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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 06:48

ATTENTION : coup de cœur ! Les symptômes d’un excellent bouquin, en ce qui me concerne, sont très simples. Je rentre très vite dans l’histoire, et je l’avale à raison de cinquante à cent pages par jours. Je suis pressé de suivre les déboires du ou des héros jusqu’aux dernières pages. Et là, vers la fin, j’avance comme une limace (dix pages par jour) parce que je ne veux quitter ni l’ambiance, ni les protagonistes de l’histoire. D’habitude, je mets la conclusion à la fin de l’article, mais là, je n’y vais pas par quatre chemins : courez acheter Fakirs et dévorez le.

D’un coté, il y a le lieutenant Guérin, qui travaille à la brigade des suicides (sic). Il est mis là comme on range un balai dans un placard. Mis de côté par sa hiérarchie pour ne pas gêner, affublé d’un stagiaire nommé Francis Lambert, il est appelé pour constater qu’il s’agit bien d’un suicide. Il est toujours resté droit dans ses baskets, c’est le genre de mec qui fait bien son boulot, désabusé par les injustices, mais qui n’a pas baissé les bras.

De l’autre, il y a John P. Nichols, un psychiatre franco-américain qui s’est retiré dans le Lot, et qui vit dans une cabane au fond des bois, loin de tout, loin des autres. Tout commence quand la gendarmerie de Saint Céré lui apprend le suicide de son meilleur ami, Alan Mustgrave, fakir de son état, mort sur scène pendant un de ses numéros extrêmes. Les deux personnages (trois avec Lambert) vont se rencontrer et s’entraider pour démêler une affaire plus compliquée qu’il n’y parait, entre les bizarres du Paris Underground, les officiels de l’ambassade américaine et la hiérarchie de Guérin moins blanche qu’on ne le croit.

D’abord, il y a les personnages, que l’on n’est pas prêt d’oublier, ceux que j’ai cités, mais aussi ce que l’on appelle les personnages secondaires qui sont tout simplement extraordinaires. Comment oublier Bunker (comme Edward et par comme l’abri anti-bombes) et son chien, mais aussi les collègues du Quai des Orfèvres, ou Ariel ou Paco. Je pourrais vous les citer tous un par un, tellement ils sont marquants.

Ensuite, il y a l’ambiance, si calme des bois du Lot, si déjantée du Paris nocturne. Il y a dans ce livre une vraie analyse du Paris d’aujourd’hui, sans jugement, avec suffisamment de petits détails pour qu’on y soit. Ce qui m’a choqué, c’est la description des sans abris sans papiers : il n’y a pas d’étonnement, pas de pathos, juste un état de fait. Les personnages voient ça, et continuent à vivre comme si c’était normal. N’est-ce pas ce que nous faisons en fermant les yeux ?

Il y a aussi le style simple, direct, évident. Pas de mots ou de descriptions superflus. D’ailleurs, le livre ne fait que 280 pages. On en vient presque à regretter qu’il n’y en ait pas 50 de plus. Et les dialogues sont ciselés, écrit avec pointillisme, adaptés à la psychologie de chaque personnage. Bref tout ça sonne bigrement vrai. Que du bon ! Que du plaisir ! La construction, qui passe d’un personnage à l’autre est classique mais devient évidente tant les événements servent le roman et pas l’inverse.

Pour toutes ces raisons, il faut lire ce livre. Ce n’est pas glauque comme du Chainas, pas violent comme du Ellroy, pas littéraire comme du Bello, pas marginal comme du Pouy, pas social comme du Jonquet, pas gore comme du Chattam, juste un excellent roman noir, mais noir. Noir mat. Comme la nuit.

Voilà. Je vous le redis : courez acheter ce livre. Le fait qu’il soit édité par la maison d’édition de Fred Vargas n’a rien à voir. Ce n’est pas les mêmes histoires ou le même style. C’est marqué « Policier » sur la couverture, mais c’est du vrai bon « Noir », comme un petit noir qu’on prend au bar du coin.

Ce livre m’a été conseillé par Vincent qui travaille à la FNAC des Halles de Paris. Une nouvelle fois, il a raison. Deux ou trois fois par an, il me dit : « Tiens, tu dois absolument lire ça » et à chaque fois, il fait mouche. Accessoirement, c’est mon meilleur ami, mais si vous avez besoin d’un bon bouquin, allez lui demander un conseil. Il ne vous donnera pas un titre de best seller, mais assurément un livre que vous n’oublierez pas.

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Published by Pierre faverolle - dans 2009
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commentaires

gridou 13/05/2011 17:21


Je viens de le finir ! WHAOOOOUUU...Je vais devoir attendre quelques jours pour m'en remettre avant d 'écrire mon article ! Quelle claque !


Pierre faverolle 13/05/2011 17:49



HA HA HA ! j'adore torturer mes lecteurs ! (A lire avec le ton sadique qui va bien !)


Bon week end !



Hannibal le lecteur 29/07/2009 13:42

Face à cet enthousiasme quasi unanime, je viens d'acheter Fakirs.
Lecture et chronique dans les prochaines semaines.

Pierre faverolle 08/08/2009 11:24


Je te souhaite autant de plaisir que j'en ai eu


Hannibal le lecteur 11/06/2009 22:33

Je me fais une joie de participer à ce prix qui propose des sélections de haut niveau mais comme vous, je suis au final souvent déçu par les choix des votants.
Et pour le détail, le Bruen en question c'était London Boulevard (très bon effectivement).

Pierre faverolle 12/06/2009 13:46


Désolé, j'ai fait un amalgame avec USA underground de l'immense Elroy dont j'attends la suite. La critique en Anglais est dispo sur internet. Le lien est donné par JM.Leherere sur actu du noir.


Hannibal+le+lecteur 10/06/2009 00:16

Ce roman prometteur (je ne l'ai pas encore lu) a été sélectionné pour le Prix SNCF du polar. Il aura fort à faire face à ses adversaires de la Série Noire, j'ai nommé les derniers romans de messieurs DOA et Chainas.

Pierre faverolle 11/06/2009 21:45


Je me sers aussi de polar SNCF pour mes choix. Je n'ai pas lu DOA, donc ... mais pour l'instant, bien qu'étant un fan de Chainas, le roman de Antonin Varenne est nettement au dessus par la force de
ses personnages. Entre parenthèse, j'ai été déçu que l'année dernière ils n'aient pas choisi Versus et London Underground du génial Ken Bruen. Mais bon, c'est un prix à base de lecteurs donc, je
respecte le gout des gens.


Antonin 09/06/2009 15:21

Ne pas décevoir c'est une grosse responsabilité! Je prends mon temps pour le bouquin suivant, univers très différent en tout cas.
A bientôt peut-être.
Antonin

Antonin 09/06/2009 12:53

Au fait et du coup, je serai à Paris ce jeudi 11, à la librairie du MK2 Quai de Loire pour une dédicace; je signerai votre bouquin avec joie si vous passez par là. Sinon le 19 juin à la librairie Terminus Polar dans le XIeme.

Antonin

Pierre faverolle 09/06/2009 13:35


Peut-être le 19. Car le 11 je travaille !!! Le 19, je suis en RTT. Vivent les RTT


Antonin 09/06/2009 12:49

Bonjour Pierre, et merci pour cette chronique. Merci surtout de ne pas faire de comparaisons, ce qui est en général l'essentiel de ce que l'on peut lire en matière de critique (joli pied de nez, de faire ça à l'envers: "ce n'est pas du..."), merci encore de dire que ce n'est pas parce que le livre sort chez VH que c'est forcément du Vargas. Viviane Hamy ne cherche pas de recettes ni une collection qui serait une déclinaison du succès de Fred Vargas. Il est tellement rare de lire ça que je ne peux me retenir d'envoyer ce petit mot. C'est une reconnaissance du livre et du travail de l'éditeur. Qu'en prime le livre vous ait plu de cette façon est un plaisir.
Bonnes lectures et bonne continuation.

Antonin Varenne

Pierre faverolle 09/06/2009 13:33


Merci pour ce petit mot. J'ai écrit cet article un matin vers 6 heures du matin. J'avais du mal à dormir, entre autres parce que j'avais fini le livre la veille, et les personnages m'avaient
marqué. Vous faites partie des auteurs que je vais suivre alors ne me décevez pas.


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