Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 19:30

le mur le kabyle et le marinPutain, deux ans ! Comme disaient les Guignols de l’info. Deux ans que je l’attends, ce roman de Antonin Varenne. Deux ans, depuis le choc Fakirs et le premier coup de cœur de Black Novel. Eh bien, le voici ! Et c’est un coup de cœur … encore !

Avril 2008. Combat de boxe sordide entre un jeune homme d’une vingtaine d’années et un autre boxeur de quarante ans. Le combat est âpre, difficile entre Gabin le jeune et Georges Crozat le flic, dit le mur. On l’appelle comme cela car il sait encaisser. Il est patient, prend les coups, et surveille les faiblesses de son adversaire. Il reçoit d’innombrables coups, les supporte mais aime ça. Puis, au cinquième round, Gabin est fatigué, baisse sa garde, et Le Mur le cueille d’un uppercut magistral : KO

A la fin du match, Paolo, son entraîneur, est fier de lui, même s’il aurait préféré qu’il attende le sixième round pour le descendre. Se pointe alors le Pakistanais, qui lui propose un marché : tabasser des mecs pour une bonne somme, tout cela sans risque, pour venger quelques cocus. Le Mur refuse puis finit par accepter cette manne qui va lui permettre de se payer quelques putes supplémentaires. Un bristol glissé dans sa boite aux lettres, le nom de la future victime et voilà Crozat devenu le poing armé de la pègre. C’est le tour de Dulac puis de Brieux puis de deux autres hommes, jusqu’à ce qu’il croise le chemin de Bendjema, qui va lui ouvrir les yeux.

1957. Verini est un jeune homme issu d’une famille d’ouvriers. Son père lui a dit : « casse toi, ne viens pas travailler à l’usine ». Alors, il s’applique pour ses études de dessin industriel puis s’engage dans l’armée. Avec l’aide du piston du père de sa petite amie, il est envoyé en région parisienne. Mais le coup de piston a un prix : il ne doit pas revoir sa copine. Il refuse alors l’autorité et reçoit sa punition : la mesure disciplinaire est de l’envoyer en Algérie, en plein cœur du conflit.

Après le choc Fakirs, attendez vous à une deuxième rafale, toute aussi puissante. Et là où Antonin Varenne montrait notre société avec une enquête sur un jeune homme qui se transperçait pour son public, cette fois ci, il nous oblige à regarder ce que beaucoup ne veulent pas se rappeler : la guerre d’Algérie. Entre les entraînements et les images de propagande, tout est bon pour monter les gentils Français contre les méchants Algériens. Puis, ce sont les descriptions des DOP (les Dispositifs Opérationnels de Protection), cette institution de torture des ennemis. Et, encore une fois, l’auteur nous décrit cela au travers de Verini sans prendre position, ce qui en rajoute encore dans notre imaginaire à nous, lecteurs. « La guerre ne forme pas la jeunesse, elle la viole ».

Et puis, on a encore affaire à de beaux portraits d’hommes entre Crozat, ce policier municipal, « même pas policier », boxeur bientôt à la retraite, désespérément seul, qui aime la douleur, qui est vide comme une baudruche, qui est bigrement attachant aussi. Brahim Bendjema, un vieil algérien qui a tout vu, tout connu et qui trouve la bonne raison au bon moment pour se venger, essayer de créer un semblant de justice, et Verini, ce jeune homme devenu un homme vide, une victime dans le clan des gagnants / perdants marqué à vie et qui veut juste oublier.

L’ambiance est lourde, glauque, violente, malsaine, avec toujours cette qualité pour les dialogues. Par contre, j’ai l’impression d’une grande progression dans l’utilisation de la langue, une volonté de ne pas en rajouter, mais de trouver les mots justes, les verbes qui frappent. C’est un roman que j’ai lu lentement, buvant chaque mot, avalant chaque phrase de peur de rater un moment ou une expression important. C’est le roman de la maturité pour Antonin Varenne, le roman qui ne se lit pas comme on lirait un thriller mais qui se déguste comme un verre de cognac : doucement mais avidement, avec un goût âpre et inoubliable sur la fin. Bienvenue dans l’horreur, celle qui fait mal aux tripes.

La dernière page du livre est un hommage de l’auteur pour son père, ce père qui a connu ces horreurs, qui a tout caché jusqu’à dévoiler quelques bribes du passé avant de mourir. De cette page, avec cette page, le roman prend un tout autre éclairage, devient d’autant plus éblouissant, plus lourd à porter aussi. Votre père peut être fier de vous, M.Varenne.

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre faverolle - dans 2011
commenter cet article

commentaires

web designer 08/05/2012 14:13

Terminé la lecture! Vous avez raison en bas de la gamme. J'ai aussi ma pris une chance de l'étudier ... Cette personnalité, Verini qui choisit de ne pas adhérer au troupeau et continue à être réel
pour lui-même est toujours étonnant. J'étudie beaucoup de rapports sur les problèmes au sujet de la guerre, mais je n'ai jamais été si ému par ce personnage!

Pierre faverolle 08/05/2012 16:32



Un de mes livres préférés !



remedios caseros hemorroides 03/02/2012 09:14

Tu as raison sur toute la ligne. Moi aussi j'ai pris mon temps pour le lire...Ce personnage de Verini, qui choisit de ne pas suivre le troupeau et reste fidèle à lui-même malgré tout est
incroyable. J'ai lu plein d'horreurs sur la guerre mais je n'ai jamais été aussi touchée que par ce personnage!

Pierre faverolle 03/02/2012 21:32



Mon coup de coeur 2011 avec le Williamson. J'adore Antonin Varenne !



water for gas 02/02/2012 14:52

Je suis Dominique Manotti depuis un bon moment maintenant. Je n'ai pas encore tout lu (il doit m'en manquer 2 ou 3) mais ça commence à en faire. Elle parle très bien de notre époque et pourtant,
paradoxalement je dirais, son roman que je préfère est le seul qui ne se déroule pas aujourd'hui, à savoir Le corps noir, qui se déroule en 1944 sur fond de Gestapo et de collabos retournant leur
veste...

Pierre faverolle 02/02/2012 20:53



Le corps noir, magnifique, mais là, c'est l'article de A.Varenne !



Marine 28/01/2012 16:34

Quelle belle chronique. Je dirai qu'elle est largement à la hauteur du roman.
Bravo Pierre !

Pierre faverolle 28/01/2012 17:11



Salut Marine, j'attends la tienne avec impatience !


A bientôt



remedios caseros hemorroides 12/01/2012 10:10

Sinon, celui là est excellent, très différent des précédents, avec quelques similitudes. Enfin bref, tout ça pour dire que l'univers de Antonin Varenne est riche complexe et passionnant. Et j'en ai
encore un à lire !!

Pierre faverolle 12/01/2012 14:39



C'est mon chouchou



gridou 15/07/2011 10:21


Lecture terminée ! Tu as raison sur toute la ligne. Moi aussi j'ai pris mon temps pour le lire...Ce personnage de Verini, qui choisit de ne pas suivre le troupeau et reste fidèle à lui-même malgré
tout est incroyable. J'ai lu plein d'horreurs sur la guerre mais je n'ai jamais été aussi touchée que par ce personnage!


Pierre faverolle 15/07/2011 12:24



Salut Gridou, d'habitude, je ne mets pas 2 fois un coup de coeur, mais là, j'ai trouvé ce roman éblouissant ... et plus abordable que Fakirs ! Antonin Varenne est un grand auteur ! N'hésite pas à
envoyer le lien de ton article à Viviane hamy qui fera suivre à Antonin. Il est super sympa !


A bientôt



Antonin 03/05/2011 21:11


Bonjour Pierre,
Je me permets un petit message de remerciement. Cette chronique est du genre dont on rêve, surtout après avoir écrit un bouquin difficile comme celui-là, pour pas mal de raisons.
Bonne continuation, bonnes lectures.
Amicalement

Antonin


Pierre faverolle 04/05/2011 09:27



Bonjour Antonin, je te réponds par mail



Sharon 26/04/2011 20:07


Ce que tu écris de ce livre donne non seulement envie de le découvrir, mais aussi de découvrir l'oeuvre de cet auteur, tout simplement.
Trouver un roman qui parle de la guerre d'Algérie est encore difficile de nos jours - pareil pour la guerre d'Indochine.


Pierre faverolle 26/04/2011 20:28



Bonjour Sharon, je ne vais pas répéter ce que je viens de dire à David (voir commentaire précédent), mais il y a un roman qui est génial parait il et qui parle de la guerre d'Algérie, qui doit
s'appeler "Des hommes" de Laurent Mauvignier (éditions de Minuit). Sinon, celui là est excellent, très différent des précédents, avec quelques similitudes. Enfin bref, tout ça pour dire que
l'univers de Antonin Varenne est riche complexe et passionnant. Et j'en ai encore un à lire !!


A bientôt



David Mourey 26/04/2011 18:41


Bonjour, ce que tu dis de ce livre donne vraiment envie de le lire. Je l'ajoute à ma liste. De quoi découvrir un auteur. Merci et à bientôt.


Pierre faverolle 26/04/2011 20:23



Bonjour David, tant mieux si ça te donne envie d ele lire, et tant mieux si tu l'apprécies.


A bientôt



gridou 24/04/2011 21:58


bon bah comme ça c'est clair... Je sais que ma prochaine lecture sera "fakirs" suivie de pas trop loin par ton nouveau coup de coeur ;)
merci Pierre !


Pierre faverolle 25/04/2011 08:09



Salut Gridou, merci de ta confiance. Fakirs et celui là sont très différents. Fakirs est plus rentre dedans, sans limites. Celui là est plus soft, mais l'ensemble est noir. Ne l'achète pas
encore, je vais le mettre en jeu pour un concours tout personnel organisé par moi même pour les 2 ans du blog !


A bientôt



Présentation

  • : Le blog de Pierre Faverolle
  • Le blog de Pierre Faverolle
  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
  • Contact

Sur ma table de nuit ...

Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

http://blacknovel1.wordpress.com/

   

Recherche

Archives

Catégories