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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 19:16

Je tue les enfantsJe vous avais annoncé en fin d’année dernière la résurrection des éditions de L’écailler avec deux titres Bob Dylan et le p'tit quinquin de Noël Simsolo et Je tue les enfants français dans les jardins de Marie Neuser. Voici donc mon avis sur ce dernier.

De nos jours, en France. Lisa Genovesi est une jeune professeur d’italien. Elle sibit les insultes et les crachats quotidiens de la part de ses élèves, notamment de la part des deux caïds que sont Malik et Adrami. La seule élève dont elle tente de se rapprocher est Samira. Celle-ci travaille bien en classe et accomplit les tâches ménagères dès qu’elle est rentrée chez elle. Petit à petit, Lisa va se forger une carapace et se renfermer pour résister à cette pression constante. Les menaces vont augmenter allant même jusqu’à dépasser le cadre du lycée. Quand un drame survient, elle va se transformer en combattante revancharde.

Je vous garantis que ce roman ne laissera pas indifférent. Car il présente une situation actuelle, vue de façon délibérée par un regard totalement subjectif, c'est-à-dire celui de Lisa. Le fait que l’auteur soit professeur de son état rend l’interprétation difficile et ambiguë. Mais faut-il pour autant y voir une dénonciation, un appel à l’adage « œil pour œil », ou bien simplement un roman noir, très noir, offrant une vision sans aucun autre espoir que la violence.

En tous cas, on ne peut pas reprocher à Marie Neuser de poursuivre son sujet du début à la fin. Le personnage qu’elle décrit est doublement intéressant. Cette professeur se voit du coté des justes, des bons, sans jamais remettre en cause ni elle-même, ni le système, ni sa hiérarchie qui ne l’aide pas. La première phrase est clairement explicite : « Mes ailes de géante m’empêchent de marcher », phrase adaptée de Baudelaire qui m’a choqué. En une phrase, Marie Neuser pose le personnage, celui de Lisa, esseulée, agressée, seule au monde, seule contre les autres.

Si l’intrigue suit finalement une trame de roman noir classique, celle d’une personne poussée à bout qui va se venger, si on accepte le portrait de Lisa, et sa psychologie fort subtilement dessinée, alors, ce roman noir est réussi. Si on veut y lire un appel à la répression comme seule solution à l’irrespect et à la violence, alors le message passera moins bien. Ce roman va vous asséner des coups en pleine figure, avec son style direct, ses chapitres courts, l’unilatéralité de sa pensée. Marie Neuser nous raconte une histoire, ce n’est pas elle qui parle.

Pour ma part, j’ai été dérangé par certains passages, même si je reconnais tout le courage et le savoir faire qui est admirable pour un premier roman. Certes, les méchants sont caricaturaux, certaines expressions jusqu’au-boutistes, ce qui dessert l’histoire. Mais je retiens de ce roman une volonté de raconter une histoire choquante, et en ce sens c’est réussi. Il posera aussi beaucoup de questions sans jamais apporter de réponses, sur l’éducation et sur les dérives violentes de notre société. Vous allez aimer ou détester ce roman, le meilleur moyen de le savoir, c’est de le lire !

 

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Published by Pierre faverolle - dans 2012
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commentaires

Foumette 10/03/2012 23:56

Je viens de le finir et je suis assez secouée mais je dois admettre que j'ai vraiment aimé ce livre!! Il est si proche de la réalité, il relate vraiment bien ce qu'endure certains profs sur qui
retombent de plus en plus la responsabilité d'éduquer et d'inculquer le respect à des enfants dont les parents ont démissionné depuis longtemps! Je ne cautionne pas la violence et je ne pense pas
que ce soit LA solution mais je peux comprendre l'acte de ce prof, j'espère ne pas choquer en disant cela! Je ne peux admettre un tel acte (oter la vie d'un enfant) car il est intolérable de gérer
ce genre de problèmes de cette manière! Mais en lisant ce livre, en m'imprégnant de ce récit...je me suis dit que c'était sa seule solution pour survivre et ne pas vivre un enfer au quotidien!!! Je
travaille moi-même dans l'enseignement spécialisé avec des enfants à problèmes (éducatifs, sociaux, troubles du comportement...), j'ai été victime d'une agression qui a été déclaré accident de
travail et ce, pendant un mois et demi, on a retiré l'enfant de ma classe mais il n'a pas été exclu de l'école. J'ai du reprendre le boulot en croisant régulièrement cet enfant, je peux vous dire
que j'ai du prendre sur moi!Et c'est seulement maintenant qu'on l'a exclu pour un mois suite à d'autres agressions sur d'autres enseignants! Cet enfant n'a que 10 ans....ça fait réfléchir!!!! Les
parents démissionnent, les hautes instances n'apportent aucune solution...ce sont les enseignants qui doivent gérer cela au quotidien pour s'entendre dire que dans l'enseignement on est "le cul
dans le beurre"!!! Sans compter que l'épisode du couteau dans le récit, je l'ai vécu il y a quelques années et je vous jure que je n'en menais pas large!!Il est vrai aussi que tous ne sont pas à
mettre dans le même panier, car à côté de ça...il y a encore de gentils enfants qui veulent apprendre et qui ont des comportements très agréables si non je ne ferai plus ce métier!! Un livre qui
choque et qui interpelle...qui devrait être lu et relu pour certains!!!! Je sens que je vais l'offrir d'ailleurs, je vais commencer par nos ministres puis à ma chef...

Pierre faverolle 11/03/2012 09:04



Merci de ce commentaire en forme de témoignage. La véracité du roman fait que cela peut être dérangeant. Et puis, il peut véhiculer des idées anti-éducation. Ceci dit, c'est un livre
remarquablement écrit, auquel on croit, sur lequel on ne peut que réagir, et qui pousse à la réflexion.


A bientôt



jeanne desaubry 05/03/2012 09:08

J'ai moi même trouvé ce roman très dérangeant et cette critique résume bien le malaise qu'on ressent à sa lecture.
Peut être devrait-on étudier ce roman dans tous les iufm ? Ah, oui, pardon, on ne fait plus de pédagogie aujourd'hui pour devenir enseignant. Or, tout repose la dessus. Quand enseigner se résume à
gérer au mieux l'ingérable dans des zones où l'on est le dernier rempart de la société...
On peut faire une toute autre lecture de ce roman, et c'est sa richesse. Sacré poil à gratter pour tout enseignant, pour les parents... Nos gouvernants devraient le lire et s'interroger. Mais ils
sont en campagne...

Pierre faverolle 05/03/2012 21:03



Bonsoir Jeanne, j'ai hésité à en parler car je n'aime pas parler en mal d'un livre. Mais, je dois dire que c'est redoutablement bien fait, et que l'on adhère ou pas, ça pose des questions qui
dérangent. Pour répondre à ta question : nos hommes politiques ne savent pas faire 2 choses à la fois : faire campagne et politique ! Ou du moins c'est ce qu'il me semble !


Merci d'être passée et à bientôt



Françoise Laurent 01/03/2012 13:45

Et merci de me répondre aussi vite. On sentait bien l'hésitation dans ta chronique. Des chroniques dont je partage souvent l'enthousiasme… ton message me rassure.
a bientôt pour une prochaine,
françoise

Pierre faverolle 01/03/2012 13:49



Re-bonjour, c'est une lecture qui m'a secoué. Maintenant, j'ai essayé de faire la part (comme je le dis) entre la fiction et le documentaire. Comme je le dis, l'auteur étant professeur, ça n'aide
pas. J'ai aimé et j'ai détesté ! En tous cas, je trouve que l'auteur est douée ... et sans concession. Et si elle pense ce qu'elle a écrit (peut-être me répondra-t-elle?), alors j'aurais eu tort
d'en parler !


Merci à toi ... et à bientôt



Françoise Laurent 01/03/2012 13:31

Précision : j’aime la critique, mais le livre en effet pose problème à mon sens. Le choix de la totale subjectivité, ok, c’est bien polar. Mais pourquoi noircir encore le tableau de ces zones dites
« sensibles » ? Sensibles à quoi, d’abord ? A une société qui se fout de leur gueule ? L’absence de vision politique me choque, personnellement. Surtout dans un polar. Mais, étant moi-même, à côté
de mon boulot d’écrivain, prof en ZEP, je ne peux que réagir. Tous à passer au lance-flamme, ces gosses ? Car ce sont des gosses, faudrait pas l’oublier. Alors, dénoncer leur violence, d’accord, à
condition de voir qu’elle est copiée sur celle, plus sournoise, des adultes. Dans mon dernier polar « Dans l’œil du gabian », j’aborde aussi le thème. Forcément. J’y suis quotidiennement
confrontée. Mais ce qui m’importait, justement, c’était de raconter aussi « les autres élèves ». Les nombreux (et pas seulement une par classe) qui souffrent de la situation et peuvent évoluer,
contrairement à ce que dit Marie Neuser, qui les a tous, définitivement, classés dans la case des débiles.

Pierre faverolle 01/03/2012 13:38



Bonjour Françoise, c'est aussi ce qui me gêne dans ce roman. Il sonne tellement vrai qu'on a du mal à prendre du recul, à se dire que ce n'est pas un témoignage mais de la fiction. D'habitude, je
ne chronique pas les livres que je n'aime pas, mais j'ai aimé la véracité du personnage, et pas du tout le thème. En tant que roman, c'est fort et fort dérangeant. En tant que témoignage, c'est
dégueulasse. Le roman flirte avec la ligne blanche, la franchit parfois, et il est difficile de faire la part des choses. Ceci dit, certaines personnes pensent comme le personnage principal, ne
faut il pas les dénoncer ? Ne connaissant pas l'auteur, je préfère laisser aux lecteurs leur libre arbitre mais je peux te dire que ce billet fut difficile à écrire ! merci d'être passée


A bientôt



Foumette 29/02/2012 18:49

Sois patient car j'ai du pain sur la planche ce mois-ci: quelques sorties que je dois lire au plus vite tellement j'en ai envie puis la lecture commune mais je t'en ferai part dans le groupe avec
plaisir!

Pierre faverolle 01/03/2012 13:40



Je suis curieux de lire ton avis, en tous cas !



Foumette 27/02/2012 19:39

Waouh! Superbe chronique qui me donne très envie de le lire, même s'il est déjà sur ma liste de bouquins à acheter. Le sujet m'interpelle et étant, moi-même, dans le milieu enseignant, il
m'intrigue! Ce doit être un sujet épineux mais j'ai bien envie d'y goûter. Merci Pierre.

Pierre faverolle 29/02/2012 15:41



J'attends tes réactions Foumette



Alors Pierre*Pas franchement convainsu ?Oncle Paul 27/02/2012 18:24

Alors Pierre
Pas franchement convaincu ? Mais le monde de l'éducation est vraiment malmené en ce moment et les problèmes qui se posent dans ce roman, les profs le subissent un peu partout. Je crois qu'il faut
des tripes pour écrire ce genre d'ouvrage, et lorsque c'est un premier roman c'est encore plus difficile il me semble de ne pas se mettre un tant soit peu en cause, ou en cause les problèmes qu'on
vit.
Je pense qu'il faudra attendre un second roman pour se rendre compte si l'auteure aborde bien son virage
Amitiés

Pierre faverolle 29/02/2012 15:40



Salut Paul, j'ai aimé et je n'ai pas aimé. Disons que par certains coté, l'aspect documentaire m'a dérangé. Par contre, c'est bien écrit et le personnage super vivant. Un bouquin qui demande une
réaction, une lecture choc dans tous les sens du terme


A bientôt



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