Partager l'article ! Je tue les enfants français dans les jardins de Marie Neuser (L’écailler): Je vous avais annoncé en fin d’année dernière la r ...
Je vous avais annoncé en fin d’année dernière la résurrection des éditions de L’écailler avec deux titres Bob Dylan et le p'tit quinquin de Noël Simsolo et Je tue les enfants
français dans les jardins de Marie Neuser. Voici donc mon avis sur ce dernier.
De nos jours, en France. Lisa Genovesi est une jeune professeur d’italien. Elle sibit les insultes et les crachats quotidiens de la part de ses élèves, notamment de la part des deux caïds que sont Malik et Adrami. La seule élève dont elle tente de se rapprocher est Samira. Celle-ci travaille bien en classe et accomplit les tâches ménagères dès qu’elle est rentrée chez elle. Petit à petit, Lisa va se forger une carapace et se renfermer pour résister à cette pression constante. Les menaces vont augmenter allant même jusqu’à dépasser le cadre du lycée. Quand un drame survient, elle va se transformer en combattante revancharde.
Je vous garantis que ce roman ne laissera pas indifférent. Car il présente une situation actuelle, vue de façon délibérée par un regard totalement subjectif, c'est-à-dire celui de Lisa. Le fait que l’auteur soit professeur de son état rend l’interprétation difficile et ambiguë. Mais faut-il pour autant y voir une dénonciation, un appel à l’adage « œil pour œil », ou bien simplement un roman noir, très noir, offrant une vision sans aucun autre espoir que la violence.
En tous cas, on ne peut pas reprocher à Marie Neuser de poursuivre son sujet du début à la fin. Le personnage qu’elle décrit est doublement intéressant. Cette professeur se voit du coté des justes, des bons, sans jamais remettre en cause ni elle-même, ni le système, ni sa hiérarchie qui ne l’aide pas. La première phrase est clairement explicite : « Mes ailes de géante m’empêchent de marcher », phrase adaptée de Baudelaire qui m’a choqué. En une phrase, Marie Neuser pose le personnage, celui de Lisa, esseulée, agressée, seule au monde, seule contre les autres.
Si l’intrigue suit finalement une trame de roman noir classique, celle d’une personne poussée à bout qui va se venger, si on accepte le portrait de Lisa, et sa psychologie fort subtilement dessinée, alors, ce roman noir est réussi. Si on veut y lire un appel à la répression comme seule solution à l’irrespect et à la violence, alors le message passera moins bien. Ce roman va vous asséner des coups en pleine figure, avec son style direct, ses chapitres courts, l’unilatéralité de sa pensée. Marie Neuser nous raconte une histoire, ce n’est pas elle qui parle.
Pour ma part, j’ai été dérangé par certains passages, même si je reconnais tout le courage et le savoir faire qui est admirable pour un premier roman. Certes, les méchants sont caricaturaux, certaines expressions jusqu’au-boutistes, ce qui dessert l’histoire. Mais je retiens de ce roman une volonté de raconter une histoire choquante, et en ce sens c’est réussi. Il posera aussi beaucoup de questions sans jamais apporter de réponses, sur l’éducation et sur les dérives violentes de notre société. Vous allez aimer ou détester ce roman, le meilleur moyen de le savoir, c’est de le lire !
Pas franchement convaincu ? Mais le monde de l'éducation est vraiment malmené en ce moment et les problèmes qui se posent dans ce roman, les profs le subissent un peu partout. Je crois qu'il faut des tripes pour écrire ce genre d'ouvrage, et lorsque c'est un premier roman c'est encore plus difficile il me semble de ne pas se mettre un tant soit peu en cause, ou en cause les problèmes qu'on vit.
Je pense qu'il faudra attendre un second roman pour se rendre compte si l'auteure aborde bien son virage
Amitiés
Salut Paul, j'ai aimé et je n'ai pas aimé. Disons que par certains coté, l'aspect documentaire m'a dérangé. Par contre, c'est bien écrit et le personnage super vivant. Un bouquin qui demande une réaction, une lecture choc dans tous les sens du terme
A bientôt
J'attends tes réactions Foumette
Je suis curieux de lire ton avis, en tous cas !
Bonjour Françoise, c'est aussi ce qui me gêne dans ce roman. Il sonne tellement vrai qu'on a du mal à prendre du recul, à se dire que ce n'est pas un témoignage mais de la fiction. D'habitude, je ne chronique pas les livres que je n'aime pas, mais j'ai aimé la véracité du personnage, et pas du tout le thème. En tant que roman, c'est fort et fort dérangeant. En tant que témoignage, c'est dégueulasse. Le roman flirte avec la ligne blanche, la franchit parfois, et il est difficile de faire la part des choses. Ceci dit, certaines personnes pensent comme le personnage principal, ne faut il pas les dénoncer ? Ne connaissant pas l'auteur, je préfère laisser aux lecteurs leur libre arbitre mais je peux te dire que ce billet fut difficile à écrire ! merci d'être passée
A bientôt
a bientôt pour une prochaine,
françoise
Re-bonjour, c'est une lecture qui m'a secoué. Maintenant, j'ai essayé de faire la part (comme je le dis) entre la fiction et le documentaire. Comme je le dis, l'auteur étant professeur, ça n'aide pas. J'ai aimé et j'ai détesté ! En tous cas, je trouve que l'auteur est douée ... et sans concession. Et si elle pense ce qu'elle a écrit (peut-être me répondra-t-elle?), alors j'aurais eu tort d'en parler !
Merci à toi ... et à bientôt
Peut être devrait-on étudier ce roman dans tous les iufm ? Ah, oui, pardon, on ne fait plus de pédagogie aujourd'hui pour devenir enseignant. Or, tout repose la dessus. Quand enseigner se résume à gérer au mieux l'ingérable dans des zones où l'on est le dernier rempart de la société...
On peut faire une toute autre lecture de ce roman, et c'est sa richesse. Sacré poil à gratter pour tout enseignant, pour les parents... Nos gouvernants devraient le lire et s'interroger. Mais ils sont en campagne...
Bonsoir Jeanne, j'ai hésité à en parler car je n'aime pas parler en mal d'un livre. Mais, je dois dire que c'est redoutablement bien fait, et que l'on adhère ou pas, ça pose des questions qui dérangent. Pour répondre à ta question : nos hommes politiques ne savent pas faire 2 choses à la fois : faire campagne et politique ! Ou du moins c'est ce qu'il me semble !
Merci d'être passée et à bientôt
Merci de ce commentaire en forme de témoignage. La véracité du roman fait que cela peut être dérangeant. Et puis, il peut véhiculer des idées anti-éducation. Ceci dit, c'est un livre remarquablement écrit, auquel on croit, sur lequel on ne peut que réagir, et qui pousse à la réflexion.
A bientôt