Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 17:46

On the brinksCoup de coeur ! si je lis des romans, c’est bien pour ressentir ce genre d’émotions, pour être emporté par des émotions qui me dépassent. Et si ce roman n’en est pas un, puisque c’est une autobiographie, la vie de Sam Millar s’avère être un scenario de roman noir tellement extraordinaire que l’on ne peut pas rester insensible, ni dans le fond, ni dans la forme à ce qui y est raconté. Ce livre est divisé en deux parties, l’une qui se déroule en Irlande, l’autre aux Etats Unis.

Belfast. Alors qu’il nait dans une famille protestante, sa mère lui donne une éducation catholique. Toute son enfance est bercée par les conflits entre les catholiques irlandais, les protestants et l’armée britannique. Nous allons suivre ses premiers pas dans le monde adulte ; sa prise de conscience politique s’éveille quand il commence à travailler aux abattoirs et l’assassinat de son meilleur ami Jim Kerr. A dix sept ans, Sam est enfermé à la prison de Long Kesh, pour activisme terroriste. Là bas, il va y subir les pires pressions et les pires tortures que l’on puisse imaginer.

Je peux vous dire que cette première partie n’est pas près de vous laisser tranquille, tant elle est forte et horrible. J’en ai perdu quelques nuits de sommeil, non pas parce que je me suis identifié au personnage de Sam, mais par la description de ce que l’on faisait subir aux prisonniers. Car cette partie est écrite avec un détachement, une froideur qui fait froid dans le dos, justement.

Le but de cette partie comme l’ensemble de ce livre n’est pas de prendre position pour les uns ou les autres, mais bien pour l’auteur d’écrire son histoire en forme de testament, de mettre noir sur blanc ses traumatismes pour en faire un exorcisme personnel. Le détachement et le regard froid de ces passages joue beaucoup dans la pression permanente que vivent les prisonniers, que j’ai ressenti à la lecture.

Cette première partie ne vous laissera pas tranquille, vous empêchera de dormir, car Sam Millar additionne les scènes, d’une efficacité incroyable et sans sentiment. Ce que nous donne à voir Sam Millar, ce sont aussi des hommes qui font la guerre, qui sont entrés en résistance en refusant de travailler. Sans vouloir juger de la situation politique, on ne peut qu’être révolté devant les scènes de tabassage, de torture, de harcèlement qui furent réalisées dans ces geôles. C'est une pure plongée en apnée dans le monde de l'horreur.

Et puis, on plonge dans la deuxième partie, comme si on nous avait plongé la tête sous l’eau pendant quelques minutes, à bout de souffle. Millar est sorti de prison après la mort de Bobby Sands et a immigré aux Etats Unis illégalement. Il va être licencié quand la police ferme le casino dans lequel il travaillait. Il va alors monter, avec quelques complices, l’incroyable vol du dépôt de la Brinks à Rochester.

Là aussi, on est frappé par le calme qui ressort de ces pages, que l’on peut opposer à la furie de Belfast. Mais c’est un homme qui veut survivre auquel on a droit ici, qui ne ressent plus rien, si ce n’est la nécessité de se procurer de l’argent. A la lecture plus classique de cette partie, je me suis dit que la vie de cet homme là est tout simplement incroyable, et qu’elle dépasse tous les scenarii que l’on aurait pu imaginer.

On the brinks, aller au bout des choses. Sam Millar a osé porter un regard sur son passé, nous jeter en pleine face ce qu’il a vécu, sans en rajouter, pour se livrer et pour livrer aux lecteurs un roman noir brillantissime. On pourra toujours se demander pourquoi il a été enfermé, où est passé l’argent de la Brinks, pour quel usage a-t-il été utilisé ? Il n’en reste pas moins que ce roman est parfait de bout en bout, que c’est un roman qui, à mon avis, a plus été écrit pour l’auteur lui-même que pour ses lecteurs, un roman sans concession, une confession noire d’un passé à ne pas oublier, qu’il faut ranger du coté de La bête contre les murs de Edward Bunker. Coup de cœur !

Dans les quelques avis piochés ici ou là, allez voir ceux de Jean Marc, Claude et Yan.

Ce billet est dédié à Claude (il saura pourquoi), à Richard (pour le conseil), à Coco (pour le prêt du livre), et à ma femme qui va me l'offrir pour la fête des pères. 

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre faverolle - dans 2013
commenter cet article

commentaires

Cathy 30/05/2013 11:19

Pas pu résister à ta chronique, j'ai acheté le livre hier, je le démarre aujourd'hui même et j'ai hâte de retrouver un irlandais pur jus.

Pierre FAVEROLLE 30/05/2013 20:54

Je te souhaite une excellente lecture. A bientôt pour en reparler et merci pour le compliment

Norbert 20/05/2013 07:39

Bonjour Pierre,
Je suis heureux de tomber sur ce billet et de voir que ce livre est aussi un gros coup de coeur pour toi. Personnellement, je ne l'ai pas encore terminé, non pas qu'il m'ennuie bien au contraire, mais parce que je "savoure" chaque partie (je note des citations, et tout ce gnre de trucs qui me font perdre du temps au final !). Mais à propos du grand Sam, tu dis qu'il est né dans une famille protestante et que c'est l'éducation catholique de sa mère qui... Alors que si j'ai compris que son grand-père était un protestant, comment dire, "farouche" et implacable, il me semblait que son père, bien que peut-être plus en retrait niveau religion, était lui aussi catholique ?! Ou alors, il l'est devenu à son mariage, ce que j'en déduis finalement maintenant. Wow ! Ca montre encore plus ce qui m'a marqué et touché dès les premières pages : cet enfance d'une infinie dureté, dans la pauvreté (y compris familiale et donc sentimentale) la plus extrême, et sans compter les humiliations, les frustrations, etc. C'est vraiment un récit (ou un roman) stupéfiant et saisissant de noirceur, et de mélancolie, heureusement guidé par le courage en acier de son narrateur. Et sa détermination à vivre - ou plutôt à survivre...
Merci pour ta chronique en tout cas, excellente, comme celle de Jean-Marc notamment. Je poursuis ma lecture ! ;)

Pierre FAVEROLLE 20/05/2013 08:31

Salut Norbert, que te dire, si ce n'est merci pour ton message et bonne lecture. Ce livre figure déjà parmi mes meilleures lectures de cette année ... et ce n'est pas fini !
A bientôt

sam millar 09/04/2013 18:46

Pierre, once again, merci!

Pierre faverolle 09/04/2013 21:06



Hello Sam ! You are the one to be thanked. Hope to see you soon in Paris ! Friendly



Jean-Marc Laherrère 09/04/2013 08:38

Sam Millar a dû boire quelques pintes, ou même le champagne hier soir.
Comme quoi il n'y a pas que de mauvaises nouvelles.

Pierre faverolle 09/04/2013 21:05



J'ai pris l'apéro en son honneur ! D'ailleurs, ça donne envie de se replonger dans GB84 de David Peace pour se rendre compte du soulagement. Amitiés



Claudre Le Nocher 08/04/2013 08:12

Merci pour la dédicace, mon cher Pierre.
Les livres nous aident dans bien des cas. Et quand ils ont la qualité évocatrice de celui-ci, c'est encore plus important pour nous.
Amitiés.

Pierre faverolle 08/04/2013 20:25



Salut Claude, un livre que tu as déjà mis de coté ... Amitiés



Evy 07/04/2013 21:51

Super cadeau a faire bonne soirée bisous evy

Pierre faverolle 08/04/2013 06:31



Bonne semaine maintenant !


BIZ



Présentation

  • : Le blog de Pierre Faverolle
  • Le blog de Pierre Faverolle
  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
  • Contact

Sur ma table de nuit ...

Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

http://blacknovel1.wordpress.com/

   

Recherche

Archives

Catégories