Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 18:12
L’information du mardi : Septembre chez Ska

En septembre, les feuilles tombent des arbres, les romans noirs tombent aussi de chez Ska. Je vous rappelle que Ska est un éditeur exclusivement numérique qui découvre de nouveaux talents, mais édite aussi des romans et nouvelles de plumes reconnues. Au programme de cette rentrée 2013, on y trouve rien moins que Franck Membribe, Fabrice Rinaudo, Paul Colize, Damien Ruzé et Dominique Sylvain. Vous trouverez toutes les informations sur le site http://skaediteur.net/

L’information du mardi : Septembre chez Ska

Les fugitifs de Franck Membribe

DE MA PREMIÈRE JOURNÉE passée dans le monde intermédiaire, ne subsiste plus dans ma mémoire que la vision dérisoire de la carte magnétique n°38 bis se soumettant à la pointeuse. Accessoire servile de tant d’années d’échecs. D’après le rapport de la police, on m’a retrouvé quelques heures plus tard à virevolter sous le soleil dans un jardin public, à la recherche de mon ombre perdue. Depuis le temps que ça les démangeait, les matraqueurs en uniforme me passèrent les menottes. Deux citoyens honnêtes avaient donné l’alerte. Ils faisaient une pause dans leur promenade matinale sous la frondaison d’un platane. Un vieux, une casquette incrustée sur la tête, et ce qu’il restait de sa moitié, muette comme une carpe, avait précisé le commissaire. Suivez mon regard…

Ils ont dit que j’avais étranglé Germaine avec la queue de sa souris. Et barbouillé des graffitis sur le mur du service : vive le Québec libre ! Et déféqué dans la corbeille du courrier à traiter.

Franck Membribe, catalan matinée d’helvète et réciproquement comme il se définit, nous donne présentement une histoire sombre qui ne se départit jamais d’un humour pince sans rire. Le talent de cet auteur se retrouve dans ses polars et ses romans jeunesses.

L’information du mardi : Septembre chez Ska

Liquidez vos idoles de Fabrice Rinaudo :

Nous approchons du corps de l’actrice recouvert d’un drap que tire sans hésiter Steinberg.

— Il faut abreuver les fans de détails sordides, c’est ça ? Sinon elle fait un caprice de star !

— Je passe pour la forme, Steinberg. J’étais sur les lieux du crime hier soir, je suppose qu’il n’y a pas grand-chose à rajouter. Du moins, pas grand-chose qui fera avancer l’enquête. Fais-moi parvenir ton rapport, ça calmera les nerfs de Lafarge.

Steinberg allume une clope, m’en tend une autre.

— OK pour moi, camarade, t’en auras même la primeur ! Oh, au fait, attends. (Il prend une pause, semble subitement plongé dans une intense réflexion, ôte ses lunettes, les porte à sa bouche.) Sur le tournage, reprend-t-il, si tu rencontres un vampire, un vrai, flingue-le pour moi. J’aimerais enfin pouvoir en autopsier un. J’insiste : un vrai !

Puis, les yeux exorbités, les lèvres retroussées, il dévoile ses canines, part dans un grand éclat de rire.

Je me marre vaguement avant de me diriger vers la sortie.

Voici la première publication de Fabrice Rinaudo. Ska a l’ambition de révéler les nouveaux talents, dès lors qu’apparaît une vitalité narrative, un style en devenir. Cette jeune pousse deviendra-t-elle une belle plante ? C’est dans cet espoir que réside le plaisir d’éditer.

L’information du mardi : Septembre chez Ska

Noire mémoire de Paul Colize :

C’ÉTAIT L’ANNÉE OU GAINSBOURG enfilait Birkin à longueur de journée dans toutes les radios de la ville.

Je peux vous le dire, quand on a 17 ans et que la sève monte, les soupirs d’une nana qui en prend plein le fion, ça fait flipper.

C’était aussi l’année de Woodstock, l’année où les mecs comme moi devaient choisir entre se laisser pousser les tifs jusqu’aux pectoraux ou rester des mecs. Dessiner des mouettes sur leurs jeans ou continuer à bander.

Paul Colize grimpe au zénith de la galaxie polardière en raflant bon nombre de prix pour ses romans publiés à La manufacture. Notre auteur belge connait sa consécration après la publication de trois romans édités chez Krakoen. Comme pour bon nombre d’auteurs, la nouvelle reste un terrain d’aventures stylistiques où le jeu de Colize excelle.

L’information du mardi : Septembre chez Ska

Dieu est mort de Damien Ruzé :

« IL EST MALADE TON CHIEN ou quoi !? »

Bingo. Quelle phrase ! Quelle putain de phrase ! Marcher vers l’animal qui tente de re décoller avant de choir à nouveau, groggy, camé, réacteurs coupés. Plus la force d’aboyer. “On“, puis “off“. Plus d’énergie. D’électricité. S’agenouiller près du bestiau et l’inspecter. Entendre la fillette en route vers moi, petits pas froissant l’herbe. Fermez les yeux. Deux secondes. Compter. Un, un, deux, deux. Relever la tête. Last call. Scanner le paysage. Tout le paysage. Le disséquer. Pas de blip sur le radar. Personne. Un miracle. La dernière touche. Humer le parfum du jeune corps femelle qui pose un genou à terre et prend dans ses mains la grosse gueule aux yeux révulsés. Action. Paume à l’arrière du crâne. Doux contact des cheveux couleur paille. Bouton de rose des lèvres qui articule un “Que…“ interrompu et angoissé. Avorté. Canule. Geste vif. Précis. Professionnel. Vaporisation savamment calibrée. Un seul pschittt suffit. Effet instantané. L’organisme qui se fige. Pupilles à la retourne.

Bras de Morphée. Charger l’enfant endormie sur l’épaule comme un gibier. Reculer sans précipitation jusqu’à l’orée. Bruit des ronces griffant mes jeans, comme une fermeture éclair que l’on zipperait. Réfugiée à l’abri de la canopée, pivoter et descendre à fond de train le goulet dévalant jusqu’au Range en se retenant de hurler.

Damien Ruzé vient de publier son premier roman « Fin d’Amérique » chez Krakoen. Ska a déjà publié une nouvelle « Hauts-Lieux », voici « Dieu est mort ». Une descente au cœur du mal. Un récit terrifiant au style halluciné. Un grand texte noir, un auteur à suivre.

L’information du mardi : Septembre chez Ska

Alfred de Dominique Sylvain :

ALFRED ZIZAILLAIT ENCORE mais sa chanson moustiquante sciait le cerveau. Le détective était affalé sous des étoiles bon marché. Une tentative pour se relever. Énergie, odeur, entité inhumaines, ses côtes servirent de punching-ball à un démon de l’Enfer. Il demanda grâce à une paire de jambes excitées, se prit un pied botté dans le bas-ventre. Un éclair lui déchira les tempes. Le démon braillait en chinois. Résumé : il ne fallait plus s’intéresser à la famille Lin ou ça se terminerait dans le sang. Pour faire bonne mesure, un dernier but dans le crâne. Leong reflua dans une contrée boueuse.

Dominique Sylvain, avec le talent inimitable qu’on apprécie dans ses romans publiés chez Viviane Hamy, nous propose cette chinoiserie et, litchi sur le gâteau de riz gluant, elle y fait vrombir un sacré personnage : un moustique. Une première dans le bestiaire des polars.

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans Info du mardi
commenter cet article

commentaires

The Cannibal Lecteur 10/09/2013 20:33

Bon, l'aventure numérique n'est pas pour moi pour le moment, j’attends d'avoir envie, tout simplement. Mais je me tiens à l'affut... :)

Pierre FAVEROLLE 17/09/2013 20:46

exactement

The Cannibal Lecteur 17/09/2013 19:17

C'est ce que je vais faire... "les convoyeurs attendent" comme on dit.

Pierre FAVEROLLE 16/09/2013 20:20

prends ton temps

The Cannibal Lecteur 16/09/2013 11:17

De toute façon, c'est en projet, mais pas tout de suite, faut que j'aie vraiment envie d'y passer. Je tâte le terrain et j'espionne les futures liseuses qui pourraient me convenir...

Pierre FAVEROLLE 14/09/2013 11:49

j'ai une kobo et c'est pas mal. Le confort de lecture est très bon. Le format est epub, c'est assez facile d'utilisation. Maintenant, je préfère quand même les livres

The Cannibal Lecteur 14/09/2013 10:01

Oui, pertinent comme argument et c'est ce qui me fera entrer dans l'ère numérique, mais je suis encore dubitative et je préfère être sûre avant de franchir le pas. Au début des liseuses, celles de chez Amaz**, tu ne pouvais télécharger des livres QUE chez Amaz**. Et puis, l'inconvénient, c'est que lorsque tu augmente la police d'écriture, le texte ne s'adapte pas et tu dois jongler avec le curseur du bas.

Pierre FAVEROLLE 11/09/2013 21:06

Oui, mais imagine, pas besoin d'acheter des bibliothèques non plus ! bon, allez, j'arrête !

The Cannibal Lecteur 11/09/2013 15:14

Pousse au crime !! :) Imagine, à ce prix là, ma PAL va tripler... :)

Pierre FAVEROLLE 10/09/2013 20:52

cela a quand même l'avantage chez les petits éditeurs d'être très peu cher (3€ pour un roman de 300 pages par exemple)

Présentation

  • : Le blog de Pierre Faverolle
  • Le blog de Pierre Faverolle
  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
  • Contact

Sur ma table de nuit ...

Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

http://blacknovel1.wordpress.com/

   

Recherche

Archives

Catégories