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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 18:30
Les chiens de brouillard de Stéphane Gravier

Stéphane Gravier, j’ai fait sa connaissance littérairement parlant avec Bloody Valeria, un excellent polar qui donnait un ton ironique bienvenu à une histoire glauque et cruelle. Puis, je l’ai à nouveau rencontré lors du Maitre des fils, un texte plus court mais bigrement passionnant, une histoire vue à travers les yeux d’un enfant cruel. Nous retrouvons ici les personnages de Bloody Valeria, Victor et Valeria pour un roman à l’allure de page-turner.

Valeria est retournée en Bielorussie, à coté de Minsk, dans leur ferme familiale. Victor, fou amoureux d’elle l’a suivie et vit une vie paisible, jusqu’à ce que Sergueï, le frère de Valeria lui demande un coup de main : il doit transporter des bidons et a besoin d’aide. Victor ayant été cariste dans une autre vie, accepte.

Alors qu’ils ont chargé les bidons, ils sont attaqués par plusieurs hommes et leur chauffeur est abattu. Bizarrement, Victor est enlevé, et enfermé dans le coffre d’une voiture. Il est persuadé qu’ils vont l’abattre ailleurs. Mais deux agents de la DGSE, M.Ti et M.Da (dans les services secrets, on ne choisit pas ses noms de code !) le récupèrent et lui permettent de se laver et reposer (il s’est fait dessus de trouille). Mais il est obligé de prendre la fuite quand il reconnait la voix d’un des assassins …

Il faut que je vous raconte l’histoire de ce livre. Stéphane Gravier me donne des nouvelles de ses romans par mail, et celui-ci devait être édité chez un éditeur qui finalement n’a pas donné suite. Le seul intéressé voulait vendre le livre 22 euros. Mais Stéphane a jugé que c’était beaucoup trop cher pour un roman de divertissement, alors il l’a édité lui-même. Au lieu de 22 euros, il vous en coutera environ 16 euros frais d’envoi inclus sur Amazon. Et si vous ne voulez pas passer par Amazon, vous pouvez me contacter par mail et je vous donnerai les coordonnées personnelles de Stéphane. Quand il m’a informé de ses déboires (ou sa chance), je n’ai pas hésité et je lui ai acheté son roman.

Divertissement, c’est bien le maitre mot de Stéphane Gravier. Ce roman, c’est l’exemple type du roman dont les pages se tournent vite, trop vite. Victor, je le connais bien, il veut vivre une vie peinarde auprès de la femme qu’il aime, et il tombe toujours dans des embrouilles pas possibles … et sur des personnages pas possibles. Les méchants ont des gueules de méchants, les espions ont des noms rigolos, et Victor a plusieurs petites voix dans sa tête qui font des réflexions rigolotes. Vous l’aurez compris, on rit beaucoup comme pour soulager la tension qui s’instaure tout au long de la lecture.

Divertissement ? Pas totalement, car le sujet est bel et bien sérieux. On y parle de Tchernobyl et des gens qui se sont sacrifiés pour leur pays, les liquidateurs, chargés de tuer tout animal radioactif. On y parle des pays civilisés et en particulier de la France qui stocke ses déchets nucléaires chez les autres car ça fait moins sale que chez nous ! On y parle de gens simples qui subissent les décisions de dirigeants inconscients.

Voilà exactement pourquoi j’aime ce qu’écrit Stéphane Gravier : Il a cet amour pour ses personnages qui me fait fondre, cette faculté à accélérer le rythme quand il le faut, cette humanité dans la façon de décrire les sentiments. Et puis, l’écriture est fluide, évocatrice, simple et tellement plaisante. Bref, encore une fois, Stéphane Gravier nous concocte une histoire grave, qu’il nous fait avaler avec des pilules de dérision pour que le message passe mieux. Et ça fait du bien !

Le roman se veut aussi une maison à plusieurs portes, et Stéphane Gravier est un grand joueur. On peut lire la première partie avant la deuxième, ou la deuxième avant la première. Ou bien lire le premier chapitre de la première partie puis le premier chapitre de la deuxième partie puis le deuxième chapitre de la première partie … Un roman en forme de puzzle que l’on peut relire plusieurs fois.

L’avis des copines de Bookenstock est là : http://bookenstock.blogspot.fr/2012/05/les-chiens-de-brouillard-de-stephane.html

Pour commander le livre sur Amazon :

L’édition papier est là : http://www.amazon.fr/Les-chiens-brouillard-St%C3%A9phane-Gravier/dp/1481972448

L’édition ebook à 4,58€ est là : http://www.amazon.fr/Les-chiens-brouillard-St%C3%A9phane-Gravier-ebook/dp/B00B7O184U

Si vous boycottez Amazon, contactez moi par email

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Published by Pierre Faverolle - dans 2014
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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 07:41
Au revoir 2013 !

Si je tiens à vous souhaiter une bonne, que dis-je, une excellente année, je tiens aussi et surtout à vous dire merci. Merci pour toutes vos visites, qu’elles soient passagères ou habituelles. Merci pour vos commentaires qui enrichissent mes billets, pour les rendre toujours plus accessibles sans pour autant transiger sur mon avis. Merci à tous ceux que j’ai pu rencontrer en vrai, à ceux qui sont devenus mes amis ou ceux qui vont le devenir. A vous tous, je vous souhaite une excellente année pleine de lectures enrichissantes, plein de découvertes et n’hésitez pas à me signaler celles que vous avez adorées.

Je ne vais pas non plus faire durer le suspense plus longtemps. Le titre du chouchou du mois de décembre revient à Megan Abbott pour son excellent roman Vilaines filles.

Je vais aussi revenir sur cette année 2013, pendant laquelle j’aurais beaucoup lu (137 romans) et où j’aurais moins chroniqué que l’année dernière (environ 110 billets pour mes avis), puisque je ne parle plus des romans que je n’aime pas. 2013 aura été une année riche en découvertes et je vais m’essayer à faire mon TOP 10 de l’année. De mon Top 10, je mets de coté les romans qui ont plus de dix ans et qui sont chroniqués dans la rubrique Oldies, même s’ils ont été des coups de cœur. Je veux parler des romans suivants :

L'assassin qui est en moi de Jim THOMPSON (Rivages Noir)

Natural enemies de Julius HORWITZ (Editions de la Baleine)

Nu dans le jardin d'Eden de Harry CREWS (Sonatine)

Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !

C’est aussi une façon pour moi de faire un Top13 et pas un Top10.

OK, je triche, et alors ?

C’est moi qui édite les règles ! Non mais !

Bon allons y :

  1. Un long moment de silence de Paul COLIZE (Manufacture de livres) : un roman incroyable
  2. On the brinks de Sam MILLAR (Seuil) : un roman qui dépasse le roman noir et l’autobiographie
  3. Des nœuds d'acier de Sandrine COLETTE (Sueurs froides – Denoel) : un premier roman qui ne vous lâche pas
Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !

4. Akhänguetno et sa bande de Samuel SUTRA (Terriciae) : Quand l’humour approche le génie …

5. 22/11/63 de Stephen KING (Albin Michel) : Probablement le meilleur roman du maître du suspense

6. C'est dans la boite de Frederic ERNOTTE (Avant Propos) : un premier roman qui joue parfaitement avec tous les codes et qui donne envie de le relire plusieurs fois

Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !

7. Né sous les coups de Martyn WAITES (Rivages) : un premier roman social et sociologique impressionnant par sa galerie de portraits cassés par Margaret Thatcher

8. Djebel de Gilles VINCENT (Jigal) : un polar direct parfait

9. Fin d'Amérique de Damien RUZE (Krakoen) : un premier roman très littéraire qui pourrait bien donner le jour à un auteur de grand talent

10. Vilaines filles de Megan ABBOTT (Jean Claude Lattès) : Lisez Megan Abbott qui excelle dans ces romans psychologiques intimes.

Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !
Au revoir 2013 !

Tous ces romans vont me laisser des souvenirs impérissables, et les quatre premiers, coup de cœur, figureront au panthéon de mes lectures. Je dois aussi vous signaler que parmi ces 10 romans figurent quatre premiers romans, ce qui prouve une fois de plus que la curiosité est bonne conseillère.

Il serait tout de même injuste de ne pas citer ceux qui viennent juste derrière, et qui sont aussi d’excellents romans (Dans la désordre) :

Tu n'as jamais été vraiment là de Jonathan AMES (Joëlle Losfeld),

Et si Notre Dame la nuit… de Catherine BESSONART (Editions de l’Aube),

Loupo de Jacques Olivier BOSCO (Jigal),

Sa vie dans les yeux d'une poupée de Ingrid DESJOURS (Plon),

Purgatoire des innocents de Karine GIEBEL (Fleuve Noir),

Du vide plein les yeux de Jérémie Guez (La Tengo),

Un petit boulot de Iain LEVISON (Liana Levi),

Un arrière gout de rouille de Philipp MEYER (Folio),

Mélanges de sangs de Roger SMITH (Livre de Poche),

Utopia de Ahmed Towfik TOWKIK (Ombres noires),

Le boucher de Guelma de Francis ZAMPONI (Folio).

Bref, voilà donc une liste qui, si vous cherchez des titres ou des conseils, va vous guider vers les romans que j’ai énormément appréciés, dans tous les genres.

Il est temps pour moi de retourner à mes lectures, et je vous souhaite à toutes et tous une excellente année pour et vos familles et à très bientôt pour de nouveaux avis en 2014 !

Et n’oubliez pas le principal, lisez !

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 18:14

Voici quelques idées de lecture pour bien finir 2013, et avant mon bilan de 2013 qui paraitra demain, et qui sera l’occasion de vous souhaiter une excellente année 2014 pleine de bonnes lectures.

L’information du mardi : Encore et toujours des idées de lecture

Les souriants de Miranda Coldepie (Editions du malin)

De quoi sommes-nous certains ?

Derrière l'apparente banalité d'un vol

de tableaux (4 Joan Miró!), une enquête

de la Brigade des Objets d’Art met à jour

une “révélation” inouïe où sont convoqués

les évangiles, les francs-maçons, la C.I.A.,

des alchimistes, un laboratoire pharmaceutique suisse… Menée au pas de course par l'inspecteur-chef “Picasso” et sa mémoire absolue, elle fait exploser de vieilles certitudes… Êtes-vous prêts à changer votre vision du monde ?

2 ou 3 choses que je sais d'elle…

Miranda L. Coldepie ? On lui connaît une parfaite maîtrise de l'histoire des arts, des sciences et des religions, son amour immodéré pour le théorème de Gödel et les paradoxes de la physique quantique, la Romanée-Conti, le livre de recettes de Nicolas Flamel… Ceux qui la connaissent savent qu'elle n'écrit qu'en état de légitime défense “pour semer ça et là, dit-elle, dans ce siècle qui perd la tête, quelques graines de bon sens”. Elle signe ici le premier tome d'une trilogie baptisée “LES LARMES DE PIERRE”, une enquête policière rigoureuse et palpitante autour du mystère des mystères (car il les contient peut-être tous) le secret des Templiers. Attention, vous risquez d'y prendre goût… et d'y perdre au passage quelques illusions. On vous aura prévenu…

L’information du mardi : Encore et toujours des idées de lecture

Pagan Pandemia – Soupe de phalanges de David Baudet

Avis aux amateurs de polars délirants, celui-ci va vous décoiffer la tête !

S’il fallait décrire Pagan Pandemia, on pourrait dire qu’il s’agit d’un Polar. Certes, mais d’un Polar fantastique avec des mouches géantes, des dieux mayas un brin emmerdeurs et des CRS transformés en chat obèse. Oui, on se rapproche. Il manque quand même le principal : O’laf et O’Keefe, les deux nervures centrales de ce livre incongru. Et alors là, comment décrire ces deux énergumènes ? Un Simenon sous cocaïne et pinard ? Des Lino Ventura élevés au whisky 12 ans d’âge ?

Il faut les lire, les découvrir et les adopter pour se rendre compte à quel point David Baudet a su créer un univers personnel, attachant et extrêmement original.

David Baudet est un citoyen du monde.

Il est Écossais quand il voit le jour à l’embouchure du Loch. Fatalement, il cultivera une passion immodérée pour le whisky.

Il est Breton de gré et Français de force.

Il est Italien quand, les premières années de sa vie, il communique avec les mains pour se faire comprendre.

Il est un authentique Belge quand, d’après son boulier, il consomme 275 litres de bière par an.

Il est Américain quand il demande une augmentation à son employeur.

Il devient Créole quand il a envie de tout balancer pour changer de vie.

Il est Canadien pour la famille, l’accent et le ragoût d’orignal.

Il est Portugais quand il apprend l’idiome auprès de ses potes lusitaniens.

Il aimerait être Suisse pour assurer ses vieux jours.

Il est Mexicain quand il choisit de l’index le berceau de son premier roman.

Ses personnages sont Irlandais, Féroïen, Séminole, Italien, Burkinabè, Algérien, Polonais, Allemand, Perse, Espagnol, Arménien, Guatémaltèque…

Aucun doute, David Baudet est forcément un citoyen du monde.

L’information du mardi : Encore et toujours des idées de lecture

Lecture numérique : Peurs sur la ville chez Storylab

Il s'agit d'une opération originale née de l'association de 3 start-up de l'édition numérique : StoryLab (éditeur de livres numériques), Youboox (plateforme de lecture en streaming) et WeLoveWords (réseau social d'auteurs). Voici le déroulé de l'opération :

Halloween 2012 : StoryLab fait appel à WeLoveWords, plateforme communautaire d’auteurs, pour organiser un concours d’écriture. Le thème ? « Histoires d’horreur en milieu urbain »…

150 participations, 6 lauréats : Les six textes sélectionnés par StoryLab, maison d’édition 100% numérique, sont retravaillés avec les jeunes auteurs et font l’objet d’un recueil, Peurs sur la ville.

Octobre 2013 : StoryLab s’associe à Youboox, plateforme de lecture en streaming, pour promouvoir le recueil et diffuser l’histoire du recueil offerte, Saignons sous la pluie.

Opération de street marketing, à Paris, la nuit d’Halloween : Peurs sur la ville envahit les rues : pochoirs, flashcodes, stickers et cartes cadeaux offrant une histoire d’horreur à lire gratuitement sur son smartphone sont disséminés dans Paris… Pour lire l’histoire gratuite, il suffit de flasher le code avec son mobile ou de se rendre à l’adresse suivante depuis son ordinateur : http://goo.gl/aP5QR9

Décembre 2013 : dernière phase de communication de Peurs sur la ville, avec la parution d’une vidéo tournée lors de l’opération de street marketing et la création d'un mini-site associé.

Peurs sur la ville est disponible ici : http://www.storylab.fr/Collections/Hors-collection/Peurs-sur-la-ville

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 18:26
J’ai voulu oublier ce jour de Laura Lippman (Toucan noir)

Le dernier roman de Laura Lippman est, d’après ses dires, le plus personnel, le plus autobiographique car il se déroule dans une ville imaginaire qui se rapproche le plus de celle son enfance. Dickeyville est une petite ville des Etats Unis ; on y trouve des bois, et une portion d’autoroute qui se termine en cul de sac, pour déboucher sur une petite route. Au bout, trone un énorme mur de béton. Nombreux sont ceux qui ont eu un accident de voiture au bout de cette autoroute jamais terminée.

C’est le cas de Gordon, dit Go-Go. Alors qu’il sort d’un bar, complètement saoul, il rumine des souvenirs d’un temps bien révolu, de ces cicatrices qui ne se referment pas. Il appuie sur l’accélérateur, sur cette autoroute sans issue, et encastre sa voiture dans le mur en béton. Accident ou suicide ? Ses amis d’enfance se retrouvent donc pour son enterrement, et renouent avec une ville et une vie qu’ils avaient laissées derrière eux.

Ils étaient cinq, comme les doigts de la main. C’était il y a plus de trente ans. Gwen, 10 ans était devenue la meilleure amie de Mickey, la plus grande, plus vieille que les autres de quatre ans. Ils avaient rapidement formé un groupe avec les frères Halloran, Tim, Sean et Gordon dit Go-Go. A cet âge, le monde est pur et n’est qu’amusement. Seul Go-Go semble plus lent que les autres, plus violent parfois aussi.

Juste à coté de Dickeyville, dans les bois où les cinq jeunes ont pris l’habitude de se retrouver, il y a une cabane. Les animaux domestiques en cage, poules, lapins, leur indiquent que c’est habité. Ils vont trouver une guitare sous le lit, puis rencontrer un ermite étrange du nom de Chicken George. Alors qu’un ouragan balaie la région, Chicken George est retrouvé mort, poussé au fond d‘un ravin. Ces trois familles vont être marquées par ce drame, d’autant plus que l’on dit que Chicken George aurait abusé de Go-Go.

Dire que ce roman est un roman à suspense serait tromper le futur lecteur. Car on a bien affaire là à un roman psychologique, qui va fouiller les personnages, et décrire leur façon de faire face à un drame qui les dépasse. Rarement, j’aurais lu un roman où l’auteure détaille à ce point les petits gestes, les petites expressions qui sont anecdotiques dans la plupart des cas, mais qui veulent dire tant de choses là où les paroles sont si inutiles.

Comment faire face à un drame ? Et comment surmonter des souvenirs que l’on a fini par se forger, modifier, pour les rendre plus beaux, moins durs pour soi et plus présentables vis-à-vis d’autrui. Les réactions de chacun vont être passés à la moulinette, avec toujours cette question lancinante pour le lecteur : Mais que s’est-il donc réellement passé lors de cet ouragan ? Et pourquoi trrente ans plus tard, Go-Go a-t-il jugé bon de s’encastrer dans ce mur de béton ?

Le rythme va être lent, pour arriver à une conclusion bien atroce et totalement différente de ce que l’on aura pu imaginer. Ma seule réserve vient de la traduction (il me semble) qui se veut parfois réellement littérale, rendant certaines expressions étranges, ou certains passages inutilement bavards. Assurément, ce roman vient de me faire découvrir une auteure à la subtilité rare, et J’ai voulu oublier ce jour est un beau roman sur les mensonges du passé qui deviennent les dures réalités d’aujourd’hui.

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 18:26
Qui a suicidé Pamela Janis Patersen ? de Muriel Mourgue (Editions ex-aequo)

On avait découvert Muriel Mourgue au travers de deux nouvelles Association de malfaiteuses et Green Gardenia. Son dernier roman reprend son personnage de Thelma Vermont, détective privée new-yorkaise dans les années 50.

Quatrième de couverture :

Pamela Patersen était promise à un bel avenir, mais son destin ne l’entendait pas de cette oreille. Lors du tournage de son dernier film Pamela met fin à ses jours dans une chambre de l’hôtel Plazza à New-York.

Carl Storms, le producteur du film, avait tout misé sur cette starlette montante et refuse de croire à la thèse du suicide, d’autant plus que le contrat d’assurance ne couvre pas un tel cas.

C’est donc à Thelma Vermont que revient l’insigne honneur de marcher sur les traces de Pam à Hollywood, afin d’éclaircir cette délicate affaire. Elle va apercevoir quelques-unes des célébrités de cette année 1958, et très vite comprendre que la solitude n’est pas plus légère au soleil.

Même si la chaleur californienne parvient à lui faire changer ses habitudes en l’incitant à mettre des glaçons dans son verre, Thelma, fidèle à elle-même, n’acceptera jamais de mettre de l’eau dans son bourbon !

Mon avis :

On retrouve avec un grand plaisir Thelma Vermont, cette détective privée toujours embringuée dans des histoires incroyables. Cette fois-ci, elle doit enquêter sur la mort suspecte d’une jeune star du cinéma en devenir, alors que la police a conclu un peu rapidement à un suicide. Et donc, voilà notre détective favorite en voyage à Los Angeles, dans le monde des strass et des faux semblants, des acteurs qui, quand on les interroge, mentent comme ils respirent, puisqu’ils vivent leur vie comme ils jouent devant la caméra.

Muriel Mourgue nous concocte avec ce roman un hommage aux auteurs de roman noir des années 50, de ces polars qui nous faisaient passer un excellent moment. L’intrigue est menée au cordeau, au fur et à mesure des rendez vous que Thelma provoque, pour essayer de démêler le vrai des fausses apparences. Et force est de constater que tout est mené avec beaucoup de maitrise, un excellent équilibre entre les dialogues et les descriptions des Etats-Unis de 1958.

Et quand je parle de descriptions, qu’il est bon de se retrouver plongé dans le Los Angeles brulant au soleil agressif, ce qui fait souffrir Thelma. Elle qui est une New Yorkaise pur jus, habituée aux températures tempérées, elle se retrouve en pleine chaleur et est obligée de boire. Forcément, elle carbure plus à la bière et au bourbon qu’à l’eau ! Et quelle crise de rire quand on imagine Thelma au volant de sa Voiture Rose bonbon ! Bref, vous l’aurez compris, si vous ne connaissez pas Thelma, il va falloir rattraper cette injustice et ce manque dans votre culture polardesque.

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 11:17
Facteurs d’ombres de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

En ces temps de Noël, les idées de beaux cadeaux ne courent pas les rues. Pour les amateurs de polars, il ne faut pas hésiter, ce livre est exceptionnel, de par sa beauté, de par ses textes.

Facteurs d’ombres de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

Né à Montmorency de mère polonaise, Roland Sadaune se passionne très tôt de cinéma et littérature policière. Sa carrière d'artiste peintre ne l'empêche pas d'avoir à son actif une trentaine de romans policiers et une cinquantaine de nouvelles noires. Pour lui, le Polar, c'est l'évasion par les chemins de traverse défoncés par le destin, avec des phénomènes de société dissimulés derrière les haies.

Il en est à sa 90ème exposition particulière, en 2006, intitulée Peintre de Polars.

Son joker préféré est le cinéma : en salle, car l’été on y est au frais et l’hiver on s’y sent bien.

Roland Sadaune est un auteur de polars mais aussi un peintre. Ne voulant pas choisir entre ces deux activités, il les réunit dans un livre regroupant 37 portraits d’auteurs d’hier et d’aujourdhui. Chacun est illustré par des textes émanant de passionnés mais aussi d’experts tels Claude Mesplede, Claude Le Nocher ou Paul Maugendre.

Avec une couverture cartonnée (comme on n’en fait plus), ses belles pages glacées rendent hommage à une œuvre que je ne connaissais pas et qui m’a tout simplement époustouflé. On y trouve aussi bien des auteurs étrangers (Mickael Connely, James Ellroy …) que des auteurs français (Christian Roux, Maurice Dantec, Jean Bernard Pouy …). Vous y trouverez d’autres esquisses ainsi que 7 nouvelles.

Facteurs d’ombres de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)Facteurs d’ombres de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)
Facteurs d’ombres de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

J’ai eu la chance de participer modestement à cette œuvre et donc je vous offre en exclusivité le texte que j’ai rédigé pour illustrer le portrait de Caryl Ferey :

Ma première rencontre (littéraire) avec Caryl Ferey, ce fut La jambe gauche de Joe Strummer. Je venais de découvrir Ken Bruen, et cette façon inimitable de créer une intimité avec un personnage. Ce roman fut une vraie découverte, en même temps qu’une envie de continuer à pénétrer dans l’univers d’un auteur. Alors je suis tombé sur Zulu, ou plutôt Zulu m’est tombé dessus. Car Zulu est un livre implacable, une démonstration en force de la cruauté des hommes, de leur imagination à faire souffrir son prochain, de l’inhumanité de l’homme.

Forcément, après une lecture pareille, on a envie de s’intéresser à l’auteur qui est derrière. Caryl Ferey est un globe-trotter qui va vivre dans un pays étranger pour s’imprégner d’une culture nouvelle, d’une histoire autre. Puis il va créer une intrigue intégrée à ce pays, pour nous dévoiler un pays et ses racines de l’intérieur. Mais il y a aussi cette maitrise de l’intrigue, cet art de surprendre le lecteur, de créer des scènes très visuelles et surprenantes sans que l’on s’y attende.

Mapuche est une poursuite dans cette veine que recherche Caryl Ferey. D’un pays qui a connu (et connait encore) une histoire forte et violente, il écrit un roman magnifique, une intrigue fantastiquement forte portée par deux personnages profondément humains. Il déploie dans ce roman tout son art pour montrer la lutte de l’amour contre la société, car l’amour est un sentiment profondément humain.

Lors de l’émission La grande librairie, on découvre une autre facette de cet auteur fascinant, sa volonté d’écrire le meilleur roman, son chef d’œuvre. Je me rappelle cette phrase, qui n’est peut-être pas de lui d’ailleurs : « Mon meilleur roman, c’est le prochain ». Et puis, il a parlé de ses personnages, de cette volonté de les placer au centre de son intrigue car ils sont et doivent rester au centre du monde. Caryl Ferey est un messager moderne dans une société numérique et inhumaine, une société qui se veut parfaite et qui oublie qu’elle doit être faite par les humains pour les humains. Il démontre que l’homme a une imagination sans limites pour créer la cruauté, pour inventer la violence. Il se pose ainsi comme un porte-parole de l’homme humain, un héraut humaniste.

Indéniablement, LE livre qu’il vous faut ou faut offrir en cette fin d’année 2013. Les images de ce billet ont été empruntées sur le Net à divers sites.

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 18:59
Le syndrome de Croyde de Marc Welinski (Daphnis et Chloé)

Le syndrome de Croyde est une pathologie psychiatrique rare qui touche des individus dénués de tout antécédent psychiatrique et dont la principale caractéristique est qu’ils ont une attirance particulière pour le vide. Ils sont fascinés par les falaises, les hauteurs. La chute dans le vide les obsède.

Imaginez que vous rentrez du travail, vous prenez les transports en commun, le métro, et vous voyez devant vous quelqu’un qui se jette sous la rame. C’est ce qui va arriver à Agnès Quincey. Elle est directrice d’une boite de cosmétique et est un peu débordée par le lancement d’un nouveau parfum. Cet accident ferroviaire alors qu’elle est au premier rang va la secouer.

Son mari, Dany est au chômage, et ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Le problème, c’est qu’il a tendance à se mettre à boire. Ce soir là, Agnès tarde à rentrer. Dany reçoit un couple d’ami, Franck et Milana. Franck est psychologue et s’est séparé de sa femme Anne, psychologue aussi, pour se mettre en ménage avec cette femme plus jeune que lui d’une vingtaine d’années.

Dans les jours qui suivent, ce sont deux nouveaux accidents qui vont survenir dans des stations de métro différentes, et comme par hasard, Agnès est à chaque fois présente. Ils décident d’aller voir la police, d’autant plus que pour le dernier accident, Agnès a l’impression que quelqu’un a poussé la jeune fille. Meurtre ou accident ?

Si ce roman ne va pas sortir du lot par son style, qui veut rester simple, c’est surtout par la façon dont l’auteur va disséquer minutieusement la vie de couple et les mystères qui l’entourent. En effet, le roman est écrit à la première personne, Dany dans la première partie et Agnès dans la deuxième. Le fait de voir l’intrigue par les yeux des deux protagonistes permet aussi de faire planer des zones d’ombre, comme si le lecteur ne pouvait pas voir plus loin que les quelques mètres qui l’entourent.

Ce n’est pas un roman qui va aller à un rythme effréné, car l’auteur préfère décrire les psychologies des personnages par leurs actes et surtout par les dialogues, nombreux mais jamais inutiles. Et le fait qu’il creuse, qu’il analyse les comportements de chacun, fait que ce roman est tout simplement passionnant d’un point de vue psychologique.

Ce qui est amusant, c’est qu’on a l’impression que l’auteur ne sait pas où il va, qu’il déambule de page en page. Plus on s’avance, plus on a l’impression que le brouillard s’épaissit. Et on en finit par soupçonner tout le monde. La situation est tellement simple, que toutes les hypothèses sont possibles. Et comme on ne peut lacher le livre, la fin, si elle n’est pas surprenante est fort bien amenée et on se dit que Marc Welinski a fort bien construit son livre en s’appuyant sur ses personnages. Bref, voilà un roman fort intéressant et totalement surprenant, une excellente découverte.

Ne ratez pas l'avis de l'ami Claude ici et de Mimipinson

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 18:19
Mélanges de sangs de Roger Smith (Calmann Levy – Livre de poche)

Ça y est ! je l’ai lu ce roman de Roger Smith, que mes amis Richard et Jean me pressaient tant de lire, avec une telle insistance que ça ressemblait à du harcèlement. Ils avaient raison, c’est un premier roman exceptionnel, qui présente l’Afrique du Sud sous un jour où on a peu tendance à la montrer. Car dans ce roman, tout est question de personnages. On y trouve Burn, Benny, Barnard … et l’Afrique du Sud.

Jack Burn est un ancien Marines qui a participé à l’opération Tempête du Désert en Irak. Revenu au pays, il a retrouvé sa femme Susan et leur petit garçon Matt. Jack a eu du mal à se familiariser avec son pays, et a participé à un braquage au cours duquel un policier est tué. En fuite, Jack et sa famille s’installent en Afrique du Sud, dans une maison sécurisée. Ce soir là, en plein diner, deux malfrats du gang des Americans font irruption dans la maison familiale. Burn, pour protéger sa famille, va tuer les deux hommes, les découper et se débarrasser des corps dans une décharge publique.

En face de leur maison, Benny Mongrel est un gardien qui fait sa tournée avec sa chienne Bessie. Il a vu les deux malfrats entrer dans la maison de Burn mais ne les a jamais vus ressortir. Pour autant, il décide de ne rien dire à Barnard, un gros flic corrompu, qui incarne à lui seul tout ce qu’on peut détester dans un personnage. Sans pitié, profitant des trafics de drogue aussi bien que de la prostitution, il est à la recherche de ces deux malfrats qui lui doivent de l’argent. Quand, il sonne chez Burn, pour un interrogatoire de routine, pour savoir s’il a vu les jeunes qui conduisaient la BMW rouge, il sent que Burn lui ment.

Ce roman est construit comme un ballet, où les danseurs valsent entre eux, passant de main en main jusqu’à ce qu’ils finissent dans les bras de la mort. La construction est très bien maitrisée, et comme on parle là d’un premier roman, je peux donc vous dire que ce roman est exceptionnel. Mais la narration repose avant tout sur ses personnages.

Mélanges de sangs de Roger Smith (Calmann Levy – Livre de poche)

Les personnages sont tous incroyablement vivants,horribles, et les scènes sont toutes criantes de vérité, toutes marquantes; l’auteur maitrise les temps calmes et les temps forts. Et en parlant de temps forts, il y en a à foison dans ce roman, des scènes d’une visibilité incroyable, d’une violence couleur rouge sang qui vous marqueront longtemps.

Car ce roman est violent, très violent, et ce que veut nous montrer l’auteur, c’est l’Afrique du Sud, celle des ghettos, des endroits où à chaque minute, à chaque seconde, on lutte pour sa vie. Chacun a perdu la moindre once d’humanité, la vie est devenue une jungle où la question est : Qui tuera le premier ? Et c’est d’autant plus marquant que Roger Smith nous décrit cela comme s’il n’y avait rien d’extraordinaire, comme s’il était parfaitement normal de tirer à bout portant dans la tête d’un enfant qui ne vous a rien fait.

Je me suis posé la question du titre, qui me fait penser à plusieurs choses. C’est un roman post apartheid, mais qui ne prend pas partie, qui veut montrer comme un reportage ce que l’on trouve dans des endroits délabrés que l’on ne veut pas voir. Et j’aurais aimé que Roger Smith, qui a un incroyablement talent pour créer des personnages, pour mitonner une intrigue sinueuse ou pour peindre des scènes écarlates s’engage un peu plus. De même, il m’a manqué quelques descriptions des quartiers pour m’y sentir emporté, imprégné.

Malgré ces deux réserves, c’est un premier roman incroyable, d’une richesse rare qui me fait dire que les Américains ne peuvent pas réussir à l’adapter. Malgré cela, sur la quatrième de couverture, il est indiqué que Samuel Jackson jouera dans le rôle du flic zoulou à la poursuite de Barnard. Alors, je préfère vous donner un conseil : lisez ce livre avant de voir le film qui risque d’être raté, au contraire de ce roman maitrisé de bout en bout. Epoustouflant !

Allez lire l’interview du concierge masqué ainsi que l’avis de mon ami Jean le Belge.

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 19:00
Le lapin borgne de Christoffer Carlsson (Balland)

Dans les lectures de polars, il faut parfois faire preuve de curiosité. Parfois ça marche, parfois pas. Il faut dire qu’un auteur inconnu chez nous, puisque Le lapin borgne est son premier roman traduit en France, où l’on annonce qu’il est annonciateur d’une nouvelle vague nordique, c’est aguichant. Mais quand on lit ce titre énigmatique, et surtout quand on voit cette couverture géniale, franchement, je ne pouvais pas résister.

Quand enfin, j’apprends que son auteur Christoffer Carlsson vient de remporter le prix littéraire « Best crime novel », en Suède pour l’un de ses ouvrages, je peux d’ors et déjà vous dire que l’on tient là une grande plume du polar, et qu’il va falloir suivre de très près ses futures publications.

David est un jeune étudiant en faculté de philosophie à Stockholm. Pour les vacances d’été, il va revenir dans son petit village natal, Dalen, et retrouver ses copains d’enfance, avec qui il va passer du bion temps. Depuis quelque temps, ils ont trouvé une vieille maison abandonnée, perdue au milieu des bois qui entourent Dalen. Ils se retrouvent donc là-bas, à bronzer, faire des barbecues, prendre des drogues ou faire l’amour. Le frère de David, a un frère, Markus qui est serveur dans un fast food. Avec ce travail là, ses parents jugent qu’il est en train de rater sa vie, alors que David passe pour le génie de la famille. David retrouve aussi Alex, la sœur de son meilleur ami Lukas. Si Lukas a un tempérament instable, Alex est une pure beauté et David ne tarde à retrouver la douceur de ses bras.

A la maison abandonnée, David découvre de jeunes gens comme lui. Il y a Rickard et Martin qui sont amoureux et qui souffrent de leur homosexualité devant les reproches des autres. Il y a Julian et Justine, frère et sœur mais amants dans la vie de tous les jours. Il y a enfin Lukas, leur chef de file, qui leur a soufflé l’idée de cambrioler les maisons fermées pour revendre des bibelots et ainsi se faire de l’argent facile.

Sauf qu’un de ces cambriolages se passe mal. Le vieil Emmanuel les surprend et les jeunes gens l’assomment avant de le ramener à la maison. Quand ils arrivent, David est en train de bronzer. Après une petite discussion sur le devenir du vieil Emmanuel, ce dernier se réveille, Lukas sort un pistolet et l’abat froidement dans le dos. Comment ces jeunes gens vont-ils surmonter leur culpabilité ? Et comment le jeune voisin Kasper affublé de son lapin borgne Lukas sait-il autant de choses ?

Inutile de vous dire que ce sujet est casse gueule : Faire vivre un village, sept jeunes gens devant nos yeux, les rendre suffisamment familiers pour que le lecteur de n’y perde pas entre eux. Christoffer Carlsson a choisi de ne pas nous assommer au début de son roman en nous les présentant longuement. C’est tout le contraire, il nous les pose les uns après les autres, au fur et à mesure de l’intrigue, et même si au début on a un peu de mal à suivre, on finit par identifier qui est qui très rapidement.

Ce roman est écrit à la première personne, c’est David qui parle, un témoin assisté comme on le dirait de nos jours. La période n’est pas forcément définie, mais il y a des téléphones portables. Les psychologies des personnages est ébouriffantes de justesse, écrite et décrite avec une sincérité qui joue beaucoup dans le charme de ce roman.

Et puis outre le drame qui va survenir, il y a toutes ces auras de mystère que Carlsson sème dans son roman, cette vieille maison qui, d’ans les yeux de David, semble évoluer. Il y a ce jeune voisin qui semble tout savoir parce que son lapin lui a raconté, il y a les parents qui sont absents, ces interrogatoires des policiers, ces réponses abstraites, qui veulent tant dire … et ne rien dire du tout. Et puis, la dernière page tournée, on se dit que ce roman est un témoignage, que la vérité est ailleurs, que tout ce qu’on vient de lire n’est que la vue d’une personne avec toute sa subjectivité. Et dans ces cas là, moi je dis : « BRAVO ! »

J’ai été littéralement pris par cette lecture, abasourdi par tant de finesse, de talent. Je viens de m’avaler 420 pages en 3 jours sans même me rendre compte de l’entourloupe. Evidemment, ceux qui aiment les romans d’action passeront leur chemin … ou essaieront pour assouvir leur curiosité. Ce roman m’a fortement fait penser au Maître des Illusions de Donna Tartt, c’est un roman totalement bluffant et impressionnant de maitrise. Nul doute qu’il trouvera sa place au pied du sapin, il en vaut largement la peine.

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 18:16
Casher nostra de Karim Madani (Seuil roman noir)

Ceux qui connaissent Karim Madani, ou du moins ses romans, savent que c’est un auteur avec une ambition démesurée. Je l’avais découvert avec Cauchemar Périphérique, et j’avais été bluffé justement par son souffle romanesque, avec un roman fleuve peignant les banlieues d’aujourd‘hui. Avec Le jour du Fléau, je découvrais une autre facette de cet auteur où il inventait une ville fictive pour mieux pointer l’état de notre société. Casher Nostra est le deuxième tome des chroniques d’Arkestra.

Dans la ville d’Arkestra, les gens se sont regroupés dans leur ghetto, essayant de survivre dans un monde de violence et de drogue, en plein marasme économique. Les plus chanceux ont un travail, un petit boulot qui leur permet à peine de payer leur loyer, et ils le trouvent surtout par connaissance. C’est le cas de Maxime, qui habite dans le quartier juif d’Hanoukka. Coursier de son état, il doit trouver l’argent pour calmer sa mère Hannah qui est atteinte de pertes de mémoire. Il est aussi amoureux de Sarah, la fille d’un propriétaire de restaurant mais il refuse ses propositions de travail de serveur.

Le métier de coursier pour les artistes et les artisans n’est pas un métier facile, surtout en hiver quand la température avoisine les zéros degrés. Sa mère l’oblige bientôt à aller voir le médecin pour ses troubles, et celui-ci lui annonce que Maxime est atteint de spasmophilie. D’ailleurs, un nouveau traitement thérapeutique lui permet d’obtenir de la marijuana de très bonne qualité appelée le Chrysanthème pour traiter ses cas là. Obtenir de la drogue de façon légale, voilà une aubaine pour ce jeune homme qui n’a qu’un rêve : quitter l’enfer d’Arkestra.

La distance entre la légalité et l’illégalité étant bien mince, Maxime revend sa drogue médicamenteuse auprès des étudiants qu’il connait et envisage bientôt un stratagème ingénieux en se procurant de faux papiers et en se fournissant dans différents dispensaires. Mais il ne faut pas se voir plus grand que l’on est et Maxime va en faire les frais …

Ceux qui, comme moi, ont succombé aux ambitions de ce jeune auteur avec Cauchemar périphérique, suivent Karim Madani livre après livre. Depuis un an maintenant, il a commencé Les chroniques d’Arkestra, une ville imaginaire, qui lui permet plus de libertés tout en présentant des personnages formidables. Dans Casher Nostra, qui se passe dans le quartier juif, dont le nom rappelle la mafia juive d’Arkestra, Karim Madani a choisi de prendre pour personnage principal Maxime, qui va finalement être le miroir de la jeunesse d’Arkestra et son rêve de vivre ailleurs.

Car cette ville est finalement devenue un enfer, Arkestra tue les gens ou à défaut, elle tue leurs rêves. Quand on nait à Arkestra, la meilleure destinée que l’on puisse rêver est d’y mourir vieux. Séparée en quartiers comme autant de ghettos, elle a été depuis bien longtemps abandonnée par tous les politiques à ses habitants et aux trafics en tous genres. Maxime, simple coursier, est un jeune homme qui bosse pour sa mère, pour éviter qu’elle finisse dans un hospice, dans un mouroir comme il l’appelle. Et quand le mal l’appelle de ses tentacules malfaisants, l’appel de l’argent est trop fort pour qu’il ne puisse y résister.

Autant vous le dire tout de suite, le début ne m’a pas plu. Ce n’est pas l’histoire, ni le personnage, mais le style empesé de mots que l’on croirait directement sorti de l’encyclopédie Larousse en 10 volumes. Et puis, changement de direction, le style s’épure, la puissance d’évocation de cette ville telle que Franck Miller l’a rêvée dans Sin city éclate devant nos yeux, bref, Karim redevient simple et Karim réussit son tour de charme. Et tout d’un coup, une fois qu’on est débarrassé de toute considération stylistique, on se laisse porter par l’inéluctabilité du destin de Maxime.

Le jour du fléau était un épisode noir, la première chronique dune ville baignant dans l’obscurité, cette vision de ce qu’il y a derrière le miroir de notre société. Casher Nostra est plus centré sur un personnage, plus sombre, moins voyeur, plus simple et donc plus accrocheur, plus passionnant. Karim Madani explore la frontière mince entre Fantastique, Anticipation et Roman Noir et est en train de construire une œuvre. Soyez au rendez vous, prenez le bus pour Arkestra !

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