine (et si dans Blanche Neige, il y avait eu 10 nains et pas 7?) ou comment faire du grand n’importe quoi à partir d’une idée hilarante et transformer cela en gigantesque éclat de rire.

L’ironie du short est l’exemple type du fait divers atroce, raconté sans pathos mais avec un beau pied de nez final.

Au dessus du royaume bleu des mouches donne à lire de purs passages de poésie et c’est probablement la plus belle nouvelle, même si elle se termine mal.

Plat froid est une nouvelle marrante avec une psychologie impeccable brossée en quelques pages. Un véritable coup de force.

Mandigo, que j’adore, est plein d’un cynisme tristement réel.

Il y aussi beaucoup de nouvelles légèrement décalées comme dans Aurel et Maddy ou Crâne d’os ou D’amour tendre, du plus classique dans Au bout du bout,

Au global, ce sont 18 personnages, 18 morceaux de vie, 18 traits d’humour noir, cyniques et parfois méchants, et dans tous les cas sans concession aucune. Donc ce fut une lecture fort plaisante, marrante et dérangeante, de celles qui ne laissent pas de marbre mais qui fait frémir ou rire.

Et puis, avec une couverture aussi belle, Max en pleine forme dans son petit short, peut on réellement résister ? Alors foncez sur le site de Krakoen (www.krakoen.fr) ou chez votre meilleur libraire.

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 10:00

Un petit focus sur une jeune maison d’édition qui se réclame du roman populaire. Voici ce qu’ils annoncent sur leur site www.juste-pour-lire.com :

 

Non, la littérature française n’est pas en crise. Elle est même très contente d’elle-même la littérature française. Et pourtant, force est de constater qu’elle a perdu le goût ou le sens de raconter de belles histoires. Un bon livre, une bonne bande dessinée, c’est avant tout une bonne histoire, qui vous prend de la première à la dernière ligne ou bulle, jouant sur toute une palette d’émotions : l’émerveillement, le frisson, la découverte, la drôlerie.

Refonder une littérature populaire, telle est la seule ambition des Editions JustePourLire. Renouer tout en l’intégrant à son époque avec le roman feuilleton, le roman illustré et sa traduction moderne qu’est la bande dessinée, le polar sans états d’âme ou effets de style.

 

Il y a 4 collections qui sont : Polars-thrillers, Bandes dessinées, Enigmes de l’histoire, et Littérature jeunesse. Intéressons nous à la collection Polars avec deux titres aux couvertures flashy et aux sujets prometteurs :

 

Lili de Chinatown de Philip Corré :

lili-de-chinatown.jpgCameron Valls, « contractuel » auprès de la Grande Faucheuse, n’apprécie pas du tout qu’on lui fasse le coup du 3ème ou du 4ème tueur, comme à n’importe quel baltringue du genre Lee Harvey Oswald. Il n’aura de cesse de comprendre qui le double sur chacun de ses contrats. D’autant plus que les victimes figurent parmi les plus grosses fortunes de la planète. Et Cameron Valls s’inquiétera vraiment quand il s’apercevra que tout part du Chinatown parisien où règne la mystérieuse princesse Chizun.

La machine s’accélère quand entrent dans la danse Salem, le poulbot à embrouilles, un flic mal luné que la belle Lucie a du mal à maîtriser, un secret dont dépend l’avenir de la planète et d’inquiétants Américains…

 

Meth in France de Marc Wilhem :

meth-in-france.jpgÀ des milliers de kilomètres l’un de l’autre, deux chefs de gangs, un Salvadorien et un Japonais, en délicatesse avec leurs hiérarchies respectives, décident, chacun de leur côté, de venir s’installer en France. Ils veulent y implanter un commerce très prospère ailleurs mais encore peu répandu dans l’Hexagone : la fabrication et la vente de méthamphétamine.

Yakusa et gangs sud-américains ne vont connaître qu’un mode d’explication : le gun, gros ou petit. Au milieu de ce rif, les flics français, d’abord débordés, comptent les coups puis, peu à peu, vont en distribuer à leur tour.

Un hyper polar brut de décoffrage, direct comme un uppercut, réaliste. Marc Wilhem jongle avec une habilité diabolique entre les différentes « tribus » en lutte, celles des « bons » comme celles des « méchants », domine leurs codes, leurs langages… Visite guidée pour les cœurs bien accrochés !

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 19:30

Le craméUn petit tour du coté de la maison d’édition marseillaise avec un roman qui va à cent à l’heure et la découverte d’un auteur très prometteur : voici Le Cramé de Jacques-Olivier Bosco.

Saint Denis, agence de La Marseillaise. Un braquage est en cours. Gosta Murneau, dit le Cramé à cause de son visage partiellement brûlé à la cicatrice sous l’œil droit, est aux commandes. Il est connu pour avoir un gang d’une vingtaine de personnes et orchestre des hold-up sans que personne n’ait réussi à le coincer. Justement, celui-ci se déroule mal, les flics ont été prévenus, Le Cramé et sa bande sont attendus.

Ils sortent, la fusillade éclate, deux des malfrats sont sur le carreau. Le Cramé arrive à s’échapper dans une impasse, mais est arrêté en pleine fuite par les balles policières. Une jeune femme et un jeune enfant lui tiennent la main, il s’accroche, ne va pas mourir, mais passer trois mois à l’hôpital avant d’être inculpé. Lors d’un interrogatoire, dans le bureau de Charles Dumont le flic, il saute par la fenêtre et arrive à s’échapper avec l’aide de son amie et amour Isabelle.

Reste à trouver le traître qui l’a balancé. Il disparaît de la circulation pendant 6 mois, le temps de faire un peu de chirurgie esthétique et d’essayer de pénétrer dans le commissariat pour lire les témoignages. La chance veut que Dumont soit parti à la retraite, et que son remplaçant, vienne d’arriver. Il s’appelle Ange Gabriel, vient de Nouvelle Calédonie et personne ne l’a encore vu. Gosta va usurper son identité, et pénétrer le commissariat de l’intérieur. Lors de son premier jour, une jeune femme vient signaler la disparition de son fils. Ce sont eux qui lui ont tenu la main quand il s’est fait prendre. Gosta va tout faire pour le retrouver.

Accrochez vous ! Ce résumé des 50 premières pages n’est qu’un bref aperçu du roman. Cela vous laisse imaginer la vitesse à laquelle ça va, à laquelle ça court. Le mot d’ordre ici, c’est la vitesse. Les phrases claquent, les chapitres sont courts, donc globalement, on en prend plein la gueule ! C’est impressionnant comme le style se marie à l’action, et je dois avouer que j’ai rarement lu un roman avec des passages aussi rapides, aussi haletants. Je garde en particulier une scène en tête de poursuite en voiture formidable.

Au-delà de ça, Jacques Olivier Bosco sait construire un personnage, qui n’est ni bon ni mauvais, ni blanc ni noir, avec un vrai passé, avec des principes, avec des règles de vie et de survie. Gosta a vécu une enfance difficile, il s’est construit tout seul, est devenu un meneur d’hommes grâce à sa loi du un pour tous et tous pour un. Et même si on désapprouve la façon dont il a mené sa vie, c’est un héros réaliste que l’on a plaisir à retrouver.

Evidemment, la situation est cocasse. L’auteur aurait pu en faire une comédie, avec un sujet tel que celui-ci, le truand qui infiltre un commissariat. Mais non ! On a droit à un vrai roman noir, mené tambour battant, avec des dialogues hyper efficaces, et des scènes chocs. Il n’y a qu’à lire les interrogatoires, qui sont dirigés hors de toutes les règles légalistes à la façon d’un Dirty Harry (je tire d’abord puis je demande).

N’y cherchez pas de morale, ni de message ! Ce roman est fait pour divertir, comme on regarde un excellent film d’action, jusqu’à une fin d’une noirceur infinie, glauque, l’horreur du chapitre 37. On lui pardonnera les petites facilités dans certaines scènes, quelques phrases d’humour noir et on louera la documentation sur le monde policier et le monde de la drogue qui est impressionnante. D’ailleurs,  l’ensemble du roman est d’une cohérence à faire pâlir un grand nombre d’auteurs. C’est une très bonne découverte d’un auteur qu’il va falloir suivre de très près, foi de Black Novel !

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 10:00

 

Tous les vendredis midi, retrouvez la suggestion de Black Novel : un livre de poche. Et n'oubliez pas le principal : lisez.

Cette semaine : Les raisons du doute de Gianrico Carofiglio (Points)

A bientôt.


4ème de couverture :

Raisons-du-doute.jpgL’avocat Guido Guerrieri se rend à la prison de Bari pour rencontrer un prévenu condamné pour trafic de drogue. Il ne se doute pas que le prévenu est Fabio Ray-Ban, ce voyou fasciste qui fut le cauchemar de son adolescence. Guido hésite à se charger de sa défense. Mais la femme du détenu, une beauté exotique, se présente à son cabinet, et presque malgré lui il se laisse volontiers convaincre.

Gianrico Carofiglio, né en 1961 à Bari, est un magistrat, écrivain et homme politique italien. Il a su puiser l'inspiration dans son expérience professionnelle pour se forger une renommée en tant qu'auteur de romans policiers. Traduites en treize langues, ses œuvres figurent régulièrement sur la liste des best-sellers européens.

« C’est comme si Guerrieri débarquait tout juste d’un vol Alitalia en provenance du Los Angeles de Michael Connelly. »

Publishers Weekly


Mon avis :

Pour ce personnage de quarantenaire coincé entre sa solitude et son désir de se caser, pour l’humour omniprésent et désenchanté, pour l’intrigue qui en même temps pose des questions essentielles sur le système judiciaire, il faut lire Carofiglio. Carofiglio met son style au service de ses personnages. Et contrairement à beaucoup d’auteurs sur le même créneau, c'est beaucoup plus prenant et psychologiquement bien plus passionnant. Le personnage de Guerrieri est récurrent et il est préférable de les lire dans l’ordre, soit Témoin involontaire puis les Yeux fermés, qui est génial.

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 19:30

Année du ratSujet énigmatique mais qui semble passionnant, coup de cœur chez Entre deux noirs, cela me semble suffisant pour aller y voir de plus près. Un polar à mi chemin entre anticipation et thriller.

Nous sommes en France dans la Mégapole, que l’on n’appelle plus Paris. Lors du pot de départ d’un collègue, une vieille Chinoise fait les sombres prophéties suivantes à Chomovski, dit Chim’, le meilleur flic du Bureau de la Recherche et de la Traque : Pour toi le monde entier va s’écrouler / Pour toi ce monde va disparaître / Et ce qui le remplacera te fera regretter d’être né / Aujourd’hui la mort a pénétré chez toi / Cette année tu vas mourir.

Chim’ est tout bonnement le meilleur flic de la brigade, et c’est pour cela qu’il travaille seul. Aucun autre flic ne serait capable de suivre ses déductions. Il vit seul, depuis que l’amour de sa vie, Vera est partie. Quand il l’appelle au téléphone, elle l’écoute et lui parle dans le vide. Depuis le 3ème conflit, les choses ont changé mais les hommes restent les mêmes. Tout au plus, les moyens d’investigation ont évolué, les transports sont plus rapides, mais les interrogatoires ressemblent plus à de la torture qu’à de vrais entretiens.

Chim’ est toujours mis sur des affaires mystérieuses que personne ne saurait résoudre. Cette fois, sept personnes ont été tuées dans une ferme de Normandie : quatre ont été égorgées à pleines dents et les femmes violées. Les tueurs, qui n'ont pris aucune précaution, sont restés plusieurs jours sur place, jusqu’à l’arrivée d’un livreur de semence de cheval. La recherche de fous récemment libérés ne donne rien, jusqu’à ce que l’analyse ADN montre quelque chose de plus inquiétant : Ces hommes ont leur ADN modifié ce qui en fait des hybrides mi-hommes mi-rats. Et ce n’est pas la seule des surprises auxquelles Chim’ va être confronté.

La moindre des choses que l’on peut dire, c’est que le futur tel que le voit Régis Descott n’est pas joli. Paris est devenu la Mégapole, il y fait noir et nuit comme dans Blade Runner, les gens sont à la recherche de la dernière drogue à la mode, et l’obsession de tous est de ne pas vieillir d’où les derniers médicaments en date qui permettent de garder une peau de bébé et de vivre plus longtemps. Les policiers ont tous les droits, et les séances d’interrogatoire ressemblent à des séances de torture dignes de la Gestapo. Enfin, les riches entreprises de pharmaceutique génétique sont devenues des intouchables. Autant de sujets qui nous poussent à réfléchir sur ce que peut devenir ce monde.

La plongée dans ce monde futuriste est brutale, abrupte, violente. On rentre dans le livre d’un coup, au travers d’un personnage qui semble en dehors du système. Dire qu’il nous est sympathique serait exagéré, mais c’est plutôt un personnage classique que l’on rencontre dans tout polar : un écorché solitaire qui dérive après son échec amoureux, qui se plonge dans le travail pour oublier.

L’intrigue est fort bien faite, elle nous fait voyager de France à la Norvège comme un thriller, sauf que ce roman est plutôt un roman policier d’anticipation à mon goût.  J'ai trouvé Régis Descott plus à l'aise dans les scènes intimes ou intimistes et dans les dialogues que dans les scènes d'action. Et à part les premières pages que j’ai trouvées un peu lourdes, et quelques descriptions scientifiques un peu longues que j’ai sautées, on est vite pris dans le rythme, avançant dans cette histoire hallucinante qui finira par vous faire faire des cauchemars … comme à moi. Et puis la fin ... fantastique !

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 10:00

Un petit tour du coté de Jigal, cette petite maison d’édition, qui a fait très fort en 2011. C’est la maison d’édition qui publie les romans de Philippe Georget, auteur de L’été tous les chats s’ennuient, roman qui a obtenu la 11ème édition du prix Polar SNCF et qui a sorti le formidable Le paradoxe du cerf-volant. C’est aussi chez Jigal que sont édités les romans de Janis Otsiemi. Jigal, donc, vient de sortir deux nouveaux polars :

 

SUR NOS CADAVRES, ILS DANSENT LE TANGO de Maurice GOUIRAN

Sur-nos-cadavres-ils-dansent-le-tango.jpgVincent de Moulerin, notable marseillais et conseiller municipal, vient d’être abattu de quatre balles de 11.43 dans un parking souterrain du centre-ville. Emma, jeune lieutenant de police au look étrange se retrouve en charge de l’enquête sur ce meurtre apparemment crapuleux. Mais, suivant son instinct et les conseils de Clovis, elle décide de fouiner dans le passé de la victime… De Moulerin est en effet un ancien colonel des paras qui a fait le coup de feu en Indochine… Il y est devenu un expert reconnu de la guerre antisubversive, appliquée en Algérie et bientôt exportée et enseignée avec succès en Argentine. L’Argentine, où en 76 une clique de généraux prend le pouvoir, instaure la dictature et terrorise le peuple : enlèvements, disparitions et tortures sont alors le lot de tous les opposants réels ou supposés. Et puis il y a Kevin, le petit-fils de Vincent, un ado apparemment disjoncté, qui bien que vivant reclus dans sa chambre et passant sa vie dans Second Life est en train de comprendre beaucoup trop de choses… Mais quel rapport existe-t-il donc entre le Mondial Argentin de 78, l’École de Mécanique de Buenos Aires, Videla et sa junte, les bruits de bottes dans la Médina d’Alger, la Patagonie, les « desaparecidos », Kevin et Vincent de Moulerin… ? 

 

LE CRAMÉ de Jacques Olivier BOSCO

Le-crame.jpg« Viviani voulut sortir le premier. Le crépitement des balles… puis son corps était venu s’éclater contre la baie vitrée de la banque, l’éclaboussant de sang, comme sur un écran de télé géant. Les otages femelles se mirent à hurler… Gosta jeta un œil sur Tino et Stéph, ils avaient chacun un gros sac en bandoulière, bourré à craquer de billets, une cagoule noire sur la gueule et un fusil-mitrailleur en main. » Deux ans que le Cramé et sa bande, un vrai commando, braquent les banques et vident les coffres avec une détermination et une efficacité redoutables… Deux ans qu’ils se moquent du monde et que la police est sur les dents. Jusqu’à ce qu’un traître les balance dans les filets de Fabiani, le chef de l’Antigang, qui à l’issue d’un braquage en laisse plusieurs sur le carreau et colle le Cramé au placard. Mais celui-ci n’a qu’une idée en tête : se faire la belle… et retrouver l’enfoiré qui les a donnés ! Après une évasion rocambolesque, il infiltre le commissariat de Saint-Denis et se retrouve, bien malgré lui, dans la peau d’un flic à la recherche d’un môme disparu. Mais en ressuscitant ses cauchemars de gamin des quartiers, le pire devient alors possible… Le problème avec le Cramé, c’est que même l’enfer ne veut pas de lui !

 

Deux romans à lire dont vous entendrez bientôt parler chez Black Novel. Par ailleurs, si vous voulez rencontrer les auteurs de la maison, voici quelques dates qui devraient vous aider :

-         Le 10 juin : André Fortin sera au Goéland Masqué, à Penmarc'h.

-         Du 10 au 12 juin : Janis OTSIEMI sera au Festival Etonnants Voyageurs à St Malo.

-         Les 18 et 19 juin : Maurice Gouiran sera à Cognac

-         Les 18 et 19 juin : Jacques Olivier Bosco sera lui au salon du livre de Nice.

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  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
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Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

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