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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 18:01
Né sous les coups de Martyn Waites (Rivages Thriller)

Ce roman est un premier roman. Ce roman est formidable, et pas uniquement parce qu’il s’intéresse à une période qui m’intéresse mais parce qu’il aborde des thèmes forts et parce que son traitement est impressionnant. Ce roman s’appelle Né sous les coups, extrait d’une chanson des Talking Heads (que je ne connaissais pas d’ailleurs) et c’est un des romans à lire absolument en cette rentrée 2013.

Il est construit par des allers retours entre Avant et Maintenant, par chapitres interposés. Hier, c’est 1984, en pleine grève des mineurs en Grande Bretagne. Maintenant, c’est 2001. Tout se déroule à Coldwell, une cité minière imaginée par l’auteur. L’auteur va au travers le destin d’une dizaine de personnages montrer l’impact de la grève des mineurs sur la vie de la ville, sur la vie des gens, sur la vie.

Le personnage central se nomme Stephen Larkin, journaliste de son état. Il a connu et couvert les événement de 1984, ayant été à l’époque un jeune idéaliste prenant fait et cause pour les mineurs. Aujourd’hui il revient à Coldwell pour écrire un livre, pour faire l’autopsie de cette ville et montrer les conséquences de cette grève, pour crier à la face du monde la vérité, celle que les journaux ont caché à l’époque … et encore maintenant.

Tony Woodhouse était un jeune footballeur, promis à un grand avenir. C’est lui qui avait marqué le but si important contre Newcastle en 1984, avant de mettre un terme rapidement à sa carrière. Aujourd’hui, il dirige un centre pour jeunes drogués. Louise qui cherchait l’amour pour s’émanciper est devenue une femme au foyer qui a des problèmes avec sa fille Suzanne. Tommy qui était une petite frappe est devenue l’un des caids du coin, aidé par deux petites frappes comme il fut, mais en plus violent.

Martyn Waites aurait pu faire un roman donneur de leçons, pontifiant, prenant les lecteurs de haut, il distribue des coups bas. En s’attachant à ses personnages, sans jamais les juger, mais en posant petit à petit des morceaux de puzzle, il montre, détaille, autopsie ce qu’est devenue la Grande Bretagne, celle qui est faite d’hommes et de femmes qui, avant, avaient des espoirs, un but dans la vie et qui aujourd’hui, maintenant n’ont plus rien sauf leur instinct de survie et leur désespoir qui leur poisse les mains.

D’un ton volontairement froid et distant, sans empathie inutile, Martyn Waites livre un roman impressionnant qui nous rappelle que la volonté de destruction du gouvernement Thatcher a obtenu le résultat qu’il cherchait. La ville de Coldwell qui était vivante et travailleuse est devenue une ville de zombies, d’âmes errantes qui courent après leur dose de drogue pour oublier leur quotidien déprimant.

La force de ce roman réside bien évidemment dans ces personnages, tous des écorchés sans but, mais il montre aussi comment le gouvernement a lancé ses troupes pour annihiler toute vie, comment il fallait écraser les manifestations, et Martyn Waites nous rappelle que dans ces manifestations il y avait des hommes. Ce roman montre comment le gouvernement a manipulé l’opinion, ne montrant que des photos dans les journaux de manifestants agressifs et de policiers victimes et Martyn Waites écrit au travers Larkin sa volonté, sa rage pour ne pas oublier. Ce roman montre comment le gouvernement, au sortir de la guerre des Malouines a décidé de s’occuper de son peuple et Martyn Waites nous assène à la figure que le travail des ouvriers a été remplacé par une économie parallèle de drogue et de criminalité.

Ce roman est tout simplement impressionnant, sur les conséquences d’une époque dramatique, dont personne ne parle. Il rappelle aussi que la société est faite d’hommes et de femmes et en cela, il en fait un livre humaniste exemplaire. C’est un livre qui va vous prendre à la gorge, qui est dur à vivre, dur à lire, car vous serez plongé dans le quotidien de gens simples, dans leur vie que le gouvernement s’est acharné à détruire consciencieusement pour faire entrer le pays dans la modernité. Quelle démonstration, faite à coups de poing !

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013
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commentaires

Sandrine 21/09/2013 21:13

Sûr qu'il y a de quoi écrire des romans noirs sur la Grande-Bretagne des années 80. Et faire de bons films. Je me note ça car tout ce que tu écris me plait.

Pierre FAVEROLLE 19/12/2013 20:35

Tu titilles ma curiosité. Pourrais tu m'en dire plus, ce que tu as pensé du livre ? ce que tu lui reproches ? Bref, je suis très curieux d'un avis contraire.
A bientôt

Ben 15/12/2013 21:07

C'est sur vos conseil que j'ai lu ce bouquin, et je ne partage pas trop votre avis sur "sous les coups

Mais bon merci quand même pour le billet ;-)

Pierre FAVEROLLE 21/09/2013 21:15

merci pour ce compliment, et n'hésite pas à revenir en parler!

Claude LE NOCHER 21/09/2013 06:35

Salut Pierre
Un roman "plus noir que noir", à te lire. Avec, visiblement, des portraits forts. S'il me reste un peu de temps, il est bien possible que...
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 21/09/2013 08:18

Ce roman là, je l'avais repéré dès le mois de juin, en lisant la 4ème de couverture. Le résultat est encore au delà de mes espérances en centrant l'état de la société sur des gens. Il aurait pu faire un roman constat, mais la démonstration est encore plus forte quand on voit le résultat de la politique de Thatchr sur des personnages que l'on aime. J'espère t'avoir convaincu Claude. Amitiés

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