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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 18:46

Employé modèleEncore un thriller prometteur de la part de Sonatine, encore un bouche à oreille qui a commencé avant même que le livre sorte, encore un nouvel auteur à découvrir. Une chose est sure : chez Sonatine, ils ont le nez fin, et ils savent vendre leurs livres. Voici de quoi il en retourne.

Angela est une jeune femme comme beaucoup d’autres. Ce matin là, elle prend sa douche, et en sortant de sa salle de bains, elle découvre un homme assis dans son salon. Cet homme s’appelle Joe Middleton, connu sous le surnom de Boucher de Christchurch. Quand il sort un grand couteau, elle s’enferme dans la salle de bain. Joe menace de tuer son chat, alors elle ouvre la porte. Avec un sang froid effrayant et une application méthodique, Joe assomme Angela, l’attache à son lit, la viole et la tue. Puis il rentre chez lui comme tout un chacun, s’occuper de ses deux poissons rouges, Cornichon et Jéhovah, ses deux seuls amis.

Joe Middleton doit alors aller voir sa mère qui perd un peu la tête, mais pour laquelle il a une empathie et un respect énorme. Puis il va à son travail, au commissariat de Christchurch, où il fait le ménage. Il est connu là bas sous le sobriquet de Joe Le Lent, car il se fait passer pour un attardé mental. C’est aussi grâce à ce subterfuge qu’il a obtenu ce poste, car la police doit avoir un certain quota d’handicapés. Cela lui permet aussi de se donner bonne figure car tout le monde le considère comme une gentille personne. C’est le cas de Sally, une jeune agent de police dont le frère handicapé Martin est mort quelques années auparavant.

Au commissariat central, il a la possibilité de savoir exactement l’avancement de l’enquête. Car tout le monde travaille pour retrouver le Boucher de Christchurch, auteur de sept meurtres. Mais six seulement sont l’œuvre de Joe. Le septième, qui concerne la mort de Daniela Walker, a été perpétré par un copieur. Joe y voit la chance de l’identifier pour lui mettre la totalité de ses assassinats. Lors de la visite de l’appartement de Daniela, un détail le met sur la bonne piste : En comparant les photographies prises par la police et le salon, il voit qu’un stylo qui traîne par terre n’est pas le même. Le copieur est donc un flic. Dans le dossier, que Joe a photocopié, il est mentionné que 94 personnes sont affectées à l’enquête visant à trouver le Boucher de Christchurch. Joe va pouvoir occuper les grands vides de ses journées, et de nombreux rebondissements vont lui occasionner des difficultés.

Ce roman est très bon à plusieurs égards. L’intrigue est parfaitement bien menée, et l’écriture est d’une limpidité que beaucoup pourraient envier. Il y a suffisamment de rebondissements pour tenir en haleine le lecteur. Et si on ajoute à cela la « légende » qui est que l’auteur a mis douze ans à écrire son livre, il y a une cohérence de l’ensemble qui force l’admiration. Pour un premier roman, c’est une œuvre qui impressionne. Mais ce n’est pas tellement l’intrigue qui m’a intéressé, mais plutôt le portrait psychologique de ce serial killer décidément hors du commun, et la façon de le décrire.

Car Paul Cleave a choisi de narrer son histoire à la première personne, avec non pas un humour noir mais un cynisme comme j’en ai rarement lu. Joe est quelqu’un d’extrêmement intelligent, qui ne rentre pas dans le moule de la société de consommation et de loisirs. Alors il s’ennuie. Il n’est pas un psychopathe mais un jeune homme qui cherche à s’amuser. Il n’est pas fou, bien au contraire, il ne cherche pas à assouvir de pulsions meurtrières, il n’a pas été maltraité, il ne veut pas se venger d’un quelconque traumatisme. Il veut juste combler ses longues journées où il n’a rien à faire, car nourrir ses deux poissons rouges lui parait bien peu passionnant. Il veut s’occuper.

Le fait qu’il soit intelligent entraîne forcément de sa part un dédain des autres, qu’il juge stupides. Il est aussi très fort dans l’art de jouer la comédie, pour se créer un masque, et il arrive parfaitement bien à berner son entourage. D’ailleurs, Paul Cleave introduit dans son histoire des chapitres consacrés à Sally (qui sont écrits à la troisième personne) pour mieux montrer comment les autres voient le personnage de Joe. Sa décision de faire l’enquête en parallèle de la police n’est pas pour lui de démontrer qu’il est plus fort, cela se transforme petit à petit en une volonté de se montrer qu’il peut vivre sans les autres, le rêve de tout individualiste de ce nom, l’aboutissement du prédateur qui tue pour le fun.

Mais Joe n’est pas un être parfait, sinon il serait Dieu. D’ailleurs, il le croit. Mais il a comme tout le monde ses propres chaînes. La sienne, c’est sa mère. Je peux vous dire que même si les scènes sont répétitives, j’ai pris un énorme plaisir pendant ces scènes. Car Joe ne l’aime pas, ne la déteste pas, mais se soumet aux bonnes volontés de sa mère pour une raison qu’il ignore. C’est sa mère, et alors ? Richard disait dans son billet qu’il était amoral et immoral, mais pas totalement. Cette relation est bien le seul lien qu’il garde avec la moralité, et c’est une relation Amour / Haine qu’il n’analyse pas de peur de se révéler aussi faible que les autres. C’est un individualiste hypocrite, et Paul Cleave pousse le raisonnement jusqu’au bout.

Au-delà d’un thriller avec tous les ingrédients pour en faire un best seller, et malgré quelques longueurs et répétitions, surtout au début, ce roman s’avère plus profond et psychologiquement plus intéressant qu’il n’y parait. Vous pouvez le lire et l’interpréter à plusieurs niveaux. La lecture de ce roman est fortement recommandée … en espérant que le prochain roman de Paul Cleave, qui devrait paraître l’année prochaine chez Sonatine, soit aussi passionnant.

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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commentaires

Cajou 04/10/2011 15:58


Hello ^^

Comme je n'ai pas été emportée comme toi par cette lecture, je me suis permis de faire un lien vers ton billet dans ma critique :)


Pierre faverolle 04/10/2011 19:17



Salut Cajou, Merci de ce lien, je vais aller voir ton article. Et je t'en reparle


A bientôt



La ruelle bleue 10/09/2010 14:36


Papier détaillé sur une lecture commune... Oui, c'est un roman "psychologique"... mais là où je ne te rejoins pas, c'est sur l'absence de pulsions meurtrières ou de traumatismes chez Joe... Je
trouve au contraire qu'il a le profil parfait et stéréotypé du psychopathe et son plus gros traumatisme, c'est sa mère ! Là où son décryptage devient original, c'est dans la description de son
immaturité affective alliée à une vive intelligence...
Bon, je vois aussi que notre prochaine lecture sera commune... David Peace est en lice !


Pierre faverolle 10/09/2010 15:03



Tout à fait, mais ce n'est pas aussi clair que cela. Il se dit non psychopathe (quelle clairvoyance !) et est très analyste vis à vis de sa situation. Quoi qu'il en soit, c'est un très bon roman
psychologique.



Claude Le Nocher 09/09/2010 07:27


Salut Pierre,
Sans flatterie, ta chronique est absolument juste. En effet, tout est axé autour de la psychologie et la misanthrophie de Joe (il aime bien les vieux chauffeurs de bus, quand même). Remarquable
roman à bien des égards...
Amitiés.


Pierre faverolle 09/09/2010 10:56



Salut Claude et merci.


S'il aime les chauffeurs de bus, c'est parce qu'ils restent derrière leur protection de verre, non ? Ils sont un peu comme ses poissons rouges ?


A bientot


 



bruno 08/09/2010 22:00


Comme je l'avais écrit à la suite du papier de Richard à propos de ce roman, j'avais longuement hésité à l'acheter, craignant d'avoir là un personnage similaire à Dexter, et pour lequel je n'ai
aucun intérêt. Richard m'avait convaincu de l'acheter ( ce que j'ai fait depuis) tant le roman lui avait plu. Ta description que tu fais du personnage a fini de me convaincre qu'il faut que je le
lise rapidement, car justement ce que j'aime dans les polars, ce n'est pas tant l'action en elle même que la profondeur psychologique des protagonistes.Le plus dur va être de caser le livre dans
mon planning de lecture déjà bien rempli ^^ En tout cas merci pour cet excellent papier !! Amitiés.


Pierre faverolle 08/09/2010 22:12



Merci pour les compliments. Je ne vais pas t'aider à prioriser ta liste de lecture, mais bon ! lis le rapidement quand même. Ne connaissant pas Dexter (je ne suis pas trop fan de télé, surtout en
ce moment), je ne paux pas comparer. Je pense que tu vas passer un excellent moment, alors n'hésite pas à me dire ce que tu en penses.


A bientot



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