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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 18:08
L’évasion de Dominique Manotti (Gallimard Série noire)

Dominique Manotti a écrit avec L’évasion ce qui est probablement son roman le plus personnel. Au travers le destin de réfugiés italiens, membres des Brigades Rouges, elle s’interroge sur le processus de création et sur la mémoire, le détournement de l’histoire.

Rome, 1987. Filippo Zuliani, est un petit délinquant qui fait la connaissance de Carlo Fedeli, un membre réputé des Brigades Rouges. Au travers de leurs discussions, il voue une admiration envers ce combattant. Ils montent ensemble un plan pour s’évader de la prison dans un camion poubelle. Une fois dehors, Carlo donne à Filippo un nom et une adresse à Paris si cela se passe mal. Filippo va errer trois semaines dans les forêts italiennes jusqu’à ce qu’il apprenne que Carlo est mort lors d’un braquage de banque. Les journaux le nomment comme son principal complice ; il est temps pour lui d’immigrer en France.

Lisa Biaggi est le contact que Carlo lui a donné, c’est en fait l’une de ses amantes. Comme il vient de la part de Carlo, et malgré ses doutes sur la sincérité de Filippo, Lisa va l’aider à trouver un appartement à louer ainsi qu’un travail de gardien de nuit. L’appartement appartient à une doctoresse qui est aussi écrivain en manque d’inspiration. Filippo va tomber follement amoureux de Carla et se mettre à écrire son histoire en prenant des libertés avec la vérité, ce qui va lui occasionner bien des problèmes.

Dominique Manotti va utiliser le contexte des brigades rouges pour écrire un roman bien particulier, mais elle ne va pas outre mesure nous expliquer toute l’histoire de ce groupe anarchiste révolutionnaire. Tout juste, par le fait de présenter au premier plan des membres de ce groupe, se permet-elle de montrer les activités nauséabondes des services secrets italiens, tout en se gardant de prendre position, telle une historienne qu’elle est.

Par contre, au-delà de ce contexte, c’est le portrait de Filippo qui retient l’attention et sa façon d’utiliser la vérité pour écrire son roman, et c’est un personnage bien plus complexe qu’on ne peut le croire au premier abord. Quand il se met à écrire, il le fait avant tout pour plaire à Carla, pour se grandir à ses yeux, par pur amour. Sauf que les mensonges ou oublis qu’il insère dans son histoire vont remuer une boue qui risque de salir beaucoup de monde. Et comme il va jouer un jeu trouble, attiré par la reconnaissance, il va en payer le prix.

C’est donc une réflexion intense sur la vérité et sur sa reconstitution qu’aborde Dominique Manotti, ainsi que sur les conséquences à court ou moyen terme. C’est aussi toute la difficulté de construire une mémoire, de faire passer des messages, de défendre une cause. Dans ce roman, tout le monde a raison, tout le monde a tort. Seuls les petits paieront à la fin. Et la dernière phrase du roman est explicite : Peut-on encore se battre ? Doit-on encore se battre ?

Avec son style si particulier à la recherche d’une efficacité maximale, mais que j’ai trouvé plus accessible par rapport à certains autres romans, Dominique Manotti ne nous écrit peut-être pas écrit son meilleur roman, mais en tous cas l’un de ceux qui nous parle, à nous citoyens. Et je vous le dis : lisez Dominique Manotti car ses livres sont importants à la société, à la démocratie. Merci Madame Manotti.

L’évasion de Dominique Manotti (Gallimard Série noire)

A noter que Dominique Manotti a sorti une nouvelle aux éditions Allia qui s'appelle Le rêve de Madoff. En 50 pages, elle fait la biographie de cet homme qui s'amusait à flirter avec l'illégalité. C'est tout simplement excellent et cela ne coute que 3,10 euros. Alors n'hésitez plus !

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Published by Pierre faverolle - dans 2013
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commentaires

The Cannibal Lecteur 19/08/2013 09:52

Et voilà ! Il me pousse à acheter le petit livre sur Madof qui m'intéresse au plus au point dans le but de monter la même arnaque, mais sans me faire prendre, moi... avec cet argent, plus de problèmes pour acheter tous les livres que tu conseilles !

Pierre FAVEROLLE 20/08/2013 12:13

A ton service

The Cannibal Lecteur 20/08/2013 11:13

En effet, on ne se ruine pas ! :)

Pierre FAVEROLLE 19/08/2013 10:46

C'est exactement ça ! et puis, 3 euros, c'est peu comme investissement !

Claude LE NOCHER 19/08/2013 06:23

Salut Pierre
Voilà un roman plutôt tentant, en effet. Je présume qu'il faut y voir le cas des réfugiés politiques italiens, tels Cesare B., vis-à-vis desquels la France ne respecta pas sa parole. Mais j'imagine aussi que Dominique Manotti en tire une histoire plus perso.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 19/08/2013 07:17

Salut Claude, c'est exactement ça. elle utilise le fond de l'histoire pour parler de la difficulté de créer et les petits arrangements de la fiction avec la vérité. Très intéressant. Amitiés

La Petite Souris 18/08/2013 21:05

celui là je vais pas tergiverser dessus, je le rajoute à ma liste d'amplettes d'office, primo parce que j'adore ce qu'elle écrit, deuxio parce que c'est une auteure d'une gentillesse magistrale ! J'avais adorée discuter avec elle à l'occasion d'un quai du polar. Amitiés

Pierre FAVEROLLE 18/08/2013 21:11

Je ne peux qu'être d'accord avec toi. Quand je l'ai vu, je me suis presque mis à genoux lors du salon de Saint Maur. Amitiés

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