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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 19:30

Suite à la lecture d’Une enquête philosophique, je m’étais promis de lire ce roman, ou plutôt ces trois romans qui traînaient dans une de mes bibliothèques. Je me suis attaqué à ce pavé de plus de 1000 pages en trois fois.

L’été de cristal :

Trilogie berlinoise1936, Berlin s’apprête à accueillir les jeux olympiques. Tout doit être fait pour montrer la grandeur du 3ème reich, tout en cachant les atrocités qui commencent à avoir lieu. Bernhard Gunther, ancien flic, est devenu détective privé. Son travail principal consiste à rechercher des personnes disparues qu’il retrouve généralement jetés d’un pont après torture de la Gestapo. Herr Six, l’un des plus gros industriels allemands, lui demande de retrouver l’auteur des meurtres de sa fille et de son gendre ainsi que le contenu du coffre qui a été dévalisé.

Philip Kerr nous concocte là un roman noir classique (un privé gentil, des femmes fatales, une intrigue politique, des bagarres, des méchants, une ambiance glauque), avec un personnage à l’humour cynique à souhait, témoin de la transformation de son pays, mais ne s’engageant pas contre ce qui est pour le peuple un véritable bulldozer. Car c’est la grande force de ce roman, montrer de l’intérieur ce que fut la préparation à la deuxième guerre mondiale. Avec son style très agréable et fluide, il nous parle de l’interdiction pour les  femmes de travailler pour faire baisser le chômage, des grands travaux pour occuper les ouvriers, des juifs interdits de travailler cherchant à vendre leurs bijoux pour obtenir un visa, de la dénonciation, de la fierté de certains, des prisons qui sont devenues des camps pour les opposants et les indésirables, des riches utiles au pouvoir, de la corruption omniprésente. Ce roman est plus qu’un simple roman noir, c’est un véritable témoignage de ce que nous ne voudrions plus voir.

 

La pâle figure :

Trilogie berlinoiseBerlin, 1938. En pleine crise des territoires des Sudètes, L’Allemagne se dirige doucement vers une guerre inévitable. Bernie Gunther a bien développé son agence de détective privé, avec son associé Bruno Stahlecker. Une riche veuve, Frau Lange va lui demander de trouver l’auteur d’un chantage dont elle est la victime, pour cacher les penchants homosexuels de son fils. Cette affaire rapidement menée à bien, il va être forcé de réintégrer la Kripo pat Heydrich pour retrouver le tueur en série de jeunes adolescentes allemandes.

On retrouve avec plaisir Bernie Gunther, avec son humour, sa clairvoyance et son attitude détachée vis-à-vis de la situation allemande. Cette enquête est plus classique, avec de nombreux rebondissements, et des personnages un peu caricaturaux. A nouveau, on retrouve en toile de fond cette Allemagne, qui s’enfonce dans l’horreur. Sauf qu’en 1938, on n’a plus le choix : on suit le pouvoir en place ou bien on meurt. C’est une description d’un royaume de la terreur, et même si j’ai pensé que l’on nous a décrit tout ça depuis, ce roman continue à nous montrer l’Allemagne de l’intérieur, et Bernie Gunther est un témoin fort agréable à suivre, avec une fin horrible et inéluctable, qui fait de ce roman plus qu’une recherche d’un tueur en série.

 

Un requiem allemand :

Trilogie berlinoise1947, dans un Berlin en ruine. La ville est occupée par les troupes alliées et russes. Les gens meurent de faim, s’adonnant au marché noir pour survivre. Gunther est revenu de la guerre, et a repris son métier de détective privé. Il est marié et soupçonne sa femme de se prostituer pour ramener à manger. Un officier russe fait appel à lui pour sauver de la mort un ancien camarade de la Kripo qui est accusé d’avoir tué un Américain, enfermé à Vienne. Il ne peut refuser la somme de 5000 dollars mise en jeu, et va être en contact avec les différentes zones d’influence qui se battent sur ce champ de ruine qu’est Vienne.

Gunther a vieilli, il a tout connu et sa désinvolture fait place à une sombre amertume. Il se bat pour sa survie et son couple. Comme dans les deux aventures précédentes, la documentation historique est précise et impressionnante. Les luttes pour le pouvoir font rage, les espions se battent contre l’armée, les Américains contre les Russes. Le cynisme de Gunther fait mouche à tous les coups dans cette situation où les grandes puissances se moquent des gens. C’est un épisode bien plus noir, bien plus politique que les autres, avec moins d’humour aussi. Mais avec un titre pareil, à quoi peut-on s’attendre d’autre ?

 

La trilogie :

En conclusion, il faut lire ces trois romans, tant ils nous plongent dans l’Allemagne de l’époque avec une précision et une justesse diabolique, tant ils démontrent comment on a construit le monde actuel. Les trois romans peuvent se lire indépendamment les uns des autres. L’ensemble est totalement cohérent, et l’idée d’avoir appliqué les codes du polar à cette époque sombre est fort judicieuse. On ne s’y ennuie jamais, et on vit, on respire, on souffre avec Gunther, même si son attitude est parfois fort mystérieuse. Gunther n’est pas un héros, juste un homme qui tente de franchir les obstacles pour survivre. C’est une trilogie qui m’a impressionné et confirmé que Philip Kerr est un grand auteur, et la trilogie berlinoise un incontournable de la littérature.

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 19:21

satoriVoici donc avec un peu beaucoup de retard le dernier roman de Don Winslow en date, à savoir Satori, un roman en l’hommage de Trevanian et reprenant le personnage de Nicholaï Hel que l’on retrouve dans Shibumi.

1952. Nicholaï Hel est russe d’origine, fils d’une aristocrate qui a fui les russes communistes pour Shanghai. Ayant perdu sa mère, il est élevé par Kishigawa, son père adoptif et spirituel. Alors que Kishigawa est emprisonné pour crimes de guerre et condamné à mort, Nicholaï décide de le tuer pour lui éviter cet affront. Nicholaï va donc passer trois années en prison pour ce crime, pendant lesquelles il va être torturé par Diamond, jusqu’à ce que les services secrets américains lui proposent un marché, via Haverford.

Il aura droit à de l’argent, une nouvelle identité et de nouveaux papiers s’il accepte de tuer Voroshenine, un Russe qui est influent auprès de Mao. Le but de cet assassinat pour les Américains est de créer la discorde entre les Russes et les Chinois, dans cette zone d’Asie du Sud-est qui ressemble de plus en plus à une poudrière.

Nicholaï est un expert en arts martiaux, parle plusieurs langues et peut se révéler un redoutable tueur. Il accepte la mission et se retrouve dans une propriété du pays basque, subit une transformation de son visage par chirurgie esthétique, et est formé par la sublime Solange à la finesse de la culture française. Nicholaï, qui tombe amoureux de Solange, trouve là une nouvelle motivation à réussir sa mission, et endosse l’identité de Michel Guerin, trafiquant d’armes français, qui doit vendre de l’armement pour les Vietminh.

Il ne faut pas attendre de ce roman un chef d’œuvre absolu, mêlant la situation politique de cette région du globe en mutation en 1952, avec une action constante et un héros universel. Ce roman est un très bon divertissement, avec un personnage principal qui se rapproche de tous ceux que l’on connaît bien, de James Bond à Largo Winch, un personnage invincible, tueur à gages au grand cœur, à la fois romantique et sans pitié.

Ce roman est à considérer à part dans l’œuvre de Don Winslow, car il faut, à mon avis, le voir comme un hommage à Trevanian, et Don Winslow se met au service de son histoire, adaptant son style (habituellement plus direct et efficace) à une forme plus romanesque que l’on trouve dans les grands romans d’aventure d’antan. Si certaines scènes sont à la limite de l’extravagance, voire irréalistes, cela se lit bien et avec beaucoup de plaisir.

Ce roman démontre surtout que Don Wnslow est un grand conteur, un érudit respectueux de l’auteur original et un passionné de la culture asiatique. Et surtout qu’il est probablement le meilleur styliste du polar à l’heure actuelle. Sa conclusion personnelle, en fin de roman, pleine d’humilité, force le respect. Et même si ce roman n’est pas celui que je préfère de Don Winslow (lisez La griffe du chien ou Savages), Satori s’avère être un très bon divertissement qui fleure bon la nostalgie des grands roman d’aventure ou d’espionnage.

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 11:43

En avril, les éditions Riffle noir vont dégainer. Et ce ne sont pas un mais deux romans qui vont sortir, a savoir : C21H22 de Richard Albisser et En attendant les vers de Michael Moslonka. Disponibles chez tous les bons libraires, il y a une possibilité originale de les commander en avant première pour une livraison le 20 mars, soit via le site www.leriffle.fr, soit en adressant un chèque à l’adresse suivante :

Editions du Riffle

3 allée Maurice Ravel

59510 HEM

Pour toute la durée de la pré-commande (15 jours) les frais postaux sont offerts. Par ailleurs, les auteurs seront en signature aux dates suivantes :

Richard Albisser sera  au salon du livre de Bondues les 24 et 25 mars

Michaël Moslonka sera  au salon du livre policier de Lens les 24 et 25 mars

 

C21 H22 de Richard Albisser

C21H22.jpgVersant Nord-Est de Lille, septembre 2008, sur fond de Crise financière…

Un couple paisible est retrouvé sans vie à son domicile. Les Autorités concluent bien facilement à un suicide.

Mais Jasmina, l’épouse du capitaine Drassir, ne l’entend pas de cette oreille. Ne serait-ce pas plutôt un acte criminel ? Elle s’en ouvre auprès de son mari qui accrédite par commodité la thèse officielle. 

Mais les événements vont se précipiter et donner raison à Jasmina…

Je vous rappelle que Richard Albisser est l’auteur de l’excellent Eclipse d’une nuit d’hiver, chroniqué ici.

 

En attendant les vers de Michael Moslonka

En-attendant-les-vers.jpgAuchel, automne 2010.

Virgile David Blacke n’est plus flic et Amélie Laribi a endossé sa veste de capitaine.

Ces deux-là ont travaillé ensemble. Ils se sont supportés. Ils ont sympathisé.

Étaient-ils autre chose qu’un couple de chiens policiers dans un jeu de quilles ?

Pendant que Blacke s’interroge, la Police découvre sur un ancien site industriel cinq cadavres : le massacre d’une famille entière, celle d’un « enfant du pays » qui rêvait de faire découvrir aux siens sa ville natale, quittée vingt-cinq ans plus tôt. Et voilà que se joue un film commencé au milieu des années 80… un méchant film qui mettra en scène sept salopards : une prostituée, un mal-aimé, un prêtre-clown, un motard en fauteuil roulant, un ex-dessoudeur de buraliste, un Polak mort-vivant et un recycleur de pieds nickelés…

 

Vous savez quoi ? J'ai déjà envoyé mon chèque !

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 18:13

De chacun selon sa haineAprès l’excellent Letal rock, j’étais curieux de lire le nouvel opus de Maurice Zytlicki. Avec une quatrième de couverture comme cela, cela ne pouvait qu’être alléchant, et cette lecture le fut à beaucoup d’égard.

De nos jours, entre Toulouse, Paris et Lyon. Deux corps sont retrouvés égorgés chez eux à Toulouse ; deux professeurs qui avaient une vie sans problèmes. Le capitaine Leïla Hilmi est chargée de l’enquête. Et les pistes ne mènent nulle part, jusqu’à un communiqué provenant d’un mystérieux groupuscule appelé le CLN ne vienne mettre le feu aux poudres.

Le CLN, ou Comité Louis Negrette, du nom d’un ouvrier plombier qui fut tabassé à mort alors qu’il venait réparer un dégât des eaux dans une cité, revendique la résistance contre l’invasion des non-français. Se positionnant comme une force de libération de la république, ses communications sont inspirées de tous les groupes opprimés que l’histoire a connus de l’Algérie à l’Indochine ou la Yougoslavie, et ses actes terroristes vont aller crescendo dans la violence.

Ces actes vont rompre le fragile équilibre de la société, et trouver des échos dramatiques aussi bien auprès des immigrés intégrés que des Français qui se sentent en danger. Le message porte d’autant mieux qu’il ne revendique aucun message extrémiste raciste, et qu’il veut rassembler ceux qui croient à la suprématie de la nation et de la République. Quoi de mieux pour fédérer que de demander une réaction du peuple devant une invasion ? Le pays va alors sombrer dans le chaos.

Si vous ne connaissez pas Maurice Zytnicki, autant que vous sachiez que le personnage de flic est au centre de la trame, mais que Leïla est en fait un personnage secondaire. Comme dans Letal Rock, la place est laissée au CLN et à ses membres actifs, tous affublés de noms de code allant de Marsouin à Melchior en passant par Clémentine ou José Luis. Ils sont tous d’origine sociale différente, mais ont tous un idéal commun, cette idéologie d’opprimés, qui va mener au chaos.

J’aurais tant aimé donner un coup de cœur à ce roman, tant il y a des scènes tout bonnement hallucinantes, telles les scènes d’après attentats où, sans faire d’esbroufe, on découvre les lieux balayés par les idées destructrices de ce petit comité, ou bien les luttes intestines entre les membres qui cherchent qui à monter dans la hiérarchie, qui à se faire bien voir du chef. La psychologie des personnages est redoutablement bien fouillée, même si parfois, je l’ai trouvée un peu trop descriptive.

Ou encore, je peux citer ces scènes de discussion entre Leïla Hilmi, d’origine turque, et son père sur l’intégration des étrangers. Leïla croit à l’impossible, juste parce qu’elle a des amis français, qu’elle fait partie de la police, qu’elle se sent bien dans ce pays. Son père, lui, a perdu ses illusions, sans pour autant faire de manifestation ; il sait que quoi qu’il fasse, il ne sera jamais accepté, il ne sera jamais français. J’ai trouvé ces scènes poignantes, incroyablement et émotionnellement fortes.

Le seul bémol, ce sont ces scènes de discussion ou de négociation entre les membres du CLN pour savoir quelle cible ils vont prendre, ou comment ils vont s’y prendre, qui m’ont paru longues. Et puis, le CLN étant organisé en branches indépendantes, la branche parisienne est en concurrence avec celle de Lyon. Mais on ne voit jamais les gens de Lyon apparaître dans le roman.

Ce sont de petits détails qui ne gênent pas la lecture mais qui font que ce roman n’est qu’un très bon polar, alors que j’aurais aimé plus. Cette peinture de la société, où les dirigeants tirent sur une corde déjà tendue à l’extrême, se révèle être une bonne réflexion en même temps qu’un cauchemar. Et en refermant le livre, on regarde cet édifice s’écrouler, que l’on a mis tant d’années à construire.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:38

Ange-noir.jpgDepuis le temps que je dois lire un livre de John Connoly … eh bien … ce n’est pas moi qui l’ai lu. Voici donc un nouvel invité sur Black Novel, et pas n’importe quel invité. J’ai nommé Jean Dewilde. Rencontré, comme sa compatriote Foumette, sur un site dit social, ce jeune homme (ça va lui faire plaisir) dit ce qu’il a sur le cœur. Quand il aime, il sait le dire et bien. Quand il n’aime pas, il le dit aussi et avec des arguments de poids !

Bref, une grande gueule ? Pas du tout ! Bien que nous ne nous soyons pas encore rencontrés, je suis sûr que l’on s’entendrait bien … autour d’une bière belge bien sûr. Car c’est quelqu’un qui adore la littérature noire, qui adore en parler et qui adore la faire partager. Lui aussi, je le pousse à ouvrir son blog, car il m’épate quand il nous parle de ses lectures.

Pour ce roman ci, il n’a pas aimé. De grâce, lisez jusqu’au bout, et vous aurez envie de vous confronter à son avis, que vous trouverez généreux, je pense. Ma seule requête envers toi, Jean, c’est que j’aimerais que tu m’écrives un de tes avis dont tu as le secret sur un livre que tu as aimé. D’accord ? En attendant, voici la chronique de Jean:

Un ami polardeux m'a dit: "ce n'est pas le meilleur de Connolly". Je le crois sur parole. En réalité, la quatrième de couverture résume les deux cents premières pages du livre qui en compte près de six cents et le prologue donne le ton global de l'ouvrage.
Si la lecture du prologue ne vous botte pas, n'allez pas plus loin. Cette recommandation tout à fait subjective s'adresse à un lectorat peu friand de fantastique. Je me suis baladé avec grand plaisir jusqu'à la page 197 à laquelle débute le chapitre 8 qui débute comme suit: "La petite ville de Sedlec se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Prague. Rebuté par des faubourgs mornes, le voyageur sans curiosité ne daignera peut-être pas y faire halte...".

Choc et choix: soit je refermais le livre sans autre forme de procès, soit je me plongeais dans l'histoire du Royaume de Bohême en plein Moyen Age. J'ai accepté le défi à mon corps consentant.

Ange noirJ'ai pris soin de vérifier la véracité de ce qui m'était conté; je me suis familiarisé avec un vocabulaire qui ne fait pas partie de mon patrimoine verbal quotidien (ossuaire, ostensoir, brigantine, tassette, église conventuelle...) et je me suis intéressé de près aux frères lais, aux guerres hussites, au livre d'Enoch, aux anges déchus, aux Croyants.

Bien m'en prit car si vous escamotez ces pans d'histoire, vous ne comprendrez plus grand-chose à l'intrigue. Il est entendu que Connolly ne les a pas écrits pour le seul plaisir d'allonger son ouvrage. Ils ont tous leur raison d'être.

Pléthore de personnages brossés grossièrement. Renoncez à vous identifier à l'un deux, à éprouver sympathie ou révulsion pour un autre, c'est hors de propos à moins de lire sous l'influence de psychotropes ou avoir des penchants pour les moines cisterciens.
Dans les remerciements adressés par l'auteur, j'ai extrait: "l'arrière-plan historique de ce roman est fondé pour l'essentiel sur des faits et les monastères mentionnés existent bel et bien. En particulier, l'ossuaire de Sedlec est très proche de celui que je décris dans le livre, même s'il est beaucoup plus impressionnant. Les lecteurs intéressés peuvent en faire une visite virtuelle en consultant mon site web ( http://www.facebook.com/l/wAQHgjof7AQFpCweYSW5finL7_XJIdQxgmEqVMcQyqiV_gw/www.johnconnolly.co.uk). Cela étant, si vous avez la chance de vous trouver en république tchèque, Sedlec mérite vraiment la visite".

Pour celles et ceux qui ont une soudaine envie de faire un minitrip, voilà une destination inattendue et pleine d'attraits.

Pour ma part, le cocktail fait d'un gros doigt d'enquête policière classique, d'une louche de fantastique et d'un chaudron d'ésotérisme est particulièrement indigeste; l'intrigue perd de son épaisseur, s'effiloche et se désagrège au fil des pages. Les personnages, eux, peinent à tenir la distance.

Je serais de mauvaise foi en omettant de dire que l'écriture de Connolly est très agréable, il excelle dans des descriptions de lieux que j'ai relus tant c'était bien écrit; il me semble moins percutant dans les dialogues, du moins ceux-ci sont de qualité inégale.
Grand coup de chapeau au traducteur, Jacques Martinache.

Connolly est incontestablement maître pour créer une atmosphère glauque, oppressante, anxiogène. Il m'a mis très mal à l'aise à certains moments.

Si un jour mes pas me conduisent en Bohême, nul doute, je visiterai l'ossuaire de Sedlec en pensant à cet auteur talentueux et ambitieux, deux qualités que je lui reconnais spontanément.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 19:38

Chasseur de luciolesAprès La vie est un sale boulot, et La bouche qui mange ne parle pas, voici donc le dernier roman en date de Janis Otsiemi qui se nomme Le chasseur de lucioles.

A Libreville, capitale du Gabon.  Trois histoires vont se suivre en parallèle, et plus ou moins se téléscoper. Un jeune homme est assassiné d’une balle dans le dos sur la plage du Tropicana ; Un autre erre en ville, il se prénomme Marco, et va se voir proposer un rôle dans un braquage d’un fourgon. Un troisième, Georges Paga, va aller dans un dispensaire pour savoir s’il est atteint du VIH.

Pour faire le lien entre ces trois itinéraires, ces trois destins, deux flics qui aiment leur métier. Ils sont consciencieux, doués pour exploiter les indices et résoudre leurs enquêtes. Bien que certains de leurs collègues soient prêts à fermer les yeux en l’échange d’un peu d’argent, eux vont se concentrer que cette étrange série de meurtres qui touchent de jeunes prostituées camerounaises.

Le meurtrier est rapidement appelé Le chasseur de lucioles, et les éventre de façon épouvantable dans des chambres d’hôtel. Qui peut bien perpétrer de tels meurtres ?

On retrouve tout le plaisir de lire Janis Otsiemi, sa façon si simple de décrire la vie des bas-fonds de Libreville, ses personnages si haut en couleurs, ses flics tous corrompus pour en tirer un peu plus d’argent que leur maigre salaire. Et tout cela, c’est grâce à son style efficace, ses expressions directement issues du cru, et sa faculté à nous faire suivre une intrigue simple mais malgré tout passionnante.

J’y ai trouvé, dans ce roman, une grosse progression par rapport aux précédents livres que j’ai lus de cet auteur. Tout d’abord, il n’hésite pas à nous faire suivre trois trames différentes, sans jamais nous perdre. Ensuite, les personnages sont plus complexes. Enfin, j’ai adoré les proverbes gabonais qui font l’ouverture de chaque chapitre, parfois drôles, toujours justes.

Malgré cela, ce roman n’est pas mon préféré. Si je l’ai lu très vite, je préfère quand Janis Otsiemi écrit des romans noirs, voire quand il s’attaque à la politique. Nous avons droit ici à un roman policier, dont le suspense se situe plus dans le comment on va arrêter le tueur en série que son identité. Cela m’a un peu déçu, malgré le plaisir de lire cette langue si chantante, si poétique qui est si particulière et unique dans le paysage littéraire actuel. Essayez donc Janis Otsiemi, vous en serez enchanté, et commencez donc par La vie est un sale boulot !

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 11:20

A chaque fois que les copines de Book en stock parleront d’un auteur du polar, je vous en parlerai. Elles organisent un mois à un auteur au travers d’une interview et de la présentation des ouvrages de l’auteur en question.

Ce mois ci, c’est au tour de Nicolas Sker de s’y coller. Vous ne connaissez pas ce nom ? Allons ! un peu d’effort : son roman se nomme Le premier crâne. Le sujet donné par la quatrième de couverture est :

PREMIER-CRANE.jpgDirecteur d'un laboratoire d’archéologie, Marcus Sambre aime les certitudes. Mais le jour où son ex-femme lui envoie un crâne retrouvé sur un chantier de fouilles en Angleterre, son univers bascule : la datation de l’ossement remet en cause toute l’histoire de l’humanité…

Aidé de la journaliste Evannah Poleska, Marcus se lance dans une quête obstinée pour percer un mystère où science, art et religion se côtoient dans un vertigineux engrenage.

Du Centre d’énergie atomique de Saclay au Golgotha à Jérusalem, talonné par des individus prêts à tuer, ce couple détonant devra repousser les limites de la raison pour affronter un secret qui pourrait se révéler bien plus redoutable que les hommes qui le traquent sans merci.

Auteur du noir face indifférenceC’est aussi un auteur qui a écrit une nouvelle dans le recueil paru chez Jigal Les auteurs du noir face à la différence

Tous les détails sont ici avec une présentation de l’auteur : http://bookenstock.blogspot.com/2012/01/le-mois-de-mars-sera-le-mois-de.html

L’interview avec Nicolas Sker est ouverte à tous. Elle a déjà commencé et vous pouvez aller poser vos questions ici : http://bookenstock.blogspot.com/2012/03/interview-participative-de-nicolas-sker.html

Pour agrémenter tout ceci, un débat est lancé dont le thème est Faut-il être sordide, glauque et gore pour faire un thriller à succès ?

http://bookenstock.blogspot.com/2012/03/debat-faut-il-etre-sordide-glauque-et.html

Bref, vous l’aurez compris, en ce mois de mars, il faut aller sur Book en stock !

 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 19:30

Petite fêlée aux allumettesQuand j’avais lu Le bar crade de Kaskouille, dans la collection Suite noire des éditions de la Branche, je m’étais éclaté devant cette pièce de théâtre aux dialogues hilarants. Il fallait que je lise d’autres livres de cette auteure, et bien qu’ayant Les vacances d’un serial killer, c’est La petite fêlée aux allumettes que je vous présente.

L’intrigue se situe à Pandore, un lieu imaginaire très proche mais très différent de notre société actuelle. Tout une belle panoplie de personnages va se mêler, se rencontrer, se lier, s’entretuer aussi. Tout cela sur fond de tueur en série de petites filles. Le fil conducteur est mené par Nake, une jeune fille qui a été élevée par sa grand-mère car son père l’a abandonné et sa mère est morte très tôt. Nake vit de trafic de drogue et de prostitution. Lors d’une de ses passes, Eric Mornier l’agresse et elle lui plante un couteau dans le ventre.

Nake, va découvrir le cadavre de sa grand-mère, alors qu’un nouveau locataire mystérieux vient d’arriver dans l’immeuble. Cachée au fond d’un tiroir, une petite boite d’allumettes va attirer le regard de Nake. Quand elle frotte une allumette, elle est assaillie de visions montrant une scène de meurtre de petite fille. Le problème, c’est que le lendemain, elle lit dans le journal que ces meurtres ont bien eu lieu.

Ce sont les inspecteurs Cooper et Derval qui mènent l’enquête. Cooper est un bourru qui ne se remet pas de la mort de son chien. Derval est flic le jour, travesti la nuit sous le nom de Betty Boop. Les meurtres s’avèrent avoir un lien avec les contes pour enfants, du Petit Chaperon Rouge au Petit Poucet. Si on ajoute à cette galerie de personnages Mémé Cornemuse, dont l’activité principale est de proposer des massages de boules à tous les hommes qu’elle rencontre, on a de quoi s’amuser.

Voilà un roman à part, et je crois bien que je n’ai jamais lu un bouquin à part. Car, tout au long du livre, on sourit, on rit de tout. Des personnages haut en couleurs, des situations multiples et pleines d’inventivité, des dialogues truculents. Rien n’est sérieux là-dedans, mais pour autant, l’intrigue se tient merveilleusement bien, passant d’un personnage à l’autre, les reliant les uns aux autres, pour mieux tisser un final trop drôle.

On a l’impression de passer un bon moment dans un petit microcosme. On a l’habitude de dire que « Le monde est petit », et c’est d’autant plus vrai ici. Car, à un moment ou à un autre, ils vont tous interagir, et si la recherche du tueur en série peut paraître secondaire, le suspense et le mystère est tout de même formidablement entretenu.

Le personnage que j’adore, c’est Mémé Cornemuse, même si tous mériteraient de figurer dans un musée consacré aux gens hilarants, décalés et bizarres. Avec ses répliques tirées d’interviews de Jean Claude Vandamme, car elle en est amoureuse, avec ses actes méchants, ses envies de sexe continus, j’ai eu droit à un éclat de rire à chaque fois qu’elle apparaît.

Vous l’avez compris, tout cela n’est pas bien sérieux. Par contre, la lecture de ce roman sort des sentiers battus, car tout se tient merveilleusement bien du début à la fin. Jamais de lassitude, mais une vraie addiction à cet humour décalé, qui met du baume au cœur. Ce qui est certain, c’est que je vais ressortir Les vacances d’un serial killer, et que je proposerais bien que les livres de Nadine Monfils soient remboursés par la Sécurité Sociale.

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 19:21

Trash circusCoup de cœur ! Il a obtenu un coup de cœur de la part de Claude Le Nocher, on en parle beaucoup sur le Net. Voici un roman dont le titre dit tout, quoique, Trash Circus de Joseph Incardona. Attendez-vous à être secoués !

Frédéric Haltier travaille pour la chaîne de télévision Canal7, dont l’introduction en bourse est imminente. Il travaille pour une émission de télé réalité, qui consiste à réunir sur un même plateau victimes et assassins. Jean Michel Auriol en est le présentateur, Thierry Muget le producteur, et la pression qu’ils font subir est énorme pour augmenter la part d’audience.

La dernière idée en date est de ressusciter un fait divers vieux de vingt ans : un Japonais ayant tué, découpé et mangé une jeune femme. Haltier doit décider le père de la victime à venir sur le plateau de télévision, en face de l’assassin qui n’a jamais voulu s’exprimer devant les cameras. Après un voyage en Belgique, insensible au chagrin du père, Haltier remplit sa mission moyennant 80 000 euros, car tout s’achète, même les gens.

Car Haltier est comme ça : Il vit au jour le jour, sans morale, sans sentiment, ayant pour excitant la drogue et comme excipient le sexe. Il a deux filles qu’il ne voit jamais car il les a placées dans un internat, il viole des hôtesses, se moque bien que son père soit hospitalisé pour un AVC, et préfère profiter de sa passion : Assister aux matches du PSG pour ensuite aller aux bastons avec les supporters adverses. Cette vie amorale va pourtant connaître quelques grains de sable.  

Ce roman porte bien son titre : Trash circus est trash et montre l’envers du décor du cirque télévisuel. Nous, téléspectateurs, avides de sang, de larmes de sexe, les yeux rivés sur le petit écran qui illumine nos pauvres salons, nous portons une responsabilité. Celle de créer des personnages hors normes et incontrôlables. Car pour faire des émissions ignobles, il faut des personnages ignobles. Et, pour le coup, Frédéric tient le haut du pavé.

Ce roman est speedé, horrible, dérivant tout dans les moindres détails jusqu’à ce qu’on en ait la nausée, pas tellement par les actes mais par les pensées et les justifications de Frédéric. Il est amoral, sans attaches, sans pitié, sans sentiments, car ce qui compte, c’est le résultat. Il n’a pas de limites dans un monde en décrépitude, seuls ceux qui vont vite s’en sortiront. Alors il utilise tous les excipients (drogue, alcool) pour tenir le rythme, utilise les gens comme des outils pour son bénéfice, et n’a comme soupape que le sexe, du sexe crade, ultime, sans remords.

Vous êtes prévenus : ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Les scènes de sexe sont très explicites, les scènes de bagarre sont très violentes, et malgré cela, je suis resté scotché au livre. A chaque que je me dis, il ne va pas le faire, Frédéric va encore plus loin. Car tout est bon pour lui, et peu importe les autres. Son seul leitmotiv, c’est de vivre. C’est une bête, lâchée dans la nature, dans un monde sans foi ni loi. Il n’est plus seulement amoral, il est inhumain. Les gens deviennent de simples outils, des jouets, des passe-temps, des ombres insignifiantes, du consommable fast food.

Joseph Incardona mène son roman à 100 à l’heure, ne se retournant pas sur les pensées ou les actes immondes. Il joue le jeu à fond, à la façon de Brett Easton Ellis avec American Psycho. Et ce n’est pas la seule référence que l’on peut offrir en hommage à ce roman. Ce personnage est ignoble et ne serait pas renié par un Massimo Carlotto par exemple. De même, ce jusqu’au-boutisme rappelle dans un tout autre genre un Eric Miles Williamson. De toutes ces comparaisons en forme d’hommage, ce roman très fortement choquant ne vous laissera pas indemne mais il en vaut le coup, il ne fera pas l’unanimité mais c’est un roman qui par son intrigue et ses personnages remporte l’adhésion … ou du moins la mienne !

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 19:16

Je tue les enfantsJe vous avais annoncé en fin d’année dernière la résurrection des éditions de L’écailler avec deux titres Bob Dylan et le p'tit quinquin de Noël Simsolo et Je tue les enfants français dans les jardins de Marie Neuser. Voici donc mon avis sur ce dernier.

De nos jours, en France. Lisa Genovesi est une jeune professeur d’italien. Elle sibit les insultes et les crachats quotidiens de la part de ses élèves, notamment de la part des deux caïds que sont Malik et Adrami. La seule élève dont elle tente de se rapprocher est Samira. Celle-ci travaille bien en classe et accomplit les tâches ménagères dès qu’elle est rentrée chez elle. Petit à petit, Lisa va se forger une carapace et se renfermer pour résister à cette pression constante. Les menaces vont augmenter allant même jusqu’à dépasser le cadre du lycée. Quand un drame survient, elle va se transformer en combattante revancharde.

Je vous garantis que ce roman ne laissera pas indifférent. Car il présente une situation actuelle, vue de façon délibérée par un regard totalement subjectif, c'est-à-dire celui de Lisa. Le fait que l’auteur soit professeur de son état rend l’interprétation difficile et ambiguë. Mais faut-il pour autant y voir une dénonciation, un appel à l’adage « œil pour œil », ou bien simplement un roman noir, très noir, offrant une vision sans aucun autre espoir que la violence.

En tous cas, on ne peut pas reprocher à Marie Neuser de poursuivre son sujet du début à la fin. Le personnage qu’elle décrit est doublement intéressant. Cette professeur se voit du coté des justes, des bons, sans jamais remettre en cause ni elle-même, ni le système, ni sa hiérarchie qui ne l’aide pas. La première phrase est clairement explicite : « Mes ailes de géante m’empêchent de marcher », phrase adaptée de Baudelaire qui m’a choqué. En une phrase, Marie Neuser pose le personnage, celui de Lisa, esseulée, agressée, seule au monde, seule contre les autres.

Si l’intrigue suit finalement une trame de roman noir classique, celle d’une personne poussée à bout qui va se venger, si on accepte le portrait de Lisa, et sa psychologie fort subtilement dessinée, alors, ce roman noir est réussi. Si on veut y lire un appel à la répression comme seule solution à l’irrespect et à la violence, alors le message passera moins bien. Ce roman va vous asséner des coups en pleine figure, avec son style direct, ses chapitres courts, l’unilatéralité de sa pensée. Marie Neuser nous raconte une histoire, ce n’est pas elle qui parle.

Pour ma part, j’ai été dérangé par certains passages, même si je reconnais tout le courage et le savoir faire qui est admirable pour un premier roman. Certes, les méchants sont caricaturaux, certaines expressions jusqu’au-boutistes, ce qui dessert l’histoire. Mais je retiens de ce roman une volonté de raconter une histoire choquante, et en ce sens c’est réussi. Il posera aussi beaucoup de questions sans jamais apporter de réponses, sur l’éducation et sur les dérives violentes de notre société. Vous allez aimer ou détester ce roman, le meilleur moyen de le savoir, c’est de le lire !

 

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