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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 18:51
Terminus Belz de Emmanuel Grand (Liana Levi)

Premier roman d’Emmanuel Grand, Terminus Belz nous propose de faire un tour sur une île bretonne, dans le monde difficile et apre des pêcheurs, sous fond de polar. Outre que c’est un roman remarquablement écrit, plusieurs des thèmes abordés font de ce roman une curiosité à coté de laquelle il serait dommage de passer.

Ils sont quatre Ukrainiens, trois hommes et une femme. Si Marko Voronine est le personnage central de ce roman, ses trois compagnons d’infortune que sont Anatoli Litovchenko, Vasili Buryak et Iryna Belanov vont assouvir leur rêve, passer en France de façon illégale. Ils s’adressent à des Roumains dont l’une des activités est l’immigration clandestine. En plein voyage, Iryna se fait violer par les passeurs et les Ukrainiens arrivent à tuer leurs agresseurs sur une aire d’autoroute. Ils récupèrent leur argent (25 000 euros) dans la boite à gants et décident de rejoindre la France en se séparant.

Marko décide d’aller le plus loin possible et se dirige donc vers la Bretagne, à Lorient puis sur l’île de Belz où il trouve dans un journal local un offre d’emploi de pêcheur. Après un coup de fil, il est embauché et atterrit dans le seul bar de l’île, où l’accueil est froid pour un étranger qui débarque dans un endroit miné par le chômage. Après une altercation avec les clients du bar, c’est Caradec qui le sort de cette mauvaise passe, ce qui tombe bien puisque c’est lui qui l’a embauché.

Mais Marko va être tenaillé entre l’agressivité des gens du cru, la peur d’être pris en situation irrégulière par la police, la mafia roumaine en la personne de Dragos qui fait la chasse aux Ukrainiens, et sa sœur et sa mère avec qui il arrive à communiquer par mail et qui veulent aussi rejoindre la France. Quand un corps est retrouvé décapité, la situation déjà peu brillante devient pour Marko carrément inextricable.

La première chose que je retiendrai de ce roman, c’est son style, que je qualifierai de littéraire. C’est extrêmement bien écrit, sans être bavard, l’auteur trouvant toujours les bonnes expressions pour nous faire ressentir l’ambiance de cette ile, balayée par le vent, qui rend la vie de ses habitants aussi difficile. Emmanuel Grand en profite aussi pour rendre un hommage prononcé aux pêcheurs, dont le labeur est réellement synonyme de pénibilité, avec au bout du compte, l’obligation de vendre le résultat de leur pêche au supermarché du coin.

Si le roman ne veut pas ouvertement dénoncer cette situation, il se veut en tous cas, un excellent documentaire sur la vie quotidienne de ces gens-là. De même, le fait qu’un étranger débarque et trouve rapidement un travail dans un endroit miné par le chômage va déclencher des bagarres, des engueulades et des remarques qui sont bien l’image de ce que l’on peut entendre dans certains bars. Tout cela est extrêmement bien fait. Et comme c’est très bien écrit, c’est un roman très vivant, où tous les gens se connaissent et se parlent, savent tout sur tout.

Et l’intrigue me direz vous ? Si le début m’a vraiment emballé, parce qu’il m’a semblé très maitrisé, petit à petit l’intrigue passe au second plan. Le meurtre mystérieux va aussi déclencher chez les habitants le retour de leurs peurs ancestrales, et le monstre mystérieux que l’on appelle là-bas l’Ankou, et le roman oscille entre roman social, roman policier avec l’intervention d’un commissaire qui vient d’être muté de la région parisienne, et roman fantastique avec les légendes diaboliques qui assombrissent le moral des gens. Et j’ai eu l’impression que l’auteur oubliait un peu le stress constant que devait ressentir Marko.

Ceci dit, c’est un premier roman très bien écrit, de ceux que je classe dans les polars littéraires, qui prend le temps de regarder les gens, de leur parler, de montrer le quotidien de leur vie, car elle est si éloignée de tout ce que l’on peut imaginer. Tout au long de ces 360 pages, on ne s’ennuie pas, suivant le rythme lancinant et incessant des vagues venant s’abimer sur les falaises, et on passe un sacré moment en compagnie de ces pêcheurs. C’est un roman à découvrir, à savourer, pour le plaisir du beau verbe.

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Published by Pierre Faverolle - dans 2014
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commentaires

Claude LE NOCHER 20/01/2014 06:24

Salut Pierre (et à Bruno et Pierre)
Beau roman d'atmosphère, en effet. Il est certain que la vie des îliens n'est pas des plus simples. Encore que la plupart d'entre eux sont attachés autant aux lieux qu'au mode de vie en question.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 20/01/2014 06:32

Salut Claude, c'est un des gros points forts du roman.Nous sommes d'accord sur Ce très bon premier roman. A bientôt

La Petite Souris 19/01/2014 21:37

salut mon Pierrot ! on en parle ici et là de ce bouquin, c'est plutôt bon signe, et ton avis va dans ce sens, mais j'avoue j' hésite encore à le mettre sur ma liste d’emplettes de janvier. Janvier c'est mortel il faut faire des choix et d'autres bouquins ont aussi le don de m'attirer ! difficile dilemme !!! :)

Pierre FAVEROLLE 20/01/2014 06:29

Bouge pas Petite souris,..

Pierre Seguelas 19/01/2014 22:05

Tu peux acheter ces deux premiers romans sans hésiter.

Pierre Seguelas 19/01/2014 21:06

Bonsoir PIERRE, Comme toi, j'ai beaucoup aimé et apprécié ce premier roman très stylé de Emmanuel Grand, auteur très prometteur. Mais, s'il fallait choisir une île, je lui préfèrerais celle de Stroma. Ta chronique de L'île des hommes déchus m'avait mis l'eau à la bouche. Je confirme aujourd'hui : Guillaume Audru...on en redemande (félicitons et encourageons au passage les petites éditions du Caïman de nous avoir proposé un tel premier roman)

Pierre FAVEROLLE 20/01/2014 06:28

Salut Pierre, Il faut bien avouer qu'en terme de premiers romans, nous sommes servies et bien servis. Entre Guillaume Audru, Emmanuel Grand, et bientôt sur le blog Alexis Ragougneau, nous avons une belle brochette d'auteurs d'avenir ! Amitiés

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