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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 18:03

Muraille de laveVoici donc le dernier roman en date de Arnaldur Indridason, et nous avons la chance d’avoir une livraison annuelle de très bon niveau, voire exceptionnelle. Après La rivière noire, qui était un bon roman policier centré sur Elinborg, c’est au tour de Sigurdur Oli d’être mis au centre de l’intrigue.

La vie privée de Sigurdur part en vrille. Son ménage avec Berthora est terminé, ils se sont séparés et cela semble irréversible. Sa mère, divorcée aussi, juge qu’il aurait pu mieux gérer sa vie, et son père doit passer sur la table d’opération pour sa prostate. Alors qu’il semble bringuebalé de droite et de gauche, sa vie professionnelle est menée avec rigueur. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur une réunion d’anciens camarades de lycée. Tous ont formidablement réussi, dans le domaine des affaires ou de la finance, ont de superbes femmes, de superbes maisons, reviennent de superbes vacances. Cela fait tache d’huile avec le quotidien d’un policier.

Lors de cette réunion, un de ses amis Patrekur lui fait part que son beau frère Hermann pratique l’échangisme avec sa femme et qu’il fait l’objet d’un chantage de la part de la femme avec qui il a couché. Elle s’appelle Lina, vit avec son mari Ebby et pratique fréquemment l’échangisme. Patrekur demande à Sigurdur de raisonner Lina. Quand il arrive, celle-ci est mourante, agressée à coups de battes de base-ball. En parallèle, Andrès, un sans papier lui donne des indices qui pourraient l’aider à résoudre une affaire de pédophilie sur laquelle il a enquêtée jadis.

Après la rivière noire, je m’étais aperçu que le personnage de Erlendur me manquait cruellement. C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai attaqué La muraille de lave, et je dois dire que ce roman est à classer dans les très bonnes enquêtes de la série. Car Arnaldur Indridason est un grand auteur de polar, et ce n’est une surprise pour personne si je vous dis que l’intrigue, je devrais dire les intrigues, est menée de main de maître.

Je me suis rappelé qu’en 2009, quand je lisais l’Homme du lac, j’avais souhaité qu’Indridason, qui avait fouillé le passé de son pays, nous donne son éclairage sur cette crise financière qui avait mis en faillite l’Islande avant qu’elle ne soit sauvée par le FMI. Tous mes espoirs, toutes mes espérances ont été grandement comblées par cet opus, et quel personnage mieux que Sigurdur Oli pouvait nous montrer tout cela.

Car Sigurdur Oli a fait ses études aux Etats Unis, il a adoré ce pays de la liberté, son libéralisme, avant de s’apercevoir que ce modèle de course effrénée vers l’argent et le profit immédiat était abject. Et c’est au travers d’un personnage pas forcément sympathique que Indridason nous assène ses quatre vérités. Sigurdur est un homme bourru, brut de décoffrage, direct, qui a des difficultés dans sa famille et sa vie personnelle car il ne sait pas communiquer ; il regrette sa femme quand elle l’a quitté.

Indridason nous fait aimer ce personnage, nous peint une société amorale dans laquelle il ne se reconnait pas. Et quand tout ce qui compte, c’est le fric à n’importe quel prix, alors les victimes sont nombreuses, et la moralité et le bon sens n’existent plus. Même la vie ne vaut plus rien. Ce roman, au-delà de ses enquêtes bien emberlificotées et emmêlées les unes dans les autres, est avant tout un acte d’humanisme, un plaidoyer à une société plus simple et plus saine. C’est un roman humain par un grand auteur.

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 18:05

Jour du fléauDe Karim Madani, j’avais été époustouflé par l’ambition de Cauchemar périphérique, découvert grâce à Polar SNCF. Impossible par conséquent de rater son nouveau roman Le jour du Fléau. Un roman noir dans la plus pure tradition du genre.

Paco Rivera est flic à Arkestra. Il entre à la brigade des mineurs, après avoir travaillé à la brigade des stupéfiants. En fait, il a changé de boulot, car il vient d’échouer dans une précédente enquête qui s’est terminée par son informatrice, Katia. Cette jeune droguée a en effet été torturée, puis droguée par ceux que Paco poursuivait. Toute la scène a été filmée en direct, puis envoyé à son adresse.

Changer de service ne veut pas dire que le travail va être plus facile, loin de là. Le métier de flic à Arkestra veut dire côtoyer la fange de l’humanité, les bas-fonds de l’âme : entre fréquenter les shootés overdosés et les victimes de violence enfantine, le résultat est le même : rencontrer le pire dans ce l’homme est capable de créer.

Paco fait donc équipe avec Gina, une lesbienne noire, efficace et professionnelle et leur équipe fait des merveilles. Ce jour-là, on les charge de retrouver Pauline, une jeune fille de seize ans. Cette enquête minutieuse va les mener sur la trace d’un mystérieux personnage qui se fait appeler le Photographe, et l’intrigue va mettre à jour une organisation à faire froid dans le dos.

Quand j’ai rencontré Karim Madani à Lyon, nous avons discuté de son livre et des différences que j’allais y trouver par rapport au précédent. Il m’a dit alors cette phrase dont je me rappelle encore aujourd’hui : Construire une histoire dans une ville imaginaire, cela laisse plus de liberté. A la lecture de ce Jour du fléau, l’impression (double) que cela me laisse, c’est une noirceur totale et le plaisir que l’auteur a eu à écrire cette histoire.

Ce roman est une bonne synthèse de roman noir. Tous les ingrédients (d’aucuns diront les clichés) sont présents, du flic désespéré alcoolique et drogué au sirop contre la toux, des tueurs en série mystérieux, des flics véreux. Tout y est, et tout est assimilé, intégré dans une intrigue que l’on suit avec plaisir, pour peu que l’on aime le roman noir (et j’adore), car le ton y est définitivement noir.

Les quartiers sont crades, les personnages en voie de désespoir final, le ton est glauque. Bref, ne comptez pas sur ce livre pour vous remonter le moral. A la lecture, on a l’impression de revivre et revoir Blade Runner, le film je veux dire, avec cette absence de lumière et cette pluie incessante, déprimante. Et si Arkestra est complètement imaginaire, Karim Madani insère dans son livre des détails, des marques qui nous rappellent que la réalité n’est jamais très loin. On y retrouvera aussi de nombreuses références à la musique ou aux auteurs de romans noirs. Un livre en forme d’hommage ? Pas seulement.

Un pur roman noir, dans le plus pur style du genre, écrit et décrit avec célérité, comme si on était sous amphétamines, voilà ce à quoi il faut s’attendre. Les grognons diront qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les amateurs aimeront ce roman, justement pour ce ton sans espoir, glauque, humide, noir mat. Le ton et le personnage principal donnent un roman très convaincant, et le sous-titre du roman (Les chroniques d’Arkestra) nous donne à espérer qu’il y aura d’autres intrigues dans cette ville en décomposition, ce que je souhaite de tout mon cœur.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 17:42

Je ne porte pas mon nomCe roman est le premier d’une jeune auteure danoise, qui inaugure avec Je ne porte pas mon nom, le cycle des enquêtes du détective chauve. Ce roman fait aussi partie de la sélection Meilleurpolar.com, organisé par les éditions Points.

Dan Sommerdahl est un publiciste à succès, naturellement doué pour son métier. Il est rapidement monté dans la hiérarchie, se laissant déborder par son travail, jusqu’à ce qu’il craque. Il tombe en dépression, et sa femme, Marianne, qui est médecin, va l’aider à se soigner. Il va donc passer une longue période en arrêt maladie, loin de Kurt & Co, la société qui l’emploie.

Justement, comme tous les soirs, la société de nettoyage fait le ménage chez Kurt & Co. Ils sont deux, Benjamin et Lilliana. Lilliana va être découverte étranglée dans la petite cuisine de la société. Le commissaire Flemming Torp va être chargé de l’enquête, et ce soir là, il dinait avec Dan. Il va d’ailleurs se faire aider de Dan pour mieux comprendre les salariés de Kurt & Co, et Dan va s’inventer Détective.

Lilliana va s’avérer estonienne, sans papiers. Personne ne connait son nom. Dan va rapidement découvrir où elle habite, le nom de sa colocataire, et le fait qu’elle est employée au noir. Plus l’intrigue va avancer, plus la peinture de l’ensemble va s’avérer sombre. Et Dan va devenir aux yeux de la presse Le détective chauve.

Ce roman est un roman policier classique. Tout démarre avec le meurtre, écrit du point de vue de l’assassin, et c’est très bien fait. Mais c’est aussi un premier roman, avec quelques défauts. Le deuxième chapitre nous explique le passé de Dan Sommerdahl, et j’ai trouvé ça balourd et maladroit, ou en tous cas pas forcément utile dans la narration de l’histoire.

Passé ce deuxième chapitre, l’auteur prend son envol, elle déroule tranquillement son enquête, et comme beaucoup d’auteurs nordistes, elle prend son temps pour décrire les personnages, les lieux. Le rythme est plutôt lent, avec des dialogues fort bien faits qui tiennent le lecteur accroché à sa lecture.

Enfin les personnages, qui sont sans contradiction, sont attachants. Et c’est un peu ce que je retiendrai, un bon roman policier qui inaugure un cycle que j’espère avec un peu plus de folie et autant d’émotion. Car, Anna Grue a la volonté de montrer que sous ses dehors lisses, la société danoise a bien des cotés pourris et qu’il ne faut pas soulever le tapis, au risque de trouver des rats crevés. Je ne porte pas mon nom est finalement un bon polar sans prétention, pour amateurs d’enquêtes nordiques.

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 18:37

Fin innocence

Je pense que nous sommes plusieurs à attendre les romans de Megan Abbott, car ils sont d’une subtilité rare, et nous offrent bien souvent des sujets de réflexion intéressants alliés à des intrigue noires de grande qualité. Celui-ci est conforme à mes attentes.

Lizzie est une jeune fille de treize ans, et sa meilleure amie est sa voisine Evie Verner. Leur relation est telle qu’elles passent toutes leurs journées ensemble. Comme les parents de Lizzie sont divorcés, elle aime se retrouver parmi la famille de Evie, au milieu d’une famille normale. D’autant plus que la sœur ainée de Evie, Dusty, est une grande de 17 ans, une icône, un exemple à suivre.

Un soir, à la sortie de l’école, Evie disparaît. Toute la région se mobilise pour retrouver la jeune fille, imaginant le pire. Lizzie est la dernière à lui avoir parlé, lui demandant si elles rentraient ensemble, mais Evie va refuser. Lizzie va donc être particulièrement impliquée dans l’enquête, devenant aussi de plus en plus présente dans la famille Verner. D’autant plus qu’elle se rappelle avoir vu une voiture de couleur Bordeaux trainer devant la maison des Verner. Or, Harold Shaw, l’assureur de la famille possède ce genre de voiture. Lizzie est donc persuadée qu’il est le coupable.

Le titre anglais est bien plus précis que le titre français. The end of everything (La fin de tout) indique clairement ce à quoi vous devez vous attendre. Ce roman, narré à la première personne du singulier, nous place dans la peau d’une jeune fille de treize ans, innocente, naïve, vivant dans un monde idéal entre sa famille et surtout ses amies. Et c’est là toute la qualité de ce roman, subtil comme tous ceux de Megan Abbott.

Car La fin de tout nous montre bien la fin de la jeunesse, la fin de l’enfance, la fin de la pureté et l’entrée dans l’âge adulte. A son niveau, elle va être submergée par des émotions qu’elle ne comprend pas encore, être à la fois sure de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle raconte, de ce qu’elle invente, et faire progresser l’intrigue à son niveau. Toujours, nous allons nous retrouver devant cette petite fille qui va à la fois être subjuguée par Dusty, puis attirée par M.Verner, tout cela décrit par de petites scènes mises bout à bout, comme de magnifiques petites briques montant un mur imparable.

Et là où je suis abasourdi, c’est par la maitrise du suspense psychologique mis en place par Megan Abbott, utilisant un mot flou à plusieurs significations, nous laissant avec plusieurs interrogations, et impatients de connaître la suite. D’ailleurs, je voudrais souligner l’excellent travail de la traductrice Isabelle Maillet, pour avoir aussi bien rendu toute la subtilité, le doute et l’insouciance cachés dans le texte. Quelle maitrise dans le choix des mots, dans la construction des phrases, dans le flou des expressions.

C’est un roman que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher, tant on est envahi par les pensées de Lizzie, tout en gardant ce léger détachement pour se rendre compte de ce qu’elle raconte ; en gros, c’est une expérience assez bouleversante, qui nous rappelle sans cesse qu’un drame est en train de se dérouler. Le suspense est très bien entretenu, avec une grande tension car c’est Lizzie qui est aux commandes, et jamais on ne se doute de ce qui va arriver. Elle nous démontre combien il est difficile de descendre de la vie de princesse, de sortir de l’enfance pour entrer dans la vie des grands. Un roman tout simplement magnifique.

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 17:53

Ne tremble pasAprès le très bon N’ayez crainte ! paru l’année dernière, voici la dernière traduction en date des romans de Peter Leonard. Leonard, Leonard, vous avez dit Leonard ? Eh bien oui, Peter Leonard est le fils du grand et prolifique Elmore. Une nouvelle fois, nous avons droit à un bon polar qui s’avère une lecture distrayante.

Ce sont six personnages qui vont s’entremêler dans cette histoire. Kate McCall vit heureuse depuis qu’elle est mariée à Owen. Cela fait 16 ans qu’ils sont ensemble et ont un fils, Luke. Malheureusement, lors d’une partie de chasse à l’arc, Luke va tuer son premier cerf, et en même temps embrocher son père.

Jack Curran est un truand, qui sort de trois ans de prison après une remise de peine pour avoir participer au cambriolage d’une épicerie de luxe. Il n’a jamais donné ses partenaires mais a caché le butin, tant et si bien qu’il leur est redevable. Ses partenaires, Teddy et DeJuan, affublés de Celeste une jeune femme très belle qui a laissé son cerveau au vestiaire, n’ont pas oublié et espèrent bien récupérer leur part.

Et comme tous ces personnages se sont rencontrés dans le passé, les fils vont se tisser dans une intrigue, certes d’une simplicité extrême, mais menée de telle façon que la lecture est fort agréable. Plusieurs points font que j’ai bien aimé cette lecture. Tout d’abord, la psychologie n’est pas balourde, elle est montrée par les actions et les dialogues des personnages. Ensuite, l’intrigue est simple mais logique et donc se suit sans difficulté. Enfin, tout se suit avec une certaine tension, on ressent et on imagine une fin apocalyptique. Et … c’est un peu une déception.

Car la fin est comme le reste, simple. Là où j’aurais imaginé une fin grandiose, une scène épique avec un retournement ou des images inoubliables, je me suis retrouvé avec un presque happy end, qui fait que ce livre est une bonne lecture, un bon polar écrit par un auteur doué qui aurait pu faire mieux. Donc si vous cherchez un polar avec une bonne histoire pour ne pas vous prendre la tête, agréable à suivre, ce livre est fait pour vous.

A noter que N’ayez crainte vient de sortir chez Pocket.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 17:42

Le BlocVoici ma dernière lecture sélectionnée pour le trophée 813, et il s’agit de Le bloc de Jérome Leroy, une sorte de document sous forme de roman noir sur le Front National. Ce fut une lecture en demi teinte.

La quatrième de couverture est explicite sur le contenu de ce roman : Sur fond d’émeutes de plus en plus incontrôlables dans les banlieues, le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite, s’apprête à entrer au gouvernement. La nuit où tout se négocie, deux hommes, Antoine et Stanko, se souviennent. Antoine est le mari d’Agnès Dorgelles, la présidente du Bloc. Stanko est le chef du service d’ordre du parti. Le premier attend dans le salon d’un appartement luxueux, le second dans la chambre d’un hôtel minable. Pendant un quart de siècle, ils ont été comme des frères. Pendant un quart de siècle, ils ont participé à toutes les manips qui ont amené le Bloc Patriotique aux portes du pouvoir. Pendant un quart de siècle, ils n’ont reculé devant rien. Ensemble, ils ont connu la violence, traversé des tragédies, vécu dans le secret et la haine. Le pire, c’est qu’ils ont aimé cela et qu’ils ne regrettent rien. Ils sont maudits et ils le savent. Au matin, l’un des deux devra mourir, au nom de l’intérêt supérieur du Bloc. Mais qu’importe : à leur manière, ils auront écrit l’Histoire. Plus qu’un simple roman noir, Le Bloc est un roman politique qui cherche à répondre à une question de plus en plus cruciale : comment expliquer et surtout comprendre l’affirmation de l’extrême droite dans les 30 dernières années ? En plongeant le lecteur dans la tête des deux protagonistes centraux, dans une posture empathique et compréhensive à mille lieux de la critique antifasciste traditionnelle, Jérôme Leroy prend des risques. La critique, bien présente, est ici en creux, elle se dessine dans l’esprit même du lecteur sans que l’auteur ait besoin de la formuler. En décrivant le parcours de ces deux hommes, il peint un tableau général de la déliquescence politique française contemporaine : disparition progressive du PC, abandon de la classe ouvrière par une gauche socialiste « boboisé » qui se réfère plus à l’idéologie libéralo-libertaire de Mai 68 qu’à la lutte des classes, droite de plus en plus arrogante, tournée vers le business et les profits transnationaux. Leroy décrit une société française à l’agonie, une poudrière qui éclate soudainement lors d’émeutes dont tout le monde parlait mais que personne en réalité n’a vu venir. Son constat fait mouche et oblige son lecteur à reconsidérer l’espace politique qui l’entoure.

C’est donc à une plongée au cœur du Front National, au travers deux personnages : Antoine, le mari de Agnès et auteur des discours de sa femme et Starko le responsable de service d’ordre. Chacun a droit en alternance à un chapitre : ceux d’Antoine sont écrits à la deuxième personne du singulier comme si on discutait avec lui ; ceux de Starko sont à la première personne du singulier. Si cela peut paraitre un effet de style, cela créé aussi un effet de rapprochement et de malaise.

Et le malaise est bel et bien présent à la lecture, car hormis la documentation qui est impressionnante, les faits sont éloquents et la psychologie des protagonistes fait clairement froid dans le dos. Se dire que ce parti possède sa propre milice armée, prête à suivre aveuglément les ordres, montre à quel point, même avec une volonté de paraitre lisse et engageant, ce parti représente avant tout un danger pour la démocratie et pour tous les habitants de ce pays.

Ceci dit, même si je ne renie pas ni les messages, ni les qualités littéraires aussi bien dans la forme que dans le fond, je dois avouer n’avoir pas été convaincu par ce roman. Certes il y a des scènes de bataille extraordinaires, des dialogues ahurissants, mais le parti pris de l’auteur de rester au second plan, de ne pas prendre du recul pour uniquement montrer l’avis des membres du parti, a fini par me laisser au bord du chemin. Je pense qu’il y a des gens qui vont adorer ce livre, d’autres qui vont être sceptiques, il n’en reste pas moins que ce roman est à lire, ne serait ce que pour sa description d’un parti politique, prêt à tout moment à prendre le pouvoir, et s’il le faut, par la force.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 18:14

MiséricordeAuréolé de superlatifs disproportionnés, Jussi Adler Olsen débarque en France avec Miséricorde, premier opus d’une série policière mettant en scène Carl Morck et Hafez El Assad. En fait, c’est quand j’ai lu dans la revue Alibi que Adler Olsen était premier des ventes en Europe, que je me suis décidé à emmener le roman sur les plages estivales.

Je ne sais pas si vous connaissez Cold Case, cette série américaine mettant en scène une équipe de policiers (dont Lilly Rush) en charge de résoudre des affaires vieilles de plusieurs années et n’ayant jamais été ou mal résolues. Je dois vous avouer que je n’aime pas la télévision, et encore moins les séries américaines, mais je dois dire que la première saison de Cold Case m’avait séduit par le coté écorché vif de son héroïne.

Je m’égare ? Point du tout ! Carl Morck est un flic qui est en arrêt maladie, suite à une affaire qui s’est redoutablement mal terminée, puisque ses deux partenaires ne s’en sont pas sortis indemnes : Anker est mort et Hardy à l’hôpital, vraisemblablement handicapé à vie. Sa femme Vigga est partie, lui laissant leur fils Jesper sur les bras. Carl n’a pas trop la tête au travail, préférant réfléchir à la chance qu’il a de ne s’en sortir qu’avec une cicatrice sous le cuir chevelu.

D’ailleurs, ses partenaires le trouvant désagréable malgré un certain talent de déduction, ont bien en tête de l’évincer. Quand le gouvernement veut créer un Département V, destiné aux affaires nationales non résolues, son chef lui propose tout de suite la direction de ce service comme on proposerait un placard à un balai. Et de fait, il en profite pour faire des jeux video plutôt que de se lancer dans des enquêtes.

Carl accepte, pensant qu’il pourra s’adonner à sa nouvelle paresse, demande et obtient un chauffeur (en l’occurrence Assad) et commence par l’enquête sur la disparition de Merete Lynggaard, la vice présidente du parti Démocrate. Cela fait 5 ans qu’elle a disparu sans laisser de traces, et le nombre de suspects sont nombreux entre son frère handicapé, les membres de son propre parti ou ceux du parti opposé.

Si l’on peut résumer mon avis en deux mots, c’est que ce roman est un roman policier classique. Cela veut donc dire que l’intrigue est menée avec beaucoup de rigueur, que les pistes sont nombreuses et les fausses pistes aussi. Il faut aussi ajouter que, comme c’est le début d’une série, l’auteur prend son temps pour présenter les personnages et mettre ses héros en situation. Bref, l’enquête démarre au bout de 100 pages, entrecoupées par des passages situés dans le passé de Merete.

Si je n’ai rien trouvé d’extraordinaire dans ce roman, malgré que ce soit bien écrit et bien mené, j’ai beaucoup aimé les relations entre les deux personnages, Carl et Assad. Assad étant syrien débarqué de fraiche date au Danemark, il ne comprend pas forcément très bien ce qu’on lui demande, ce qui donne des passages drôles, mais aussi laisse quelques zones d’ombre pour les futures aventures de nos deux énergumènes.

Et cela donne une lecture agréable, pas révolutionnaire, mais sympathique car on passe un bon moment en leur compagnie. Et même si on devine le mobile vers le milieu du livre, si les coupables sont dévoilés à 100 pages de la fin, l’impression d’ensemble est que j’aimerais bien lire une autre de leurs enquêtes. Ce qui tombe bien, puisque vient de paraitre Profanation. Nul doute que vous entendrez parler de la suite ici même.

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 18:22

Bon, allez, ça y est ! Les vacances sont là.

Je vais pouvoir emmener, comme les gosses, mes devoirs de vacances, même si pour moi, c’est pour mon plaisir. Rassurez vous, si je ne vous répondrai pas lorsque vous laisserez des commentaires, je vous ai programmé des articles pendant tout l’été. D’ailleurs, celui-ci aussi est programmé. A cette heure, je suis au bord de la plage, les doigts de pied en éventail, bronzé par un soleil intrépide et sans pitiés, avec un verre de rosé frais à la main.

Mes devoirs de vacances sont donc, pour votre information (si vous vous en moquez, passez le paragraphe) :

Miséricorde de Jussi Adler Olsen

Meurtres à Pékin de Peter May

Les anges de New York de Roger Jon Ellory

Non stop de Frederic Mars

La nuit de Geronimo de Dominique Sylvain

Dernière nuit à Montréal de Emily St John Mandel

Sachez aussi qu’à la rentrée, il va y avoir du mouvement sur Black Novel. Tout d’abord, le retour en octobre de la lecture commune ouverte à tous avec un roman français d’un auteur qui mérite à être plus connu.

Ensuite, une nouvelle rubrique qui s’appellera : le chouchou du mois, où je mettrai en avant un roman qui, sans être un coup de cœur mérite que l’on s’attarde sur lui. Le chouchou du mois paraitra donc en fin de mois.

Enfin, en début du mois, une rubrique Oldies, où je chroniquerai un roman qui ne sera pas une nouveuaté mais un livre sorti de mes étagères poussiéreuses. Au programme, vous y trouverez de vieux Spécial Police, de vieux Rivages noir, de vieux série noire, des premiers romans d’auteurs connus tels que Thomas Cook ou Don Winslow, des relectures aussi. Bref, oldies but goodies !

J’espère vous faire découvrir aussi toujours plus de jeunes auteurs français, parce que j’aime découvrir et faire découvrir. J’espère enfin que vous, simple passager ou fidèle habitué, vous y prendrez du plaisir et y piocherez des idées de lecture.

Je vous dis donc à la rentrée en espérant qu’elle (la rentrée pour ceux qui n’ont pas suivi) soit riche en émotions et en excellents romans. Bonnes vacances à vous et merci d’être passé par là ! Et n’oubliez pas, lisez ! 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 17:43

Les partucules et les menteursAprès Le pire du milieu, voici la deuxième aventure de notre petite équipe de voleurs ratés. Et si la découverte de Tonton et de ses sbires fut une excellente lecture, la suite est du même niveau, une lecture pour rire avec style.

Avec style, allez vous me dire ? Et alors ? En fait, c’est un clin d’œil à l’intrigue, puisque Tonton a un nouveau plan, et qu’il va falloir s’immiscer dans la haute noblesse de notre très cher pays. En effet, il envisage de voler un tableau très moche, d’une valeur inestimable lors du mariage du vicomte De La Taille. Et la chance (et la malchance) de Tonton, c’est que Gérard est justement le sosie du vicomte.

Gérard, le bras droit neuneu de Tonton, va devoir se fondre dans le décor, lui qui a du mal à retenir son nom, et à comprendre ce qu’on lui demande ! Tonton débarque donc chez son amie la baronne Donatienne de Gayrlasse (vous apprécierez le jeu de mots) pour qu’elle l’éduquât (je suis obligé d’utiliser de belles formules) des bonnes manières de la haute société. Et voilà bien là le premier problème. Comment éduquer un bas du front, un mou du bulbe, qui se balade avec l’électroencéphalogramme du têtard ?

La baronne vit dans un manoir qu’elle a vendu à un émir Qatari (Sympas, ces Qataris, déjà qu’ils nous ont débarrassés du PSG ! ) et profite des lieux puisqu’ils lui ont laissé une petite dépendance dans la propriété. Elle renonce à éduquer Gérard, car il y a trop de travail voué à l’échec. Par contre, elle veut bien participer au vol, pour épater son dernier amour en date, qui est actuellement en prison.

Si vous ne connaissez pas Tonton et sa troupe de bras cassés, il faut absolument que vous vous jetassiez dessus ! Car, je vous garantis que vous allez passer un excellent moment, fait de sourires, de rires, et d’éclats de rires. Ce roman est du même acabit que le précédent : une intrigue simple, des scènes montées au cordeau, des descriptions comportant son lot de dérisions, des dialogues hilarants.

Et comme lors du précédent opus, le livre se lit comme un rien, impossible à lâcher avant la conclusion finale, avec pour objectif la distraction du lecteur. Il est bien difficile de faire rire, mais Samuel Sutra semble bien avoir trouvé avec Tonton le personnage qui est un digne héritier des Bernard Blier, Francis Blanche ou Pierre Dac. La petite bande accumule des records en terme de QI au score proche de zéro.

Ceux qui recherchent des thrillers sanguinolents, ceux qui courent après des polars speedés, ceux qui ne vivent qu’au travers du roman noir le plus noir feraient bien d’aller jeter un coup d’œil du coté des aventures de Tonton. C’est de l’excellent divertissement comique, hilarant et délirant. Et je le répète, avis aux réalisateurs en panne d’inspiration : vous avez là une comédie toute faite, un succès cinématographique garanti.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 17:27

United colors of crimeJe ne connaissais pas Richard Morgiève et en regardant sa bibliographie, je m’aperçois qu’il est l’auteur d’une trentaine de romans. Ce United colors of crime, même s’il n’est pas facile d’accès, est un livre ambitieux, très ambitieux et plutôt réussi. Et un grand merci à Holden pour cette découverte.

En 1951, aux Etats Unis, en plein Maccarthysme. Chaim Chlebeck, fossoyeur de la mafia de 31 ans, est en cavale après avoir supprimé Bobby 5 As. Au passage il a récupéré une grosse somme d’argent. Alors qu’il est sur le point d’atteindre le Mexique, il se fait agresser par une bande de Mexicains et est abandonné sur le bord de la route. Mais il a la peau dure.

Dirk, un scientifique allemand qui a aussi servi d’agent double pendant le deuxième guerre mondiale, le récupère et le soigne à l’aide de sa femme Dallas, une indienne borgne qui porte un œil de verre. Entre ses délires et ses réflexions, Chaim va repenser sa vie et envisager de quitter la mafia. Mais cela ne va pas forcément être facile dans ce pays rugueux.

Ce roman ressemble à un western, à un roman noir au pays des fermiers texans. Ce n’est pas une course contre la montre mais une course contre la mort. Le personnage de Chaim, s’il court pour éviter des tueurs, ou des dangers, galope aussi contre lui-même, contre ses démons. C’est un homme froid, sans sentiments, qui se croit obligé de trouver une cause pour se sentir vivant et utile.

Le roman est très centré sur Chaim, L’auteur détaille tout ce qu’il voit, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il pense. A la fois roman de la résurrection, roman de la rédemption, il est aussi roman de la dénonciation. Sa vision nouvelle de ce pays, puisqu’il vient de débarquer aux Etats Unis après avoir connu la guerre en Pologne permet de montrer l’Amérique sous son vrai jour, un pays violent à l’image de l’ambiance, n’hésitant pas à comparer par exemple le massacre des Indiens au génocide juif par les nazis, ou n’hésitant pas à dénoncer le pays de la consommation et du fric.

D’un sujet noir sur le destin d’un homme vivant dans l’obscurité et cherchant sa lumière, Richard Morgiève en a fait une peinture des grands espaces. Si le roman renvoie à chaque fois vers Cormac McCarthy période récente, il rappelle tous les auteurs des grandes plaines, en rajoutant sa pierre à l’édifice. Certes, il y a de l’admiration pour ce pays, mais il y a tant de haine envers les hommes.

Le style est sans concession, dur, abrupt, parfois difficile à suivre, fait de petits chapitres coupés de petites scènes, très cinématographique. Il y a très peu de dialogues. C’est le genre de roman qui nécessite de la concentration, pas forcément facile d’accès, mais la récompense est au rendez vous pour ceux qui s’aventureront sur les pistes du Texas, à la rencontre de personnages tous plus bizarres les uns que les autres. C’est un roman à part, dans lequel on a droit à de tels moments de pureté, de beauté, de violence aussi. La limite entre polar et littérature n’a jamais été aussi ténue.

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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