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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 18:38
Sur ta tombe de Ken Bruen (Fayard)

Jack Taylor, mon pote, un de ces personnages récurrents qui m’a procuré les sensations les plus fortes est de retour. C’est sa neuvième enquête, il y a du nouveau, beaucoup de nouveau, et en même temps, c’est toujours pareil, toujours aussi noir, toujours aussi bien. La grosse nouveauté, c’est que Jack est amoureux d’une écrivaine américaine, qu’ils ont passé quelque temps à Londres et que Jack revient à Galway … seul. Et que tout va se dérégler.

Le père Malachy a été agressé, et il est dans le coma. Bien que l’ambiance entre les deux hommes ne soit pas au beau fixe (c’est le moins que l’on puisse dire), Jack est intrigué, d’autant plus que les agressions se multiplient, un jeune homme trisomique puis ceux qui recoivent une stèle funéraire miniature, à savoir Jack et ses amis Ridge et Stewart. Il semblerait qu’un groupe de jeunes illuminés se consacre à l’élimination de gens différents tels que les pauvres les homosexuels ou les handicapés.

En parallèle, le père Gabriel demande à Jack de retrouver le père Loyola qui a disparu de la circulation avec l’argent d’une association catholique. En éclusant les bars et tous les endroits possibles et imaginables, le père Loyola reste introuvable … jusqu’à ce que sa gouvernante, la sœur Maeve le mette sur une piste digne de ce nom.

Mais c’est surtout Galway, ce petit quartier typiquement irlandais qui est le véritable partenaire de Jack. Au travers de son personnage fétiche, Ken Bruen fait l’autopsie de la société irlandaise, qui s’enfonce méticuleusement vers un avenir noir et bouché, accueillant à bras ouvert la modernité pour mieux perdre ce qui faisait son identité.

Cet épisode est tristement réaliste sur un pays qui répond à l’appel de l’argent facile, qui vend son âme pour le tourisme mondial, au détriment des petits pubs que Jack affectionne. Le nombre de bars où il se sent bien diminue comme peau de chagrin, le nombre de gens qu’il connait aussi et la plupart de ses amis peuple le cimetière. C’est aussi une société toujours plus violente que nous peint Ken Bruen dans cet épisode, avec des gens illuminés et racistes, dignes des nazis, des armes en vente libre et des propagandes plus dégoutantes les unes que les autres.

C’est un Jack en réaction, face à cette évolution néfaste, dépassé par la violence, mais capable de répondre au coup pour coup, qui se retrouve de plus en plus isolé, désespéré, parfois au bord du suicide jusqu’à ce que son téléphone sonne, ou qu’un enfant lui fasse un sourire. C’est un Jack fataliste, qui se débat comme un beau diable face à un combat perdu d’avance.

J’ai trouvé cet épisode plus noir et pourtant toujours marqué de traits d’humour, plus violent et pourtant toujours aussi peu démonstratif, plus noir alors que certains passages sont d’une beauté éclatante, plus désespéré que les autres car montrant une lutte vaine. Après son combat contre le diable (dans le précédent épisode qui s’appelait le Démon), Jack se bat contre ses contemporains et ce n’est pas forcément facile. C’est aussi un roman qui ressemble à la conclusion d’un cycle, et qui me parait plus destiné aux fans. Je ne le dirai jamais assez, lisez donc le cycle Jack Taylor depuis le début.

Cette chronique de Galway est dédicacée à Lilas Seewald, qui comprendra.

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Published by Pierre Faverolle - dans 2013
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commentaires

gridou 05/12/2013 10:55

Je suis contente d'apprendre que sa petite incartade dans le domaine du fantastique est terminée. Je vais laisser un peu de temps passer avant de lire celui-ci. Trop de Bruen d'un coup, c'est un peu indigeste...

Pierre FAVEROLLE 05/12/2013 18:20

Même pas ! J'en redemande !

Didier 04/12/2013 21:14

Salut, d'accord c'est du bon Bruen et Jack est toujours vivant. Un bémol pour moi : les passages où Bruen revient sur les épisodes précédents; c'est systématique, c'est long, ça laisse un arrière-goût de remplissage... J'imagine que pour quelqu'un qui découvre l'oeuvre ça apporte quelque chose mais pour un fan c'est lourd. A ++

Pierre FAVEROLLE 04/12/2013 21:16

Moi ça m'a fait penser à une synthèse, comme une fin de cycle ... que je ne souhaite pas. Mais, dans les interviews, il se pose la question de continuer à écrire les enquêtes de Jack, car il s'amuse moins à les écrire qu'avant. Pourvu que ça continue ! Amitiés

La Petite Souris 04/12/2013 21:11

pop! pop! pop! doucement là !!! Jack Taylor est MON ami !!! même que je suis venu au monde je lisais déjà ses aventures ( hum....hum) bon trêve de plaisanterie ! voilà un incontournable que arrivera forcément dans ma bibliothèque! un des rares auteurs que j'achète les yeux fermés ! Allez, serre moi donc un verre le Pierre que j'men jette un derrière la cravate ! je te pariai ma tournée à ma prochaine chronique sur une une aventure de Jack ! ;)

Pierre FAVEROLLE 04/12/2013 21:15

Avec grand plaisir. Depuis quelques enquêtes, on retrouve un Jack amer devant l"évolution de son pays, mais aussi plus attendri devant les petits plaisirs de la vie, tels que le sourire d'une serveuse, ou un garçon qui lui dit merci dans la rue. C'est notre pote, quoi !

Claude LE NOCHER 04/12/2013 20:00

Salut Pierre
Le regard de Jack sur l'Irlande ne risque guère d'être positif dans ce nouvel opus, c'est sûr. J'aime bien ce portrait du père Gabriel, dont un esprit libre tel que Jack ne peut que se méfier. Jamais assez, oui. Une aventure qui "marque" encore davantage notre copain !
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 04/12/2013 21:00

Nous le répétons souvent : Ken Bruen est un des meilleurs auteurs de romans noirs contemporains. Il le prouve encore ! Amitiés

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