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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 17:35
Ils vivent la nuit de Dennis Lehane (Rivages Thriller)

Après un magnifique Pays à l’aube et un Moonlight Mile douteux, voici le très attendu et espéré dernier roman de Dennis Lehane. Ce roman ne fait pas partie du cycle Gennaro – McKenzie mais peut être considéré comme une suite de Un pays à l’aube.

Dans Un pays à l’aube, nous avions fait la connaissance de la famille Coughlin, et en particulier de Danny, le fils ainé qui a fini par quitter Boston et son métier de policier. Ils vivent la nuit va être centré sur l’autre fils du capitaine Coughlin, Joe, qui pour exister, veut devenir gangster. Lui qui, dès son plus jeune age arpente les rues de Boston, décide de commencer sa carrière en 1926, en pleine prohibition, en dévalisant avec des copains le bar d’un parrain Albert White.

Ce hold-up va doublement sceller son destin : il va basculer de l’autre coté de la ligne blanche et tomber amoureux de Emma Gould, la maitresse de Albert White. Dénoncé, il va être envoyé au pénitencier de Charleston et rencontrer Maso Pescatore qui va le prendre sous sa protection, avant à sa libération, lui demander de développer son commerce en Floride.

Dennis Lehane dressait le portrait du Boston des années 20 dans le magnifique Un pays à l’aube, voici qu’il se concentre sur la portrait d’un homme dans ce roman, tout en écrivant une page supplémentaire dans l’histoire des Etats Unis telle qu’il veut l’écrire. James Ellroy écrit son histoire en partant de Los Angeles, Pelecanos celle de Washington, Dennis Lehane part de Boston. Il veut repartir aux sources pour décrire la face moderne des Etats Unis, les racines contemporaines de la plus grande démocratie du monde.

Après la grève des policiers, voilà qu’il s’attaque à la Prohibition, cette période noire des Etats Unis où l’alcool était interdit, et pendant laquelle se sont créés de véritables empires du crime. Car Dennis Lehane le montre bien dans son roman, le crime est tentant par le fait qu’il ne connait par de limites, pas de contraintes. Joe Coughlin va surtout plonger dans le crime par opposition aux autres membres de la famille, mais aussi pour « faire le grand », montrer à son père qu’il existe. Danny, son frère s’est illustré dans la police, lui s’illustrera dans le crime.

Joe est un portrait fascinant de l’Amérique moderne, à la fois honnête et truand, simple et complexe, aimant et rêvant d’être aimé. Il ne rêve pas de grandeurs, il ne rêve pas de sommets, il ne rêve pas de meurtres sanglants ou de gloires éphémères, mais juste de se construire sa vie et de vivre une vie de famille. Et comme il a choisi le crime, pour montrer à son père, par provocation, qu’il existe, il va monter les échelons un par un du mauvais coté de la ligne blanche. Mais dans cette branche, soit tu montes, soit tu meurs, soit tu marches, soit tu crèves. Dans l’Amérique moderne, il n’y a pas de place pour la vie de famille.

Evidemment ce nouveau roman de Dennis Lehane est formidable, fantastique, incroyable d’intimité et fort dans son portrait d’un homme ordinaire au destin extraordinaire. Alors me direz vous, pourquoi n’a-t-il pas droit à un coup de cœur ? Certes ce roman est superbe, mais il m’a manqué des scènes au souffle épique, des personnages plus marqués et marquants, des ambiances mieux dessinées. En fait, je n’ai pu m’empêcher de comparer ce roman avec Un pays à l’aube, et il m’a manqué quelque chose, même dans les scènes fortes. Ce roman m’a vraiment fait penser à un scenario de film (d’ailleurs il a été acheté par Ben Affleck) avec ses dialogues percutants et son décor en carton pate. Mais que cela ne vous empêche pas de le lire, c’est probablement la bonne occasion de découvrir cet auteur avant de lire ses autres romans, une façon de commencer en douceur.

Ne ratez pas le coup de coeur de La Petite Souris ici.

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013
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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 18:46
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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 18:08
L’évasion de Dominique Manotti (Gallimard Série noire)

Dominique Manotti a écrit avec L’évasion ce qui est probablement son roman le plus personnel. Au travers le destin de réfugiés italiens, membres des Brigades Rouges, elle s’interroge sur le processus de création et sur la mémoire, le détournement de l’histoire.

Rome, 1987. Filippo Zuliani, est un petit délinquant qui fait la connaissance de Carlo Fedeli, un membre réputé des Brigades Rouges. Au travers de leurs discussions, il voue une admiration envers ce combattant. Ils montent ensemble un plan pour s’évader de la prison dans un camion poubelle. Une fois dehors, Carlo donne à Filippo un nom et une adresse à Paris si cela se passe mal. Filippo va errer trois semaines dans les forêts italiennes jusqu’à ce qu’il apprenne que Carlo est mort lors d’un braquage de banque. Les journaux le nomment comme son principal complice ; il est temps pour lui d’immigrer en France.

Lisa Biaggi est le contact que Carlo lui a donné, c’est en fait l’une de ses amantes. Comme il vient de la part de Carlo, et malgré ses doutes sur la sincérité de Filippo, Lisa va l’aider à trouver un appartement à louer ainsi qu’un travail de gardien de nuit. L’appartement appartient à une doctoresse qui est aussi écrivain en manque d’inspiration. Filippo va tomber follement amoureux de Carla et se mettre à écrire son histoire en prenant des libertés avec la vérité, ce qui va lui occasionner bien des problèmes.

Dominique Manotti va utiliser le contexte des brigades rouges pour écrire un roman bien particulier, mais elle ne va pas outre mesure nous expliquer toute l’histoire de ce groupe anarchiste révolutionnaire. Tout juste, par le fait de présenter au premier plan des membres de ce groupe, se permet-elle de montrer les activités nauséabondes des services secrets italiens, tout en se gardant de prendre position, telle une historienne qu’elle est.

Par contre, au-delà de ce contexte, c’est le portrait de Filippo qui retient l’attention et sa façon d’utiliser la vérité pour écrire son roman, et c’est un personnage bien plus complexe qu’on ne peut le croire au premier abord. Quand il se met à écrire, il le fait avant tout pour plaire à Carla, pour se grandir à ses yeux, par pur amour. Sauf que les mensonges ou oublis qu’il insère dans son histoire vont remuer une boue qui risque de salir beaucoup de monde. Et comme il va jouer un jeu trouble, attiré par la reconnaissance, il va en payer le prix.

C’est donc une réflexion intense sur la vérité et sur sa reconstitution qu’aborde Dominique Manotti, ainsi que sur les conséquences à court ou moyen terme. C’est aussi toute la difficulté de construire une mémoire, de faire passer des messages, de défendre une cause. Dans ce roman, tout le monde a raison, tout le monde a tort. Seuls les petits paieront à la fin. Et la dernière phrase du roman est explicite : Peut-on encore se battre ? Doit-on encore se battre ?

Avec son style si particulier à la recherche d’une efficacité maximale, mais que j’ai trouvé plus accessible par rapport à certains autres romans, Dominique Manotti ne nous écrit peut-être pas écrit son meilleur roman, mais en tous cas l’un de ceux qui nous parle, à nous citoyens. Et je vous le dis : lisez Dominique Manotti car ses livres sont importants à la société, à la démocratie. Merci Madame Manotti.

L’évasion de Dominique Manotti (Gallimard Série noire)

A noter que Dominique Manotti a sorti une nouvelle aux éditions Allia qui s'appelle Le rêve de Madoff. En 50 pages, elle fait la biographie de cet homme qui s'amusait à flirter avec l'illégalité. C'est tout simplement excellent et cela ne coute que 3,10 euros. Alors n'hésitez plus !

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 17:34
J’attraperai ta mort de Hervé Commère (Pocket)

Que voilà un excellent petit polar, par la taille bien sur, au scenario implacable. C’est aussi une découverte en ce qui me concerne, avec la lecture du premier roman de Hervé Commère, un roman impressionnant de maitrise.

Paul Serinen est un cambrioleur qui peaufine ses coups pour éviter toute effusion de sang. Il peut mettre plusieurs jours, plusieurs semaines avant de passer à l’action. S’il doit faire appel à des complices, alors il s’arrange pour que ceux-ci ne le voient pas, passant par les petites annonces pour organiser les rendez vous.

Paul est sur un coup. Il suit des camions qui sortent d’une usine. Il est patient, et attend plusieurs jours avant d’en suivre un qui se dirige vers le nord. Dans un parking d’autoroute, il subtilise le camion rempli de sacs en crocodile de luxe. Il conduit alors jusqu’à son receleur à Rotterdam et récupère plusieurs dizaines de milliers d’euros pour cette affaire. Il va acheter une maison à Etretat et va s’attaquer à sa prochaine affaire.

Mais à force de tirer le diable par la queue, l’une de ses affaires va le confronter à un riche diamantaire et un cancer du pancréas va arrêter sa destinée …

Sacrée découverte que ce roman, découpé en deux parties : l’une est consacrée à Paul Serinen, l’autre aux futurs acheteurs de la maison du cambrioleur. Si le but n’est pas de s’identifier au voleur, d’en éprouver une quelconque affection ou même de le détester, il s’agit bien de suivre une histoire dont les fils sont irrémédiablement tissés pour raconter une aventure implacable dont la conclusion n’est pas sans humour … noir.

Le style de l’auteur est à l’avenant, montrant un pointillisme sans faille, montrant tout le raisonnement de ce cambrioleur qui met tous les atouts de son coté pour ne pas faire la moindre erreur. S’il a parfois des doutes, il bâtit son affaire avec le plus grand soin et s’avère un voleur pointilleux ne laissant derrière lui aucune trace.

La deuxième partie du roman est consacrée au couple qui va acheter la maison d’Etretat. S’ils sont totalement innocents, ils vont se montrer trop curieux pour une broutille, et la mécanique implacable du polar va se mettre en route vers une conclusion à la fois amusante et jouissive.

Indéniablement, ce roman permet de découvrir un auteur à la logique impressionnante et dont j’attends beaucoup pour ma prochaine lecture. Un coup d’essai formidablement réussi, pour un moment de lecture hautement jouissif. Ne passez pas à coté de cet excellent scenario d’autant plus qu’il vient d’être édité en format de poche et qu’il vous garantit deux heures de lecture de haute qualité.

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 18:05
Noir linceul de Mikhaïl W.Ramseier (Coups de têtes)

Drôle de livre, drôle de roman ! Donc drôle de billet. En tous cas, voici le résumé de mon avis sur un roman qui m’aura laissé dubitatif.

Miquelon-Langlade : Un jeune homme Hyacinthe observe un phoque, les tripes à l’air, que viennent picorer des pygargues. La neige se met à tomber en même temps que le vent glacial se lève. Il est temps de rentrer.

Genève : Zelda cherche un emploi de graphiste dans les petites annonces.

Québec : Auguste s’ennuie et se cherche une destination qu’il pourrait embrasser et qui pourrait l’adopter.

Genève : Victorine, qui vient de se faire larguer par Patrick, se fait violer à la sortie d’une soirée alcoolisée.

Tous ces personnages, vont se retrouver à Saint Pierre et Miquelon pour trouver un sens à leur vie.

C’est un roman bien particulier, que ce Noir linceul, qui alterne le bon et le moins bon mais que j’ai lu avec plaisir. Nous avons affaire à un certain nombre de personnages qui, de par leur mal-être dans la société, vont se retrouver à Saint Pierre et Miquelon et vont, lors de leurs rencontres, avoir l’occasion de deviser sur différents sujets. Il ne faut donc pas y chercher une intrigue particulièrement prenante, mais plutôt des balades dans une région au climat changeant, qui peut connaître les 4 saisons en une journée.

Donc, nous allons assister à des rencontres entre les uns et les autres, aborder des discussions sur différents sujets. Et c’est bien le problème en ce qui me concerne, car j’ai bien du mal à dire si j’ai aimé ou pas ce roman. De rencontres en digressions, l’auteur va donner l’opinion des différents personnages et par là même détailler leur psychologie, Et je suis bluffé par le talent de l’auteur pour faire vivre des personnages aussi complexes au travers de dialogues remarquablement bien faits.

Nous allons avoir l’occasion de passer en revue un grand nombre de sujets aussi divers que la malbouffe, la propagande des gouvernements, la télévision … bref, tous les sujets de la vie quotidienne, qui justifie aussi la volontaire isolation des personnages à Saint Pierre, comme une fuite nécessaire de notre société de consommation et de communication.

Sauf que j’y ai trouvé une volonté de choquer qui m’a semblé inutile, voire qui nuit au message global. Quand un des personnages développe une stratégie sur les victimes volontaires, comme par exemple, si certaines femmes se font violer, c’est parce qu’elles le veulent bien, on se dit que par moments, on ne lit que des divagations de gosses de riches. Et donc, les passages sur le grand complot international portent moins, voire font penser aux meilleurs épisodes de Xfiles.

Je caricature bien sur, mais le roman ne s’en prive pas par moments. Reste que ce roman est fait pour faire réagir le lecteur, plus que pour le faire réfléchir, et qu’il se lit avec plaisir et je peux même vous dire que sa lecture est marquante par certains égards. Je tiens juste à signaler des scènes de sexe très explicites qui font que ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, et à vous donner trois liens vers des billets de gens qui ont aimé ou pas. Pour moi, c’est plutôt bof ! Mais il ne tient qu’à vous de découvrir ce roman vraiment pas comme les autres.

Un avis plus que positif : http://www.unwalkers.com/raconteur-de-vie-noir-linceul-de-mikhail-w-ramseier-coup-de-coeur/

Un avis négatif : http://leblogdupolar.blogspot.fr/2013/05/noir-linceul-de-mikhail-w-ramseier-une.html

L’avis de l’oncle Paul : http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/article-mikhail-w-ramseier-noir-linceul-117864221.html

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 17:54
L’arbre au poison de Erin Kelly (Livre de poche)

Ce roman est épatant, un premier roman totalement bluffant, de ces premiers romans porteurs d’espoir pour le futur, donnant un résultat à la hauteur des meilleurs auteurs de romans. N’hésitez plus, lisez L’arbre au poison.

2007. Karen roule en voiture avec son mari Rex et sa fille Alice. Rex vient de sortir de prison. Dans un virage, elle s’aperçoit que Alice n’est pas attachée et lui dit : « Attache toi, Biba ! ». Karen se rappelle alors ce que lui évoque ce prénom venu d’outre-tombe.

Dix ans plus tôt, Karen est une étudiante en langues ; elle a toujours été douée pour les langues ; elle retient facilement les mots et en connaissait 5 dès son plus jeune âge. Elle a quitté ses parents pour poursuivre ses études à Londres au Queen Charlotte’s College, et vit en colocation avec trois jeunes filles. Lors de son aménagement, Simon, son petit ami lui annonce qu’il veut prendre du recul par rapport à leur relation, ce qui ne la gène pas : une nouvelle vie commence pour elle.

Le hasard lui fait rencontrer une jeune fille qui veut devenir actrice et qui placarde une petite annonce sur le campus : elle cherche quelqu’un qui pourrait l’aider à parler Allemand car elle doit jouer le rôle d’une femme de ménage allemande dans une pièce de théâtre. Elle s’appelle Biba et invite Karen pour une soirée dans sa maison, qu’elle partage avec d’autres jeunes gens et son frère Rex. Pour Karen, une nouvelle vie commence.

Ce roman est totalement bluffant. Souvent, un auteur débarque chez nous avec son premier roman, et on sent dans ce roman toute la passion qu’a voulu mettre dans son récit, toute l’honnêteté à travers une histoire qui lui tient à cœur. Dès les premières pages, on se met à la place de Karen, on est imprégné de sa psychologie, on revient quelques années en arrière, quand on était étudiant, on se remémore ceux qui étaient sérieux dans les études et ceux qui étaient plus volubiles, plus irresponsables.

Karen est une jeune fille sérieuse, et douée pour ses études. Sa rencontre avec Biba et Rex va changer sa vie, elle va se trouver une nouvelle famille. Karen s’est éloignée de ses parents et elle va s’immerger dans la vie de deux jeunes gens, dont la passé est bien lourd. Il y a Biba qui est totalement irresponsable, totalement incontrôlable, usant et abusant de drogues et de sexe, changeant d’avis comme de chemise. Son frère Rex, de six ans son ainé, est plus effacé, il semble porter les malheurs du monde sur ses épaules, et veille sur sa sœur comme un père. Car ils sont orphelins et vivent dans une maison trop grande pour eux deux.

Erin Kelly prend son temps pour nous imprégner de cette atmosphère lourde et menaçante, contrecarrée par la virevoltante Biba, toujours par monts et par vaux, imprévisible. Mais derrière chaque scène, dans chaque phrase, on sent le malheur du passé, la menace du présent, le drame à venir. Tout au long du livre, on attend sans trop se presser la scène finale, le dénouement dramatique annoncé dès le début du livre, avec ces allers-retours incessants entre passé et présent.

Il y a du Thomas H. Cook dans la construction de l’intrigue, du Megan Abbott dans la subtilité des mots utilisés, du Stephen King (d’ailleurs il signe un formidable hommage) dans la manière d’entretenir la tension, le suspense, mais ce roman m’a surtout fait penser au Maitre des illusions de Donna Tartt. C’est vous dire le niveau de ce roman. Il s’avère être un formidable roman sur l’émancipation, le passage à l’âge adulte, les relations parents-enfants, l’apprentissage de la liberté et la prise de conscience des responsabilités.

Et si vous vous imaginez connaitre la fin, en lisant les cent premières pages, parce que vous avez un peu d’imagination, sachez que la fin est bien plus terrible que tout ce que vous pourrez imaginer. Pas sanglante, non, mais bien terrible pour une Karen qui voulait s’émanciper de sa famille et qui s’en ai trouvé une autre avec l’obligation de porter elle aussi le poids des années passées. Je vous le dis, c’est un premier roman totalement bluffant, passionnant de bout en bout d’un auteur à suivre mais surtout à ne pas rater.

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 18:06
Adieu de Jacques Expert (Livre de poche)

Adieu est un roman qui va me permettre de découvrir un nouvel auteur français et je dois dire que j’ai bien apprécié cette lecture au scenario implacable. Du pur plaisir pour ceux qui aiment se faire manipuler.

Ce roman se déroule entre 2001 et 2011, soit dix ans de la vie du commissaire Hervé Langelier. L’histoire commence en 2011, lors du pot de départ en retraite de Langelier. Il ne tient pas forcément à ce genre de cérémonie, mais tous ses anciens collègues sont présents pour fêter le départ d’un des enquêteurs les plus doués mais aussi les plus controversés. Après quelques coupes de champagne, il décide de raconter ses dix dernières années et surtout son enquête sur les meurtres de 2001.

Février 2001. Une femme et ses deux enfants sont découverts assassinés chez eux. La femme a été égorgée dans la cuisine et les enfants étouffés dans leur sommeil. On ne retrouve aucune trace du père. Au mois de mars 2001 un autre couple est retrouvé selon le même scenario se reproduit, une femme et trois enfants morts et pas de traces du mari. Puis la même chose se reproduit en avril et mai.

Alors que la police sous l’impulsion du chef de Langelier, Jean Louis Ferracci pense à un tueur en série, Langellier est persuadé, envers et contre tous, avoir affaire à un des pères qui a monté un scenario pour se débarrasser de sa famille. Si cela parait trop diabolique pour Ferracci, Langelier va se plonger dans cette hypothèse jusqu’à un dénouement à la fois inattendu et redoutablement bien construit.

Globalement, on peut diviser ce roman en deux parties, la première présentant les 4 meurtres de 2001 et l’enquête qui a suivi puis l’histoire racontée par Langelier sur dix années de sa vie à trouver et démontrer que son hypothèse est la bonne. Si la première partie est très détaillée et occupe un quart du livre, la deuxième partie est plus intéressante au sens où on entre dans la tête de cet homme qui va petit à petit s’enfoncer dans ses certitudes jusqu’à ne plus être objectif, jusqu’à la folie.

Car si la quatrième de couverture indique un duel entre Langelier et Ferracci, c’est surtout le personnage de Langelier qui occupe le devant de la scène, menant son équipe sur une de ses idées jusqu’à ce qu’il se retrouve petit à petit abandonné par tous, puis complètement isolé. Langelier va donc s’enfermer dans ses certitudes, et plonger dans les abimes de son esprit malade jusqu’à basculer dans une folie autodestructrice, juste pour se persuader qu’il a raison, qu’il est seul contre tous, et qu’il sera enfin reconnu pour ses mérites.

Langelier va tout perdre, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle pour se consacrer à son enquête, découvrant au moindre indice tous les arguments pour étayer son hypothèse. On est loin des thrillers au rythme effréné, puisqu’il s’agit plutôt d’une enquête minutieuse consistant à assembler les pièces d’un puzzle, avec tout ce qu’il faut de fausses pistes et de témoignages subjectifs.

Et le lecteur que je suis va suivre le témoignage de Langelier page après page, en avalant tout ce qui est dit, en acceptant toutes les hypothèses avancées jusqu’à s’percevoir dans les dernières pages qu’il s’est bien fait manipuler. Et si parfois je peux regretter quelques longueurs, je dois avouer que le scenario de ce roman est bien construit et que l’on ressort de ce voyage dans un esprit malade avec la satisfaction d’avoir lu un bon roman.

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 18:13

Etrange-destin-Katherine-carr.jpgVoici le dernier roman en date d’un de mes auteurs favoris. Pour qui a lu Les feuilles mortes, Mémoire assassine ou bien Au lieu-dit Noir Etang, tout roman de Thomas H.Cook fait office d’événement. Celui-ci reprend les obsessions de l’auteur sur une variation originale.

George Gates est journaliste dans un journal local. Son fond de commerce est d’écrire des portraits des gens simples du cru. Il n’a pas eu une vie facile, ayant perdu sa femme lors de l’accouchement de son fils. Il y a sept ans, son fils a été enlevé par un homme, et le corps du petit garçon a été retrouvé plus loin, noyé. George ne se remettra jamais de la mort de Teddy, son petit garçon qu’il n’a jamais su protéger, d’autant plus que l’assassin court toujours. L’assassin de son fils n’a jamais été arrêté.

Dans un bar, George est attablé à sa place habituelle. Arlo, un flic à la retraite le rejoint. Il est hanté par deux enquêtes qui n’ont pas abouti : la mort de Teddy et la disparition d’une jeune femme vingt ans plus tôt. Elle s’appelait Katherine Carr. George voit en Arlo un bon sujet d’article, alors il feint de s’intéresser à la disparition de Katherine. Celle-ci a laissé des poèmes ainsi qu’un bout de roman étrange, qui alterne entre présent et passé.

George rencontre aussi la petite Alice, atteinte de progeria, la maladie du vieillissement accéléré. Une relation va se créer entre eux, George y voyant un autre sujet d’article et Alice une occasion de parler avec un adulte sans a priori. George va lui parler de Katherine et ils vont tous deux lire le roman de l’auteure et essayer de comprendre ce qui lui est arrivé.

Je ne pouvais pas passer au travers du dernier roman en date de Thomas H.Cook, qui fait partie des auteurs dont j’achète les yeux fermés (et ce n’est pas facile) les livres. Et au travers des thèmes qui hantent l’œuvre de cet auteur, la famille, la mémoire, les souvenirs, il était normal que Thomas H.Cook mette dans un de ses romans un personnage dont il insérerait des mémoires.

Alors, certes, ce ne sont pas des mémoires mais un roman écrit par Katherine Carr. Et puis, il divise en trois parties les 300 pages de cette intrigue, une par personnage (Arlo, Alice et Katherine Carr). Comme d’habitude, le style est envoutant, la psychologie subtile et le rythme lent. Et on se laisse porter par ce faux rythme pour ne découvrir la chute qu’à la toute dernière page. Il y a quelque chose d’intemporel dans tout ce qu’écrit Thomas H.Cook.

Ceci dit, je dois dire que ce roman m’a moins emporté que les autres. Je ne me suis pas laissé prendre par l’histoire de George Gates, je n’y ai pas trouvé les petits détails qui d’habitude me harponnent comme de petits hameçons. Et puis, si le but est bien de manipuler le lecteur, il m’a fallu plus de la moitié du roman pour être accroché à l’histoire. C’est un roman que j’aurais lu sans passion, et à coté duquel je suis probablement passé, parce que je n’ai pas su y trouver la scène, la petite phrase, le sourire ou le dialogue qui m’aurait époustouflé, tenu en haleine, intrigué ou ému. Ce roman à l’atmosphère évanescente, mystérieuse et brouillardeuse m’aura laissé indifférent. Mais cela ne change en rien ce que je pense de Thomas H.Cook et de son œuvre. N’hésitez pas à me donner votre avis, pour me faire regretter ce que j’ai raté !

 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 17:45

Criminels ordinairesRevoici donc Larry Fondation, après la sortie l’année dernière de Sur les nerfs, une sortie fort remarquée grace au style de l’auteur, sans concession, fait à base de saynètes. Sur les nerfs abordait les années 80 à Los Angeles, Criminels Ordinaires aborde les années 90.

Quatrième de couverture :

La flash-fiction de notre époque : rapide, violente et sexy.

Après Sur les nerfs (Fayard, 2012), Larry Fondation ouvre un nouveau chapitre d'une vaste biographie de Los Angeles, qui se veut aussi l'histoire de la pauvreté au cœur de la plus grande démocratie du monde.

Ses criminels sont les citoyens ordinaires de la jungle urbaine. Par un passage à l'acte, ils libèrent le mal tapi en eux. Délit de fuite, racket, mensonge, cavale éternelle. En quelques mots, simples et flagrants comme un délit, Larry Fondation fait surgir un concentré de réalité. Et nous embarque avec lui.

Médiateur de quartier, il ne nous parle pas de la vie comme dans les livres, mais comme nous la vivons.

Mon avis :

Larry Fondation parle de sa ville au travers de cartes postales, de moments volés, de scènes probablement réelles. Il n’y a donc pas à proprement parler d’intrigue à suivre, de personnage principal à aimer ou détester. Fondation nous montre (plus qu’il nous décrit) la vie des petites gens, leur quotidien fait de sexe et de violences.

A nouveau, j’ai été emporté par le style efficace et bigrement évocateur de cet auteur. En une phrase, il va vous placer dans un bar, au milieu de poivrots ou de junkies, et en une phrase, l’un d’eux va se prendre trois balles dans le corps. Ce roman est plein de sexe comme si ce n’était que le seul échappatoire à un quotidien dominé par les émeutes de Los Angeles, mais c’est du sexe sale, violent, méchant. De même, la moindre scène est pleine de rage, de sang, de morts.

C’est un roman aussi court que le précédent, 150 pages de fulgurances, d’instantanés comme des polaroids que l’on regarderait. La différence, c’est que Larry Fondation nous plonge la tête dans le seau, il n’apporte pas de message, ce n’est pas son rôle ; Il agit comme un journaliste qui ne prend pas position pour montrer le monde tel qu’il est réellement.

Sur-les-nerfs.jpgComme pour le premier roman, si je suis ébahi devant le talent d’évocation de cet auteur, je dois dire que j’ai du mal à me raccrocher à une intrigue ou un personnage. Cela me donne l’impression de lire des nouvelles, dont le contexte est le même. Et Criminels Ordinaires me parait plus abordable que Sur les nerfs, si le talent d’évocation de Larry Fondation est toujours évident et flamboyant, j’ai tout de même un peu de mal à me passionner pour un roman qui ne me parait pas en être un.

Que cela ne vous rebute pas, Larry Fondation est probablement l’un des auteurs contemporains les plus doués de sa génération, à l’égal d’un Donald Ray Pollock ou un Eric Miles Williamson, et vous devriez essayer. Il se pourrait que cela soit pour vous un choc comme vous en aurez rarement ressenti.  

Sur les nerfs vient de sortir en poche, au Livre de poche.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 18:21
Femmes sur la plage de Tove Alsterdal (Actes sud)

Voici un premier roman d’une jeune auteure suédoise qui aborde un sujet délicat et difficile, l’esclavagisme moderne.

Quatrième de couverture :

A l’aube, Terese, une jeune Suédoise, se réveille sur une plage du Sud de l’Espagne. Elle descend vers la mer en chancelant et trébuche sur le cadavre échoué d’un Africain. A la faveur de la nuit, une femme débarque en cachette dans le port voisin. Elle est arrivée en bateau clandestinement et a été sauvée des vagues. Elle s’appelle Mary, mais plus pour très longtemps. A New York, Ally tente désespérément de joindre son mari, un journaliste célèbre qui travaille en free-lance. Il s’est rendu à Paris pour écrire un article sur l’esclavage moderne et le commerce d’êtres humains. Bravant sa claustrophobie, Ally s’envole pour l’Europe afin de retrouver le père de l’enfant qu’elle porte.

A travers le douloureux destin de trois femmes, Tove Alsterdal interroge nos préjugés les plus ancrés et fouille les zones d’ombre d’une Europe prête à tous les marchandages. De Stockholm à Tarifa en passant par Paris, Prague et Lisbonne, elle signe un thriller troublant qui conjugue les verbes “acheter”, “vendre” et “tuer” à tous les modes.

Mon avis :

Nous allons suivre le chemin de trois femmes, mais c’est surtout Ally, la jeune épouse de Patrick Cornwall qui occupe le devant de la scène. Alors qu’elle tombe tout juste enceinte, elle va rechercher son mari qui est parti pour un reportage en France à Paris. Elle va découvrir les dessous de l’immigration illégale, mais aussi l’esclavagisme moderne, celui qui consiste à faire venir des Africains pour effectuer des travaux « que les Européens ne veulent pas faire ».

La documentation et la description de Paris est tellement bluffante, les faits divers décrits tellement actuels que l’on s’y croirait. Assurément, Tove Alsterdal a bien potassé son sujet pour les insérer dans son intrigue. Et le roman se lit très facilement, basé essentiellement sur des dialogues.

Mais c’est là où j’ai eu du mal à accrocher : j’y ai trouvé bien peu de psychologie, les dialogues me semblant bien plats et l’ensemble me paraissant finalement plus bavard que passionnant. Et pourtant, le sujet, le commerce de hommes et femmes, me paraissait bien intéressant, et méritait certainement mieux que ce roman au final bien moyen. Voilà donc une lecture qui laissera bien peu de traces.

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  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
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Dorénavant, les nouveaux billets seront :

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