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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 18:02
Trois mille chevaux vapeur de Antonin Varenne (Albin Michel)

Attention, coup de cœur ! Enorme coup de cœur !

D’Antonin Varenne, j’aurais lu tous ses romans. Parce que, le jour où je suis tombé sur Fakirs, j’ai eu un choc, j’ai trouvé un auteur formidable capable de créer des personnages incroyables et une ambiance glauque au possible. Avec Le Mur, le Kabyle et le Marin, on changeait de dimension avec un roman sur la guerre d’Algérie, mais toujours avec des personnages aussi forts. Déjà, dans ses deux précédents romans, on pouvait sentir cet amour de raconter des histoires basées sur des personnages. Antonin Varenne, c’est un auteur de personnages.

Lors d’une rencontre aux Quais du Polar, je lui avais fait remarquer qu’il avait toujours dans ses romans trois personnages. Quel pied de nez avec ce roman, le personnage principal de Trois mille chevaux vapeur est seul, solitaire même. Je lui avais dit aussi que sa description de la société contemporaine était bigrement noire et glauque. Quel pied de nez avec ce roman. Nous nous retrouvons balancés en plein 19ème siècle. Avec ce roman, Antonin Varenne ne monte pas une marche supplémentaire, il a carrément grimpé tout l’étage et nous offre un grand roman.

De personnages, Antonin Varenne nous en offre un, mais quel personnage ! Arthur Bowman est de ces hommes qu’on n’oublie pas, qu’on le rencontre en vrai ou en roman. Il a ce regard acéré qui lui permet de savoir quand la personne qui est en face de lui ment. Et les autres le savent. Sergent à la Compagnie des Indes, il se bat contre les Birmans. Si le stress est permanent, les combats font rage et le bateau de Bowman est en renfort au large … jusqu’à ce qu’on lui confie une mission : diriger une barque sans armes, déguisés en locaux, pour mener une mission étrange. Mais voilà, être sur le fleuve, dans la savane, entourés d’ennemis, cela ressemble à un arrêt de mort. Le village cible va être incendié, il y aura des milliers de morts et Bowman et ses hommes faits prisonniers.

Quelques années plus tard, Bowman est de retour, policier à Londres. Il n’a pas oublié les tortures, ses hommes qui sont morts, et d’ailleurs, il est victime d’une crise d’épilepsie dès que le stress monte. Un corps est retrouvé dans les égouts, torturé comme seuls savent le faire les Birmans. Sur la scène du crime, un mot est inscrit avec le sang du mort : SURVIVRE… Evidemment, tout accuse Bowman, alors que lui sait que le coupable est un de ses hommes. Il va donc poursuivre les dix hommes qui en sont revenus.

Quel sujet, et quel portrait d’homme ! Cet homme droit comme la justice, soldat exemplaire au sens où il obéit à tout ordre qui lui est donné, cet homme trahi par les siens, torturé qui revient dans la civilisation, marqué à jamais. Si Bowman se jette dans cette enquête, ce n’est pas tant pour se disculper, car il n’a plus de but dans la vie, il survit comme ses dix compatriotes, s’il poursuit cette quête, c’est un peu une rédemption mais aussi un espoir, celui de stopper enfin le cauchemar qui le poursuit jour après jour, nuit après nuit. Ce personnage est incroyable de justesse, d’émotions, mais aussi d’actualité tant on pense à des événements récents.

Et puis il y a les pays traversés par Bowman. De la Birmanie à Londres, sans oublier la traversée des Etats Unis, Antonin Varenne nous convie à un voyage non seulement dans le temps, mais aussi autour du monde. Autant la savane birmane est inquiétante, mystérieuse, sombre et humide, autant Londres est sale, noir de suie, les rues moites de caniveaux qui déversent leur pourriture, autant la traversée des Etats Unis pendant la conquête de l’ouest est sèche, chaude et on en prend plein les yeux (dans tous les sens du terme).

De ce roman, Antonin Varenne a certainement voulu changer de genre, changer de style. Et pour autant, les fans vont s’y retrouver dans ce style qui est un excellent mélange entre description et efficacité. En une phrase, il est capable de vous faire traverser un continent, un siècle, un personnage. Et ce roman se veut aussi une vraie réflexion sur la société et la solitude, sur les buts que se fixent les hommes, sur la folie des hommes, sur les massacres qu’ils sont capables de créer uniquement pour un peu de calme, de sécurité. De ce roman, on retiendra que l’homme n’est rien d’autre qu’un animal, que si les soldats sont fous, leurs chefs le sont plus et que la vie de tous les jours n’est rien d’autre qu’une guerre sans merci où seul le décor change. Dans ce roman, Antonin Varenne n’est plus loin d’un Steinbeck ou d’un McCarthy. Je n’aurais jamais cru un auteur français capable d’écrire une telle aventure avec un tel souffle épique. Antonin Varenne l’a fait.

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Published by Pierre Faverolle - dans 2014
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commentaires

gridou 03/06/2014 13:00

Ha cool! Je note que c'est un bon cru et j'en suis bien contente parce que moi aussi c'est un auteur que j'aime beaucoup (découvert grâce à toi je crois)

Pierre FAVEROLLE 03/06/2014 21:21

Salut Gridou, tu peux y aller ! c'est un très grand cru

The Cannibal Lecteur 23/05/2014 21:49

Mhouhahahaha, tu ne me le feras pas acheter parce que c'est déjà fait !! mdr Mais vu comment tu en parles, si je ne l'avais pas fait, et bien, je l'aurais fait (l'acheter), parce que quelle envolée !

Bon, donnez-moi du temps et je lirai enfin tout ces supers livres qui m'attendent sagement !

Pierre FAVEROLLE 24/05/2014 09:06

Tu as triché ! mais c'est pour ça que je t'ai soufflé le nom de John Harvey ! mdr

Françoise 23/05/2014 10:24

Juste envie de courir à la librairie !

Pierre FAVEROLLE 23/05/2014 21:17

... et espérer qu'elle soit ouverte ! Merci pour ce commentaire. J'espère que tu viendras en parler après l'avoir lu
A bientôt

Jean (jackisbackagain) 22/05/2014 13:53

Coucou Pierre,
Il faudrait être tout à fait béotien pour ne pas succomber à l'enthousiasme de ta chronique. J'ai lu "Fakirs" et "Le mur, le kabyle et le marin" et apprécié hautement les deux. Si Antonin a décider de grimper à l'étage, crois-moi, je l'accompagne. Grâce à toi, sorry, Yvan, je suis passé à côté de ta chronique (je m'en vais aller la lire), "Trois mille chevaux vapeur" ne va pas tarder à devenir ma propriété. La bise.

Pierre FAVEROLLE 22/05/2014 21:15

Tu fais bien et j'attends ton avis. Ceci dit, Antonin Varenne est le recordman des coups de coeur Black Novel, il me semble. Ce roman est très différent mais quelle épopée ! Biz mon ami

mimipinson 21/05/2014 21:45

Je me retrouve bien dans ce tu dis de ce roman que j'ai beaucoup aimé sans toute fois parvenir à lui redre complètement justice

Pierre FAVEROLLE 21/05/2014 21:46

Je vais aller voir ton avis. J'ai été emporté, bouleversé !

Marine 21/05/2014 21:43

Cet auteur est extraordinaire et j'ai un formidable souvenir de son roman "Le mur le kabyle et le marin" qui avait été lauréat du Quai du Polar de Lyon il y a quelques années. Un véritable roman coup de poing. Il faut également que je lise celui ci.

Pierre FAVEROLLE 21/05/2014 21:45

A ne rater sous aucun prétexte Marine. Biz

Didier 21/05/2014 20:30

Salut Pierre ! ouf, je m'inquiétais de ne pas voir arriver ta chronique après avoir vu le livre sur ta table de nuit ! Sacré bonhomme que ce Bowman et quelle belle aventure initiatique ! A lire.

Pierre FAVEROLLE 21/05/2014 21:42

Parfois je me demande si on peut ne pas aimer ce livre tant il est magnifique. D'habitude, je mets 2 à 3 semaines à publier mon avis, là j'ai fait vite !

Yvan 21/05/2014 20:19

oui oui oui oui oui oui oui
Oh que je suis content de lire ta magistrale chronique sur cet époustouflant roman. J'en ai des frissons tellement tu m'y as replongé (même si j'y pense très régulièrement à ce bouquin, il ne me quitte pas)
Tes deux dernières phrases décrivent parfaitement mon même étonnement béat.
Merci Pierre !
LISEZ CE LIVRE !!!!

Pierre FAVEROLLE 21/05/2014 21:39

Je n'ai rien à ajouter, un livre grandiose
Amitiés

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