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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 19:41

Suites ImpérialesUn roman de Brett Easton Ellis est forcément un événement, et cela pour deux raisons : c’est un auteur doué tout d’abord, et ensuite il n’est pas très prolifique (5 roman en 25 ans). Voici donc Suite (s) impériale (s), la suite de Moins que zéro, que j’ai eu la chance lire grâce à Blog O Book.

Clay est scénariste pour le cinéma. Il passe son temps entre New York et Los Angeles. Il revient donc à Los Angeles à l’occasion du casting d’un film issu de son nouveau scénario Les auditeurs. Pour ce film, il est producteur associé et passe en revue les acteurs et les actrices amateurs dont le rêve est d’atteindre la célébrité.

De réception en fêtes, logotwitterClay traîne sa solitude comme un chien en laisse, jusqu’à ce qu’il remarque une jeune femme blonde, Rain Turner, d’une beauté éblouissante. A partir de là, il se croit amoureux et son obsession pour cette femme va lui donner un but qui est de l’avoir exclusivement pour lui. Le challenge est grand sachant qu’elle est passée entre les bras (et les draps) de ses amis et ses connaissances.

Lors de ses déambulations, enivrées d’alcool et de drogues diverses, Clay s’aperçoit qu’il est suivi. Une Jeep bleue est garée en face de son hôtel, une Mercedes le suit souvent. Et surtout, il reçoit sans cesse des SMS anonymes lui disant : « Je t’ai à l’œil ». Pour quelqu’un qui ne veut pas s’attacher à la réalité, c’est le seul lien, la seule raison qui peut occuper son esprit malade. Sa paranoïa se développe pour se protéger et il se demande si Rain n’est pas avec lui uniquement pour parvenir à ses fins : obtenir un rôle dans Les auditeurs.

Brett Esaton Ellis, je le connaissais dès Moins que zéro. Les lois de l’attraction et surtout American Psycho m’ont fait l’effet d’une bombe dans les années 80-90. J’avais raté Glamorama (à cause du nombre de pages) et arrêté Lunar Park au milieu (A l’époque, je n’avais pas envie de lire ce genre de roman). Brett Esaton Ellis, c’est un auteur qui oscille entre fantasme et réalité, ce qui fait que le lecteur est désarçonné, ne sachant plus si l’intrigue est vraie ou si c’est un rêve (ou plutôt un cauchemar). Ses personnages ne veulent pas tenir compte du présent, se détachant de leur vie et de leur sentiment pour mieux montrer la vacuité de leur vie.

N’attendez pas de ce livre un roman comme les autres. Le personnage de Clay, qui est le narrateur de cette histoire, est quelqu’un de complètement détaché. En vingt cinq ans, il n’a pas changé. Il ne ressent rien, n’a aucun sentiment, aucune sensation, n’apprécie personne, tant que ça n’atteint pas sa petite personne. C’est aussi pour lui une façon de se protéger, de ne pas se mettre en danger.

Ce roman est court, 227 pages, formé de paragraphes plus ou moins longs. Il y a très peu de dialogues. Cette structure sert complètement l’histoire et la psychologie de Clay puisqu’il est tellement absent de sa vie qu’elle se résume à des scènes, ou du moins celles dont il se rappelle et qu’il interprète. De même, il parle peu avec les autres et les écoute à peine. Il glisse sur sa vie, attend que le temps passe, à coups de vodka, de cocaïne ou de Xanax.

En lisant des interviews de Brett Easton Ellis, où il serine qu’il écrit avant tout sur lui, je m’interroge. Car ce livre est l’illustration même de l’Ennui, c’est son sujet. Clay n’a rien à faire, il ne cherche pas de nouvelles émotions ni de nouveaux amis. Si réellement Ellis parle de lui, alors je le plains. Un tel détachement par rapport au monde, aux gens doit être dur à supporter … mais ce n’est que ma vision.

Suite (s) impériales (s) est un bon Ellis, mais seulement. C’est du Ellis sans surprises, et je dirai même du classique. Les fans adoreront, ceux qui n’aiment pas détesteront. Il n’en reste pas moins que l’écriture est neutre mais extrêmement précise. Chaque phrase est parfaitement construite, chaque mot soigneusement choisi, chaque scène décrite de façon très analytique. C’est un auteur doué que j’attends dans un autre registre de peur d’avoir l’impression de relire un de ses précédents romans.

Pour finir, un grand merci à Blog O Book et aux éditions Robert Laffont pour la lecture de ce livre.

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Published by Pierre faverolle - dans 2010
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commentaires

Carine-Laure Desguin 30/08/2012 13:27

J'ai lu ZOMBIES et SUITES IMPERIALES; j'attaque GLAMORAMA; un auteur à part, avec des héros détachés aux aspirations futiles; je me dis "Bon Dieu ça existe vraiment des mecs pareils?"; des gens
partagés entre sexe drogue et sexe drogue; mais j'aime ces lectures, ça me change et on découvre un monde...

Pierre faverolle 30/08/2012 21:26



En ce qui me concerne, j'ai un gros faible pour American Psycho et toute la métaphore de l'Amérique puritaine qui veut se débarrasser de ses pindésirables qui font tache d'huile.


A bientôt



jeanjean 26/09/2010 19:57


Déçu personnellement par ce roman, surtout après "Moins que zéro". Une suite à peu paresseuse je trouve, qui manque d'unité et d'inventivité de la part d'un auteur qui nous avait justement habitués
à innover à chacun de ses romans.
Il était au festival America ce week-end, je ne l'ai pas vu, préféré aller écouter L. Padura, G. Arriaga, J. Grady et quelques autres. Encore une belle édition, d'ailleurs. @+


Pierre faverolle 26/09/2010 21:48



Salut Jeanjean, j'ai essayé de te laisser un massage cette semaine, mais le code anti spam n'a rien voulu savoir ! On est d'accord sur le livre. Par contre, j'ai lu ce week end que Ellis allait
passer à autre chose. Et ça, ça me fait plaisir. A suivre donc ...


A bientot



gridou 23/09/2010 10:26


J'ai lu american psycho. J'avais aimé le coté noueau, j'avais jamais lu un truc pareil...
Glamorama, c'est le milieu branché friqué des mannequins à la mode. D'une fête à l'autre... alcool, came, sexe. Souvent, on ne sait pas si on est dans le rêve, le trip de junkie, le fantasme ou la
réalité et au final...beaucoup d'ennui (du narrateur qui arrive à transmettre au lecteur...).


Pierre faverolle 23/09/2010 11:38



ça a l'air d'être la même chose. A part que là, au lieu d'osciller entre rêve et réalité, c'est plutôt vision de Clay, qui ne s'intéresse pas à grand chose. Il est complètement désintéressé de la
vie, il attend ... que le temps passe. D'où le découpage en paragraphe, on a droit à des passages de sa vie ... qui sont probablement les seuls moments dont il se rappelle.


A bientot



gridou 23/09/2010 08:45


Ce que tu en dis me fait vraiment penser à Glamorama; L'histoire semble très proche et le style aussi.
Suite(s) impériale(s) : je passe


Pierre faverolle 23/09/2010 09:21



Comme je n'ai pas lu Glamorama, je ne peux te dire. Le seul conseil que je pourrais te donner, c'est de lire les 3 premiers. Et je souhaite réellement que Ellis sorte de sa bulle, qu'il fasse
autre chose de totalement différent. Il a le talent pour ça ! Ce fut un plaisir personnel de retrouver Ellis depuis 10 ans (?) que je n'en ai pas lu, avec un soupçon de déception.



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