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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 18:59

Coup de cœur, ouh la la, et même plus que ça ! Il y a deux ans, il y eut Moi comme les chiens de Sophie Di Ricci ; l’année dernière, ce fut Bienvenue à Oakland de Eric Miles Williamson, et cette année ce sera Le diable tout le temps de Donald Ray Pollock. J’ai trouvé le roman qui va rester longtemps dans les limbes de mon cerveau. Ne me faites pas dire que les autres coups de cœur ne sont pas des romans inestimables à mes yeux. Mais celui-ci est tellement particulier, tellement marquant, tellement bien écrit, tellement bien construit, que je ne risque pas de l’oublier de sitôt.

Il est de ces romans qui vont laisser des traces, pas forcément propres, un étrange mélange de sang, de boue et de merde. Il est de ces romans qui font écarquiller les yeux, qui nous font détourner la tête, en se disant : « Non, il ne va pas oser ! ». Il est de ces romans qui vous laissent comme un goût aDiable tout le tempsmer dans la bouche, comme une odeur de pourriture dans les naseaux. Le diable tout le temps a remporté le Grand Prix de la littérature policière 2012 dans la catégorie Roman étranger, devant Au lieu-dit Noir étang de Thomas H.Cook, et il fallait que je voie ça, il fallait que je me fasse une idée …

Nom de dieu ! Ce roman est un gigantesque roman, et tous les éloges de la quatrième de couverture sont encore trop plats pour décrire les émotions que l’on ressent à sa lecture, trop mièvres pour évoquer l’ambition réussie de ce chef d’œuvre. Voilà ! le mot est lâché, je vais avoir de nombreux commentaires pour m’insulter ou affirmer cela, mais peu importe ! J’aime, j’adore, j’en redemande, je le dis, je le revendique et je souhaite que vous adoriez aussi !

Il est bien difficile de résumer ce roman, car faire un résumé des premières pages risque d’être réducteur sur la façon de mener l’intrigue serpentesque (je sais, le mot n’existe pas dans le dictionnaire, mais j’ai écrit un mot à l’académie française) de ce roman. Car le roman est un gigantesque filet de pêche, dans lequel se débattent une dizaine de personnages, qui vont se rencontrer, s’ignorer, se retrouver, se percuter … pour le meilleur et pour le pire.

Pour vous donner une petite idée, il y a par exemple Willard Russell, un ancien combattant de la guerre du Pacifique, pendant la seconde guerre mondiale, qui va épouser une brave femme, Charlotte et avoir un fils Arvin. Willard va protéger son fils mais assister à l’agonie de sa femme due à un cancer, et espérer que des sacrifices animaux puis humains puissent sauver son épouse.

Diable tout le tempsIl y a des prédicateurs fous, arpentant les campagnes pour faire leur prêche dans les églises paumées de la Virginie. Roy et Theodore (qui est handicapé dans son fauteuil roulant) sont aussi horribles que leurs prêches sont convaincants. Roy va mettre enceinte une jeune femme, et Theodore va lui demander de lui prouver qu’il est la main de Dieu : par exemple, pourquoi ne tuerait-il pas la jeune mère pour la ressusciter ensuite ?

Il y a Carl et Sandy Henderson, un couple moderne qui arpente les routes du fin fond des Etats Unis. Leur passion, c’est la photographie : Sandy doit baiser avec les autostoppeurs qu’ils ramassent, et Carl les prend en photo avant, pendant et après leur mort prématurée. Il faut dire aussi que Sandy est la sœur de Lee Bodecker, le shérif de la ville et de la région de Ross County.

En fait, Donald Ray Pollock tisse son intrigue comme une araignée tisse sa toile. Les personnages sont vivants grâce à un style flamboyant, les décors sont incroyablement beaux, alors que les événements sont horriblement amoraux. Rarement, j’aurais été emporté par un auteur de cette façon, j’aurais bu les paroles d’un auteur sans jamais avoir eu l’impression de me lasser. Et tous ces personnages sont tellement gros que, dans les mains de Donald Ray Pollock, tout semble si vrai, si passionnant.

Au-delà de l’intrigue, que l’on peut lire au premier degré, il faut bien se rendre à l’évidence que le roman aborde le thème de la folie de la société. Tous les personnages sont de grands malades, et les seuls gens normaux vont subir une mort atroce. Et quand des personnages principaux se rencontrent, ça se termine mal, ce qui illustre que l’homme est un loup pour l’homme. Et le seul personnage à peu près normal de ce roman, le jeune Arvin que l’on va suivre pendant une vingtaine d’années, qui a été protégé pendant toute sa vie, lui aussi tombera dans la folie meurtrière. La conclusion de tout cela, Donald Ray Pollock nous l’assène en pleine face : ce monde est complètement fou, cela ne peut se terminer que dans la violence, et personne n’en réchappera.

Quelle conclusion pessimiste, quelle noirceur dans le propos, mais quel feu d’artifice dans le style ! C’est la marque de fabrique de cet auteur, qui avec ce premier roman, frappe un gigantesque coup de semonce et marque de son empreinte la littérature américaine et celle du roman noir. Ce roman est extraordinaire, laissez vous emporter par le fleuve noir de Donald Ray Pollock, il va vous emmener vers des contrées éblouissantes où vous n’aurez pas l’occasion d’aller tous les jours, cela va vous bouleverser et vous ne risquerez pas de l’oublier de sitôt. Coup de cœur, je vous dis !

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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commentaires

Hix 18/06/2013 11:31

Tout à fait d'accord
Que lire après un tel chef d'oeuvre

Pierre FAVEROLLE 18/06/2013 21:05

J'ai la réponse : Natural Enemies de Julius Horvitz ou bien une aventure désopilante de Tonton de Samuel Sutra, et à ce moment il faut commencer par Le pire du milieu.
A bientôt

Le Bouquineur 05/02/2013 15:01

A vrai dire, ce genre d’horreurs on en a déjà lues dans de fameux thrillers, mais là où Donald Ray Pollock se distingue avec talent, c’est qu’au-delà de ces scènes monstrueuses et de la perversité
abominable de ses personnages, il arrive à nous faire lire son roman sans qu’on s’indigne plus que ce que la raison voudrait. On pense un peu à la Flannery O’Connor de Les braves gens ne courent
pas les rues.

Pierre faverolle 05/02/2013 20:53



Oui, c'est horrible, mais c'est tellement bien écrit, qu'on en devient un spectateur avide. C'est un livre dangereux, finalement ! Tu as tout à fait raison


Merci d'être passé et à bientôt



foxy 07/12/2012 16:35

J'en sors exténué !! quelle claque mes amis...pourtant j'en lis des polars...mais celui la il transpire la chair, le sang, le sexe, la merde, la sueur,...toutes ces secrétions que l'homme n'arrive
plus à maitriser et qui s'épanchent en un fleuve ordurier.Tout l'art de l'auteur c'est, en permanence, dans un style fabuleux, d'opposer la déchéance humaine à la beauté de la nature, d'en
accentuer le contraste pour mieux faire ressortir les plus vils aspects de l'âme humaine...et tout cela comme si c'était parfaitement normal, écrit,qu'on ne pouvait d'une manière ou d'une autre
influer sur le cours fatal des choses...le tout saupoudré d'un humour ironique et noir!!! fantastique je vous dis...allez Donald Ray dépêches toi de te remettre au boulot...tu nous manques déjà
!!!Et si tu passes en France préviens nous à l'avance qu'on puisse venir serrer la main d'un grand écrivain!!

Pierre faverolle 07/12/2012 20:56



Je n'ai rien à ajouter. Donald était en FRance en octobre, je crois, et même le magazine Lire en a fait son roman de l'année ! C'est dire !Merci de ton avis détaillé


A bientôt



Hannibal le lecteur 30/11/2012 16:31

Ayé, c'est chroniqué chez moi aussi et je crois qu'on est encore d'accord ce coup-là !
A plus

Pierre faverolle 30/11/2012 18:08



Je vais aller voir ça de plus près ... je n'ai pas encore reçu le message de la newsletter ! A+


A bientôt



Oncle Paul 29/11/2012 20:36

Bonjour Pierre
Enfin je reçois ton message !
Il me semble qu'Overblog a fini de débloguer.
Et comme tu l'as signalé ce roman a reçu le grand Prix de Littérature policière ce qui n'est pas de la pacotille
Amitiés

Pierre faverolle 29/11/2012 21:07



Salut Paul, parfois Overblog est plus long que la Poste ! Ce roman est à ne rater sous aucun prétexte ! Foi de Black Novel !


Amitiés



Foumette 27/11/2012 21:39

Il était sur ma liste mais maintenant il est en commande!!! J'hésitais mais là...plus aucune hésitation...ton enthousiasme et ton engouement ont eu raison de moi...je craaaaaque devant un tel
article!!!! Des bises mon ami Pierre!!!

Pierre faverolle 28/11/2012 21:06



J'attends ton retour avec impatience ... BIZ



TLe Papou 27/11/2012 05:14

Après un tel billet, je ne vois pas comment passer à côté. Wow !

le Papou

Pierre faverolle 27/11/2012 06:31



On en reparle !



gridou 26/11/2012 21:57

et réservé à la bibli dans la foulée (direct sur le haut de la pile!) c'est pas une belle preuve de confiance ça ??

Pierre faverolle 27/11/2012 06:30



Je te fais 2 gros poutous



gridou 26/11/2012 21:51

WOW ! un Pierre tellement déchainé qu'il en fait des fautes ( j'te dis pas où, c'est plus marrant) et oublie de fermer ses parenthèses! Ha Ha! ça doit effectivement être un livre troublant :)
Connais pas cet auteur...mais j'ai bien besoin d 'une bonne claque de polar dans la tête très bientôt et je sais que je peux te faire confiance cher ami :)
vendu !!

Pierre faverolle 27/11/2012 06:30



Je corrigerai ça ce soir ... merci en tous cas. Pas sur que ce soit un polar, il est classé en littérature, mais un sacré monstre de roman noir. Merci pour ta confiance !


BIZ



Cathy 26/11/2012 10:49

Quelle chronique ! La folie ne me dérange pas mais les sacrifices d'animaux,si. Ca a un air de jugement dernier cette histoire et j'aime ton enthousiasme !

Pierre faverolle 26/11/2012 20:34



Salut Cathy, c'est en effet très biblique ... Le nouveau testament ?



Claude LE NOCHER 26/11/2012 06:27

Salut PIerre.
Forcément un de nos gros Coups de coeur de l'année, oui.
J'ajouterai (pour Marine, entre autres) que cette histoire n'est pas "effrayante", au sens où elle exprime aussi la douleur humaine. Personnages pas loin d'être monstrueux, certes, mais tout autant
désorientés. Quant à la maîtrise du récit, c'est remarquable, répétons-le.
Amitiés.

Pierre faverolle 26/11/2012 06:35



Merci Claude d'avoir apporté la dernière touche à ce billet. Enorme roman, monstrueux même ! Amitiés



Marine 25/11/2012 20:26

Eh bien, sacré enthousiasme Pierre !! Qui fait plaisir à lire.
En ce qui me concerne, je n'ai pas osé me le procurer. J'affectionne particulièrement le roman noir mais je crois que celui ci l'est particulièrement. Peut être même un peu trop. C'est en tout cas
les retours que j'ai eus et en même temps j'ai lu beaucoup d'excellentes critiques mais je n'arrive pas à franchir le pas.

Pierre faverolle 25/11/2012 20:31



Salut Marine, je comprends, il vaut mieux être prêt. Ce roman fait partie des lectures que l'on n'oublie pas ...Prends ton temps


A bientôt



Laetitia 25/11/2012 20:22

Ouaaaah ! Quelle chronique ! Comment ne pas avoir envie d'y goûter ?

Pierre faverolle 25/11/2012 20:30



Salut Laetitia, n'hésite pas, ce sera une lecture marquante.


A bientôt



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