Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 19:30

Bienvenue à OaklandEncore un coup de coeur ! Ce roman, outre sa quatrième de couverture aguichante, m’a été très chaudement recommandé par Holden du blog Unwalkers. Je n’ai pas été déçu par cette peinture des bas-fonds de Oakland.

T-Bird Murphy s’enferme dans un garage de Warrensburg, tout proche de Oakland, qu’il loue 200 dollars par mois. C’est comme ça la vie quand on est pauvre aux Etats-Unis. T-Bird va se rappeler comment il faut tous les jours chercher du travail, non pas pour vivre, mais pour manger, pour survivre. Et T-Bird, fils d’un immigré irlandais, en a des souvenirs à raconter, des choses à dire.

De sa jeunesse, dans un quartier pris en tenaille entre les Mexicains et les Noirs, être blanc n’est pas une chance, mais plutôt une malédiction. Et quand on n’est pas né du bon coté de la barrière, du bon coté de la ligne jaune, on travaille avant l’age de dix ans. On tond les pelouses pour un malheureux dollar, on fait le pompiste, on nettoie les voitures, on ramasse les merdes de chien.

Alors, dès qu’il a un boulot, T-Bird se retrouve avec les potes, les copains de beuverie de toujours, à boire le mauvais whisky, ou alors dans les égouts à vider des bouteilles trouvées au hasard ou bien volées. Mais ne croyez pas qu’il n’y a pas de justice : T-Bird fait partie des pauvres, des miséreux, tout en sachant très bien qu’il ne fera jamais partie de la caste des nantis. Mais peu importe, lui sait jouer du jazz, de la trompette, et il lit des livres, parce que au fond de lui, peut-être qu’il reste encore un petit morceau de rêve.

Ce roman commence par la couverture : Un chien errant, affamé, qui marche en cherchant quelque chose à manger. Puis, les anecdotes : Quand vous cherchez du travail, n’y allez pas bien habillé avec des chaussures de sécurité neuves, sinon le patron va croire au premier coup d’œil que vous allez lui demander un trop gros salaire. Bienvenue en enfer !

Si vous attendez un petit bouquin pépère tranquille peinard, alors il vaut mieux vous prévenir : Ce bouquin parle des bas-fonds, des gens qui tentent de survivre, et c’est écrit avec le langage des bas-fonds. Ce bouquin, c’est plutôt un ouragan supersonique, un marteau piqueur qui va vous défoncer le cerveau, une lancinante musique de trompette qui va vous harceler la nuit.

Sur une pièce de monnaie, il y a deux faces. Mais pour Eric Miles Williamson, les deux faces sont encore trop belles. Il va vous montrer, vous imposer sa vision de la société en dessous des faces de la pièce, celle que l’on ne montre jamais, celle que l’on ne veut pas croire, que l’on aimerait qu’elle n’existe jamais. Putain, bordel de merde, c’est une claque, une gigantesque baffe dans la gueule. Excusez moi, mais je me fonds dans le paysage.

T-Bird va vous montrer sa haine, sa rage de vivre ; pas question pour lui de laisser tomber. Dehors, c’est la jungle, alors il faut connaître les règles, la loi et essayer de s’en sortir par tous les moyens. Parfois, on se dit qu’il serait plus facile pour lui d’être un truand, voler serait plus facile que vivre cette vie là. Heureusement, il a sa trompette, son amour du jazz. D’ailleurs, ce roman est écrit comme un solo, une improvisation d’un joueur amateur.

Amateur ? Que nenni ! Car ce roman est foutrement bien écrit, formidablement bien construit, violent, agressif, vulgaire. C’est une lecture qui se mérite, que certains n'aimeront pas. Sous ses apparences d’empiler les anecdotes, pas forcément chronologiques, d’agrémenter ses nombreuses digressions, ce roman est un joyau de style, de sentiments, de dégoûts, de personnages. On en prend plein la gueule (je l’ai déjà dit, non ?) et de nombreuses références viennent à l’esprit, mais Eric Miles Williamson pourrait bien avoir écrit là un grand roman si ce n’est le grand roman de sa jeune carrière. J’en redemande.

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre faverolle - dans 2011
commenter cet article

commentaires

foxy 24/01/2012 22:03

Style incisif et sans concession...un grand roman noir qui nous prend à la gorge de la première à la dernière page, on finit épuisé mais heureux d'avoir rencontrer un auteur pareil!!!

Pierre faverolle 24/01/2012 22:07



Salut Foxy, L'un de mes gros coups de coeur de l'année dernière, et je repense encore à des passages d ece roman, 6 mois après l'avoir lu ! Que la tentation est grande de le reprendre voire de le
relire !


Merci et à bientôt



La petite souris 15/09/2011 19:35


Comme je l'ai déjà dis ailleurs, celui là je vais pas lui laisser de mûrir sur mes étagères !!! Quand c'est noir, quand c''est sombre, quand c'est désespéré, ca m'attire comme un morpion sur un
rouston !! ( ou comme une abeille sur une fleur pour les amateurs de poésie) :)


Pierre faverolle 15/09/2011 20:46



Salut Petite Souris, Si la vulgarité et les insultes ne te rebutent pas ... celui là est pour toi. Et puis, la fin est une ouverture poétique vers de l'espoir : un vrai morceau d'antologie. Une
belle claque. A bientôt pour en parler ! ça devrait t'attirer comme une limace sur une courgette (euh, c'est uniquement parce que mon jardin est dévasté par les limaces et que j'en ai vu une qui
bouffait à s'en faire péter le ventre et ça m'a tellement impressionner que je n'ai pas osé la déranger en plaine digestion ... mais je m'égare !)



holden 13/09/2011 08:50


heureux je suis de voir vos commentaire
je relis souvent des passages


Pierre faverolle 13/09/2011 09:04



Tu m'étonnes !



Claude Le Nocher 12/09/2011 20:56


Et si c'était ça, justement, le message d'Eric Miles Williamson : "Arrêtez de rêvez qu'on vit dans un monde où tout va bien, dans ce village global qui nourrit et rend heureux toute la
population"... Foutaises, nous le savons bien.
A relire, en particulier, les passages évoquant le besoin d'un style "coup de poing" de l'écriture. Et la détestation de l'américain WASP (en français BCBG), qui lit ses livres : un délice !
Amitiés.


Pierre faverolle 13/09/2011 06:38



L'autocritique du livre est excellente, la fin éblouissante, bref tout est bien. Je pense qu'il y a une part de dénonciation sur des gens qui ont des moyens de vie encore pire que ceux qu'on nous
montre à la télé. Après, le message que j'ai ressenti est : Ce n'est pas l'argent qui vous sauvera, mais l'amour. Un peu con con comme message, mais ça marche. Et quelque part, je frémis à l'idée
qu'il ait voulu dire que tôt ou tard, nous deviendrons animal et chercherons à survivre au lieu de vivre !


A bientôt



Claude Le Nocher 12/09/2011 20:30


Salut Pierre,
"Un roman foutrement bien écrit", je suis content que tu aies (inconsciemment) repris ma formule. Car, oui, c'est un "bordel de merde" de super bouquin qui nous rappelle aux réalités - donc à la
misère (pas seulement financière) d'une partie de la population. Un véritable écrivain, ce Williamson !
Amitiés.


Pierre faverolle 12/09/2011 20:50



Re-salut, j'ai ADORE. Et dire que j'ai hésité à lui mettre un coup de coeur, uniquemment parce que ça peut ne pas plaire à tout le monde ! Bruno (de Passion Polar) m'a alors écrit : mais tu t'en
fous des autres, si tu as adoré, alors mets lui un coup de coeur ! Et le pire, c'est que je ne regrette pas ! Et en plus, je vais surement relire certains passages, juste pour le plaisir, pour me
remettre les pieds sur terre !


A bientôt



holden 12/09/2011 11:05


enorme je suis heureux qu'il plaise
j'ai de la chance j'ai pas lu les autres yeahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh


Pierre faverolle 12/09/2011 20:46



Salut, j'ai noir béton qui traine. Je vais lire ça rapidement aussi ! Merci à toi de m'avoir éclairé


A bientôt



jerome 12/09/2011 06:56


"C’est une lecture qui se mérite, que certains n'aimeront pas." Je crois que tout est dit.
Un roman qui frappe fort et qui pourrait en laisser plus d'un groggy.

Mon avis est ici : http://litterature-a-blog.blogspot.com/2011/09/rentree-litteraire-2011-episode-3.html


Pierre faverolle 12/09/2011 20:45



Je vais tout de suite lire ton avis ! Un choc, ce bouquin !


A bientôt



Yan 11/09/2011 21:55


Content de voir qu'il t'a plu!


Pierre faverolle 12/09/2011 06:37



J'ai trouvé cela éblouissant ! Un des plus grands romans que j'ai lu cette année avec le mut, le kabyle et le marin. C'est dire !



Présentation

  • : Le blog de Pierre Faverolle
  • Le blog de Pierre Faverolle
  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
  • Contact

Sur ma table de nuit ...

Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

http://blacknovel1.wordpress.com/

   

Recherche

Archives

Catégories