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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 19:13

Tokyo ville occupéeSi vous vous intéressez un peu au polar, vous avez sûrement entendu parler de David Peace, l’auteur du célèbre Red Riding Quartet. Je les ai tous lus, car j’ai été tout de suite convaincu par la description de son monde, son style, sa construction. Tokyo ville occupée est le deuxième tome de sa trilogie sur le Tokyo d’après guerre, après un premier tome Tokyo année zéro (qui vient de sortir en poche chez Rivages noir) qui était difficile à lire.

Le Tokyo de 1948 est une ville qui se reconstruit. Le Tokyo de 1948 est une ville qui est traumatisée. Le Tokyo de 1948 n’a pas oublié sa défaite. Le Tokyo de 1948 subit la honte de l’occupation américaine. C’est dans ce contexte psychologique difficile que commence le roman. Dans ce Tokyo dénaturé, un écrivain a décidé de mener à terme un livre sur un événement dramatique.

Le lundi 26 janvier 1948, à 9H30, l’agence Shiinamachi de la banque impériale ouvre ses portes. C’est une journée comme les autres, le directeur de l’agence fait son discours du matin. En début d’après midi, M Ushiyama, le directeur, rentre chez lui car il ne se sent pas bien. Puis, juste avant la fermeture, un homme se présente en imperméable marron, avec un brassard du ministère de la santé publique. Sa carte de visite porte un nom : Yamagushi Jiro. Il annonce une épidémie de dysenterie et dit avoir un remède. Deux flacons sont sortis d’une malette métallique. Les seize employés boivent le breuvage.

Sur les seize employés, dix meurent aussitôt. Les six autres se tordent de douleur. Seuls quatre d’entre eux vont survivre. La banque impériale va signaler que d’importantes sommes d’argent ont disparu, soit 164 405 yens et un chèque de 17 450 yens. Ce chèque sera d’ailleurs encaissé par un homme qui a fourni une fausse adresse et dont le signalement ne correspond pas au portrait robot.

L’enquête de police sur cet empoisonnement collectif va avancer doucement. L’inspecteur H va suivre la piste des cartes de visite et arrêter un homme : Hirasawa Sadamichi. Mais une des survivantes va être formelle : ce n’est pas le coupable. De toute évidence, c’est une erreur judiciaire.

David Peace est connu pour prendre des affaires véridiques et recréer un monde son monde autour, avec un style et une construction toujours originaux. Parfois, cela est déroutant, éprouvant, difficile à lire et à suivre. Ici, ce n’est pas le cas. Autant, Tokyo Année Zéro m’avait désarçonné, autant celui là m’a passionné. Le livre est construit autour de douze chandelles pour les douze personnes décédées, racontant l’affaire par un des protagonistes. Cela va d’une survivante à des inspecteurs, en passant par un enquêteur de l’armée américaine ou un journaliste. Et, comme d’habitude, son style fait à base de phrases courtes, de répétitions, de morceaux de poésie pure, nous fait plonger dans la psychologie des personnages.

Mais son ambition est aussi de montrer le traumatisme d’une nation, désarçonnée, déboussolée, déracinée, assommée par la défaite. C’est une nation qui se reconstruit à partir de rien, et qui découvre les horreurs que leurs congénères ont fait pendant la guerre, à savoir les recherches sur des poisons bactériologiques à des fins militaires avec des essais sur des cobayes humains que furent les prisonniers de guerre. Et personne n’est épargné avec le rôle trouble des Etats-Unis qui veulent récupérer les résultats de ces recherches.

Ce roman s’avère plus abordable que le précédent (un des chapitres est dur à suivre, mais ne gêne pas la compréhension), mais tout aussi brillant. Sa construction très originale et son sujet parfaitement bien maîtrisé confirment tout le talent de cet auteur décidément à part dans le monde du roman noir. Si le suspense est très bien entretenu, n’en attendez pas un roman d’action, mais plutôt un roman qui fouille les âmes, dans toute leur complexité. Tokyo Ville Occupée se révèle un très bon roman de David Peace, et si vous ne connaissez pas cet auteur, c’est le moment de vous y mettre.

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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commentaires

La ruelle bleue 21/09/2010 08:25


Tout à fait d'accord... Je suis bluffée par le style de l'auteur. Une écriture à multiples facettes, magnifique et puissante, ce qui n'est pas si courant dans les polars. Un très beau moment de
lecture.


Pierre faverolle 21/09/2010 10:49



Tu ne connaissais pas David Peace ? Il ne te reste plus qu'à lire ses autres romans ! A commencer par le Red Riding Quartet et GB84. Regarde mes réponses aux commentaires.


A bientot



gridou 20/09/2010 18:41


J'ai déjà abandonné la télé mais le monde littéraire est très très vaste...


Pierre faverolle 20/09/2010 19:55



A qui le dis tu ? Tout à fait d'accord !



gridou 20/09/2010 17:09


Moi non plus je n'ai jamais lu David Peace ( mais je connais Liberty).
En tout cas j'ai entendu parler de ses romans 1974, 1977, 1980. Je pensais qu'il fallait commencer par là...
Comme toujours je note tes conseils et ajoute encore des livres à ma liste de lecture qui s'allonge s'allonge plus vite que je ne lis.


Pierre faverolle 20/09/2010 18:28



Je te donne un conseil : Abandonne les sorties et la télé. J'y gagne 2 heures de lecture minimum par jour. Après, si tu lis vite, 2 heures, ça fait environ une centaine de pages. Si on ajoute le
week end et le temps d'écrire les articles ... ça fait 2 bouquins par semaine. Voilà la recette ! Pour redevenir sérieux, pour commencer l'oeuvre de David Peace, je ne sais que te conseiller
vraiment. 1974 est un bon choix, GB84 aussi. Tokyo ville occupée est très accessible, de même que 44 jours (qui parle du foot, mais qui est avant tout un formidable portrait d'un homme rebelle
qui se trompe). A toi de voir. Pour le quartet Red riding, il faut t'attendre à souffrir, la lecture est noire opaque sans espoir. Il vaut mieux avoir le moral avant de l'attaquer. Conclusion :
j'adore et j'espère qu'il en sera de même pour toi


A bientot



Richard 20/09/2010 11:45


Ne connaissant pas David Peace et étant intrigué par son oeuvre, je vais suivre ton conseil et me procurer ce roman.
Merci
Amitiés


Pierre faverolle 20/09/2010 16:47



Comment ? Tu ne connais pas David Peace ? Celui ci est impressionnant dans sa construction. Après, tu peux attaquer le Red Riding quartet qui est éprouvant (tu peux lire les critiques chez mon
copain Liberty : http://touteunehistoire.over-blog.fr/). Enfin, GB84 est génial (je le place au niveau de 1977 et 1983 ...). Si tu accroches à son style et à sa construction, tu vas trouver tous
ses romans géniaux.


A bientot



gridou 20/09/2010 08:25


c'est noté ! Merci


Pierre faverolle 20/09/2010 16:47



De rien, bonne lecture et à bientot pour en reparler.



bruno 19/09/2010 21:43


je suis en train de le lire, et il est vrai que j'ai été pris tout de suite par l'histoire et le style de l'auteur. Je ne manquerai pas de te dire via un papier ce que j'aurai pensé au final de ce
roman tant attendu ! Amitiés


Pierre faverolle 20/09/2010 16:48



Bonne lecture et à très bientot alors !



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