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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 17:59
L’expatriée de Elsa Marpeau (Gallimard-Série Noire)

Si j’ai lu ce roman sur les conseils insistants de mon ami Richard, mon avis va finalement être très proche de celui de Jean Marc. Car quoi de plus casse-gueule que de situer un polar au milieu d’expatriés français ? Elsa Marpeau nous donne donc à lire une intrigue simple, une sorte de huis clos, au milieu de femmes qui s’ennuient toute la journée, sans parfois voir leur mari pendant plusieurs jours.

Nous sommes à Singapour. Elsa est mariée à Alexandre, qui travaille (beaucoup) dans le domaine de l’informatique. Sa seule occupation est donc de passer ses journées avec ses semblables, des femmes d’expatriés, qui toute la journée flânent au bord de la piscine ou bien font du shopping dans des boutiques de luxe. Même l’entretien de l’immense appartement est confié à une maid (entendez femme de ménage ou bonne à tout faire), Fely, d’origine philippine.

Quand un homme beau comme Apollon débarque dans la résidence sécurisée, Elsa va fondre pour celui qu’elle appelle l’Arabe blond. Elle va avoir une aventure avec Nessim, qui se dit avoir travaillé dans les docks. Nessim joue au poker avec les hommes, gagne et fait du charme. Quand le corps de Nessim est retrouvé poignardé de deux coups de couteau, Elsa se retrouve aux premières loges. Mais dans ces relations étranges, qui peut bien avoir tué le bel Arabe blond ?

Je dois dire que le début du roman est surprenant, car comment décrire l’ennui de ces jeunes gens riches, ultra riches si on les compare aux autochtones, n’ayant rien à faire de leurs journées, à part bronzer et discuter ? Le début du roman n’est donc pas bien passionnant mais pour autant, il est nécessaire pour placer le décor et surtout les psychologies des personnages.

A partir du meurtre de Nessim, l’intérêt change. Car ce qui pouvait paraitre simple au premier abord s’avère vite plus compliqué. Elsa Marpeau sème de petits événements qui remettent sans arrêt nos certitudes en question, et son style, si subtil, si vicieux, nous enserre le cou dans ses serres, tant et si bien que l’on lit la dernière moitié du roman d’une traite.

Car c’est bien un roman vénéneux auquel on a affaire, empreint de mystères, avec parfois en fin de paragraphes, ces petites remarques que l’on peut interpréter de plusieurs façons, et qui donnent tout son charme au roman. On n’est tout à fait dans le registre d’une Megan Abbott qui excelle dans ces intrigues simples basées sur des personnes comme vous et moi et dont les petits gestes habituels semblent revêtir différentes interprétations.

Le lecteur que je suis a adoré se faire manipuler comme une boule de flipper, et alors que j’essayais de deviner ce qui s’était passé, tout était remis en cause dans la minute suivante. Ce n’est pas le genre de livre où on saute des phrases, que l’on lit en diagonale, car il faut bien déchiffrer les mots, les phrases pour suivre et trouver le chemin suivant. Dans ce roman subtil et mystérieux, le mystère est épais comme le brouillard, l’atmosphère est lourde et poisseuse, et en tournant la dernière page, on ne peut qu’être épaté par l’art de l’auteure de nous avoir tenu en haleine alors qu’il ne se passe rien, juste par la force des psychologies des personnages. Chapeau !

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 17:58
Arab jazz de karim Miské (Points)

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre, premier roman d’un auteur remarqué de documentaires. Publié initialement en mars 2012 chez Viviane Hamy, Arab Jazz a reçu en 2012 le grand prix de littérature policière et en 2013 par le Prix du Goéland Masqué. Cette année, il est sélectionné par les éditions Points dans le cadre du prix Meilleurpolar.com.

L’intrigue se déroule dans le 19ème arrondissement de Paris. Ahmed Taroudant est un arabe qui vit d’allocations pour handicapés pour des problèmes psychologiques, ayant des difficultés à supporter les gens et à vivre en société. Sa passion est de lire des polars, des tonnes de polars. Ce matin là, quand il se réveille, il va sur son balcon et des gouttes de sang lui tombent dessus. Sa voisine du dessus, Laura Vignola a été assassinée.

Deux inspecteurs vont s’occuper de cette enquête : Rachel Kupferstein d’origine juive et Jean Hamelot, un breton pure souche. Rachel et Ahmed se découvrent une même passion pour James Ellroy, mais pour autant, Ahmed ne leur dit rien. Il va lui-même mener l’enquête en parallèle des policiers car il trouvait Laura bien sympathique.

Le meurtre de Laura a une mise en scène étrange : des orchidées ont été placées dans les toilettes et elle a subi plusieurs coups de couteaux avant d’être recouverte de sang de porc. Quand les policiers découvrent que les parents de Laura sont adeptes des Témoins de Jehovah, leurs soupçons se tournent vers un mobile religieux.

Ce roman, sous ses dehors d’enquête policière, est plus rusé et profond qu’il n’en a l’air au premier abord. Outre que les personnages sont formidables, grâce à des réactions et des dialogues réalistes et bien décrits, l’auteur arrive à nous montrer l’ambiance des quartiers de Paris, en mettant en valeur les différentes communautés, surtout religieuses, qui vivent en commun. Et il ne se contente pas de dire que tout va bien, il détaille aussi les excités de tous bords, les extrémistes qui, par exemple, refusent la mixité entre différentes religions.

Et pourtant, il est bien difficile d’aborder ce genre de sujet, tant on peut tomber dans la provocation facile et inutile ou bien dans le ridicule. Karim Miské évite toutes les lacunes, se contentant de montrer un état de fait, ces gens différents qui vivent ensemble, sans jamais les juger, avec beaucoup de respect aussi pour leurs croyances.

On pourrait aussi se demander d’où vient le titre de ce roman. En fait, c’est une référence à White Jazz de James Ellroy, ce qui sous-entend pour le titre du maître que c’est encore un coup des blancs. Effectivement, dans ce roman, il est facile de dire a priori que c’est le coup des uns ou des autres. On va y trouver des pistes à droite, à gauche, et on n’aura la solution que dans les dernières dizaines de pages, avec un final que j’ai trouvé bien amer, cynique et peut-être bien réaliste.

Et puis, il y a le style Miské, très détaillé sans forcément être lourdingue, qui prend le temps de montrer les décors, les gens, avec beaucoup de simplicité, mais aussi beaucoup d’érudition. On ressent que Karim Miské a mis beaucoup de passion dans son roman, et il la transmet fort bien. A la fin, on se demande d’ailleurs quand ce jeune homme va se mettre à écrire son deuxième roman … car on l’attend avec impatience.

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 17:54
La nuit de l’accident de Elisa Vix (Rouergue noir)

Changement de décor dans l’œuvre de Elisa Vix, que j’avais découvert avec Rosa Mortalis, et son formidable personnage de flic Thierry Sauvage. Dans ce roman, l’auteure va fouiller les psychologies de personnages ruraux, du coté d’Aurillac. Epatant !

Dans un petit village du Cantal, Pierre est un agriculteur éleveur de vaches et autres animaux de basse cour. Son caractère taciturne et renfermé va tout de même plaire à Nat, une jeune stagiaire vétérinaire qui va l’aider à faire naitre un jeune veau. Le coté force tranquille et gentleman taiseux fait qu’ils vont rapidement faire l’amour et Nat va s’installer dans la ferme d’élevage de Pierre.

Quelque temps auparavant, un accident de voiture a bousculé la tranquillité de Pierre. La voiture s’est encastrée en bas, dans la Cèle une petite rivière qui basse en bas. Mais c’est une nuit dont il ne parle jamais. Pourtant des événements vont chambouler le rythme routinier de ce couple. Un étrange motard fonce sur les passants, le vétérinaire fait un chantage auprès de Nat pour obtenir ses faveurs en échange d’un contrat à durée indéterminée, et un mystérieux campeur fait son irruption dans un champ proche.

Alors que leur couple part à vau l’eau, Nat désirant un peu plus d’attention et Pierre étant obligé de suivre le rythme de ses vaches tout en restant toujours aussi mutique, la vie de la ferme va subir de nombreuses pressions en lien avec cet accident de voiture.

Ce roman est épatant, tant la forme et le fond s’allient parfaitement pour créer un roman noir qui est passionnant et qu’il est impossible de lâcher. Le scenario est indubitablement fort bien pensé et avance au rythme des pensées et des réactions des deux protagonistes principaux que sont Pierre et Nat. En effet, la narration avance au rythme des chapitres alternant la vision de Pierre puis celle de Nat. Cela permet de faire avancer doucement l’intrigue, de semer des pistes au long de l’histoire et surtout de cacher au lecteur le principal, c'est-à-dire le dénouement.

On a donc le droit à un chapitre de Pierre puis un chapitre de Nat en alternance comme si ils vivaient l’un à coté de l’autre sans vivre ensemble. Si le style est simple, c’est aussi parce que ces gens parlent peu et sont plutôt dans l’action, et c’est donc un bon point encore pour l’auteure. Et puis, il y a toute cette analyse psychologique, fouillée mais présentée de façon tellement subtile que l’on accroche et l’on a envie de savoir comment cela va se terminer.

Indéniablement Elisa Vix s’est fait plaisir à écrire cette histoire, mettant bout à bout ses petites briques, lentement, patiemment pour arriver à un résultat épatant, passionnant. On s’attachera forcément aux personnages, aux habitants de ce petits village, aux petites fêtes avec le bal du samedi soir, aux petits déjeuners taiseux, aux diners dans la petite cuisine alors que les yeux se ferment après une journée difficile à la ferme. Sans donner de détails sur les décors, c’est fou ce que Elisa Vix arrive à nous faire voir cette petite ferme.

Je vous le dis, un roman noir épatant, avec un sujet original, un décor original et de formidables personnages, ça ne se rate pas ! En prime, je vous donne quelques avis glanés sur la toile :

http://www.un-polar.com/article-la-nuit-de-l-accident-d-elisa-vix-104989212.html

http://www.polardeuse.com/article-la-nuit-de-l-accident-113199572.html

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 17:06
Oldies : La crève de Frédéric Dard (Fleuve Noir)

Ce billet est un hommage à Frédéric Dard, inoubliable auteur français. Outre qu’il fut le créateur de San Antonio, il écrivit aussi des romans noirs. La crève que je vous présente ici est une œuvre de jeunesse qui date de 1947 réédité par les éditions Fleuve Noir.

L’auteur :

Le père de Frédéric Dard, Francisque, d'abord ouvrier de la société de Dietrich, lance une entreprise de chauffage central à Bourgoin-Jallieu. Sa mère, Joséphine-Anna Cadet, est fille d'agriculteurs. Frédéric Dard nait avec un bras atrophié, inerte1. Ses parents, très occupés par l'affaire familiale, le font élever par sa grand-mère. Il en gardera un souvenir ému et le goût pour la lecture.

Le krach de 1929 précipite le déclin de l'entreprise familiale, qui est mise en faillite. Tous leurs biens sont saisis, sous les yeux du jeune Frédéric. La famille émigre alors à Lyon, dans un petit appartement du boulevard des Brotteaux. Frédéric suit sans grand intérêt des études commerciales à l'école La Martinière. Il est présenté en 1938 à Marcel E. Grancher, le fondateur des Éditions Lugdunum et du journal Le Mois à Lyon, par son oncle, ouvrier-mécanicien dans un garage automobile que Grancher fréquente. Engagé comme stagiaire, il assume peu après un rôle de secrétaire de rédaction (fonction qu'il assumera officiellement à la fin de l'été 1940), puis de courtier en publicité. Ses premiers articles, certainement encouragés par ses ainés comme le docteur Edmond Locard ou le romancier Max-André Dazergues sont publiés anonymement dans le journal dès 1939. Enfin journaliste, le métier qui l'attire depuis longtemps, il passe à l'écriture à proprement parler et publie fin octobre 1940 son premier livre La Peuchère (une nouvelle paysanne, ainsi que la qualifiera son éditeur Marcel Grancher), son premier vrai roman, Monsieur Joos, récompensé par le premier Prix Lugdunum décerné sur manuscrit lui apportant enfin en mars 1941 la notoriété.

Frédéric Dard se marie en novembre 1942 avec Odette Damaisin, dont il aura deux enfants, Patrice (né en 1944) et Élizabeth (1948 - 2011)2. Il s'installe avec sa femme à Lyon, dans le quartier de la la Croix-Rousse, au 4 rue Calas, où il réside entre juillet 1944 et mars 1949.

Frédéric Dard écrit des livres pour enfants et des romans populaires pour nourrir sa petite famille, rencontre des écrivains repliés à Lyon. Sa notoriété commence à dépasser les limites de la capitale rhodanienne. Très influencé par le roman noir américain (Faulkner, Steinbeck et surtout Peter Cheyney), il se lie avec Georges Simenon, qui lui rédige une préface pour son livre Au massacre mondain. Sous la houlette de Clément Jacquier, il écrit des romans avec ses premiers pseudonymes pittoresques : Maxell Beeting, Verne Goody, Wel Norton, Cornel Milk, etc.

Sur un coup de tête (il a pris ombrage d'un livre de Marcel E. Grancher, qui le cite dans ses souvenirs), il part en 1949 s'installer aux Mureaux avec sa famille, dans un pavillon de banlieue. Après quelques années de vache maigre, il connaît ses premiers succès d'écriture, au théâtre (notamment La neige était sale, adaptation du roman de Simenon, est montée par Raymond Rouleau au Théâtre de l'Œuvre en décembre 1950). C'est en 1949 que paraît Réglez-lui son compte !, roman policier signé San Antonio, et qui est un échec commercial. Il rejoint alors les éditions du Fleuve noir, où il va côtoyer Jean Bruce et Michel Audiard, et y publie deux romans : Dernière Mission, et le second San-Antonio, Laissez tomber la fille.

En 1954, Frédéric Dard et Robert Hossein montent au Grand-Guignol Les Salauds vont en enfer, première pièce d'une longue collaboration théâtrale.

La notoriété naissante du Commissaire San-Antonio engendre le succès, qui, dès lors, ne le quittera plus. Dard écrit vite et beaucoup, au rythme de quatre à cinq ouvrages par an : romans policiers, romans d'espionnage ou d'épouvante, scénarios, adaptation de roman pour le cinéma. En 1964 Frédéric Dard détient le record du nombre de livres vendus en France4.

Cependant, sa vie de couple avec Odette Damaisin n'est pas heureuse. Dans les mois précédant leur séparation, il tente de se pendre. Il se remarie le 14 juin 1968 avec Françoise de Caro, la fille d'Armand de Caro, le fondateur des éditions Fleuve noir.

En 1968, il prend la route de la Suisse avec sa nouvelle femme. Le couple se fait construire le « chalet San Antonio » à Gstaad.

Ils auront une fille, Joséphine, née en 1970 qui épousera Guy Carlier en 2006. Quelques semaines après sa naissance, le couple Dard adopte un jeune Tunisien, prénommé Abdel. En mars 1983, Joséphine, âgée de 13 ans à l'époque, est enlevée5 durant plus de cinquante heures de leur domicile de Vandœuvres par un cadreur de télévision6. Il la cache dans un appartement à Annemasse. Elle sera libérée contre le versement d'une rançon de 2 millions de francs suisses grâce au chalet de Gstaad qui venait d'être vendu. Le ravisseur sera arrêté et la rançon récupérée, mais l'épisode a longtemps traumatisé Frédéric Dard et sa fille7.

Il noue des liens très forts avec le R. P. Bruckberger (à qui il dédiera La Sexualité…) et avec Albert Cohen. Il se passionne pour la peinture, notamment les œuvres de Domenico Gnoli, peintre hyperréaliste, ou celles de René Magritte, peintre surréaliste. Il rend hommage à l'œuvre du poète belge Louis Scutenaire.

Avec le temps, il commence à prendre du recul, il accorde de longues interviews à la presse. En 1975, il fait paraître Je le jure, signé San-Antonio, un livre d'entretiens où il évoque son enfance, ses débuts, sa famille, ses idées. En 1978, il acquiert à Bonnefontaine une ferme du xviiie siècle qu'il restaure : c'est dans ce domaine de L'Eau vive qu'il poursuit son œuvre en composant une centaine de romans et de nombreuses peintures, sa vocation contrariée8.

Frédéric Dard meurt le 6 juin 2000, à son domicile de Bonnefontaine, en Suisse. Il est inhumé suivant ses volontés au cimetière de Saint-Chef en Dauphiné, village où il a vécu, enfant, en 1930, dans une maison appartenant à la famille de sa mère. L'ancienne école de Saint-Chef qu'il a fréquentée, porte une plaque commémorative rappelant ce fait.

Depuis la mort de son père, son fils Patrice poursuit l'écriture des San-Antonio.

(Source Wikipedia)

Oldies : La crève de Frédéric Dard (Fleuve Noir)

Mon avis :

Le roman débute comme un huis clos et se situe à la fin de la deuxième guerre mondiale. Une famille de quatre personnes et autant de caractères se réfugient dans la petite maison d’un village français. Le père Albert est un honnête travailleur, un peu dépassé par les événements et la mère Constance est le genre de femme un peu effacée qui fait tourner le ménage sans faire de bruit.

Hélène, la fille de la famille, est très belle mais a eu l’erreur de succomber au charme d’un officier allemand M.Otto. Quant à Petit Louis, le cadet de la famille, il a été un peu plus que « collabo » puisqu’il a aidé les nazis à tuer des Français. Tout ce petit monde sait bien qu’une nouvelle ère arrive et qu’ils ont intérêt à se cacher. Mais on ne peut pas échapper très longtemps à son destin de salaud.

Moi qui connais (un peu) les romans de San Antonio, j’ai été très surpris par ce roman. En fait, j’y ai découvert un formidable auteur de roman noir, avec une acuité et une finesse dans la description des personnages et de leur psychologie qui annonçait le talent d’un grand auteur. Si le roman commence comme un huis-clos, cela permet de voir de sacrés personnages que l’on déteste se retrouver traqués, obligés de se confronter à leur passé.

Frédéric Dard fait preuve de cynisme et de beaucoup d’humour, mais aussi de poésie dans la description de certaines scènes et c’est dans ces phrases simples que j’ai redécouvert cet auteur. On y trouve aussi des réparties dans les dialogues qui font mouche, qui mériteraient de figurer dans un dictionnaire de citations. En cela, les deux premiers tiers du roman sont hautement jouissifs.

Dans le dernier tiers, quand la famille sort de sa maison, j’ai trouvé l’intrigue moins maitrisée, voire même une fin un peu précipitée. Mais comme ce roman est édité en format poche à un faible prix (6,80€), je ne peux que vous encourager à redécouvrir un de nos meilleurs et prolifiques auteurs de polars.

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Published by Pierre Faverolle - dans 2014 Oldies
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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 17:47
Reflex de Maud Mayeras (Anne Carrière)

Attention, coup de cœur ! Je comprends mieux l’engouement qu’a engendré ce roman, qualifié sur la couverture de thriller. Thriller, certes, surtout dans la deuxième partie du roman, mais aussi formidable roman noir psychologique, dur, âpre, presque cruel.

Cela se passe de nos jours. La narratrice Iris Baudry est photographe pour la police scientifique. Elle est appelée sur les scènes de crimes, pour prendre minutieusement les images qui aideront par la suite les enquêteurs dans la quête du coupable d’un crime. Sauf que le coup de téléphone de ce matin-là, elle aurait préféré ne jamais le recevoir : elle va être obligée de retourner dans son village d’enfance, qu’elle a quitté il y a plus de 11 ans, suite à la perte de son enfant, Swan, assassiné par un serial killer.

Pour ne rien arranger à l’affaire, c’est le corps d’un gamin, abandonné près de voies ferrées qu’elle va être obligée de photographier. Ian Reisse, le policier en charge de l’enquête, la connait bien : c’est lui qui l’a repérée quand elle faisait ses études ; c’est lui qui l’a formée. Par contre, il n’est pas heureux de l’accueillir là, car il a peur que le gamin retrouvé mort rappelle à Iris la disparition de son propre fils.

Iris va aussi retrouver son village, les gens qui l’habitent, et aller voir sa mère. Celle-ci est devenue sénile et est enfermée dans une chambre d’asile, attendant sa fin toute proche. Cette femme, dure et intraitable, a tellement fait subir de souffrances à Iris, que celle-ci ne souhaite qu’une chose : sa mort.

SILENCE. Entre deux chapitres, se glisse une autre histoire, toute aussi dramatique : Cette histoire familiale commence en 1919. Julie est une adolescente comme les autres, qui rentre chez elle. Sur le chemin, deux hommes l’entrainent et la violent. Elle tombera enceinte, et ses parents poussés par les rumeurs des voisins, de la bonne société, vont se débarrasser d’elle en l’envoyant chez les bonnes sœurs, où elle va subir bien des sévices.

Je vous préviens, ce roman est d’une dureté rare, tant les faits qui y sont racontés touchent au plus près de nos sentiments. Alors, on ne va pas y trouver de scènes sanguinolentes, pas de scènes gores et gratuites. Tout se passe ici au niveau des ressentis, de ce que la narratrice éprouve devant des événements qu’elle va subir, mais aussi des réactions des gens qui, bousculés dans leurs croyances, leur moralité ou leurs valeurs vont avoir des avis et des façons de réagir disproportionnées, mais oh ! Combien réalistes.

Car on pourrait penser que ce que nous narre Maud Mayeras est exagéré. Mais n’avez-vous jamais connu dans certains villages, deux familles qui se détestaient parce que deux de leurs aïeux avaient eu une altercation plusieurs dizaines d’années auparavant ? Ne connaissez vous pas de gens qui médisent sur d’autres, parce qu’ils sont juste différents ? N’avez pas entendu parler d’une jeune fille mère qui a déshonoré telle ou telle famille ? Et ce qui est terrible dans ce roman, c’est que tout le talent de Maud Mayeras est de nous montrer tout cela de façon tellement naturelle, que c’en est d’autant plus violent pour le lecteur !

Ce roman est une véritable claque dans la gueule. Et si on regarde l’étiquette que l’on colle à son roman, on peut y lire : Thriller. Alors oui, on a droit à une histoire de serial killer. Mais c’est pour mieux nous amener à un final époustouflant. C’est autant pour respecter certains codes, que pour raconter une véritable histoire dramatique, de vrais portraits fouillés de nos semblables, un regard terriblement neutre sur notre société, sur notre façon d’être mais aussi sur notre façon de regarder les autres et de les juger. Car le scenario est implacable, aussi implacable que ce qui arrivé à Iris et Julie … et les autres.

Fichtre ! je m’attendais à un roman fort, et j’en ressors avec un roman extraordinaire, qui pêche parfois un peu dans l’excès mais qui au bout du compte, laisse derrière mes rétines des scènes incroyablement vraies, et surtout des sentiments très forts, trop forts, tellement forts qu’à l’écriture de ce billet, j’en ai encore le rythme du cœur qui s’accélère. Rares sont les thrillers qui reçoivent un coup de cœur sur Black Novel, mais je ne peux pas faire autrement. Que d’émotions !

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 18:01
Seuls les vautours de Nicolas Zeimet (Toucan)

Vous aimez Stephen King ? Pas quand il fait des livres d’épouvante, mais quand il prend le temps de regarder, de décrire la vie des gens normaux. Eh bien, ce roman est pour vous, car ce roman est tout simplement époustouflant.

Cela se passe en 1985, dans une petite ville américaine Duncan’s Creek. La petite Shawna Twitchell agée de 5 ans a disparu sans laisser de traces, pendant cette soirée du 18 juin. Sa mère Mandy était en train de s’occuper de la maison, et quand elle est revenue dans le jardin, elle n’était plus là. Comme dans toute petite ville, tout le monde va se sentir concerné. De nombreuses battues vont être organisées pour la retrouver, et tous les habitants du village vont y participer.

La police va aussi enquêter. En effet, il y a 6 mois, son mari Rory a disparu sans laisser de traces. Mandy est-elle coupable ? Ses beaux parents l’ont-ils enlevée ? A-t-elle été victime des indiens dont certains membres collectionnent des pierres magiques ? Ou bien le vieux fou Arlin l’a-t-il tuée et enterrée ? Ou bien, La faille du Diable fait-il peser une malédiction sur Duncan’s creek ?

Nicolas Zeimet va semer les pistes, en nous présentant la vie des petites villes américaines au travers de la réaction de ses habitants. Il va prendre le temps de passer en revue plus d’une dizaine de personnages, tous formidablement dessinés. Il va prendre le temps de nous montrer ce qu’était la vie avant les portables, les analyses ADN et le culte de l’argent à tout prix. L’histoire est simple, le dénouement aussi, mais on sera passé par différentes émotions pour y arriver, de l’angoisse pure à la tristesse, de la tristesse à la tendresse quand le groupe d’enfants s’amuse à se raconter des histoires d’horreur qu’ils ont eux même créées.

Pour autant, on ne pourrait y voir qu’une pâle copie du maître. Et pourtant, Nicolas Zeimet se lance dans son défi, à corps perdu et nous plonge au milieu de cette communauté, et on a vraiment l’impression de passer quelques jours en leur compagnie. Et puis, comme chez Stephen King, au détour d’une scène, il a cette faculté rare de nous sortir LA phrase qui va faire monter la pression, créer une sourde angoisse et nous bousculer dans nos certitudes.

Alors bien sur, il y a bien quelques scènes que j’ai trouvées bateau, trop faciles, mais elles ne sont pas plus de quatre ou cinq sur 470 pages. Alors, je lui pardonne ces quelques facilités et surtout, j’ai envie de tirer mon chapeau à un auteur qui a un talent fou, qui est capable de nous plonger dans les années 80, à 10 000 lieues de chez nous, et de nous donner envie de ne pas lâcher son livre, grâce à son style hypnotique.

Les éditions du Toucan ont dégotté là un auteur fantastique et je ne peux que vous encourager à le découvrir tant son roman est passionnant tant pour la psychologie des personnages que pour l’ambiance qu’il a su créer. C’est du grand art, c’est son deuxième roman, et je m’incline devant le talent de monsieur Zeimet. Merci !

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 16:57
Imagine le reste de Hervé Commère (Fleuve éditions)

Hervé Commère n’est pas un inconnu dans le monde du polar. Car, avec un style simple et imagé, il créé des intrigues qui se révèlent étonnantes et pleines de créativité. Ce roman, si vous vous baladez dans le petit monde des blogueurs est tout simplement encensé par tous ceux qui l’ont chroniqué. D’ailleurs, le bandeau du livre est explicite : « Conquis ou remboursé ».

Le livre s’ouvre sur l’itinéraire de deux copains, deux amis inséparables, Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Originaires de Calais, ils vivent de petits délits, mais surtout, ils ont été livreurs de mystérieux paquets pour un caïd du coin, Cimard. Fred s’est fait serrer, a fait quelques mois de prison, et retrouve son pote, qui l’attend dans la voiture de sa mère. Sur le siège arrière, il y a une sacoche. Et dans la sacoche, il y a deux millions d’euros.

Ils envisagent de prendre l’autoroute qui les mènerait en Aquitaine. Ils vont rejoindre la fille de leur rêve, Carole. Elle habitait aussi à Calais, et tous les deux étaient amoureux d’elle. %ais elle est partie à Bordeaux quelques années auparavant. Karl explique comment il a volé l’argent à Cimard, l’emmène au Touquet pour lui faire visiter la demeure du mafieux, qui est parti en vacances en Thaïlande.

Puis ils se dirigent vers le sud, rejoindre leur rêve inaccessible. C’est là-bas que va se dérouler le drame …

Le roman va se poursuivre en nous présentant un chanteur doué mais qui n’a pas encore rencontré le succès … jusqu’à ce qu’il rencontre un producteur octogénaire. Le livre de Hervé Commère est composé de quatre chapitres, qui se nomment Karl, puis Nino, puis Serge puis All together … comme la chanson des Beatles. D’ailleurs, il sera beaucoup question de musique dans ce roman.

La première partie du roman est tout simplement géniale. Il y a dans ce début tout ce que j’adore dans les romans de Hervé Commère. Des chapitres courts, une innovation à chaque chapitre, des rebondissements, des retournements de situation, et un réel talent pour peindre des personnages simples et attachants. Franchement, quand il écrit comme ça, je pourrais lire des centaines de pages sans même m’en rendre compte, tant je me laisse emporter.

Puis vient la deuxième partie avec un énorme retournement de situation. Et là, je me dis : « Chouette, ça repart sur de bonnes bases, je vais m’éclater ». Evidemment, on y parle de Nino, chanteur doué, dont le rêve est de devenir connu, ou du moins d’être reconnu à sa juste valeur. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis détaché du roman. Je n’ai plus été intéressé, pris par la trajectoire de Nino. En gros, ce qui pouvait arriver à Nino m’indifférait. Il y avait bien quelques rebondissements avec lesquels je me retrouvais, mais j’ai trouvé cette partie … longue.

Puis viennent les deux autres parties où à nouveau, je suis emballé par ce que Hervé Commère a écrit. Si vous cherchez des avis sur Internet, vous ne trouverez, sauf erreur de ma part, que des avis élogieux, voire des coups de cœur. Tout ça pour vous dire que j’adore Hervé Commère, que j’ai adoré son livre, sauf la deuxième partie, où je suis passé à coté. Ça doit surement être ça, une rencontre ratée.

Il ne vous reste plus qu’à aller voir du coté de Yvan, Claude, Unwalkers, Cannibaleslecteurs, Foumette, entre autres.

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 16:55
L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran (Jigal)

Voici le dernier roman en date de Maurice Gouiran, et avez-vous vu le bandeau ? Je suis fier, oui, mais aussi heureux qu les éditions Jigal mettent en avant les blogs de passionnés de polar. Alors, un grand merc monsieur Gallier pour cette couverture et un grand merci Monsieur Gouiran pour ce roman

Clovis est un journaliste free-lance à la retraite. Quand il voit arriver Samia, il sait qu’il ne pourra rien lui refuser. Il l’a rencontrée il y a plus de trente ans. A l’époque, il était jeune, et avait François pour ami. Clovis et François se sont rencontrés pendant les massacres de Sabra et Chatilla. C’est là-bas qu’ils ont recueilli Samia, dont la famille a été exterminée. Elle venait de subir plusieurs viols. Entre pitié, compassion et amour, les deux hommes l’ont aidée à se reconstruire. Evidemment, ils étaient tous les deux amoureux d’elle, et elle a choisi François. Aujourd’hui, ils vivent près de Niort.

Quand Samia frappe à sa porte, Clovis sait que quelque chose est arrivé. François est parti enquêter sur la disparition de deux personnes qui, de près ou de loin, se renseignaient sur la béatification d’une religieuse, Sœur Encarnation. Clovis va donc s’embarquer pour Barcelone, avec les notes de François, que celui-ci a stocké sur un site internet. Il débarque donc à Barcelone et commence par des gens qui ont découvert sur le tard qu’ils ont été adoptés.

Et voilà Maurice Gouiran qui nous présente le scandale des bébés vendus du franquisme. Il faut savoir que l’église espagnole a commencé par vendre des orphelins aux Franquistes avant d’organiser un véritable commerce de nouveaux nés, et ce jusque dans les années 80, soit bien après la mort de Franco. Sur internet, on parle de 300 000 bébés volés et revendus pour des sommes indécentes. Cette affaire, bien qu’elle soit peu connue de ce coté ci des Pyrénées, rappelle aussi ce que firent les nazis avec les lebensborn.

Rien que pour ça, le roman de Maurice Gouiran vaut sa lecture, car cet auteur a à cœur de remuer des seaux de merde, où il ne fait pas bon mettre le nez. Chacun de ses romans vaut de l’or à une époque où on veut oublier et faire oublier, où on veut éviter que les gens pensent, où on veut que les gens fassent là où on leur dit de faire, où on nous met sur les têtes de linéaire les livres que l’on doit lire. Mais je m’égare ...

Je vais vous dire pourquoi j’aime Maurice Gouiran : Il ne se formalise pas de détails, ses romans vont droit au but (c’est normal, il est de Marseille), ça va vite, on n’a pas le temps de s’apitoyer. Par contre, les intrigues sont toujours tirées au cordeau, les personnages sont formidables, et les sujets toujours aussi dérangeants. Les romans de Maurice Gouiran sont là pour nous rappeler des événements que l’on veut faire oublier.

Et ce roman va encore un peu plus loin. Car à faire des allers-retours entre l’enquête de Clovis, le journal écrit par François ou les anecdotes du passé de nos trois protagonistes, l’ensemble donne une impression d’improvisation. En fait, tout est fait pour que l’on s’attache à eux, pour qu’on les comprenne, qu’on adopte leur position. Et c’est quand on a tranquillement tourné les pages, que Maurice Gouiran nous assène sa dernière page. Nom de Dieu ! Les trois dernières lignes font mal !

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 17:57
Le jour des morts de Nicolas Lebel (Marabout)

Je ne connaissais pas Nicolas Lebel, et mal m’en a pris. Ce roman, c’est du pur plaisir de lecture, un vrai polar dense avec de succulents personnages. Bref, voilà un roman avec lequel on passe un excellent moment de divertissement. A déguster !

Le commandant Mehrlicht visite son ami Jacques, à l’hôpital Saint Antoine, où ce dernier suit une chimiothérapie. On ne va pas se laisser abattre, alors les deux compères profitent de la vie, dans la chambre, en buvant du vin et en fumant des cigarettes. Certes, les infirmières gueulent, mais on n’a qu’une vie, après tout ! C’est d’ailleurs à l’hôpital Saint Antoine qu’un patient, Malauron, vient d’être empoisonné. Un voisin de chambre indique qu’il a vu une jeune femme, habillé de blanc, sortir de la chambre de Malauron … elle ressemble à la faucheuse ! Mehrlicht, appuyé par son équipe de lieutenants Sophie Latour et Mickael Dossantos, vont être chargés de l’enquête. Quand d’autres meurtres apparaissent par empoisonnement, et que la suspecte est toujours une jeune femme brune, les media s’emparent de l’affaire, la pression s’intensifie, et la peur envahit la France. Tout le monde a peur de « l’empoisonneuse ».

Car après l’autopsie, il s’avère que le poison utilisé est issu d’un champignon que l’on trouve dans les montagnes françaises. La dose utilisée aurait pu terrasser un éléphant. L’affaire va s’avérer bien complexe, impliquer certaines personnes haut placées à la tête de l’état et trouver ses racines dans un passé lointain.

Dans ce résumé sommaire des premières pages, je me dois d’ajouter que Mehrlicht va être affublé d’un stagiaire (alors qu’il n’en veut pas), que celui-ci est le fils d’un haut dignitaire de l’état et qu’il a une attitude détestable.

Car c’est un polar franchement réussi que nous a concocté Nicolas Lebel. Outre qu’il regorge de péripéties, et que son style, rapide et direct, donne un rythme soutenu au roman, on ressort de ce roman emballé, avec l’envie de déplacer des montagnes. Voilà, c’est ça ! ce roman donne envie de sourire à la vie, donne du moral aussi surement qu’une dizaine de boites de médicaments et c’est rudement bon !

Et la difficile alchimie, celle qui fait que l’on adhère ou non à un roman, c’est grace à ses personnages qu’on la doit. Car ils sont tous truculents, hilarant ou détestables, mais toujours justes. Avec Sophie Latour, amoureuse d’un sans papier et qui désespère de voir son amoureux rester, Avec Dossantos qui est capable de vous débiter les articles de loi par cœur et qui a une foi sans borne en son métier, toujours prêt à aider les autres, avec le stagiaire Lagnac qui est une vraie tête à claques, avec Matiblout, le commissaire qui subit une pression d’enfer et cherche à faire pour le mieux. Avec Mehrlicht, aussi et surtout, personnage central et formidable héraut du bien vivre, excessif en tout, aussi bien pour ses consommations d’alcool ou de cigarettes que capable de descendre en flammes un patron de restaurant qui sert de la merde à manger. Rarement, j’aurais été aussi proche d’un personnage, défenseur du mieux vivre, réfractaire à la vie moderne avec laquelle on passe au travers de trop de bonnes choses.

Dans ce roman, aux péripéties multiples, aux scènes hilarantes, on n’a pas affaire à des enquêteurs surdoués, mais à des bosseurs, des besogneux de la déduction, qui avancent petit à petit avec les éléments qu’ils récupèrent sur leur chemin. Mais je peux vous dire que c’est un vrai plaisir à lire, du pur divertissement qui se permet de pointer les conneries que l’on voit (ou pas) tous les jours comme cette scène où Latour vient régulariser la situation de son amant, en vain. Si on peut éventuellement reprocher à ce roman une intrigue linéaire, on en ressort avec une pêche d’enfer, et on se dit que l’on tient là un excellent roman de divertissement, idéal pour une lecture d’été.

En un mot, lisez ce livre. Quant à moi, je vais acheter son premier roman (L’heure des fous), car c’est le seul regret que j’ai eu en tournant la dernière page.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 17:53
Le mémorial des anges de Fabrice Pichon (Editions du citron bleu)

Après Vengeance sans visage et Le complexe du prisme, voici donc le troisième roman de Fabrice Pichon, qui démontre une nouvelle fois qu’il faut aller chercher du coté des petits éditeurs pour trouver d’excellents romans policiers.

Dans Vengeance sans visage, nous avions fait la connaissance de Nicole Desvignes. Dans Le complexe du prisme, nous avions suivi Marianne Bracq. Dans ce troisième roman, il fallait une intrigue complexe et passionnante pour se faire rencontrer ces deux personnages féminins au caractère bien trempé.

5 mai. Scène d’enterrement, tout le monde est là, triste. Mais que s’est-il passé ?

14 avril, soit trois semaines plus tôt. Un des hommes de Marianne Bracq, Magnin, est retrouvé dans un bois, proche de Dijon, victime d’une agression : on lui a tiré deux fois dessus. Son état est critique, il est plongé dans le coma. Le bois en question est bien connu pour abriter des rencontres homosexuelles ou échangistes.

La première idée est évidemment de s’intéresser à la vie privée d’un de ses hommes, ce qui n’est jamais facile. D’autant plus que sa vie privée à elle est loin d’être simple : Mère de deux filles issues de deux pères différents qui sont tous les deux partis, elle doit gérer à la fois sa vie personnelle mouvementée et sa vie professionnelle chargée. Son supérieur lui demande mettre en suspens ses deux affaires en cours (une affaire de viol et le meurtre d’un psychologue) pour se mettre à 100% sur l’agression de Magnin.

Si le premier roman est une découverte, le deuxième une confirmation, dans le cas de Fabrice Pichon, le troisième roman est celui de la consécration. Pour avoir lu ses deux premiers romans, j’ai bien vu (enfin, surtout lu) la progression dans l’écriture de cet auteur. Et si la façon de conduire son intrigue était déjà en progrès dans le Complexe du prisme, cette fois ci, Fabrice Pichon nous a écrit un roman passionnant.

L’intrigue tout d’abord est complexe sans être compliquée pour le lecteur. Ce qui est incroyable, c’est cette faculté d’avancer par petites scènes, par petits rebondissements, de rajouter des questions, de construire un labyrinthe dans lequel le lecteur ne trouvera la sortie qu’à la fin du roman. Ce que j’ai adoré, c’est cette logique limpide qui fait que les scènes se suivent comme si on vivait au milieu de cette brigade de police, c’est cette construction qui fait que l’on n’est jamais largué. Dans cette façon de mener son enquête, j’y ai trouvé les qualités que je trouve chez un Indridason.

Car Fabrice Pichon s’intéresse autant à l’enquête qu’à la vie privée de ses personnages. Là encore, pas besoin d’esbroufe, pas besoin de jeter de la poudre aux yeux, tout est fait dans une simplicité extrême, mais finalement, c’est bien ce qui me touche le plus. Il n’y a pas de personnages extraordinaires, de super-héros, juste des gens normaux face à un problème épineux et complexe.

Et puis il y a aussi cette faculté à écrire simplement ce qui s’énonce simplement. On n’a jamais l’impression que c’est écrit, Fabrice Pichon écrit simplement la vie des autres. Chaque phrase, chaque expression est d’une logique implacable. On n’a jamais envie de laisser tomber le livre, tant on est emporté par ce qui y est raconté. J’espère vous avoir donné envie de lire, de découvrir cet auteur car pour tout vous dire, la France détient un auteur de romans policiers de premier choix. Découvrez donc Fabrice Pichon !

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