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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 18:10

MapucheC’est toujours pareil avec Caryl Ferey : on s’attend à lire un roman noir, dans un pays exotique et violent, et à chaque fois, on en prend plein la figure. Une nouvelle fois, l’intrigue est menée impeccablement, et Caryl Ferey prend son temps pour nous asséner quelques vérités sur l’état de notre monde.

C’est l’Argentine qui passe sur la table d’autopsie du docteur Ferey, celle d’aujourd’hui, qui doit faire face à un passé bien peu reluisant lors des dictatures qui se sont succédées dans les années 70 et 80. L’image que l’on découvre devant nos yeux effarés est celle d’un pays vivant dans la misère, qui a oublié la belle époque du tango enchanteur de Carlos Gardel ou la victoire inoubliable de l’équipe de football en 1978.

Au fin fond des docks, à Buenos Aires, dans les bars crasseux ou au milieu des ordures immondes qui jonchent les rues, les femmes comme les hommes se prostituent pour quelques pesos, pour manger, pour vivre, pour survivre. C’est sur la découverte du corps de Luz, un travesti, que s’ouvre le roman, avec cette image noire, dure, intolérable, d’un assassinat dont tout le monde se fout, parce que c’est tellement commun. Les gens disparaissent ; parfois, on retrouve leur corps, mais personne ne s’intéresse à ces cas-là.

Il y a bien Ruben Calderon, un ancien prisonnier des geôles de la dictature, celles là même qui ont été mises en place avec les anciens nazis qui ont fui l’Allemagne pour un pays lointain qui leur ouvrait les bras. Ruben en a réchappé ; parfois les tortionnaires relâchaient des prisonniers pour qu’ils décrivent ce qu’ils ont vu et vécu. Cela permettait de faire grimper la peur auprès du peuple. Ruben n’a rien dit, jamais, il a préféré créer son agence de détective pour poursuivre les disparus et leurs bourreaux.

De son coté, Jana Wenchwn est Mapuche, d’un petit peuple indien expulsé de ses terres et exterminé pour le bienfait de riches propriétaires terriens. Elle a vendu son corps auprès de vieux ignobles, pour une bouchée de pain, pour se payer ses études, pour survivre. Aujourd’hui sculptrice, elle est va contacter Ruben pour retrouver Luz, une amie. Ruben refuse.

C’est bien difficile de faire un résumé de cette intrigue, tant elle est touffue et plonge dans les abîmes d’un pays, dont le passé est aussi horrible que les pires pages de l’histoire mondiale du vingtième siècle. Caryl Ferey nous avait habitué à écrire de grands romans noirs, celui-ci en est un de plus à mettre à son actif. Car à son style journalistique et distancié, il ajoute une touche humaine, voire humaniste à travers deux formidables personnages : d’un coté un revenant qui mène sa croisade personnelle, de l’autre l’ange ingénu en lutte contre le mal.

A la fois roman foisonnant, grandiose et intimiste, Caryl Ferey nous épate, nous en met plein la vue, nous emmène là où il veut, et nous force à lire ce que l’on ne veut pas voir, ni savoir. C’est une démonstration à la force du poignet, au souffle romanesque épique. Et il ressort de cette aventure que les dirigeants d’hier sont pareils que ceux d’aujourd’hui, et que ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent.

Le pays dévasté que nous donne à voir Caryl Ferey n’est pas beau à voir, empêtré dans son histoire, hanté par ses démons, ses meurtres, ses massacres. C’est une lutte pour la mémoire, pour que l’on n’oublie pas, comparable à celle des juifs contre les nazis, un combat dont on ne parle pas beaucoup ici car elle est située à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous. La force de Caryl Ferey, c’est de nous y plonger la tête, de nous impliquer.

C’est un roman noir mat, brut et brutal, par moments fleur bleue pour nous étouffer par la suite, brutal, violent, important, essentiel. C’est un appel à l’humanisme basique, à la justice élémentaire. A nouveau, Mapuche est un coup de maître, de ces livres dont on n’oublie pas les personnages, ni les messages. Tout se résume dans cette phrase piochée page 294 : « Non : la cruauté des hommes n’avait pas de limites … ».

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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commentaires

gridou 01/11/2013 11:35

"Un livre dont on n'oublie pas les personnages": t'as tout à fait raison. Je me suis tout de suite attachée à eux et j'espère qu'on les retrouvera dans une autre aventure.
Sinon...je ne suis pas surprise qu'on soit d'accord sur ce bouquin.

Pierre FAVEROLLE 03/11/2013 11:50

Pas sur qu'on retrouve ces personnages, mais le prochain se déroulera au Chili, donc pas loin de l'Argentine

Stéphane 18/05/2013 13:42

Le 17 mai 2013 le général Jorge Videla est mort en prison en Argentine.
Que le diable le fasse rôtir en enfer pour des millénaires.
Le 18 mai 2013 je termine le roman "Mapuche" de Caryl Férey.
Coicidence ?
ce livre est envoutant, formaidable, noir.
je partage votre opinion, quel récit

Pierre FAVEROLLE 18/05/2013 15:57

Salut Stéphane, J'ai lu ça dans la presse mais ce roman m'a appris plein de choses que je ne savais pas. Je suis de la génération haby, ce cher monsieur estimait que l'histoire n'avait pas d'importance ... alors celle des pays étrangers, n'en parlons pas ! Bref, trêve de bavardage, c'est un excellent roman, il me semble que Caryl ferey s'améliore à chaque roman, si c'est possible. Quant au sujet, j'espère que tu as lu GB84 de David Peace en hommage à Maggie Thatcher ? Quitte à parler de pourris ...
A bientôt

Alice 12/07/2012 22:01

J'aime beaucoup les romans de Caryl Férey également, et la lecture de Mapuche a été une aventure saisissante. Très belle critique, très vraie, qui reflète très bien l'univers que l'on y trouve,
bravo !

Pierre faverolle 13/07/2012 07:12



Merce beaucoup pour ces compliments. C'est un roman humain qui touche beaucoup.


A bientôt



Guillaume 01/06/2012 09:56

je viens de me prendre une belle claque en terminant de roman. Décidément Caryl Férey signe encore un roman brillant. J’approuve 100% ta chronique !!! @ +

Pierre faverolle 01/06/2012 21:11



Merci beaucoup pour ton message et heureux que tu aies apprécié comme moi


A bientôt



CAUBERT 19/05/2012 14:11

Bonjour,

Dominique va vous remettre lundi le premier livre de Peter May " Meurtre à Pékin".
Conservez ce livre le temps qu'il vous plait.

Isabelle et Dominique CAUBERT

Pierre faverolle 19/05/2012 17:48



Il me semblait bien avoir reconnu le nom ... merci beaucoup, je vais me pencher sur le cas de Peter May !


A bientôt



CAUBERT 19/05/2012 13:00

Bonjour,
Connaissez vous la série des Peter May ( 5 ou 6 bouquins) qui place l'intrigue dans la
Chine contemporaine avec les enquêtes du commissaire Li Yan et du médecin légiste américain Margaret Campbell.
Je peux vous soumettre le 1er titre " Meurtres à Pékin" paru en 2005.
Nous, nous l'avons dévoré... ainsi que les autres.

Dominique et Isabelle.

Pierre faverolle 19/05/2012 13:34



Bonjour, je n'ai jamais lu de Peter May, bien que je connaisse son nom. Je n'en ai juste jamais eu l'occasion. J'accepte avec plaisir cette proposition mais plutôt pour le mois de juin ... je
suis un peu débordé en ce moment.


A bientôt



Claude LE NOCHER 18/05/2012 20:35

Salut Pierre
Pas lu ta chronique, puisque je vais me faire bientôt mon idée sur ce livre. Mais la production printanière est riche de bons titres, tu ne l'ignores pas...
Amitiés.

Pierre faverolle 19/05/2012 07:44



Salut Claude, ça va te secouer ...


A bientôt pour en parler



Foumette 17/05/2012 11:02

Comme tu me tentes...et que ta chronique est de feu..je le note sur le haut de ma liste! Merci Pierre!

Pierre faverolle 17/05/2012 11:45



de rien foumette



Jacques Olivier Bosco 17/05/2012 10:41

Bonjour, superbe chronique en effet, cela sent le méga super roman noir de l'année, et cela donne vraiment envie de le lire, si l'écriture est prenante, si les personnages sont poignants et si le
pays, autour, foisonne et respire, alors, que demander de plus. Cela va être dur -sic- pour les autres auteurs "d'emmener" le lecteur aussi bien. Il faut savoir reconnaitre les maitres! Encore
bravo pour lui et merci de nous donner envie de lire.
JOB

Pierre faverolle 17/05/2012 11:44



Merci JOB pour ces compliments, ce roman est un superbe roman noir, marquant, brut et dur. Caryl Ferey n'en sort pas beaucoup mais à chaque fois c'est un choc.


A bientôt



qu'est ce que j'ai aimé ctte chroniqueq 16/05/2012 22:13

qu'est ce que j'ai aimé cette chronique bravo,j'ai plein de respect pour cet auteur,et je n'ose pas le chroniquer,mais vraiment c'était bien!!!!

Pierre faverolle 17/05/2012 08:31



merci ... super roman noir


A bientôt



Sharon 16/05/2012 20:17

Je n'ai lu qu'un roman de Caryl Ferey (écrit pour la jeunesse) dans le cadre du prix des Dévoreurs de livre. Il écrit vraiment "pour la jeunesse" sans prendre les ados pour des sous-lecteurs.

Pierre faverolle 16/05/2012 21:25



Salut Sharon, à peine publié et hop ! un commentaire ! Merci tout d'abord. Ton commentaire ne m'étonne, car il écrit ses romans noirs sans prendre ses lecteurs pour des cons. ça a l'air bête ce
que je dis, mais je te conseille Zulu, et ensuite tu liras dans la foulée ce Mapuche. Foi de Black Novel


A bientôt



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