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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 18:05
22/11/63 de Stephen King (Albin Michel)

Cela fait vingt deux ans que je n’ai pas ouvert un roman de Stephen King, depuis La part des ténèbres et Le pistolero sortis en 1991. Peut-être est-ce parce que j’ai considéré à l’époque que ce n’était plus de mon âge ? Cela n’enlève rien à l’œuvre du Maitre du suspense et de l’horreur, ni aux souvenirs que je garde de ces lectures fantastiques dont les plus marquantes sont (de ce dont je me rappelle) Shining, Simetierre, Le gout de vivre ou La peau sur les os. Avec les avis unanimes sur son dernier roman, je ne pouvais que m’essayer à sa lecture, et en même temps me remémorer les formidables moments de suspense et d’angoisse que j’ai vécus grâce à cet auteur.

2001, Maine. Jake Epping est un professeur d’Anglais qui vit seul depuis que sa femme l’a laissé tomber. Plutôt solitaire, il se contente de sa vie faite d’habitudes et de routines comme celles d’aller manger ses hamburgers chez Al Templeton, qui sont si peu chers que tous pensent qu’il s’agit de viande de chat. Un soir, Al lui montre, à l’arrière de sa caravane une brèche qui lui permet de remonter dans le temps en 1958 ; c’est là bas qu’il achète sa viande pur bœuf.

Jake va s’essayer à voyager dans le temps. La première fois est un aller-retour dans la ville de Lisbon Falls. Quand il revient, deux minutes se sont écoulées en 2011. A chaque voyage, il s’écoulera deux minutes et les modifications que Jake apportera au passé, avec leurs conséquences dans le futur seront remises à zéro à chacun de ses voyages dans le passé. Al, qui est atteint du cancer, demande à Jake de tuer Lee Harvey Oswald avant qu’il n’assassine John Fitzgerald Kennedy. Mais Jake veut d’abord sauver la famille d’Harry Dunning qui a été massacrée par son père. C’est le début d’une épopée qui va montrer à Jake que le temps est récalcitrant aux changements qui peuvent influer sur le passé.

Et ces quelques lignes ne font qu’effleurer à peine les cent premières pages. Et je ne sais comment vous dire le plaisir que j’ai eu à dévorer ces 930 pages, la joie de retrouver cette écriture limpide, évidente, hypnotique de Stephen King, cette magie de se retrouver plongé dans un autre monde qui est pourtant le notre, mais quelques dizaines d’années auparavant.

Vous allez trouver plein d’avis sur Internet qui vous diront que ce roman est génial, que c’est le meilleur du Maitre … eh bien, bien que je ne les ai pas tous lus, je pense qu’effectivement, ce doit être son meilleur, tant on sent qu’il a mis son âme dans le personnage de Jake, tant il a mis ses tripes dans cette histoire, tant il a voulu recréer les Etats Unis des années 60 selon Stephen King.

Et quel feu d’artifice ! Car dès que l’on lit quelques lignes d’un chapitre, on est happé par la force d’évocation de cette période dorée, mais sous-jacente de menaces, cette période d’insouciance pour les Américains moyens. Rarement, j’aurais eu la chance de visiter de l’intérieur la vie d’une petite ville avec autant de détails. Rarement j’aurais été imprégné par les couleurs vives du Texas, et par les odeurs nauséabondes des usines qui tournent à plein régime, relâchant leurs fumées noires dans un ciel bleu et limpide. Les descriptions des gens ordinaires d’une petite ville américaine sont exemplaires et tellement imprégnées de vérité, les spectacles de fin d’année scolaires, les fêtes de Noel, les galas de bienfaisance, les matches de football universitaire, tout est fait pour que l’on soit plongé dans cette époque du début des années 60.

Ce roman ne va rien apporter au mystère de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, même si le sujet central, l’obsession du personnage principal est d’empêcher Lee Harvey Oswald de commettre son meurtre, mais il vous emportera par sa force d’évocation, il vous plongera dans le personnage de Jake Epping, un personnage bon mais qui est obligé de vivre avec un passé inexistant et trouble. Et puis, au détour d’une phrase, d’une description d’un paragraphe, Stephen King le grand va vous surprendre, faire monter la tension juste par quelques mots. C’est incroyablement bien fait, cette façon de dérouler son histoire pour s’amuser à nous planter un coup de poignard dans le dos.

Il y a tout dans ce roman : De l’aventure, de l’amitié, de l’amour, du suspense, bref tous les ingrédients pour passionner le plus difficile des lecteurs. Cela m’a rappelé les romans où l’on se passionne pour un héros qui se bat contre des éléments plus forts que lui, et ici nous avons droit à la lutte d’un homme contre le temps. Stephen King se permet même de comparer 1958 à 2011, en disant que finalement, aucune des deux époques n’est meilleure que l’autre, il ne tient qu’à chacun d’entre nous de faire le bien.

Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire pendant que je lisais ce livre : je l’ouvrais pour lire un peu, j’étais emporté par cette aventure jusqu’à ce que je lève les yeux de ces pages ensorcelantes, et je m’apercevais que je venais de passer une heure en 1958. Magique ! cela m’est rarement arrivé, cette sensation d’être à ce point immergé, envouté par une intrigue, effrayé par une menace étrange que l’on a du mal à nommer.

Avec ce que je viens de résumer, nul doute que vous allez vous jeter sur ce roman, en courant comme un dératé chez votre libraire. Vous ne serez pas déçu par ce roman intemporel, par cette aventure temporelle, où Stephen King donne tellement et où le lecteur ressent l’homme derrière l’écrivain. La question à laquelle je ne répondrai pas est : Stephen King a-t-il écrit là son meilleur roman ? A vous de juger. En tous cas, nul doute qu’il fera partie de vos bagages de vacances cet été !

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Published by Pierre faverolle - dans 2013
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commentaires

kuzaj 28/05/2014 21:09

UN CHEF D'EOUVRE EPOUSTOUFLANT
pleins de rebondissements,personnages interessants,les choix du heros qui veut changer le monde a sa façon(le passe est tenace et il ne veut pas etre changer) mais qu'il doit faire fasse a un dilemme est digne du grand maitre KING bref en un mot SUBLIME

Pierre FAVEROLLE 28/05/2014 21:12

Eh oui David, un grand livre ! Bisous mon grand !

Mindshadow 23/07/2013 19:27

Je pense que cet article enthousiaste donnera envie de découvrir ce roman à tous ceux qui ne le connaissent pas encore. 22/11/63 est un de ses meilleurs livres, en effet, si ce n'est le meilleur. Stephen King nous en prépare deux autres pour très bientôt, j'espère qu'ils seront à la hauteur de celui-là. :o)

Pierre FAVEROLLE 23/07/2013 20:18

Merci pour ton avis enthousiaste. J'ai de mon coté acheté Dome (les 2 tomes) comme quoi je suis retombé sous le charme de Maitre Stephen King !
A bientôt

Les habitants de l'avenue 11/07/2013 17:36

un roman qui transporte. Du grand King !

Pierre FAVEROLLE 11/07/2013 20:51

Tout à fait. Je viens de lire ton billet.
A bientôt

brigitte 24/05/2013 19:45

Excellente chronique ! pour moi qui connais Stephen King depuis ses débuts, ce dernier roman est incomparable ! il y déverse tout son talent, que ce soit en documentation, en fantastique, en aventure, car c'est aussi une fiction, mais surtout en émotion. J'ai tourné les quelques 900 pages de ce roman sans m'ennuyer un seul instant. Chapeau bas, Monsieur King ! et merci Pierre de ce bel hommage !

Pierre FAVEROLLE 24/05/2013 21:18

Salut Brigitte, et un grand merci pour ton message. Je ne sais quoi ajouter ... alors à bientôt

Willow 23/05/2013 20:28

Hello Pierre, il y a peu, j’ai moi-même écrit un article sur ce merveilleux roman. En lisant ton article j’y replonge l’espace d’un instant et c’est comme prolonger le plaisir que j’ai ressenti. Franchement dans mon entourage je n’ai rencontré aucune personne n’ayant pas aimé ce roman. J’en suis d’autant plus heureux, que j’ai souvent été désolé de voir Stephen King dénigré par beaucoup. Comme tu le dis, un bon roman à emporter cet été. ;O)

Pierre FAVEROLLE 23/05/2013 21:45

Merci Willow pour tes compliments. Et malgré ses 930 pages, le temps passe vite .. dans les années 60 ! A bientôt

Oncle Paul 23/05/2013 16:07

Bonjour Pierre
De Stehen King je garde de bons moments même si certains de ses romans s'étirent en longueur au départ. Par exemple Misery qui ne prend vraiment son envol qu'à la moitié du roman. J'ai préféré ceux signés Richard Bachman, notamment Marche ou crève.
Amitiés

Pierre FAVEROLLE 23/05/2013 21:43

Salut Paul, j'ai lu tous ses premiers et c'est vrai que ses nouvelles sont très bien faites, de même que les romans de Bachman qui sont plus serrés et courts. Je garde dans la tête un petit coin de nostalgie et je me demande si je ne vais pas prochainement en relire un autre ! Amitiés

Claude LE NOCHER 23/05/2013 06:21

Bravo Pierre !
Oui, tu as parfaitement transcrit cette "immersion" à laquelle nous invite ce roman supérieur. Comme tu le sais, c'est pour moi un des meilleurs titres parus en ce début d'année. Et, probablement, un des plus convaincants du Maître King.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 23/05/2013 21:41

Salut Claude, si je l'ai acheté, c'est bien grace à ton billet et une envie de nostalgie envers mes lectures d'antan. Merci à toi et continue à me tenter ! Amitiés

Lionel 22/05/2013 20:51

Ayant dévoré 22/11/1963 il y a quelques semaines, je me retrouve totalement dans cette chronique enthousiaste. Le positionnement argumenté de Steven King sur l'assassinat de JFK (que je ne dévoilerai pas ici) m'a aussi surpris et interpellé...Un livre vraiment remarquable. Amicalement.

Pierre FAVEROLLE 23/05/2013 21:40

Salut Lionel, je l'ai aussi lu en 5 jours ! et il aurait pu être plus long, j'aurais été happé de la même façon ! Merci pour le compliment
A bientôt

gruz 22/05/2013 20:43

Une chronique qui rend parfaitement hommage à ce chef-d'oeuvre, cette merveille, ce bijou, ce roman incomparable.
Et oui, tu le dis bien, un roman magique, capable de nous faire voyager réellement dans le temps.
Vraiment super chronique, Pierre !

Pierre FAVEROLLE 23/05/2013 21:39

Merci beaucoup pour ton message. Mon billet est totalement décousu (par rapport à d'habitude) mais totalement improvisé et écrit en une fois. Heuruex que ça te plaise !
A bientôt

La Petite Souris 22/05/2013 20:35

toi, il est difficile de ne pas voir quand un bouquin t'a emballé !! bon, j'irai pas en courant comme un dératé chez mon libraire vu qu'il est à 70 bornes de chez moi et que même avec des baskets aux pieds je risque fort d'y laisser mon souffle, mais tu m'as définitivement convaincu. Je le rajoute donc dans ma liste et je pense même te dire que je me le mettrai de côté pour cet été ! ;) tu es content? Amitiés

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