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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 18:04
La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti (Jigal)

Les éditions Jigal, après avoir trouvé Janis Otsiemi, nous ont dégotté un autre auteur africain. Et je peux vous dire qu’il n’y a pas à hésiter, La traque de la musaraigne, c’est du bon, du tout bon, du très bon. Il nous propose de suivre l’itinéraire de deux personnages : Stephane Néguirec et Jesus Light à Porto Novo au Benin.

Stéphane Néguirec est Breton qui a émigré en Afrique sans réel but dans la vie. Il erre de bar en bar, profitant de la compagnie des prostituées. Dans l’un d’eux, il sort avec l’une d’elles quand il se fait agresser dans la rue. Une autre jeune femme lui propose de l’aider, lui offrant même de le guider et de le payer pour rester avec lui. De fait, elle sort une liasse de billets dans une peluche. Son attitude parait bien étrange, jusqu’à ce qu’elle lui propose un mariage blanc en l’échange d’argent. Mais leur aventure est loin d’être terminée.

Jesus Light s’appelle en réalité Ansah Ossey. Il est plutôt un petit bandit ghanéen à la petite semaine, sauf qu’il vient de faire un gros braquage et qu’il est le seul survivant de cette affaire. Et comble de malchance, sa petite amie Pamela est partie avec ce qui reste du butin. Il part donc à sa recherche et rejoint le Benin. A peine arrivé, un commissaire de police lui prend ce qui lui reste d’argent pour éviter une arrestation. La course poursuite commence.

Florent Couao-Zotti nous concocte là un super polar, très maitrisé, avec de superbes personnages, et surtout une ambiance poussiéreuse à souhait. Il nous montre, à travers les périgrinations de ces deux personnages, la vie des pauvres gens, au gré des différentes rencontres, qui sont parsemées d’humour au second degré. Ces deux personnages vont donc avoir chacun à leur tour à un chapitre, principe classique mais redoutablement efficace quand il s’agit de décrire deux trajectoires qui sont destinées à se croiser.

Car c’est bien dans le dernier chapitre que tout va se dénouer, la rencontre tant attendue va avoir lieu dans le dernier chapitre et je peux vous dire que cela vaut largement le détour. L’ensemble du roman est maitrisé, de bout en bout, et je dois dire qu’en ce qui concerne le style, on ne fait pas mieux que les auteurs africains. Leur façon d’utiliser des expressions du cru, ajoutée à des mots, verbes ou phrases imagées sont redoutablement efficaces et surtout un formidable plaisir de lecture.

Contrairement à son collègue Janis Otsiemi, Florent Couao-Zotti ne va pas faire l’autopsie de sa société ou de son pays. Il utilise ses personnages pour nous montrer leur vie, pour nous immerger dans un nouveau contexte sans pour autant pointer ouvertement certains travers. Par contre, l’intrigue est parfaitement construite, et ce roman se savoure comme un repas beninois de luxe, tant le plaisir est au rendez vous. Et puis, en terme de style imagé, on fait difficilement mieux que les auteurs africains, tant ils semblent être les nouveaux créateurs de la langue française.

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Published by Pierre Faverolle - dans 2014
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commentaires

Florent Couao-Zotti 20/06/2014 09:05

Merci pour cet article qui s'ajoute à beaucoup d'autres tous aussi enthousiastes. Je voulais faire de ce roman un immense eclat de rire, mais la tragique réalité de Boko Haram du nord du Nigeria m'a rattrapé

Pierre FAVEROLLE 21/06/2014 19:15

Merci à toi FLorent de passer par ici, et d'avoir la gentillesse de me laisser un mot. Merci aussi pour ce roman noir, au style si imagé, si parfait. Et en ce qui concerne les éclats de rire, ce sera pour le prochain !?!
A bientôt
Pierre

Claude LE NOCHER 19/06/2014 05:52

Salut Pierre
"on fait difficilement mieux que les auteurs africains, tant ils semblent être les nouveaux créateurs de la langue française." Voilà une conclusion à laquelle j'adhère totalement. Outre l'intrigue, le langage a toujours son importance. Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 19/06/2014 08:16

Salut Claude, nous sommes d'accord et je rappelle que c'est un coup de coeur chez toi. Amitiés

Yvan 18/06/2014 20:12

Je ne savais pas trop quoi penser de ce titre, maintenant j'en ai une idée plus claire ;-)

Pierre FAVEROLLE 18/06/2014 23:35

Si la trame est classique, il faut le lire pour la langue, que les auteurs africains savent réinventer. Amitiés

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