Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 18:53
Le poil de la bête de Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

J’avais raté ses deux premières parutions en France, à savoir Requins d’eau douce et le onzième pion, malgré le bien que j’en ai lu ici ou là, sur l’humour loufoque et déjanté qui fusent au travers des pages. Voici donc mon rendez vous avec cet auteur autrichien à l’univers si particulier.

Anna Gemini est une belle blonde discrète, mère célibataire, devenue tueuse à gages pour assurer une vie un peu plus confortable à son fils Carl, adolescent handicapé dont elle ne se sépare jamais. Anna s’impose deux principes en guise de morale : elle part toujours en mission avec son fils, et ses victimes doivent s’acquitter elles-mêmes du prix de leur élimination.

Au cours d’une rencontre pour le moins étrange et amusante, elle fait la connaissance d’un employé de bureau, fonctionnaire dans un service qui n’a plus de travail. A moitié agent secret, à moitié truand à la petite semaine, Kurt Smolek, autrichien de son état va lui servir d’intermédiaire et lui trouver les contrats à remplir. La seule mission qu’Anna va accomplir sans Smolek est l’assassinat d’un diplomate norvégien pour le compte de sa femme.

Il s’appelle Markus Cheng et il est détective privé. Il incarne le flegme viennois avec un physique de Chinois, et ne se sépare jamais de son chien Oreillard incontinent. Cheng a perdu sa femme et un bras au cours d’une enquête précédente. Il va se retrouver à enquêter sur le meurtre de ce diplomate autrichien.

Tous ces personnages vont se rencontrer, chercher, courir, deviser sur la vie, leur vie et ce qui les entoure. Dire que ce roman est particulier est un euphémisme. Car si on peut penser à un roman policier, il s’agit plutôt d’un roman qui n’appartient à aucun genre mais qui en créé un à lui tout seul : celui de roman philosophique policier humoristique cynique bizarroïde intelligent.

A la façon d’un Samuel Beckett, qui dans En attendant Godot nous décrit deux personnages qui attendent un événement (l’arrivée de Dieu) qui n’interviendra jamais, Heinrich Steinfest prend trois ou quatre personnages principaux et les fait aller d’un endroit à l’autre, courant à la recherche d’un secret qu’ils ne trouveront jamais (la recette de l’eau de Cologne) pour mieux regarder par le bout de la lorgnette le monde actuel et en profiter pour deviser sur l’homme dans le monde et son inutilité, cela avec un cynisme de fort bon aloi.

Je vous livre d’ailleurs la citation écrite en quatrième de couverture pour vous faire une idée : « C’est triste à dire mais en Autriche, il faut toujours que les nazis se montrent pour qu’il se passe un peu quelque chose. »

Je me rappelle en terminale que nous avions lu en classe Le château de Franz Kafka. J’avais adoré ce roman, et j’avais été le seul dans la classe à trouver cela un formidable roman d’humour absurde. C’est exactement le cas pour ce roman : J’y ai trouvé du Desprosges pour le coté absurde, du Pierre Dac pour l’humour de certains dialogues, du John Irving dans les scènes à plusieurs personnages. Mais j’ai surtout pensé à Franz kafka pour la similitude du sujet et sa façon froide et désintéressée d’analyser la société et ses contemporains. Je dois vous prévenir que la lecture n’est pas aisée, qu’il faut parfois s’accrocher mais le résultat est à la hauteur : c’est de la grande littérature gentiment loufoque.

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre Faverolle - dans 2013
commenter cet article

commentaires

wollanup 20/11/2013 00:38

je passe régulièrement, j'aime beaucoup. Le flic de requins d'eau douce est franchement extraordinaire!

Pierre FAVEROLLE 20/11/2013 07:20

ok, faut que je lise ça vite !

wollanup 19/11/2013 09:35

Bonjour,
J'ai adoré requins d'eau douce et nettement moins le onzième pion (plus d'effet de surprise, trop loufoque) et donc je ne sais si je vais me lancer dans celui-ci. En tout cas, c'est bien comme vous dites un sympathique OVNI.

Pierre FAVEROLLE 19/11/2013 20:56

C'était mon premier et donc j'ai été surpris et enchanté. J'en lirai bien un deuxième et donc je note les requins
Merci d'être passé

The Cannibal Lecteur 14/11/2013 15:42

Merci, Pierre, de nous mettre en garde ! Je passerai mon tour, étant entré en résistance livresque, je n'ajoute rien durant... heu... 24h ! Pas plus. :-D

J'aime bien l'humour absurde aussi, avec l'humour noir et cynique, se sont mes chouchous.

Bon, j'hésiterai jusque demain... mais moi au moins, il n'est pas en train de prendre les poussières sur mes étagères, comme il le fait chez l'ami Gruz... mdr

Pierre FAVEROLLE 19/11/2013 20:57

tiens ma réponse a disparu. Donc ce sera pour une prochaine !

Pierre FAVEROLLE 15/11/2013 20:34

je le fais exprès

The Cannibal Lecteur 15/11/2013 12:53

Mais vas-y, te gênes pas, pousse-moi au crime !! :-D Bon, mon Net est déficient à la maison (ouf, il reste le boulot) et donc, demain, pour ne pas tourner en rond après le ménage, je vais aller dans les bouquineries... Oui, je sais, je me pousse-moi même mais je fais semblant que c'est pas de ma faute... :D

Allez, papy Yvan, une chronique, une chronique !

Pierre FAVEROLLE 14/11/2013 17:15

Je l'attends au tournant, le père Yvan ! Sinon, un de ses romans est sorti en poche. ça s'appelle requins d'eau douce. Une bonne raison de lire Steinfest.

Jean 14/11/2013 10:57

Bonjour Pierre,
Comme tu le dis, il faut parfois s'accrocher. Mais la qualité est au rendez-vous. Ce qui est amusant, c'est que depuis que j'ai refermé ce roman indéfinissable, certaines scènes - pas toujours les mêmes - passent régulièrement devant mes pupilles ébahies. Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 14/11/2013 11:39

salut Jean, un auteur à part, un roman à part : soyons curieux et aventureux! Amitiés

gruz 13/11/2013 19:57

J'ai le onzième pion dans ma bibliothèque mais sans l'avoir encore lu...
Comment veux-tu que je ne culpabilise pas avec une telle chronique ;-)

Pierre FAVEROLLE 13/11/2013 21:02

A peine je rentre à la maison que j'ai déjà un commentaire ! Il faut dire que je programme tout le week end ! Bref, pour revenir à cet auteur (plutot que ce roman), je pense que l'Autriche tient là un OVNI (Oteur Volant non identifié) qui pourrait bien être récompensé par les plus hautes récompenses dans les années à venir. Tu sais donc ce qu'il te reste à faire. Amitiés

Présentation

  • : Le blog de Pierre Faverolle
  • Le blog de Pierre Faverolle
  • : Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com
  • Contact

Sur ma table de nuit ...

Le blog reste ouvert.

Dorénavant, les nouveaux billets seront :

http://blacknovel1.wordpress.com/

   

Recherche

Archives

Catégories